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 Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia

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Hildred Lokensdottir
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MessageSujet: Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia   Mar 13 Fév - 2:35

Le bois cogne contre sa tempe, sec, cassant net, faisant partir sa tête, pareille à une balle, en arrière. Son corps semblant n'être plus que de chiffons la suit sans mauvaise grâce, le faisant s'écrouler, pareil à un pantin désarticulé, sur le sol de la taverne.
Le pied de chaise encore en main, tu t’arrêtes, reprenant ta respiration un instant en regardant le chaos ambiant qui s'étale devant toi. L'homme que tu viens de frapper, tu sais, celui dont le corps gît à terre, tu n'es pas certaine qu'il soit encore vivant. Le coup était rude, bien placé.... Tu t'en voudras probablement dans quelques heures, mais ces quelques heures sont encore bien loin. Pour le moment, seul compte le présent.

Comment cela avait-il commencé? Était-ce vraiment important? Oh, bien sûr, il y avait bien quelqu'un qui avait donné le premier coup, levé le premier poing, mais l'homme derrière n'était rien, hormis la goutte d'eau dans cette marre de frustration et de rage où vous pataugez tous quotidiennement.
Ouais, on pouvait résumer la situation à cela: rage, frustration et désespoir. Un trop grand besoin de tout oublier, de tout libérer, pour mieux recommencer à subir au lendemain.
Ils ne se battent pas par cruauté, mais par désespoir, tu sais? D'habitude, la fatigue et la lassitude des journées de travail suffisent à museler leur agressivité, à les rendre apathiques face à la fatalité... Mais pas à ce soir. Non, ce soir, il faut du sang pour que leur soif se taise. Ce soir, tout est permis, du moins jusqu'à ce que le prieuré daigne venir ramener l'ordre ici... Mais étrangement, dès qu'il s'agit de la Borée, les choses prennent parfois un temps fou...

Ils avaient attendu patiemment pourtant, tous ces gens, toute la soirée durant, comme des chiens de garde, l'allure détendue, mais les oreilles droites : buvant, mais en silence ; parlant, mais à mi-mot. Il n'y avait jamais de mots, jamais de signe, mais au fond tout le monde savait à quel moment commencer. C'était comme quelque chose dans l'air, comme une tension, une lourdeur, de celles qui faisait dire à un tavernier que c'est un mauvais soir pour ouvrir. Celui-là n'avait pas dû écouter, voilà tout...

Tu as un goût de sang dans la bouche, sur les dents. C'est probablement dû à ta lèvre éclatée, mais c'est à peine si tu la sens pour le moment, tandis que d'un mouvement malhabile, tu essaies d’arrêter le saignement en l’effaçant d'un revers de main, grimant ainsi ton menton et ta joue de rouge.
On serait tenté de se demander quelle est ta place dans cette scène, mais cela à perdu de son importance depuis trop longtemps pour que tu t'en souviennes...
Ah, si! Un travail ! C'est ça! Tu étais là pour rencontrer quelqu'un. Qui? On s'en fiche, à cette heure, il doit être bien loin de ce bordel, alors bon... Il devait te rencarder pour un boulot, le genre de truc trop bien payé pour être honnête, mais qu'on ne refuse pas quand on est dans ton cas... Sauf en cas de bagarre générale, il va sans dire.

Toutes tes soirées ne finissent pas toujours comme cela... Beaucoup, oui, probablement trop, mais pas assez pour que tu sois lassée, habituée au point de ne plus sentir ton cœur battre violemment dans ta poitrine face à cette décadente barbarie te faisant te sentir aussi vivante que sale.
La première fois, tu avais essayé de raisonner, de calmer les choses, mais tout ce que tu y avais gagné, c'est une belle ouverture du crâne. Parler ça ne sert à rien quand la seule chose que comprend ton interlocuteur, c'est un coup de poing dans le plexus solaire. Désormais, tu savais qu'il valait mieux frapper qu'être frappée. Tant mieux, n'est-ce pas? Il paraît que tu n'es pas mauvaise pour ça...

Soudainement, ta respiration se coupe, alors qu'une douleur féroce explose au niveau de ton crâne. À croire qu'ils visent souvent la tête... Aux débris qui volent devant toi, tu devines que le compagnon de l'homme que tu viens d’assommer – ou de tuer, tu ne sauras jamais – a décidé de contre-attaquer, ce qui est de bonne guerre. Tu chancelles un peu, mais tu tiens bon, te tournant vers lui dans un grognement rugueux. Tu t’abats sur lui avec raideur, tes poings ne connaissant ni retenue, ni délicatesse. Ça aussi, c'est de bonne guerre. Tu sens quelque chose craquer sous tes poings, mais tu n'en es pas certaine, alors qu'il tombe en arrière, t'offrant une occasion de t'éloigner, te permettant enfin de rejoindre la porte de la taverne, que tu franchis pour te retrouver au cœur d'une situation qui te dépasse de très loin...

Cette bagarre de bar continuait d'évoluer, devenant doucement une agitation de quartier.
Elle avait éclaté il y a presque un quart d'heure maintenant, et pourtant elle ne désamplifiait pas. La situation à l'extérieur n'avait rien à envier à la taverne que tu venais de quitter, si ce n'est qu'ici les bagarreurs coupaient la route aux voitures, commençant même à faire paniquer les chevaux, à force de se battre presque sous leurs sabots. Combien étaient-ils à se taper dessus? Franchement, plus que ce que tu savais compter. À croire qu'ils avaient attendu toute la semaine pour pouvoir se rouler dans cette fange d'alcool et de sang...

Un hurlement te fait tourner la tête, alors qu'un homme te fonce dessus avec ce qui ressemble à un pied de table... Ou de chaise? Pas sûre que tu veuilles réellement savoir. Soit, si ça lui fait plaisir, te voilà qui fonce à sa rencontre, hurlant avec autant de bonne volonté que lui, ce qui ne fait qu'augmenter sa hardiesse et sa hargne. S'il s'attend à être paré, il risque d'être déçu...
Tes bras l’agrippent avant même qu'il ne puisse abattre son arme. Tu profites de son élan, de sa surprise, et heureusement car le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas un poids plume. Soulever des choses, ça te connaît maintenant, non? Tu sens tes muscles se braquer, se tendant sous l'effort, alors que tu hurles comme un diable pour y trouver une quelconque force dans cet élan purement bestial. Il n'y a plus grand chose de civiliser en toi de base, mais à cet instant, alors que tu fais décoller de terre les pieds de ce pauvre homme, il n'en reste rien. Tu l'envoies, non sans mal, voler au dessus de la foule, finissant sa course non pas sur le sol, mais plutôt sur un cocher... Oui, un cocher. Cocher qui d'ailleurs s'écroule net sous le choc, parfaitement K.O, félicitation.

« Merde! ». Jures-tu, et c'est peu de le dire. Taper quelqu'un, encore, si c'est son truc, pourquoi pas, mais taper un pauvre gars qui passait par là...? On aura beau dire, t'es une tendre dans le fond, n'est-ce pas? Car il n'en faut pas plus pour qu'une bouffée de culpabilité – n'ayant pas sa place ici – vienne te ronger, te faisant pester à nouveau. Tu ne peux pas laisser ce pauvre gars assommé au milieu de la route, quand même? Comme aime à le rappeler ta mère, il faut savoir assumer ses erreurs...

Au moins, le fait de frapper d'involontaires victimes te gêne suffisamment pour calmer tes ardeurs d'alpha, alors que tu fends la foule - donnant ton lot de coup de pied et de coudes pour cela - afin de rejoindre la voiture. Le cheval hennit en te voyant, et tu fais quelques efforts pour pas lui grogner dessus à ton tour. Sale bête...
Attrapant le cocher par sa veste, tu le soulèves sans pour autant prendre la peine de le mettre sur ton épaule, laissant ses bras et ses jambes traîner au sol tandis que tu vas jusqu'à la portière. Quelqu'un te hèle, probablement pour t’interdire de le faire, mais dans la foule, c'est à peine si tu l'entends. Tu veux juste mettre ce pauvre bougre à l’abri des sabots de sa propre bête, tu fais rien de mal, non? Rah, qu'importe, tu ouvres la porte.

Il y a un homme, dedans. Tu restes interdite.
Bon. En soit, cela aurait pu être attendu, mais sur le moment, va savoir pourquoi, tu ne t'y attendais pas. Tu le regardes un instant, clignant des yeux, cherchant que dire, mais il n'y a pas grand chose qui te vint, tandis que tu baisses les yeux sur ta main, te rappelant soudainement le comment du pourquoi tu as ouvert cette porte. Ah oui, le cheval, tout ça...
Hissant l'homme, tu le tends au passager.

«  T'nez moi ça, voulez? » Ce n'est pas tous les jours qu'on se fait tendre un cocher, c'est sûr, mais tu te fais assez insistante - pour ne pas dire hargneuse - pour qu'il le prenne. Puis, ne voyant pas trop comment rendre la situation plus normale, tu décides de tout simplement refermer la porte, après avoir vaguement grommelé un merci (?).

Bien, et maintenant? Rattraper ses erreurs, c'est ça.
Jouant des coudes, tu retournes à la place du conducteur, te hissant avec un grognement.
Bien sûr que tu sais conduire une voiture, voyons! Enfin, presque... De toute façon, ce n'est pas bien différent qu'une charrette, non? Qu'importe, il faut que tu éloignes ce sale canasson, hors de question qu'il écrase quelqu'un. Tu n'aimes pas ces sales bêtes, hein? Dangereux aux deux bouts et fourbe au milieu, comme diraient d'autres. Malgré tout, tu as déjà eu à les conduire... Plus ou moins. Pas pour toi, non, surtout pour les autres, mais tu te rappelles assez bien comment ça marche. Il faut crier et fouetter non? Bref, c'est sûrement pas si compliqué que ça...

« Allez! » ordonnes-tu de ta voix rugueuse, faisant claquer les lanières avec probablement un peu trop de force. Ni une, ni deux, l'animal se rabroue, faisant se disperser la foule devant lui hâtivement, tandis qu'il s'élance, au galop. Il a probablement écrasé quelqu'un, tu sais? À se demander si tu ne viens pas de faire plus de dégâts que s'il était resté sagement à attendre que la foule se dissipe...
Bon, la rue n'est pas vraiment prévue pour une course et manque sérieusement de pavés pour accueillir un attelage, aussi te faut-il quelques efforts pour ne pas tomber de ta place, tandis que tu essaies vaguement de contrôler la destination de l'animal.
Tu n'y arriveras pas, tu le sais, au moins?
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia   Jeu 22 Fév - 2:37

« Restez dans la voiture, Votre Altesse, surtout, ne bougez pas ! »

Dans la noirceur de l’habitacle, Elikia se fait tout petit, et recroquevillé contre la portière, il serre dans ses bras tout un abri de paperasse derrière lequel il a presque disparu. On a tiré les rideaux pour empêcher les émeutiers de reconnaître le Prince à travers les minces fenêtres du carrosse et d’en faire la proie idéale de leur rixe. La rancune leur englue éternellement les tripes à ces gens-là et quand ils la recrachent à la face du monde, dans un de ces grands moments de démence qui secouent leurs misérables Districts, n’importe quelle figure de pouvoir ou d’autorité pourrait leur apparaître comme un parfait bouc-émissaire.

Frère Joseph en a peut-être plus clairement conscience qu’Eli lui-même, en cet instant précis. Tout ce qui anime le garçon est une peur viscérale qui le cloue sur place. Le Prieur, lui, a refermé la main sur son tonfa, harnaché à sa cuisse droite, et s’apprête à sortir prêter main-forte à ses collègues. Son visage rieur s’est fermé à double tour, barré de traits anguleux, de cicatrices profondes, et furieusement hirsute, crépitant de poils roux autour de ses lèvres épaisses. C’est un grand faune que ce Joseph. Bruyant à l’excès, barbu, velu et chevelu, du haut de sa musculeuse carrure, c’est un formidable histrion dont les rires retentissent toujours en fanfare. Mais si sa bonne humeur a déjà quelque chose de la démesure, ses colères surtout sont redoutables. Et c’est la colère qui brille derrière les cils drus de ses yeux de cerf, Eli la sent. Il ressent tout avec une rare intensité, noyé dans le bouillonnement immonde de ce chaudron qu’on appelle la Borée. Tout ce délire écumant, son Empathie le prend droit dans la face et c’est étrangement douloureux.
Son bon Faune, pour qui il a tant d’admiration et de sympathie, d’ordinaire, le cloue sur place d’un regard terrible. Tout à coup, il se sent minuscule à ses côtés, dans son manteau gris souris.

Bien sûr qu’il ne bougera pas de la voiture.
Malgré les apparences, le mignon (mais présomptueux) Polichinelle qu’on a récemment sacré Prince cache encore un peu de bon sens derrière ses facéties.

La portière claque derrière Joseph, alors qu’il quitte pour de bon la sécurité du carrosse. Il y a de longues minutes déjà que leur petite équipée est immobilisée au milieu de la rue. L’escorte, composée de quelques cavaliers que mène Jupiter, en grand gaillard mutique aux bras mécanisés, tente de ramener tant bien que mal l’ordre dans ce coin de quartier. Cela ne remporte pas grand succès jusqu’ici, les Prieurs sont trop peu nombreux face à l’ampleur des troubles.
Elikia est noyé. Il ne comprend pas bien comment ils en sont arrivés là. C’est arrivé et ça n’en finit plus et voilà tout.

Il était venu en début d’après-midi, habillé sobrement, une fois n’est pas coutume, pour ne pas attirer l’attention des passants. Son chapeau de feutre a protégé ses cheveux moutonneux du crachin désagréable dont le ciel a suinté toute la journée, et son manteau, une tunique noire très près du corps, dont les motifs géométriques, brodés de fils bleu nuit, rappellent la couleur sombre de son large pantalon. Même discret, Eli ne dédaigne jamais le bon goût ni l’élégance. Les teintes sont accordées, le velours côtelé, la laine, le coton et le cuir soigneusement ciré de ses chaussures sont aussi impeccables qu’en sortant de la penderie.

Aujourd’hui, il avait voulu accomplir quelques repérages dans le quartier : poser la première pierre de ce qu’il voulait voir devenir un grand Plan d’Urbanisme, qui devrait relier par voies ferrées les Districts excentrés aux grands pôles d’Excelsa. Il avait emmené avec lui sa garde, bien sûr, et divers experts et on avait quadrillé méthodiquement toutes les grandes rues, pavées ou non, de la Borée, pour déterminer lesquelles seraient propres à accueillir le cheminement des tramways. Le soir était venu et leur troupe, assez satisfaite, s’était séparée.
C’est donc cartes sous le bras et dossiers ficelés sous le coude, enfoncé dans son siège et toujours ramassé contre la portière, que le Prince frotte ses mains gantées et blottit son visage dans son écharpe, comme tout au fond d’un terrier.

Et soudain, la voiture chavire. Les yeux arrondis de stupeur, Elikia se replie plus loin encore dans son siège, si c’est possible. Il écoute, c’est un petit animal aux aguets. Au bout d’un certain temps, sa portière décolle de ses gonds et lui bondit un peu en arrière, comme s’il était monté sur ressorts. Son cœur lui aussi a fait le grand saut. Il n’a le temps d’apercevoir qu’une ombre avant qu’on ne jette sur lui un corps encore mouillé par l’averse, dont le poids l’étouffe en tombant sur son ventre. Hébété, il tente de lever une figure farouche vers l’auteure de cette espèce incompréhensible d’agression.
Son regard s’écarquille davantage. Son ventre se serre. La silhouette est menaçante, embaumée dans un relent de taverne, les épaules larges à en éborgner malencontreusement son prochain. Les traits sont écharpés, taillés au couteau assez finement, mais les lèvres et les gencives aussi, probablement, sont explosées façon cratère en éruption et sur la figure pâle jaillit une large éclaboussure – écarlate. Pourtant, à travers sa trouille, le Prince réalise peu à peu que l’air de la géante n’est pas hostile. Il est pesant, renfrogné, grisâtre de souci.
Les pensées du garçon font les connexions nécessaires et il rappelle son attention au lourd individu sous lequel il est maintenant coincé.

« Cornélius ?? »

Cornélius, c’est le cocher. Un brave homme entre deux âges, déjà grisonnant, père de famille ventru et grand amateur de tabac. Il est énorme, ou très costaud, c’est difficile à dire, d’autant qu’Eli n’est lui-même pas bien épais et que par conséquent, il est mauvais juge, ainsi enseveli sous la masse de Cornélius.

« Mais… mais enfin, qu’est-ce qui… qu’est-ce qui lui est arrivé… ? » râle-t-il, la langue pâteuse et la gorge sèche, en peinant pour se dégager de son fardeau inanimé. L’espace d’un instant, perdu dans cet étrange désordre, il croise le regard de la fille, brillant comme une lame, et en devine aussitôt les intentions. Il sursaute et s’écrie : « Non ! A-attendez, Mademois- »

Mais, mais, mais… il est trop tard : la géante au museau éclaté lui claque la porte au nez et la rumeur féroce de la rue est étouffée soudain derrière les rideaux et les cloisons de bois. Eli tremble pour de bon, tout à coup, ratatiné sous le poids de ce bon vieux Cornélius, et délaissant ses cartes, classeurs et dossiers, il l’entoure précautionneusement de ses bras. Il pèse son poids, l’animal, et sa respiration sifflante de fumeur de pipe ne lui inspire vraiment rien qui vaille. Grimaçant tant d’angoisse que d’efforts, le Prince agrippe le cocher par ses frusques usées et humides et tire avec acharnement sur ses muscles noués pour tenter de retourner son bougre et de l’examiner s’il avait de quelconques blessures. Mais il ne parvient qu’à s’essouffler comme un bœuf et bientôt, le front luisant de sueur, il s’affaisse contre le dossier de la banquette et respire très profondément, afin de calmer les pulsations rapides et brusques de son pouls qui cogne en travers sa gorge. C’est triste à dire, mais il est à peu près certain que c’est le mieux qu’il puisse faire en ces circonstances.
Les paupières closes sur ses orbites brûlantes, il essaie très fort d’oublier : d’oublier qu’il est coincé comme un rat pour un bon moment dans cette affreuse voiture, et de s’oublier lui, tout simplement, ainsi que les grognements des hommes et les hennissements des chevaux qui pétaradent partout dehors et qui lui scient les nerfs. Il fait comme s’il n’était pas là, comme s’il n’existait pas. Peut-être qu’en y mettant toute sa volonté, il disparaîtrait magiquement, à la façon d’une bulle de savon qui éclate. Il veut partir d’ici.

Il serre les dents. Quelques larmes naissent sans bruit au coin de ses yeux et s’accrochent à ses cils. Ses doigts s’emmêlent dans les plis rêches du manteau de Cornélius, dont le corps massif lui bloque complètement le bassin et les jambes. Il pourrait le pousser par terre, mais si le malheureux était blessé, cela ne ferait probablement qu’aggraver son cas. Alors, il le tient contre lui en silence et il attend dans l’obscurité. La voiture tangue soudain, le bois grince et craque, et l’effroi qui tétanisait jusqu’ici Elikia lui contracte douloureusement la nuque.
Qu’est-ce qui est en train de se passer, encore ?

Les heures sombres de son enfance ressurgissent là, dans le noir, derrière les rideaux qui le protègent mollement du monde, au fond des entrailles baveuses de la voiture. Le corps de Cornélius est une masse qui le couvre, colle à lui et l’enveloppe, c’est de la poix, c’est inutile de vouloir s’en dépêtrer, il étouffe. Dehors, la bagarre qui n’est plus loin de se transformer en émeute de quartier invoque dans la rue les pires insurrections ouvrières du District Domus. Les voix indistinctes qui râlent et beuglent se confondent avec la rage brouillonne que vomissent les prolétaires en brandissant leurs fourches et leurs vieux fusils, avec la mitraille meurtrière que crachent les canons des miliciens, avec enfin le bruit de bottes cadencé des Prieurs qui galopent au pas de charge au cœur de la nuit.

Il happe tout l’air poisseux qu’il peut autour de lui, en jetant sa nuque en arrière, pour exorciser la crise de panique. C’est comme être en train de s’asphyxier. Et puis, en un petit instant, il réalise qu’une substance visqueuse, épaisse et âcre est en train d’imbiber son pantalon. Oh non. Ce n’est quand même pas la trouille qui… ? Non.
Non, c’est du sang. C’est du sang, et en tâtonnant avec affolement sur ses cuisses, il s’en badigeonne odieusement les doigts. Le sien se glace, se fige dans ses veines, et il grelote d’horreur en jetant un coup d’œil au cocher toujours inanimé. Ses mains attrapent ses épaules avec plus de fermeté, soudain, et frappent très fébrilement entre ses omoplates, dans l’espoir de le tirer de cette torpeur qui pourrait lui être fatale.

« Cornélius ! coasse-t-il, la gorge plus serrée que jamais. Cornélius, je vous en prie, réveillez-vous… »

Et brutalement, les grincements de la voiture se transforment en un immense cahot. Le choc propulse Elikia et son fardeau humain vers l’avant. Le garçon s’écrase tête la première contre le coin d’un siège et s’effondre à son tour par terre, sur son cocher, complètement sonné. Il met un temps à rassembler ses esprits, ballotté d’une banquette à l’autre, roulant comme une balle au gré des secousses. Quand il retrouve un peu de clarté parmi ses idées, il s’aperçoit de la douleur incisive qui lui perce le front. Il y porte une main tremblante, les yeux flous, et y trouve une sacrée bosse. Quelques gouttes de sang perlent au creux de ses doigts et il se mord la lèvre, en décidant d’y prêter moins attention qu’au fait qu’il a, semble-t-il, perdu ses lunettes.
Egaré dans un monde aux contours plus qu’imprécis, il trifouille de tous les côtés autour de Cornélius et les retrouve au bout de ce qui lui a semblé une éternité d’obscurité, sous le bras pesant du cocher. Il les chausse maladroitement sur son nez, le souffle court. Un de ses verres est légèrement ébréché, mais c’est le cadet de ses soucis.

Il se redresse, très étourdi, et considère l’homme blessé à ses côtés avec un souci intense. Il ignore ce qui se passe. Joseph a peut-être repris les rênes de la voiture pour les sortir au plus vite de ce trou à rats. Voilà tout. Elikia se mord la langue et se saisit aussi délicatement que possible des épaules de Cornélius, cette fois pour le tourner sur le côté, dans une position relativement sécurisée. Son oreille est maculée de rouge, d’un rouge sirupeux, écœurant, qui forme déjà quelques croûtes molles en dégoulinant dans ses cheveux gris. La moitié de son visage est affreusement enflée et d’une couleur bleuâtre, on dirait un gros poisson qu’on aurait sorti de l’eau, tout convulsionné, et qui agoniserait faiblement au fond d’un sceau.
Le Prince, lui, a le teint cireux et les yeux grands ouverts d’alarme. Oh, personne ne l’en suspectait – bien qu’on connaisse souvent ses origines – mais il a vu son lot de plaies hideuses et de mutilations grossières, Eli, et sa mère lui avait appris à les reconnaître vulgairement, comme le font les bons parents en emmenant leurs enfants ramasser des champignons au Bois du Nord, quand la saison devient pluvieuse.
Ça, mon chéri, c’est un traumatisme crânien.

Le jeune homme se mord la langue, concentré sur les vieux souvenirs de son enfance. Le bruit et la fureur ont l’art de l’intimider plus que tout au monde, mais les meurtrissures – pour peu qu’elles soient raisonnablement sanguinolentes – il n’a pas peur d’y faire face ni d’y mettre les doigts.
Malgré les soubresauts puissants de la voiture, il cale Cornélius au fond de l’habitacle, dans le sens inverse de la marche du cheval pour se préparer à d’éventuelles côtes à franchir sur la route. Après avoir examiné son visage et son crâne, où il ne repère pas de blessure plus importante que son hématome, il le maintient aussi immobile que possible contre le sol. Il n’y a pas grand-chose de mieux à faire, malheureusement, sauf peut-être garder le brave bonhomme au chaud. Le temps que la pensée lui traverse l’esprit, Elikia s’est déjà redressé sur ses genoux, dans la poussière, et ôte son long manteau gris pour en recouvrir le corps faible du cocher. Maintenant, il faut sans tarder avertir Joseph de prendre la direction du Grand Hôpital (car pour le bien de sa résistance nerveuse, il avait postulé sans se permettre de douter que c’était le grand Faune qui avait pris la place du conducteur).

Profitant d’une accalmie dans la folle allure où s’est engagée la voiture, il grimpe sur la banquette avant et s’y accroche autant qu’il peut pour s’armer de son poing et frapper à grand fracas contre la cloison.

« HEY ! »

Il tambourine à nouveau de toutes ses forces et hurle à s’en péter les cordes vocales :

« ARRÊTEZ VOUS ! C’EST IMPORTANT, J’VOUS EN PRIE… ! »
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Hildred Lokensdottir
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MessageSujet: Re: Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia   Mar 13 Mar - 20:38

De ton point de vue, la situation t'a clairement échappée des mains, plus encore depuis que tu tiens des rennes entre ces dernières, des rennes au bout desquelles se trouvait l'animal le plus fourbe qui soit. Comment avoir confiance en quelque chose dont même le bruit des sabots martelant le sol n'avait rien de rassurant ? Et puis cette facilité à céder à la panique! Quelle idée de mettre un animal aussi peureux au cœur des villes. Une fois affolé, il est bien difficile de leur faire entendre raison...

D'ailleurs, pour en revenir à ton attelage, ce dernier n'en mène pas large. Nul doute que la bête a bien conscience que ce n'est pas son habituel cocher qui s'occupe d'elle, et cela ne la pousse pas à la docilité.
Alors que vous dévalez les rues à toute vitesse, tu entends le bruit de ses sabots changer par instant, comme s'il venait d'avoir un raté, heureusement rattrapé par ses autres pattes « Saloperie de canasson... » Siffles-tu à travers tes dents serrées sous la concentration, tandis que tu fais des pieds et des mains pour garder le contrôle, en vain.
À chacune de tes tentatives, la situation semble s'envenimer face aux ordres contraires que tu envoies au pauvre cheval, qui accélère ou ralentie sans plus réellement savoir pourquoi, tournant souvent selon son propre avis, ayant décidé de faire plus confiance à son instinct que toi...

Quoi qu'il en soit, ni ton estomac, ni tout l'alcool qui l'imbibe n'ont l'air d'apprécier cette petite virée nocturne à travers les rues de la Borée. Zut, faut-il préciser que tu as le mal des transports ? Enfant déjà, tu n'aimais pas les chevaux, charrette, bateau et autres transports obligeant tes pieds à quitter le sol. Rien à faire, qu'importe les moyens utilisés, ton estomac trouvait toujours le moyen de protester vivement contre cette torture. Heureusement, pour l'instant, l'adrénaline fait son affaire, t’empêchant tout juste de vomir au vent...

Quelque chose tambourine à l'arrière. Cela vient de l'intérieur de la voiture, tu en es presque sûre, même si le boucan de l'animal écumant et des roues t’empêche d'entendre clair. Ton passager trouve bon d'essayer d'attirer ton attention, comme si tu n'avais pas déjà assez à faire avec tous ces murs et ces gens! À voir comment il tambourine, il cherche probablement à te faire t’arrêter - ce qui d'ailleurs ne serait pas une mauvaise idée, puisque tu n'es même plus certaine de suivre le bon chemin. Le voilà qu'il hurle, maintenant. Avec le vent, c'est à peine si tu comprends ce qu'il te raconte, mais il y met assez de volonté et de coffre pour que tu comprennes qu'en effet, il aimerait bien une halte.
Au fond, de toi à moi, toi aussi, tu aimerais bien une halte. Le truc, c'est que tu n'es pas certaine d'y arriver. Est-ce une raison pour paniquer ? Non, bien sûr que non...

« QUOI ?  » Et voilà que tu te retrouves à hurler à ton tour. Ta voix roque étant happée par le vent,  tu n'es pas certaine qu'il t'ait entendu, aussi tu te tournes vers la voiture, essayant plus ou moins de garder tes yeux sur ton cheval et la route en même « Qu'ce que vous v'lez encore ?! V'oyez 'as qu'j'suis occupée là ?! » Non, il ne risque pas de le voir, tout comme tu ne risques pas de voir, ainsi placée, l'énorme nid de poule dans lequel ton cheval va dans un instant se briser la patte.
Cela prend à peine une seconde. Un instant où tout va bien, et la seconde suivante où la voiture se retrouve dans le décor, finissant sa route contre un étale, tandis que la pauvre bête se fait emporter par le poids du carrosse.
Toi ? Tu es quelques mètres plus loin. Rien de surprenant, tu as suivi le même chemin que la voiture, sauf que n'ayant rien pour t'accrocher ou te maintenir, tu as volé, tout simplement. Enfin, ''volé'', c'est un peu trop poétique. À vrai dire tu as plus été jetée, sans aucune grâce, avant de tomber sur le sol en plusieurs tonneaux, pour finir au milieu de la route, sonnée.

Grognant légèrement après quelques instants - ou quelques minutes - dans la poussière, tu essaies tant bien que mal de te remettre sur pied. Au premier essai, ton bras te fait défaut, te faisant une nouvelle fois mordre la poussière. Sale traite. Au second essai, tu préfères compter sur tes jambes, posant un genou à terre, et tu as raison. Maintenant, il faut tenir debout, c'est ainsi que vivent les Hommes.
Sonnée, c'est en zigzag que tu avances, ton oreille interne encore quelque peu en vrac après le choc. Ton visage te brûle, aussi, et tu devines qu'il n'a pas du bien vivre sa rencontre avec le sol. Bah! Tant pis, ce n'est pas comme si tu avais une tête accueillante de base, de toute façon...

Alors que tu arrives presque jusqu'à la voiture, la porte de cette dernière s'ouvre, laissant un petit homme apparaître, que tu regardes quelques instants, surprise, la main sur ton bras, n'ayant absolument pas conscience du sang et de la poussière qui te recouvrent. Ton père disait toujours qu'il fallait savoir assumer ses actes, aussi décides-tu de te redresses un peu, la tête haute et fière, pour prendre la parole, expliquer ton geste et présenter tes excuses.
Cependant, c'est à peine si tu as le temps d'ouvrir les lèvres, avant qu'un flot liquide s'en échappe. L'intégralité de ton estomac qui se repend au sol, te forçant à te plier en deux sans plus de cérémonie. Charmant, n'est-ce pas? On repassera, pour la crédibilité et la fierté. Néanmoins, tu arrives enfin à te redresser après quelques instants, penaude, mais avec l'esprit plus clair. «  Heu... Qu'es'ce que vous d'siez ? Passant une main sur tes lèvres, tu effaces comme tu peux la bile restante avant de l'essuyer sur ta chemise, tirant même dessus pour te redonner de la contenance... Fait', j'crois qu'j'ai pété vot' char. Et vot' Ch'val. D'solée.» Oui, sait-on jamais, il aurait pu ne pas le remarquer...
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia   Lun 26 Mar - 4:01

Il n’a pas reconnu la voix de Joseph, à travers le vacarme d’enfer que produisent les roues de la voiture en sautant d’un pavé déchaussé à l’autre et les sabots du cheval au cataclop anarchique. Blanc comme un linge, encore accroché à la banquette, Elikia se fige et ouvre grands ses yeux d’horreur. Une idée se cogne partout dans son crâne, comme une abeille agressive coincée sous une cloche, et son bourdonnement recouvre à peu près toute tentative correcte de raisonnement.
Ce n’est pas Joseph qui a pris les rênes à la place de Cornélius tout à l’heure. Joseph est perdu avec Jupiter de lointaines rues plus haut dans le district, à présent, au milieu des émeutiers. Il vient probablement de se faire enlever.

Sa terreur se décuple en une fraction de seconde et elle a peine le temps de lui comprimer l’estomac et de lui flanquer la nausée qu’il est brutalement projeté en arrière. Le désordre de l’accident est indescriptible. Les hennissements de la bête retentissent en échos monstrueux, cisaillés par le cri du bois qui se pulvérise et du métal qui s’écrase et qui crisse pendant que la voiture s’empale sur le cheval de trait. Les deux passagers volent et ricochent sévèrement contre les parois de l’habitacle, qui partent en lambeaux dans un choc ultime, où tout l’équipage s’emboutit dans la façade pouilleuse d’une vieille boutique.
Un silence austère retombe tout aussi pesamment dans la rue, entrecoupé de craquements sinistres et des derniers souffles, obèses, d’un animal agonisant.  

Elikia reprend vaguement conscience, le nez encombré de poussière et le corps labouré de plaies et de bleus. Il éternue d’un petit bruit sec et se donne un long vertige, dont il ne sort qu’au bout d’une bonne minute, réveillé par la douleur tranchée de son épaule droite, qui rappelle à son bon souvenir la luxation mal soignée de son enfance. Il grimace péniblement. Tous ses muscles lui semblent criblés de mitraille, alors qu’il cherche à se redresser dans les débris de la carriole. Son regard de myope papillonne dans l’obscurité et devine les contours de la portière déjà presque rompue. Il rampe, essuie sa bouche ensanglantée du plat de la main et, encouragé par le calme nouveau qui règne à l’extérieur, pousse la porte en y appuyant la semelle de sa chaussure.

Quand il repose pieds à terre, il doit tituber comme un ivrogne sur quelques pas et ravaler quelques nausées, avant de s’occuper de son épaule, et d’un geste que seule la force de l’habitude peut rendre assuré, il la remboîte alors qu'elle formait une bosse étrange et disgracieuse dans le tissu déchiré de sa tunique. Dehors, il crachine encore à travers la pénombre du soir. Quelques gouttes d’eau constellent rapidement son visage bouillant et il en remercie silencieusement le ciel, entre deux souffles atrophiés.
Mais bientôt, malgré toute la faiblesse de ses yeux, il est bien contraint de remarquer la présence de sa ravisseuse, la même femme que tout à l’heure : les cheveux corbeau, le visage coupé à la serpe et le regard fixe.

Ils sont face à face à présent. Le déséquilibre entre leurs deux statures est inquiétant. Elikia se recroqueville autour de son épaule blessée, fixant d’un regard farouche la figure tranchante, rougie, râpeuse, que l’inconnue perche fièrement à peu près une tête au-dessus de lui. Il respire vite et fort, comme une espèce de petite souris acculée dans un coin de cuisine par une ménagère armée d’un balai. Il pourrait s’enfuir, glisser entre les jambes de la géante et galoper à l’aveuglette dans le dédale tortueux de ruelles de la Borée, se cacher dans un trou de suie jusqu’au petit matin, mais comme d’habitude, il reste paralysé face au danger et le regarde droit dans l’œil en attendant qu’il lui tombe dessus. Il aimerait se dire que s’il reste planté là comme un piquet, c’est par noblesse d’âme, pour ne pas laisser ce pauvre vieux Cornélius enseveli sous les décombres de la voiture avec tout le travail qu’il a accompli aujourd’hui pour la Ville, mais en réalité, rien ne l’explique mieux que son défaut notoire d’instinct de préservation. Ses jambes sont de plomb. Le silence est écrasant.

Et soudain, un rictus plisse les lèvres minces de la géante. En un instant, elle se plie en deux et rend tripes et boyaux sur les chaussures cirées d’Elikia.

Pris de court dans son élan de détresse, le garçon contemple, ahuri, le flot de bile qui se déverse à ses pieds et trempe le bas de son pantalon. Il lui faut deux bonnes secondes pour réaliser.
…eew.

Il recule d’un pas, grimace de tout son cœur et chancelle sur un pied en tentant de ne pas se ramasser dans la flaque de vomi. La thèse de l’enlèvement perd instantanément toute crédibilité, tandis que la grande femme s’essaie aux excuses d’une voix pâteuse et s’essuie la bouche dans sa chemise. Le Prince tire une moue crispée, tendue d’empathie, et d’un geste encore un peu tremblant, il déniche un mouchoir en tissu propre dans la poche de sa tunique. Il le lui offre sans un mot pour qu’elle se débarbouille plus proprement, et hausse des épaules nerveusement en laissant filer son regard vers le carrosse et la dépouille encore fumante du cheval. Un frisson remonte le long de son échine et se loge désagréablement au creux de sa nuque. Il balbutie malhabilement.

« Ils… ils n’étaient pas à moi… c’est juste… juste une location, c’est pas… je... »

Le reste de ses paroles s’enroule dans sa gorge comme une mélasse visqueuse et il se trouve incapable de les articuler, happé tout à coup par la signification de ce spectacle sordide. Il pâlit, brutalement.
Cornélius.
Passant ses mains sur son visage, catastrophé, Elikia sent ses cheveux se hérisser sur sa tête et un haut-le-cœur lui comprimer affreusement la poitrine, lorsqu’il s’imagine quelle bouillie fétide et sanguinolente cet accident avait dû faire de la cervelle de son malheureux cocher. Il tressaille et bondit sur ses pieds, saute par-dessus le cadavre de l’animal puis se rue à toutes jambes vers le fiacre qui grince lugubrement, écrasé contre la façade d’une maison.

« Olala… Non ! Non, non, non ! rage-t-il, figé quelques secondes devant l’étendue des dégâts, avant de se tourner en toute panique vers son étrange géante. Saloperie de voiture, on s’en fiche, quelle importance ! Il y a un blessé là-dedans, il faut le tirer de là ! »

Sans plus tergiverser, il se faufile dans l’ouverture que laisse encore la portière à moitié sortie de ses gonds, et fouille dans les débris, la poussière et l’obscurité pour retrouver le corps amorphe du conducteur. Evidemment, miro comme il est, ce n’est pas sans se cogner partout et déchirer ses gants sur des échardes, mais il finit par retrouver son homme, étendu mollement sur un lit de documents, de notes diverses et de cartes souillées. Difficile de prendre son pouls ou même de vérifier s’il respire encore, dans la cage noire et étriquée de la voiture.
Elikia se recule à tâtons et lui attrape gauchement les chevilles, tâchant de se convaincre que l’opération n’est pas au-delà de ses forces. Il serre des dents, bande ses muscles et ses semelles crissent sur les pavés défoncés de la rue tandis qu’il cherche à tirer Cornélius en arrière. Aussitôt, son épaule grogne, grince et geint, ses muscles et ses tendons abîmés s’enroulent péniblement autour de ses os prêts à sauter de leurs articulations. La douleur jette d’aigus crépitements jusqu’aux extrémités de ses doigts et plante un glaive sinueux dans son dos, qui le perce jusqu’au bassin. Les jambes de Cornélius ne sont qu’à demi sorties de la voiture qu’Elikia s’effondre déjà sur les fesses, à bout de souffle, une main enserrée autour de son ancienne blessure. Il se mord la langue, les yeux pleins de larmes furieuses, et déglutit pour ravaler un stupide sanglot.

Il lui faut quelques secondes pour se rendre compte que cette espèce de colossale catastrophe ambulante qui les avait menés jusqu’ici, s’est postée à ses côtés, silencieuse et visiblement dans l’embarras. Eli lève un coup d’œil oppressé vers elle et fait précautionneusement rouler son épaule pour la remettre en place. Un petit craquement sec le prévient qu’elle a à peu près retrouvé son emboîtement d’origine. Il se relève en s’agrippant à la portière pour soutenir le regard bleu perçant de la jeune femme. Pour le soutenir, il le soutient. Il lève haut le menton à son tour et sa bouche se plisse d’une moue de gamin provocateur, mais il sent bien qu’il ne pourra pas paraître beaucoup moins pitoyable et cela l’irrite. Il papillonne un peu des paupières pour chasser l’humidité de ses yeux et les durcir d’exigence. D’ici, il ne perçoit pas très bien ce que peut être l’expression sur le visage de cette grande escogriffe qui s’est arrêtée à ses côtés pour faire le pied de grue, mais pour une fois, il n’en a cure. Pour Sainte Héléna savait quelles raisons, cette fille les a entraînés dans un sacré pétrin. Maintenant, le sort d’un pauvre vieux type qui n’a rien demandé repose entre leurs mains, et elle a intérêt à faire un effort pour réparer les pots cassés !

« Aidez-moi, il… il faut… bredouille-t-il, le visage brûlant, plus excédé encore par les inflexions suppliantes qui fendillent sa propre voix – cette sale traîtresse. J’y… j’y arriverai pas tout seul… »

Heureusement, il y a moins d’ogresse que d’enfant repentante dans le cœur de cette brave géante et elle accepte de prendre Cornélius par les pieds, tandis qu’Elikia s’introduit de nouveau dans la voiture, dans le but de l’attraper quant à lui par les bras. Il vaut mieux prendre autant de précaution que possible, on ne rigole pas avec les traumatismes crâniens. Tout en rampant sur la banquette, le Prince se défait de son écharpe pour immobiliser la nuque du cocher et jacasse nerveusement, à tort et à travers, à l’adresse de sa nouvelle comparse :

« Je… je n’suis pas médecin… mais ma mère travaille à l’Apothicariat, et je sais que… Il a un énorme hématome sur le visage et il saignait de l’oreille tout à l’heure, vous voyez, et c’est très, très mauvais signe. »

Il prend une bonne inspiration, bêtement angoissé par ses propres constatations. Puis, il s’arcboute, se positionne derrière Cornélius et passe ses bras sous ses épaules pour surélever sa tête, pendant que la géante tire vivement sur les jambes du bonhomme. Eli trébuche et dérape dans la foulée, emporté en avant par la force incongrue de la jeune femme. Mais au moins le blessé dégringole assez vite sur le pavé et on peut alors l’adosser en toute sûreté contre la voiture. A quatre pattes dans les débris, Eli soupire, les yeux rivés sur la grosse figure enflée de l’innocent citoyen qui gît là par terre. Il passe une main fébrile (et sale) dans ses cheveux et se redresse doucement.

« Je… Je ne comprends pas… Il y avait des Prieurs partout. Il n’aurait pas dû être mêlé au grabuge, comment ça a pu dégénérer à ce p… »

D’un coup sec, sa tête heurte l’encadrure basse de la portière (c’est ce qui arrive quand une forte myopie vous fait mal évaluer les distances), et il pousse un gémissement surpris en se tenant la tête. Il retombe sur le plancher épineux du carrosse et, en chavirant d’un côté, puis de l’autre, aveuglé par la douleur, il finit par poser la main sur un objet dont il reconnaîtrait les contours entre mille. La tension dans sa poitrine explose soudain et c’est son souffle qui hausse puissamment sa voix dans la grisaille morne du quartier.

« HMF ! Non mais c’est pas VRAI ! Sacré nom de… J’ai encore cassé ces maudites saletés de stupides lunettes ! »

Et en effet, la monture qu’il brandit devant lui, furibond, a été méticuleusement tordue et écrabouillée dans le carambolage. Un verre s’est perdu quelque part, l’autre est rayé, crevassé, fissuré de toutes les façons possibles. Elles sont fichues. Il les jette derrière lui avec véhémence et s’effondre sur ses genoux, les nerfs déjà sciés d’avance par leurs prochaines pérégrinations dans la nuit, à travers des rues indéfinissables, troubles, brouillées, aux profondeurs qui dansent, tanguent et se dérobent à n’en plus finir. Il déglutit, frémissant de stress, et se frotte le visage entre ses mains.
Allez, Eli. Il faut se calmer, maintenant. Il y a plus grave à cette heure, un homme est en train d’agoniser à tes pieds, c’est épouvantable, mais c’est aussi la plus forte raison du monde de se CALMER.  

Il respire profondément puis, avec une grande prudence, les lèvres closes, il se glisse hors de la voiture pour s’accroupir près de Cornélius. Là, il constate qu’il respire, très subtilement, et il avance ses doigts dans son cou barbu pour compter méticuleusement chaque à-coup de son sang dans sa carotide, entre la trachée et le muscle. Il ferme les yeux quelques instants et soupire, finalement, en relevant une figure sombre vers sa compagne d’infortune.

« Son pouls est très irrégulier. Il aurait fallu le conduire au Grand Hôpital mais… »

Il se mord la lèvre jusqu’à ce qu’elle blanchisse sous ses dents, en considérant encore une fois l’état de la voiture et le canasson mort, écrasé sous son poids. Autour d’eux, la nuit tombe, poisseuse et étouffante, en crachant vindicativement une petite pluie serrée, amère et pénétrante. Ils ne trouveront pas de diligences dans le fond humide de ce trou à rats, pas après le coup de sang qui l’avait ébranlé tout à l’heure, et encore moins sans lumière pour les guider d’un coupe-gorge à l’autre. Désemparé, au bout d’un long moment de silence, Eli soupire à s’en fendre l’âme.

« Vous savez s’il y a un hospice dans les parages ? demande-t-il d’une voix faible, en plissant des yeux vers sa géante aux cheveux corbeau. Ou simplement un endroit… un endroit où nous pourrions l’emmener… Il doit bien y avoir quelque chose à faire… »
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Isabela Velásquez
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MessageSujet: Re: Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. || Elikia   Dim 12 Aoû - 0:19

« Isabela ! »

La voix de sa mère, avec le temps, est devenue comme l’insupportable cacophonie des oiseaux de mer. Un son qui a autrefois évoqué un confort familier et rassurant. L’arrivée des beaux jours, et des étals du marché. Aujourd’hui il n’est plus qu’une agaçante crécelle, qu’Isabela s’efforce de tout son être de ne pas détester.

Ce n’est pas la faute des mouettes, pourtant, si Ambrosia s’est mise à boire, toutes ces années auparavant. Tout comme sa propre mère n’y est pour rien, si les bruyants volatiles ont cessé de fasciner Isabela.

« Isabela, descend ! »

Avec un soupir la jeune prieuse tend la main pour reposer Curieuse à l’intérieur du pigeonnier. La petite gonfle ses plumes grises, visiblement mécontente de devoir retourner à la captivité, mais s’en accommode relativement vite, retournant somnoler contre Mollasse. De toute façon l’heure du coucher était passée depuis longtemps.
Elle espérait, cependant, que le mauvais temps ne leur ferait pas trop de frayeurs, à l’intérieur de leur maison toute neuve, et que la foudre passerait son chemin cette nuit. Elle sentait bien leur nervosité. Déjà que le déménagement dans le District Portuaire n’avait pas été simple, entre la perte de repère pour les oiseaux, et ces saloperies de goélands qui lui avait déjà blessé deux bêtes, elle espérait qu’ils n’aient pas à supporter un énorme orage par-dessus tout ça.

Secouant ses cheveux mouillés, Isabela s’assure que toutes les cellules de l’habitacle ont reçu leur dose de grain pour le lendemain, puis elle verrouille chacune d’elle avec beaucoup d’attention.

Ou presque.

« Isabelaa !! »

Cette fois c’en est trop. La prieuse se redresse de tout son long, pour mieux donner de la voix, et retourne à sa mère son exaspération.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive, encore ?!
- Y’a quelqu’un pour toi ! »


Ah.

La jeune femme sent aussitôt son sang se glacer plus encore que la pluie ou le vent n’avaient su le faire. Le cœur remonté jusque dans la gorge, elle s’élance, dans une immense cavalcade qui la conduit, par un genre d’escalier de bonnes, depuis le toit où elle travaillait jusqu’au salon du petit appartement. Là, le front livide, et les joues plus rouges que son uniforme, se tient Sœur Justine, une petite de la caserne Nord, qu’Isabela avait vu prendre le rouge à peine une année plus tôt. Les yeux de souris de la cadette accrochent immédiatement ceux de son aînée, tandis qu’elle déboule par la porte de service, et c’est à peine si Isabela a le temps de souffler avant que la jeune fille ne lui déverse ses tracas à la figure.

« Ma sœur, il y a… il… Il y a eu un gros problème ! Une émeute… et… le prince….
- Le Prince… ? »


Soeur Justine baisse la tête, parfaitement déconfite.

« Oui ma Sœur, le prince Lutyens, il est… Nous sommes sans nouvelles de sa voiture, ils ont du… être pris dans… enfin… »

Isabela n’écoute déjà plus qu’à moitié. Elle a bondi, à nouveau, bouclant sa ceinture et son arme à sa taille avant de jeter un lourd manteau de pluie sur ses épaules. Ses boucles encore trempées lui collent au visage, et lui donnent, avec ses yeux noirs d’effroi et de fureur, un air de sauvageonne qui semble clouer sur place la pauvre Sœur Justine. Ambrosia, elle, s’en est retourné à sa bouteille avec un haussement d’épaules.

« Tu vas encore rentr…
- La ferme, maman !
- Pardon ?! »


Ignorant les protestations furieuses et alcoolisées de sa mère, Isabela quitte l’appartement, entraînant dans son sillage, la Sœur qui peine à suivre son pas tant ses enjambées se font immenses. Il n’y a pas de temps à perdre ! Pas de temps !

Evidemment, en bas, il n’y a qu’une monture. Pas le temps non plus de faire un détour par l’étable où d’aller chercher la sienne. Isabela se hisse sans hésitation sur la selle de l’alezane, qui attendait sagement le retour de Sœur Justine. Cette dernière n’a même pas le temps de protester que déjà son aînée talonne la bête, l’abandonnant sur place avec un : « Je vous l’emprunte, allez chercher la mienne ! » pour toute consigne.

Puis, elle disparaît dans le rideau de pluie.


Pourvu qu’il soit vivant.

Pourvu qu’il ait pu fuir.

Pourvu qu’il soit en sécurité et qu’on le lui apprenne à son arrivée…



Elle est glacée jusqu’aux os, lorsqu’elle franchit les portes de la Caserne Nord. A l’intérieur, ça bourdonne, ça sursaute, ça s’agite ; on se croirait au coeur d’une véritable ruche. Dans ce chaos de prieurs, de chevaux et de torches pourtant, Isabela ne peine pas à mettre la main sur le Frère Vitalis. Grimpé sur un muret, près de l’armurerie, il gueule des ordres sous la pluie battante. Sans démonter, elle se dirige vers lui, interrompant sa discussion avec l’artificier pour lui demander des nouvelles. La figure fermée, et le mot rapide, le prieur vétéran lui fait un résumé éclair de la situation – l’émeute, la disparition du prince, l’ébullition du District... – avant de l’envoyer aux écuries retrouver ce qu’il reste de l’escorte princière.

Jupiter n’est nulle part en vue, tandis qu’elle s’approche, sautant de cheval pour éviter d’ajouter à la cohue. Le frère Joseph, lui, est assis sur une bâche blanche, près de l’entrée des dortoirs, et attend en grimaçant de douleur qu’un novice aux mains tremblante achève de nettoyer à grande eau la boue de la plaie qui lui ouvre la cuisse en deux. Dans le sens de la longueur. Le spectacle est assez répugnant, mais le Frère reste digne, son visage fermé à toute autre émotion qu’une intense concentration.

Son expression change, cependant, lorsque son regard se pose sur la silhouette trempée d’Isabela. Ses yeux se remplissent tour à tour de soulagement, de panique, puis de regrets, et il ne parvient à retenir un grondement douloureux tandis que la prieuse s’agenouille à ses côtés.

« Isa, je…
- Par Héléna, qu'est-ce que… est-ce que tu vas bien ? Et Jupiter ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!
- Non... enfin ne t’inquiètes pas on... on va bien, j’ai juste… hmmmff... I-ils étaient... tellement nombreux, Isa je… Je sais pas bien. Y’a eu une émeute, tout est allé vraiment vite, et je... je crois que Cornélius a détalé avec le carrosse, à un moment, mais… »


Le visage de Joseph se froisse dans une grimace affreuse, pleine de culpabilité et de confusion. Il a l’air d’un môme, comme ça, tout contrit et frustré de sa propre inutilité. Si son esprit n’était pas déjà monopolisé entièrement par l’horreur de savoir le Prince encore introuvable, Isabela se sentirait terriblement mal pour lui. Elle n’a pas non plus la force de lui en vouloir.

Elle aurait du assigner beaucoup plus de monde à cette escorte. Elle avait merdé. Tellement merdé…

« Et… et le prince ?
- En vie, la dernière fois que je l’ai vu. Pas fiérot. Il était... dans la voiture, avant qu’elle ne détale, mais... ils l’ont retrouvé vide et cassée. Il… Il y avait pas de corps, déjà, alors... probablement qu’ils se sont cachés, ou bien… »


Ou bien ils avaient été enlevés par un échantillon quelconque de la faune criminelle locale, ou bien par une foule d’ouvriers en colères, prêts à lyncher le premier nobliau venu. Ou bien…

Isabela doit se forcer à respirer, longuement, pour ne pas tout simplement se mettre à hurler, à cet instant précis. Il y avait tellement de possibilités. D’affreuses possibilités. Il allait mourir. Il allait mourir et ensuite on allait l’écorcher vive. Elle n’était qu’une stupide, pitoyable, incompétente petite…

« Ils vont fermer le quartier, Isa. On va le retrouver. Cassim et les autres... enfin ils t’attendent, on… On a besoin que tu nous dise quoi faire… tu vois...? »

L’avantage de la pluie, c’est qu’elle masquera assez efficacement les larmes de stress qui menacent de rouler sur les joues d’Isabela.

« O-ouais… Ouais okay. Je vais faire ça. Je peux faire ça.
- Prend... prend une seconde, si tu as besoin, tu peux…
- Non. Non, non. Pas le temps pour ça. Je… Je vais prendre les autres avec moi et on va y aller en civil. On progressera plus facilement, sans énormes cibles rouges sur le dos. Toi soigne ta jambe, et dis à Vitalis que les frères gardent un œil ouvert.
- Je ferais ça. »


Le regard de Joseph se pose sur elle avec beaucoup de bienveillance – et un fond de culpabilité – et Isabela fait de son mieux pour lui rendre un peu de son sourire compatissant. En vain. Son visage n’est qu’une grimace tendue et l’obscurité de ses yeux bouillonne comme une marmite au feu de son effroi.

Pourvu qu’il soit vivant…

Oh, par Gabriel et Héléna et tous les héros de cette foutue ville, faites que le Prince Lutyens ait quelque part une bonne étoile capable de veiller sur lui assez longtemps pour qu’elle puisse le retrouver.
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