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 Une question de gravité [Hanae Ibihn]

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Enisca Nera
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MessageSujet: Une question de gravité [Hanae Ibihn]   Dim 25 Mar - 19:44

« - Bien que l’ampleur de vos travaux…
« - L’absence d’orthodoxie, de mesure, de vérification par vos pairs…
« - Confrères, je vous prierai de reconsidérer...
« - Certes, mais le talent seul...
« - Manque de réalisations concrètes…


Ce n’était pas la première fois qu’Enisca se retrouvait assise seule dans un amphithéâtre trop vaste, pendant que cinq doyens qui portaient chaque jour mieux ce titre débattaient de son sort sur l’estrade. La première fois, elle avait même défendu ses thèses avec vigueur, convaincue alors que l’ampleur de son travail saurait percer à travers les désaccords académiques. Après tout, n’était-ce pas là le but de l’Académie, d’arriver à une vérité scientifique par la collaboration et la confrontation des esprits ?

Désormais, elle se laissait subir le pseudo-échange des doyens, en silence. Bien sûr, ses dernières cartes étaient déployées, dans toute leur beauté, mais pas un regard n’y avait été accordé au-delà des formes à respecter. Elle le savait désormais, à l’Académie, tout n’est que politique. Et si elle appréciait les efforts du Magister Knyssa, le seul à voir dans son travail une source de science inexploitée, les quatre autres n’avaient depuis son arrivée comme étudiante que mépris pour sa nouvelle géographie.

A la fin de la réunion, il serait décidé que son statut d’étudiante serait maintenu, dans l’espoir de voir un jour son potentiel se reporter vers des travaux plus « cohérents avec la recherche contemporaine et les aspirations de nos mécènes ». Quatre doyens qui ne pouvaient reconnaître qu’une jeune femme avait produit en quelques années à peine plus de travail théorique qu’eux tous réunis leur vie durant. Quatre barbes blanches conservatrices entre elle et la poursuite de son travail.

Mais derrière le masque implacable, elle sentait monter une colère sourde. Désormais, le temps lui était compté. Elle sentait déjà ses progrès ralentir, faute d’accès à de nouvelles ressources. Ses expéditions à la Borée et les mots d’excuses de Magister Knyssa n’y suffiraient bientôt plus. Il lui fallait un atelier dédié, des étudiants pour faire le travail de gros, les archives secrètes de l’Académie…

Il lui fallait devenir Magister.

Comme à chaque fois qu’Enisca devait résoudre un problème, son esprit se plongeait dans les cartes. Cette fois-ci, c’était l’Académie elle-même qui se déployait devant ses yeux. Cette machine lente, lourde, et pourtant tellement riche de puissance et d’idées. Des couloirs sans fins dont elle connaissait désormais le moindre recoin.

Elle avait appris à faire confiance en ses instincts. La solution à son problème s'y trouvait, quelque part. Pendant qu'ils parlaient, elle pensait.

Elle dessina les premières lignes de force. Une simple projection de fréquence du nombre d’étudiants. Un nuage de points, dans lequel un béotien n’aurait vu que l’aléatoire. Mais Enisca la sentait déjà, couloir après couloir, la gravité fondamentale de toute l’Académie. Une poussière d’étudiants universellement attirés par le même point.

Donnée secondaire : Le financement par département. Chaque point forcé en fonction du nombre de ducats reçus par étudiant. Sous ses yeux, c’était une spire colossale, une tour plus dominante encore que le Palais des Princes qui se dessinait sous ses yeux. Le département d’ingénierie mécanique dominait le paysage de l’université comme la pute d’une Altesse un bordel borgne.

Autour du monstre, un second cercle. Les bourgeois de ce monde étaient les départements de chimie, de physique appliquée, de mathématiques appliquées.

Tout à la périphérie la plèbe, les outils parfois utilisés, souvent ignorés.
Mathématiques fondamentales, astronomie, tectonique...Cartographie. Tout ceux qui se crevaient encore, persuadés d'être à une idée seulement de se rapprocher du centre. Et ceux qui avaient pour toujours abandonné.

Et le centre absolu, le point vers lequel toute cette connaissance, tout cet argent, toute cette puissance s’effondraient inévitablement : Le bureau de la Princesse Rectrice. La solution à son problème. Une très mauvaise solution, à n’en pas douter. La réputation d’Hanaë n’était plus à faire, et si la moitié des rumeurs sur son compte étaient vraies…Peut-être valait-il mieux rester hors de l'esprit d'une telle personne, avoir pour soi la sécurité de la multitude?

Mais s'arrêter? Se satisfaire de l'état de ses travaux?

Menée sans y penser devant cette redoutable porte, Enisca frappa avec fermeté.
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Hanae Ibihn
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MessageSujet: Re: Une question de gravité [Hanae Ibihn]   Ven 30 Mar - 11:11

J'ai ce petit coté vulgaire de montrer mon argent. Pas en faisant n'importe quoi non plus, mais la décoration de mon bureau ne reflète pas un esprit modeste et discret. De même que mes vêtements et bijoux. Quelques trophées de chasse, survivants de périodes de déprimes qui m'ont poussé à tous les décrocher. Il y a une bibliothèque, évidemment (sinon on aurait l'air de quoi, hein), du temps de mon prédécesseur c'était un tas de vieilleries qui sentait le moisi, je t'ai fait relier tout ça en cuir blanc. Ça fait moderne maintenant. De toute façon ils ne sont pas là pour être lu.
Il y a des œuvres d'art, bien sûr, choisies sur un critère de « mon mari s'en occupe ». Il est très fort pour avoir un avis sur ces choses là. Personnellement je me contente d'un basique « c'est joli/c'est pas joli » (du coup je n'ai pas l'air d'une andouille en train de s'extasier sur les vagues à l'âme d'un adolescent en train de miauler péniblement par dessus le bruit de son crincrin, mais chacun fait comme il veut). Comme il n'est pas un pur esthète hermétique aux modes non plus, il a tendance à choisir ce qui est cher et approuvé par ses pairs, ce qui m'arrange. Nous sommes bien fournis en attrape-poussière délicats et autres croûtes de maître bien commodes pour cacher un trou dans la tapisserie.

Ma contribution majeure à l'architecture des bâtiments de l'Académie, c'est l'ajout de rampes et autres ascenseurs. Et aussi d'avoir déplacé mon bureau au rez-de-chaussée, là où je ne mets pas une demi-heure à grimper. C'était déprimant au début mais je me suis fait une raison. Tout le monde a bien remarqué que j'étais unijambiste, même sans ça. Puis les travaux m'ont donné l'occasion de moderniser le chauffage et de mettre des grandes fenêtres.

Donc voilà c'est mon bureau et je suis dedans. Je lis des compte-rendus à propos du département de Chimie. Le problème de la science c'est qu'elle demande un tas de matières premières idiotes qui ne se trouvent pas dans nos caves. On est très dépendant des étrangers pour ça. Mais le problème remonte à très longtemps, probablement quand Gabriel de Myre s'est dit « zut, on ne peut pas défendre la ville avec des épées en bois et on a pas de mine de fer sous la main ». Ou de mine de cuivre. Aucune idée de ce qu'ils utilisaient à l'époque. En tous cas maintenant on a une tétra-chiée de besoins en bois (tu crois que les gigantesques troncs nécessaires à la charpenterie navale ils poussent dans la Borée?), en métaux, en soufre, en salpêtre. Si un honorable dignitaire de notre cité veut se faire une cheminée en marbre, tu crois qu'on va trouver ça dans la mer ? Et la soie ? Et le thé ? Enfin toutes ces choses là c'est plutôt l'affaire de l'autre Princesse. Moi mes oignons c'est de trouver le moyen de synthétiser à grande échelle avec peu de moyens certaines substances indispensables à l'industrie ou au Prieuré. Enfin je ne m'en occupe pas personnellement, je file du pognon à des petits malins pour qu'ils s'en occupent à ma place. Et si il y avait la guerre ? Nous aurions l'air idiot sans bois et sans nitre. Il faudrait un énorme embargo commercial entre un tas de pays pour nous mettre sur les rotules, mais comme on dit chez les connards : qui veut la paix prépare la guerre.
Et puis on frappe à ma porte.

- ENTREZ.

Je me suis faite avoir plusieurs fois : si je ne le dis pas assez fort, les gens ont peur, et je dois boiter jusqu'à la porte pour l'ouvrir et tout le monde est très embarrassé. En plus la robe que je porte là supporte très mal les tâches de sueur (de la soie de Flores brodée à la main, excuse moi, mais quand on a le respect des belles choses on ne fait pas de grosses auréoles jaunes au niveau des aisselles), et si je dois sortir de mon fauteuil à la force des bras c'est sûr que ça va suer.

Mon bureau a comme autre qualité d'être carrossable pour un fauteuil roulant. Je ne me retrouve pas coincée comme une andouille à manœuvrer entrer des grosses chaises, un gros bureau et des gros guéridons avec des pieds farfelus. Et il n'y a pas de tapis. Pas. De. Putain. De. Tapis. Pardon de la vulgarité, mais elle est ici justifiée. Enfin du coup il n'y a pas d'autre siège. Je n'ai pas envie que les gens s'installent confortablement et aient envie de rester. De toute façon il faut un sacré culot pour me dire, à moi, qu'on est gêné d'être debout.

- Oui ? Mademoiselle ?

Le ton légèrement interrogatif, c'est que je ne la connais pas. Enfin je me doute qu'elle vient de chez nous. Mais elle est toute jeune, probablement pas à un poste important... elle a l'allure de quelqu'un qui passe trop de temps le nez dans un bouquin au lieu de jouer dehors pour profiter du bon air.C'est très familier pour moi. Un style vestimentaire conçu pour n'impressionner personne. Pas de maquillage. Pas de coquetterie. Ça lui donne de la fraîcheur, certes, mais ici on aime bien les vieux croûtons. A sa place je me peindrais la figure à la truelle pour essayer de me vieillir.

En général, quand un anonyme vient frapper chez moi, c'est pour pleurer que tel pair insignifiant lui a fait une crasse. Mais pas toujours. Donc je ne me mets pas à cracher le feu et à faire tourner ma tête à 360° degré pour chasser la petite. Ma porte est toujours ouverte, tout ça.

- Excusez moi je n'ai pas en tête tous les membres de l'Académie, vous êtes ?

Toujours dans le registre « autiste », les petits tâcherons qui viennent chez moi n'ont pas toujours en tête de se présenter et m'expliquent les petits problèmes de leur vie comme si j'étais par dessus leur épaule à chaque instant et que je connaissais tous les protagonistes de leurs histoires de cour d'école. Ils sont tous probablement très mauvais pour raconter les blagues. Ça bafouille, ça a du mal à commencer du début alors ça dit « ah mince j'ai oublié de dire que au début bah.... ». Du coup, par réflexe pavlovien, pour éviter ces pénibles vagissements j'ai pris l'habitude de guider la conversation dès que quelque chose dans mon cerveau sonne l'alerte « bouseux ».
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MessageSujet: Re: Une question de gravité [Hanae Ibihn]   Mar 3 Avr - 18:28

Il n'est pas beaucoup de sensations plus terrifiantes que celle d'avoir suivi ses instincts, sans réfléchir, jusqu'à se retrouver face à un tournant de sa propre vie. Au moment ou elle entendit la voix tonitruante de la Princesse Rectrice jaillir au travers du bois de la porte, toute une vie passa devant ses yeux. La sienne, menée par le mérite, la soif de connaissance, l'amour pour Excelsa, jusqu'à un bureau qui ouvrait sur un monde qui lui était totalement inconnu. Sans cartes pour la guider.

Le bureau de la Rectrice, c'était une porte ouverte sur l'inconnu, figurativement. Et une autre en bois toujours fermée, littéralement. Elle inspira un grand coup et tourna fermement la poignée.

Entrant à pas mesuré, elle jaugea d'un œil vif le bureau qui s'étendait autour d'elle. Immense pour l'Académie et décoré avec un peu de goût mais plus encore d'argent. Derrière le bureau, une handicapée au physique banal, une usée par la vie et pourtant...Une fois de plus Enisca pouvait sentir la gravité fondamentale qui émanait de la Princesse. L'objet le plus massif, le plus puissant de l'Académie ce n'était pas son bureau, ni même sa fonction, c'était elle.

Comme toujours, quand le stress commençait à outrepasser son jugement, Enisca se réfugiait dans le monde familier des plans.A sa disposition, un grand bureau. Soit. Il y a toujours des leçons à en tirer. Elle dessina la diagonale du plan, qui plaçait le bureau le plus loin possible de la porte. Pas de siège. Pas de confort offert.

- Leçon n°1: Les visiteurs ne sont pas les bienvenus.

Handicapée? La cartographe ajouta mentalement la portée effective quotidienne des déplacements d'une infirme. Un rayon qui n'atteignait ni la bibliothèque, ni aucune des splendides décorations exposées au mur. Sauf les trophées de chasse hideux, parfaitement en vue et à proximité. Et bien sûr, au plus près possible du centre, les rayonnages de rapports divers laissés par les courriers.

- Leçon n°2: Les affaires et la violence passent avant le savoir.

Rien que les rumeurs qui couraient sur la Rectrice n'auraient pu lui enseigner. Mais un confort malgré tout, ayant cartographié le terrain de jeu, elle savait ou se placer. Enisca n'était peut-être pas une artiste des émotions, elle ne savait peut-être pas juger les gens d'un coup d'oeil. Mais comme tous les animaux, étudiés dans leur espace, ils étaient plus faciles à comprendre.. Un bourdonnement âpre vint interrompre ses pensées.

«-Excusez moi, je n'ai pas en tête tous les membres de l'Académie. Vous êtes?»

Enisca se dirigea de son pas le plus vif et leste vers la bibliothèque, feignant de lire les titres des anciennetés dépassées qui s'y trouvaient. Elle attendit le temps nécessaire pour que le silence devienne pesant, sans regarder le prédateur derrière le bureau. Puis une seconde de plus.

« - Je suis la meilleure cartographe que cette Académie aie jamais vue.» répondit-elle. « Et j'ai besoin que vous fassiez de moi une Magister. »

En guise de ponctuation, elle fit tomber un obscur travail de Celicius des rayonnages. L'antique maître était dépassé, ou en tout cas il le serait bientôt grâce à elle, mais ce bête traité sur la géographie des terres arables manquait à la collection du département.

« - Je peux vous l'emprunter? » Demanda-t-elle innocemment.
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Hanae Ibihn
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MessageSujet: Re: Une question de gravité [Hanae Ibihn]   Jeu 12 Avr - 20:43

Les livres ne sont pas là pour être lu, mais parce que ce sont des antiquités. Première édition, ce genre de chose (et je rappelle que j'ai fait arracher toutes les reliures originelles, comme quoi on peut diriger une Académie et ruiner toute une collection de livres précieux sans réfléchir). Je suis donc surprise de voir une inconnue se ruer dessus. J'écarquille un peu les yeux, une petite seconde de réaction sincère. La dernière fois que j'ai vu un de ces bouquin bouger, c'était un mec précieux avec des gants blancs en train de parler de taux d'humidité dans l'air qui s'en occupait.

Donc c'est ça la meilleure cartographe du monde hein ? Je n'y connais rien, pour être honnête. J'ai un très mauvais souvenir des cours de dessin technique de ma jeunesse, c'est la chose la plus approchante que je vois. Quelque chose de laborieux, qui abîme les yeux, avec un petit crayon et des mathématiques pas très intéressantes. Il faut des cartographes, évidemment. Pour les bateaux, les caravanes, tout ça. Mais en l'état actuelle des choses je ne peux pas en dire plus sur la spécialité de Mademoiselle. Son approche est... surprenante. Mais un peu rigolote. Rafraîchissante. C'est dans ces moments là qu'il faut rester poli et sérieux, ne pas basculer dans la condescendance. La situation perdra toute sa saveur si je joue au petit tyran en train de fulminer. Mais ce n'est vraiment pas facile. J'aime faire du sarcasme quand je suis en position de force, comme tout à chacun.

- Hé bien mademoiselle je suis obligée de refuser, malgré votre demande courtoise. Reposez ce livre je voue prie.

Elle a pas dit « s'il vous plaît », c'est comme ça qu'on fait en bourgeois pour envoyer un fion à quelqu'un. On dit exactement le contraire de ce qu'on pense. Mais je ne suis pas sa mère alors je n'insiste pas.

- Avant de donner un Magister à quelqu'un j'ai besoin de son nom, ne serait que pour savoir quoi écrire sur les papiers officiels. Peut être même savoir un peu quel sont ses travaux en cours, si cela n'abuse pas de votre temps. J'imagine que vous êtes dans mon bureau parce que les instances habituelles vous ont refusé ce titre malgré votre demande très bien argumentée ?

Bon si OK c'est un peu sarcastique, j'ai ce coté malsain d'aimer jouer avec la nourriture. C'est pas que j'estime les gens trop bêtes pour comprendre que je me moque, c'est que je me fiche qu'ils le sachent. Une anonyme de l'Académie n'a nul part où aller se plaindre. Il fallait naître plus riche et mieux réussir dans la vie si elle ne voulait pas que ça lui arrive.
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MessageSujet: Re: Une question de gravité [Hanae Ibihn]   Lun 16 Avr - 17:38

Il lui fallait bien admettre, le coup avait porté. Elle feuilleta encore quelques pages du traité, le temps de reprendre ses esprits. Malgré la bouffée d'angoisse qui lui montait à la gorge, elle ne pu s'empêcher de remarquer les notes de Celicius lui-même, laissées au crayon dans les marges. Ce bouquin était un trésor de son art, une ressource unique qui allait rester hors de sa portée.

Ce crime, en lui-même, suffit à lui redonner un peu de baume au coeur.

« - J'imagine que c'est juste. » Concéda-t-elle. « Je suis contente de voir qu'au moins vous connaissez les problèmes de promotion du talent au sein de l'Académie, des fois j'ai l'impression qu'aucun doyen ne s'en préoccupe vraiment."

Une insulte cachée dans un compliment. En matière de joutes verbales, les rues de la Borée n'ont à envier aux palais du Cénacle que le registre de langue, et n'ayant que sa langue pour lutter contre les caïds, Enisca avait appris à les livrer mieux que beaucoup. Elle soupesa le lourd traité une dernière fois avant de le replacer dans le rayonnage.

« - Je m'appelle Enisca Nera. » Expliqua-t-elle. « Comme je vous l'ai dit, je suis étudiante dans le département de cartographie. En cinq ans, j'ai produit plus de travaux et d'avancées théoriques que quiconque dans l'Histoire de notre département, y compris Celicius, dont les travaux vous inspirent tant.»

Enisca se mordit la lèvre furtivement, craignant une seconde d'être allée trop loin dans les "compliments". Mais elle était lancée, et ne pouvait plus vraiment s'arrêter en cours. Pour soutenir son audace il lui fallait les preuves de sa valeur. Elle tira du tube dans lequel elle transportait tous ses travaux une exquise carte d'Excelsa, réalisée à la perfection à l'encre noire et l'étala sans demander la permission sur un coin de l'immense bureau de la Princesse.

« - Ceci est le travail du doyen Carolas » Expliqua-t-elle. « C'est probablement ce à quoi vous vous attendez quand vous parlez de cartographie, une représentation très précise de la situation physique d'une zone en particulier. C'est la toute meilleure dans son genre, évidemment. Mais ne trouvez vous pas qu'il manque un élément essentiel à toute cette école? »

Il n'en fallait pas beaucoup pour tout faire oublier à Enisca. Une carte, l'opportunité d'expliquer les dessous de l'art et de la ville qu'elle adorait par dessus tout. Pour elle, elle n'était même plus vraiment dans le bureau de la Princesse Rectrice, elle était plongée dans l'exploration la plus excitante pour la cartographie depuis les premiers dessins de chemins en terre griffonnés sur de l'écorce pour guider les guerriers vers le gibier.

Du tube, elle tira une deuxième feuille, beaucoup plus fine. Un seul des dizaines de calques qu'elle utilisait pour faire évoluer les cartes physiques sous ses yeux, un seul instant parmi des centaines de travaux. Celui-ci était couvert de lignes rouges, qui gagnaient ou perdaient en épaisseur en fonction des rues qu'elles parcouraient. Un tableau des lignes de force fondamentales d'Excelsa, une estimation des fluxs monétaires à l'intérieur de la ville. Une pieuvre gigantesque qui avait en son coeur Domina.

« -Personne avant moi n'avait cartographié les gens. » Dit-elle, avec une fierté non dissimulée.
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