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 Haven't you noticed I'm a Star ? ♔ Eli

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Elikia Lutyens
Prince Compositeur

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Fiche : Stay Focused & Extra Sparkly ★
Vice : Acharnement & Intransigeance
Faction : Conservatoire
District : Balnéaire
Influence : 590
Occupation : Prince Compositeur. Premier Maître du Conservatoire et sorcier de la Cabale.

MessageSujet: Haven't you noticed I'm a Star ? ♔ Eli    Dim 25 Fév - 15:26



Elikia Lutyens ♫
About birds and bees.

Goûts et compétences
D'abord chanteur et danseur de music-hall ★ Ténor léger ★ Sa voix couvre trois octaves (tessiture rare chez les hommes) ★ Adepte de la danse à illusions et des claquettes ★ A appris très tôt le piano et la guitare ★ Sait également jouer du violon, de la harpe, de la clarinette et du hautbois ★ Bon valseur, mais apprécie surtout les danses populaires (foxstrot, charleston) ★ Très habile orateur, féroce polémiste ★ Professeur au Conservatoire ★ Écrivain prolifique ★ Inventeur de diverses techniques et théories musicales ★ Très cultivé, autant par ambition que par curiosité ★ Bête de scène ★ Aime à l'excès la popularité et le scandale ★ Ainsi que la haute-couture ★ Sait rapiécer et broder, pour ce que ça vaut ★ Et faire la cuisine ★ Joue au tennis à l'occasion.


Convictions
Patriote, grand fidèle d'Excelsa ★ Socialiste, partisan de l'égalité sociale ★ Étatiste, défenseur de l'intérêt général contre les intérêts particuliers ★ Adversaire impitoyable des lobbies, de la corruption, de la criminalité en col blanc, des riches possédants qui font leur fortune sur le dos de la société et des mafias dont l'activité n'est pas très différente dans les bas-quartiers ★ Réformiste, très impliqué en matière législative, accorde une confiance absolue au Droit ★ Partisan d'un gouvernement constitutionnel et de la séparation stricte des pouvoirs ★ Technocrate ★ Souhaite mettre un gouvernement d'experts et de rigoureux législateurs au service de la volonté du peuple ★ Mais sceptique quant à l'idée d'une Grande République, surtout en ce qui concerne le suffrage universel ★ Grand Éducateur, a instigué un vaste programme pour l'instruction des masses ★ Pacifiste, il considère qu'Excelsa a assez à faire au sein de ses propres frontières pour aller se chercher des problèmes ailleurs ★ Plus fervent défenseur d'une société de marchands et de diplomates que de guerriers ★ Moderniste et curieux expérimentateur, il estime que le progrès peut venir de partout et accueille les innovations étrangères avec intérêt.
Prince Compositeur

26 ans
Premier Maître
Cabaliste
Chanteur & Acteur
Musicien & Danseur
Motifs et Tempos

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Dernière édition par Elikia Lutyens le Jeu 27 Sep - 14:14, édité 36 fois
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Haven't you noticed I'm a Star ? ♔ Eli    Dim 25 Fév - 15:27




Carnet d'Adresses
Florilège de secrets, connaissances en écrin.

Catherina

Amie intime

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Winifred

Complice secrète

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Isabela

Cheffe d'Escorte

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Zaïra

Petit poussin

« Agir pour le peuple est mon plus grand souhait. Vous pouvez me faire confiance. Je serai dévouée à sa cause et une véritable tombe. »
Désormais boursière du Conservatoire, la jeune Zaïra a su attirer l'attention du Prince Compositeur en se représentant chez certains de ses amis de très longue date, à la Maison des Sélénites puis à L'Octo. Madame Perle et Winifred ont tôt fait de lui vanter les mérites de la violoniste, d'origine modeste. Aussi, de sa plus belle plume, Elikia s'est chargé de la convier personnellement aux auditions de la Saison du Repos, lesquelles ouvrent les portes de sa prestigieuse école à une sélection de candidats en difficulté financière.
Très admiratif devant la prestation musicale et dansée de la jeune fille, le Directeur note et apprécie sa flexibilité entre les registres modernes et traditionnels, et la félicitant très chaudement, il soutient cette recrue prometteuse face à Sérafine de Saint-Juste, professeure très intégriste du Conservatoire, qui reproche à la malheureuse de n'être qu'un singe savant incapable de lire une partition. Bien que la méconnaissance de Zaïra en matière de solfège soit intrigante, étant donné qu'elle maîtrise un instrument aussi technique que le violon, Catherina Damoroff et Chandra Naidu appuient également la légitimité de la petite autodidacte...
Et là voilà qui entre au Conservatoire.

Travailleuse et talentueuse, elle bénéficie comme tous les boursiers de l'entière attention d'Elikia, pour qui ils représentent l'avenir de l'institution. Il a bien conscience aussi des difficultés d'intégration qu'engendrent leurs origines sociales, et veille sur eux avec une tendresse presque maternelle. Quand il apprend les malheurs de Zaïra, il s'empresse de venir à son secours. A cette occasion, il en apprend plus sur son compte et reste très pensif devant la fougue, la détermination et l'âme indignée de la violoniste.

Une fois les persécuteurs de la jeune fille mis hors d'état de nuire, le Prince lui propose d'entrer à son service et par conséquent à celui du peuple excelsien, cause pour laquelle elle est prête à se dévouer corps et âme. Dès lors, il la prend sous son aile comme nulle autre étudiante du Conservatoire et l'initie aux arcanes enjôleuses du théâtre, lui enseigne comment se grimer, fausser sa voix, prendre diverses postures, improviser quelques amusants personnages et à se conduire en bonne société. Forte de ces nouvelles aptitudes, Zaïra les met à profit dès que l'opportunité se présente : là où le regard d'Elikia ne peut se poser, elle fait rôder le sien avec la discrétion d'une souris et ouvre ses oreilles à tout renseignement qui pourrait tomber des lèvres d'un manœuvre aux docks ou d'un riche héritier dans les Districts huppés. Rien de ce qui se passe dans cette Ville n'est supposément négligeable, après tout : savoir, c'est prévoir, prévoir, c'est pouvoir.

Étonnante de courage et de résilience, il n'en demeure pas moins qu'il reste beaucoup à apprendre à la jeune Zaïra et Elikia veille avec patience à ce qu'elle ne prenne pas de risque inconsidéré. Après tout, ce n'est encore à peine qu'une enfant...

Otton

Prince licencieux

« Je n'ai pas pour ambition qu'on se souvienne de moi. La machine ne se souvient pas de la pièce usée qu'on a changée. Elle fonctionne mieux lorsqu'on remet la nouvelle, voilà tout. »
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Jakab

Chevalier servant

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Khephren

Elève princier

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Huoyao

Court descriptif

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Elisabeth

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Artemis

Court descriptif

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Fiche par DevNerdGirl


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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Haven't you noticed I'm a Star ? ♔ Eli    Dim 25 Fév - 18:53



Agenda de rendez-vous
Réunions officielles, rencontres imprévues, murmures échangés parfois dans l'intimité (ou clandestinement entre deux portes).

♔ En cours ♔
Of lobster clawed boys and bearded ladies avec Isabela, Saison du Repos.
Etrange(s) Etranger(s) avec Khephren, Saison du Repos.
Au poète, courbé sur sa lyre pensive, La foule aussi disait "Rêveur, à quoi sers-tu ?" avec Zaïra et Catherina, Saison du Repos.
And all the nobody people, and all the somebody people avec Catherina, Saison du Repos.

Tu m'as rencontré à un moment étrange de mon existence avec Hildred, Jakab et Isabela, Saison du Renouveau.
Dialogue du vent et de la mer avec Otton, Saison du Renouveau.
All that Jazz! avec Huoyao, Saison du Renouveau.

Exercice d'acrobatie avec Elisabeth et Artemis, Saison de la Forge.
Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée avec Phineas, Saison de la Forge.
Amphigouri avec Winifred, Saison de la Forge.


♔ Achevés ♔
Le jour J avec Otton, Saison du Repos.
Like Diamonds in the Sky avec Zaïra, Saison du Repos.
Codage par Libella sur Graphiorum


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MessageSujet: Re: Haven't you noticed I'm a Star ? ♔ Eli    Jeu 8 Mar - 22:35



Carnet de Notes ♫
Opéras, Ballets, Œuvres diverses, Rhapsodies et Ragtime.

Prélude
BLAH


Musique pour instrument seul


































Musique pour Orchestre
























Opéras

Le Voyage dans la Lune - [Opéra-ballet / Féérie]
Le Voyage est le tout premier opéra composé par Elikia Lutyens (en 1117). Il n’a jamais été représenté que dans divers music-halls et salles de spectacle modestes, en raison du statut de simple étudiant de son auteur et de l'aspect jugé trivial de l’argument. On y perçoit en particulier un caractère moqueur dirigé contre l’élite intellectuelle, quoi que globalement l’atmosphère soit bon enfant. Mais la structure également est erratique et la composition laisse une grande liberté aux interprètes qui sont invités à se montrer créatifs à chaque nouvelle performance. Trouvant porte close à l’Opéra, qui n’y a vu qu’un grand désordre digne d’un spectacle de boulevard, la pièce fut acclamée à la Maison des Sélénites (au District Domus) à qui Lutyens avait de toute façon très manifestement dédié son œuvre.
Il en a été le directeur artistique et s’est principalement occupé de la musique et du livret, mais Le Voyage est avant tout le résultat d’une vaste collaboration entre étudiants du Conservatoire. La pièce est un spectacle qui mêle la musique, le chant, la danse, la pantomime et l’acrobatie. Elle doit sa réussite à un orchestre symphonique réduit, une intimité orchestrale qui favorise les parties solistiques et les mélanges de timbres subtils, en confinant ses spectateurs à une atmosphère envoûtante et imagée de conte de fées. La composition répond à peu de standards du Conservatoire, ce qui a aussi pu entraîner le dédain de l’institution pour cet opéra. Mais la musique n’est pas la seule maîtresse à bord : l’art du chorégraphe, les extravagances du décorateur et du costumier, ainsi que l’habileté des machinistes et des accessoiristes, toujours sur la brèche pendant les représentations, lui ont aussi valu en grande part sa popularité. On utilise en effet de nombreuses machines et artifices à grand spectacle pour représenter magie et métamorphoses, ce qui naturellement fait sensation. Pendant les premières représentations, enfin, c’est Lutyens qui joue en personne la partie du piano.

L’argument est le suivant.
Sur Terre, un colloque de scientifiques affublés de chapeaux pointus et de robes étoilées se querelle pour déterminer à qui doit revenir la coiffe convoitée du Magisterissisme, Haut Maître de la Prospérité et du Progrès. Pour départager les prétendants, pédants et poseurs, on décide d’organiser un grand concours. Faisant fi des exigences de leur temps, les éminents membres du colloque décident de diriger leurs efforts vers un projet plus glorieux et grandiose : la conquête de la Lune.
Le professeur Casanabo (baryton) parvient le premier à construire un obus spatial, qu’il veut faire propulser au moyen d’un canon géant. Il impose à Médulla (contralto ou mezzo), sa jardinière sans le sou, de l’accompagner en guise d’équipage : les artilleurs mettent le feu à l’obus et dans une détonation formidable, la machine est expédiée vers la Lune.
L’obus s’écrase finalement sur une ville à l’architecture étrange et les voyageurs font la connaissance immédiate de son peuple, les Sélénites, dont la science semble techniquement plus avancée et dont les coutumes ont tôt fait de les étonner. Leur souverain, sa Majesté le roi Sigognac, a l’apparence d’une femme (soprano) et son épouse Simonie, celle d’un homme fort coquet (basse) habillé pendant toute la pièce de robes somptueuses. Et cette première surprise ne fait qu’en entraîner une autre : alors que les Sélénites se pressent autour de Casanabo et Médulla en les entourant de courbettes et de civilités, ce n’est que pour mieux les jeter et faire croupir en prison, les punissant ainsi pour les dégâts épouvantables qu’ils ont causé à la ville. Cependant, Médulla parvient à négocier sa liberté auprès de la reine Simonie en échange de quelques sachets de graines florales qu’elle avait par chance gardés dans son gilet depuis son départ. La reine accepte ce dédommagement, émerveillée : la Lune est excessivement riche en or et en argent qui n’ont par conséquent aucune valeur pour les Sélénites, mais les semences sont rares sur ce sol infertile et on a grand mal à y faire pousser quoi que ce soit. Médulla, experte en la matière, est bombardée grande conseillère auprès des souverains.
Le professeur Casanabo, quant à lui, se morfond de jalousie au fond de sa geôle et ourdit là-bas sa terrible vengeance. Il apprend par un garde que la source de la supériorité technique des Sélénites est due à un antique Calendrier, qui leur apprend l’avenir, mais qui contient aussi les Formules de l’Univers, destinées à plier la réalité à leur volonté. Casanabo s’aperçoit immédiatement de l’intérêt d’un tel grimoire et de l’importance de premier plan dont il pourrait jouir parmi ses confrères, en rentrant sur Terre avec pareil butin. Il s’évade de prison en trompant le garde et concocte un plan pour voler le Calendrier au roi Sigognac.
Le triste sire arrive au bout de son entreprise et disparaît dans la nature au pire moment. En effet, le grimoire avait prévu l’anéantissement imminent de la Lune par une énorme étoile rouge, à moins que les Formules de l’Univers ne soient prononcées pour dévier sa course.
Apprenant quel désastre les guette tous, Médulla qui pendant ce temps tâchait jour après jour de courtiser la reine Simonie, se lance à la poursuite de son ancien maître pour récupérer le précieux Calendrier.
Les péripéties aboutissent à un spectacle cataclysmique, et alors que l’étoile rouge embrase le royaume des Sélénites, Médulla parvient à arracher le grimoire à l’affreux Casanabo et à renvoyer in extremis l’astre à sa dérive spatiale. La pièce se termine en acclamations pour la petite jardinière, alors que le professeur est renvoyé définitivement sur sa planète, condamné par une malédiction lunaire à être pris de fatales crises d’éternuement chaque fois qu’il tenterait de conter son aventure à ses confrères.

Airs populaires

La mise à feu de l’obus et le départ pour la Lune :


Sérénade de Médulla à Simonie :

(Thème de leur rencontre en prison. Médulla chante, aussi, et Simonie la rejoint en duo à la fin.)

Les manigances du Professeur Casanabo :


La Valse des Robes :

(Danse de Simonie.)

L'Etoile rouge :



La Mascarade Hurlante - [Drame historique]
Première œuvre d’Elikia Lutyens que l’Opéra accepta de représenter (en 1120), La Mascarade Hurlante est aussi le volet d’ouverture d’une duologie destinée à louer la grandeur de la Ville, à travers les exploits de celle qui est passée à la postérité sous le nom de Sainte Héléna.
La Mascarade a pour objet l’épouvantable épisode de peste hurlante qu’a connu Excelsa, des siècles auparavant, et que Lutyens a représenté sur scène comme la malédiction d’un vieil indigent que des pouvoirs corrompus ont condamné injustement. La pièce se passe presque en intégralité dans le domaine fastueux du Duc Prospero (ténor) qui, indifférent aux malheurs des populations frappées par le fléau, s’est cloîtré derrière ses murs avec foule de courtisans pour mener une vie peuplée de vice et de plaisirs outranciers. Héléna (soprano), talentueuse Académicienne qui a fait serment au peuple de découvrir l’origine du mal et de faire respecter les Cinq Préceptes par la noblesse, s’introduit chez Prospero, une nuit, pour lui faire entendre raison.
Pour cela, elle est aidée par une étrange personne voilée (mezzo) qui la fait entrer dans la demeure étroitement surveillée au moyen d’une cape qui la rend invisible aux yeux des gardes lorsqu’elle la jette sur ses épaules et d’un trousseau de clés lui permettant d’ouvrir chacune des portes sur son chemin. La Femme Voilée la prévient néanmoins qu’elle prend le risque, en acceptant ce secours, d’ouvrir une brèche dans le domaine de Prospero, et qu’elle n’a que sept heures devant elle pour convaincre le Duc avant que la peste ne suive à son tour la voie qu’elle a empruntée. Héléna, en effet, est obligée par une promesse de laisser les portes déverrouillées derrière elle.
Mais elle accepte le marché et paraît donc au milieu du bal masqué organisé chez le Duc. En la rencontrant, il songe à la séduire, mais elle n’accepte aucune de ses avances tant qu’il refuse d’entendre parler de la peste et du peuple au supplice (qui chante depuis les coulisses et qu’il ignore avec frivolité).
Une grande horloge sonne sinistrement chaque heure qui passe dans la salle du bal. A la fin de la soirée, Héléna commence à perdre tout espoir, quand Prospero remarque parmi ses invités une figure voilée, dans une robe qui ressemble à un linceul, et dont le visage est dissimulé sous un masque dépeignant un crâne. Naturellement, le duc se sent gravement insulté et ordonne qu’on s’empare de l’individu. Ses courtisans se jettent à sa poursuite et lui arrachent le fameux masque, découvrant avec horreur un costume vide. Tous comprennent qu’il s’agit de la Peste Hurlante elle-même et ils meurent les uns après les autres dans des flots de sang, sous les puissants carillons de l’horloge qui sonne chaotiquement. Agonisant, Prospero tombe en dernier et seule Héléna est épargnée, tandis qu’il lui confie toute autorité sur la ville en faisant d’elle son successeur légitime et en lui conférant donc un titre de noblesse.
L’histoire finit donc en demi-teinte, entre victoire et bain de sang, et le jour se lève sur une Ville ravagée, dont les valeurs éternelles triomphent avec l’aria final, portées par la mémoire mélancolique de ses erreurs.

C’est une pièce très structurée, à l’architecture rigoureuse, en rupture évidente avec Le Voyage, et il n’échappe à personne qu’elle est destinée à mieux satisfaire les canons de l’institution et à engager le compositeur dans une efficace ascension au sein du Conservatoire. Lutyens semble s’être assagi. Les thèmes abordés, cependant, sont chers à l’auteur : l’argument expose une impitoyable déchirure de classes dans une société de privilèges, mais ici, Héléna, femme de science issue de l’élite intellectuelle, décide de se mettre au service de la communauté. Ce sont les chœurs, puissants et nombreux, qui expriment au mieux la volonté fédératrice de la sainte… quoi qu’ils représentent toujours une opposition frontale entre le peuple et la noblesse. Les chœurs ne sont réellement unis qu’à la fin de la pièce, et c’est le personnage de la Peste masquée qui semble en être davantage l’artisane qu’Héléna elle-même…
De plus, les solistes sont toujours mis au défi de faire preuve d’ingéniosité dans leurs prestations, en particulier dans les airs de bravoure qui leur sont souvent dédiés. Le rôle d’Héléna, surtout, demande à la soprano une absolue maîtrise vocale et théâtrale, une connaissance poussée des sentiments humains, mais aussi précision, technique et longueur de souffle. C’est un rôle difficile, destiné à faire briller la chanteuse que le compositeur connaissait bien. Face à la complexité des morceaux d’Héléna, Prospero (joué par Lutyens lui-même lors des premières présentations) a aussi droit à quelques mélodies qui le montrent capables de vrais sentiments. Mais il doit surtout pour sa part interpréter un certain nombre d’airs légers, dont la musique entraînante est volontairement « facile » afin de signifier l'absence de réflexion et la superficialité de la haute société. La profondeur du mal ne s'exprime pas ici sur fond de cuivres retentissants, mais par un simple et capricieux fredonnement.

Airs populaires

Ouverture :

(Très moderne. Le compositeur est à la harpe.)

« Belle fille de l’amour » (un des airs de Prospero) :


Chœur des pestiférés :


« Adieu, beaux rêves souriants du passé » :

(La soirée se termine chez Prospero et Héléna désespère.)

Motif de fin :

(La Peste est démasquée. Mort des convives. Reprise en écho alors qu’Héléna sort de la salle de bal et contemple la Ville.)


Les Charognes - [Drame Historique]
A partir de 1121, celui qu’on salue désormais du titre de Maître Lutyens investit littéralement l’Opéra deux, trois à quatre fois par an pour de longues semaines de représentations de diverses œuvres, à commencer par le second (et dernier) opus des Chroniques de Sainte Héléna : Les Charognes. Le pari consistait à soutenir la gageure du volet précédent, dont le succès avait été retentissant. Une suite était l’occasion d’engranger des bénéfices assez facilement mais encore fallait-il se montrer juste ce qu’il fallait d’innovant pour ne pas ennuyer ni décevoir son public : la poursuite de sa carrière était en jeu.
L’intrigue est plus sophistiquée, politiquement engagée, mais avec la même prudence que pour l’opéra précédent, car l’objet est à nouveau d’exalter les grands Préceptes excelsiens à travers la figure d’Héléna. L’interprète de ce rôle phare, une jeune et talentueuse chanteuse pour qui les arias avaient été composés sur mesure, fut ovationnée avec un brûlant enthousiasme et cette œuvre lui permit de lancer sa carrière aussi efficacement que celle d’Elikia Lutyens en personne.
Un changement de ton a toutefois été opéré, du fait sans doute des nouvelles libertés accordées au compositeur : là où La Mascarade restait assez constante dans le registre tragique, Les Charognes opte pour un mélange des genres et fait côtoyer çà et là quelques scènes comiques, voire grotesques, avec de grands moments de sublime. Il en va ainsi du personnage du Grand Astrologue de Trius, Ellias de Malwitz, grand représentant de l’irrationnalité dans la pièce, que Lutyens incarna lui-même sur scène.

Le premier tableau s’ouvre immédiatement sur le siège de la Ville par la cité-Etat de Trius qui, voyant Excelsa affaiblie après l’épisode de la Peste Hurlante à peine quelques années auparavant, s’est lancée dans une guerre de conquête. La situation désastreuse est narrée par le chœur du peuple et des Prieurs occupés à repousser les vagues sempiternelles d’ennemis qui se succèdent aux remparts. Tous attendent le retour de l’armada pour briser l’embargo de l’armée et des navires étrangers qui empêchent tout ravitaillement de la Ville, alors en proie à la famine. Mais les navires de la flotte sont engagés dans un autre conflit, contre des pirates qui ravagent et pillent les côtes d’un lointain archipel allié. Au même moment, une âme jeune et farouche, Lior d’Har Shalem (mezzo), cherche à convaincre son grand-père, Octave (baryton), de la laisser prendre l’uniforme pourpre et les armes pour défendre la Ville aux côtés du Prieuré. Le vieil homme, un tailleur de pierre de modeste condition, se montre réticent, alléguant quel douloureux sacrifice ce serait pour une mère de devoir perdre à la fois un mari, marin parmi les soldats de la flotte, et un enfant trop téméraire.
Héléna, duchesse d’Har Shalem depuis la mort de Prospero, fait alors son entrée à bord d’un carrosse rempli de victuailles, récupérées dans les garde-manger de la noblesse et descendues dans les bas-quartiers pour nourrir la population affamée. Dans une scène cocasse, on trouve de la terrine, du gigot, mais aussi du jambon et des miches de pain jusque dans les coussins, et dans les lanternes du fromage et des biscuits. Toute la voiture est dévalisée dans un chant joyeux, puis Héléna retrouve Octave et Lior.
L’Enfant la supplie à son tour, arguant que de toute façon, il deviendra bientôt nécessaire d’unir les forces de la population à celles du Prieuré pour repousser les assaillants. La duchesse refuse cependant de devoir envisager ces extrémités : elle a un plan qu’elle veut exposer à Octave, son père, avant de partir pour les lignes ennemies où elle a obtenu une entrevue avec le Grand Astrologue de Trius, Ellias de Malwitz. Lior enrage de ne pas être écouté.e et quitte les lieux. Héléna explique au vieux tailleur de pierres qu’il est impératif de gagner du temps, en attendant le retour de la flotte et celui de son mari, Alamir. Pour se faire, elle a concocté une ruse pour négocier une trêve.

Dans le campement des envahisseurs, l’Astrologue attend la venue de la duchesse. Son accoutrement est excentrique, il est paré d’un turban à breloques et d’une longue robe bleue nuit très scintillante. Sa tente est tapissée de cartes du ciel et remplie d’instruments étranges à l’utilité discutable. Eminence grise de Trius, il se félicite du succès qu’il remporte auprès du Roi qui l’écoute et lui obéit en tout point, révérant chacune de ses prophéties et craintif devant le moindre de ses colifichets.
On lui annonce l’arrivée de sa visiteuse, mais c’est une étrange personne qui se présente à lui, habillée d’une cape semblable à un linceul et au visage dissimulé sous un masque qui dépeint un crâne. L’apparition le saisit d’effroi. Elle le somme d’accepter un cessez-le-feu, sans quoi la Peste Hurlante, dont Trius a bénéficié des ravages sur Excelsa, se retournera contre ses armées. Ellias tergiverse, cherche à la duper, puis acquiesce, même sans garantie, car la figure masquée lui annonce que des scientifiques ont réussi à mettre cette redoutable maladie en bouteille, et qu’elle servirait d’arme à la Ville en dernier recours.  
Héléna sort triomphante de ce petit duel d’esprit. Le temps que les espions ennemis ne découvrent que tout cela n’est qu’une vaste supercherie, l’armada serait peut-être enfin de retour.

La situation devient plus supportable pour le peuple d’Excelsa dans les heures qui suivent et des nouvelles de la flotte leur parviennent enfin. Seulement, l’Astrologue Ellias qui se faisait servir à dîner par son page, est cette nuit-là également averti du traquenard, non pas par ses espions, mais par une autre silhouette encapuchonnée qui apparaît mystérieusement dans sa tente au milieu de la nuit.
Sous la lumière des braseros, la Mort (contralto, ou mezzo) maudit Héléna de l’offense qu’elle lui a faite en prenant son visage et en s’arrogeant ses pouvoirs pour duper Ellias. Elle apprend à ce dernier qu’elle seule connaît le secret infâme de la Peste Hurlante et que l’armée de Trius ne craint donc aucune attaque biologique de la part d’Excelsa. L’Astrologue enrage et réclame vengeance, en considérant qu’avec le retour prochain de l’armada excelsienne, la déroute est probable pour sa cité. Il doit donc se résoudre aux dernières extrémités et propose à la Mort de sceller un contrat avec lui. Elle accepte de lui échanger une ancienne formule pour commander aux éléments contre la vie des trois dernières personnes à qui Ellias a adressé la parole. Réalisant qu’Héléna en fait partie, l’Astrologue donne aussitôt son accord et cela a pour conséquence immédiate la mort de son petit page qui s’effondre à ses pieds avec le repas qu’il lui servait.
La Mort ajoute que les deux autres victimes devraient périr sous peu, le temps que chaque heure écoulée depuis leur dernière rencontre avec Ellias ne soit reversée.

La nuit avance et une tempête gronde au loin. Les Prieurs d’Excelsa, ainsi qu’Héléna, veillent depuis les remparts, quand Lior, vêtu.e de leur uniforme pourpre, fait irruption pour sonner l’alarme. En émoi, iel annonce à ses camarades que cette tempête qui fait rage en ce moment même est sur l’armada censée arriver au matin. Le feu du ciel s’est déchaîné sur elle, pas un navire n’a échappé à la tourmente.
Choquée par ce coup du sort infâme, autant que par la nouvelle de la mort de son mari dans ce naufrage, Héléna s’enfuit pour cacher son chagrin.
En son absence, les Prieurs désespèrent : il n’y a plus de secours possible, désormais, et la ville sera sans doute perdue dans les prochaines heures. Mais Lior refuse de se laisser abattre et soulève audacieusement le malheur général en exigeant de chacun qu’il se prépare à se battre. L’ennemi est aux portes de la Ville et la jeune recrue mène l’escouade qui descend dans les rues, galvanisée par un désir de survie absolue. Lior retrouve Octave dans la ville basse et ensemble, parmi le peuple rassemblé là et les soldats, ils conviennent d’une ultime stratégie qui consisterait à laisser entrer l’ennemi dans l’enceinte d’Excelsa, et de le perdre dans le labyrinthe de rues étroites et de barricades, où sa supériorité numérique ne serait plus qu’un inconvénient. La foule, exaltée, se lance à cœur perdu dans la bataille.

Pendant ce temps, écartelée entre l’horreur et la culpabilité, Héléna erre dans les rues et perd peu à peu la raison sous le bruit infernal des armes. Elle résiste au désir de se suicider en croisant une silhouette qu’elle prend pour Alamir, son mari, et elle délire en s’adressant à lui et en rêvant d’un avenir plus doux pour sa famille.
Mais lorsque la silhouette s’est assez approchée pour qu’elle en discerne les traits, elle ne reconnaît pas Alamir : c’est la Mort en personne qui arrête son geste alors qu’elle allait se plonger son couteau dans le ventre. Leurs retrouvailles sont terribles, mais aussi émouvantes et étrangement sensuelles. Héléna implore son pardon et la Mort, clémente, le lui offre, tout en révélant à la duchesse qu’elle est cependant condamnée à succomber sous peu. Elle ne lui a donné qu’un délai en empêchant son suicide, c’est maintenant à elle de savoir l’utiliser et de choisir les circonstances prochaines de sa perte.

Conduite par une nouvelle volonté, Héléna rejoint le front qui a gagné le Pont Maha. La bataille fait rage, mais les Excelsiens reprennent courage à l’apparition de leur duchesse, et tandis qu’ils l’acclament, elle tire son épée avec eux sur la barricade dressée sur le pont. Dans la confusion, on apprend que le général ennemi vient de tomber, succombant à un mal étrange et fulgurant. Les troupes ennemies se désorganisent jusqu’à la venue d’Ellias de Malwitz qui use à tout va de la formule ancienne cédée par la Mort. La foudre s’abat sur le pont et rompt la barricade en deux. Héléna se précipite au-devant du danger pour protéger Lior.
Elle se saisit d’Ellias, consciente que son heure est venue, et percée d’une flèche tirée par un des soldats de Trius, elle le précipite avec elle dans les eaux déchaînées du fleuve. Une sainte fureur s’empare de la population et des Prieurs qui chargent l’armée ennemie dans un sursaut de désespoir. Octave, en revanche, horrifié, traverse le pont et se précipite sur les berges du fleuve à la recherche du corps de sa fille.

Eperdu de douleur, il la retrouve à l’agonie et la prend dans ses bras. Ils échangent de déchirants adieux, et aux premières lueurs de l’aube que célèbrent les Excelsiens en haut du pont, elle expire portée par leur chant de victoire.


La mise en scène de cet opéra a mis à son service de grands moyens techniques, ainsi que les machines les plus avancées du théâtre. La tempête déchaînée par l’antagoniste fait surgir ses éclairs du fond de la scène. La pyrotechnie ainsi que l’utilisation de fumée et d’intenses jeux de lumières exaltent le propos dramatique avec art. La scène où Héléna et Ellias basculent du Pont Maha dans le fleuve a subi un traitement particulièrement sophistiqué, les deux acteurs étant contraints de sauter d’une balustrade, accrochés à une suspension. Des danseurs lèvent alors une toile bleue de plus en plus haut et l’agitent de sorte à représenter les flots, où peu à peu les personnages disparaissent.

Parmi tous les moments cruciaux du drame, il en est un que toutes les interprètes du personnage d’Héléna redoutent, quand le public, lui, l’attend fébrilement. La « folie d’Héléna » est une scène de haute voltige, où la voix, d’abord douce et moelleuse, semble gravir le ciel en d’éblouissantes vocalises, traduisant les moindres hallucinations de la sainte.
Si son héroïsme au cours de la pièce semble discutable pour des raisons évidentes (choix moraux douteux, échecs répétés, abandon au suicide…), il n’empêche qu’Héléna illustre sur scène chacun des cinq Préceptes chers à la Ville, jusqu’à son sacrifice ultime. De gloire, cependant, l’opéra n’en accorde à personne, même pas à Lior dont la victoire est reniée par sa notable absence du dernier tableau. La guerre elle-même est peinte comme un engrenage indéfendable et avilissant, l’amertume du final livrant au spectateur une incompréhension aux limites de l’absence de sens.

On retiendra en particulier ce couplet chanté par Héléna elle-même :

« Du moins, te poursuivant jusqu’en pleine victoire,
À travers tes lauriers, dans les bras de l’Histoire
Qui, séduite, pourrait t’absoudre et te sacrer,
O Guerre, Guerre impie, assassin qu’on encense,
Je resterai, navrée et dans mon impuissance,
Bouche pour te maudire et cœur pour t’exécrer. »
Source : « La guerre », de Louise Ackermann.

Ouverture.

(Première apparition de musique expérimentale chez Lutyens.)

Apparition de la Mort dans la tente d’Ellias de Malwitz.


Scène de folie.


La Tempête sur le Pont Maha, Héléna tombe dans le fleuve.


Les lamentations d’Octave et la mort d’Héléna.



A venir !
BLAH


Ballets

La Crypte des Scarifiés
Cette œuvre-là est la plus difficile d’accès parmi l’ensemble des compositions de Lutyens, et peut-être la plus obscure jamais représentée à l’Opéra. De spectacles, il n’y en a eu de toute façon que quatre de donnés (en 1123) et le manque d’auditoire a fini par avoir raison de leur budget. A l’exception peut-être de quelques rares et (très) fins connaisseurs de musique expérimentale, l’opinion décréta que le ballet fut un désastre inaudible, une bouillie visuellement incompréhensible, qu’on y perdait toute trace du bon goût et de la grâce, et les journaux proches des Industriels le jugèrent même de nature odieusement antipatriotique.
Le compositeur qui d’ordinaire se régale des scandales de ce genre n’a daigné offrir aucune réponse à ses détracteurs et n’a d’ailleurs pas protesté quand il fallut tirer sa révérence. Ses partisans diront qu’il s’est retiré humblement devant la désapprobation du public, mais son collègue chorégraphe, Carol Doherty, ainsi que les musiciens et les danseurs, assureront tous que la bénédiction de ses spectateurs était la dernière préoccupation du Maître pendant ces longs mois de travail. Cela lui ressemblait très peu, du reste : chacun en fut (désagréablement) surpris, et s’il tira pour sa part une évidente et féroce satisfaction de ces quatre pauvres représentations… Il sembla infiniment soulagé, lui aussi, lorsque cette aventure prit fin.

Car outre la modernité complexe de la musique et des danses, il y a de la cruauté, une malfaisance à l’œuvre dans ce ballet : l’intention rampante de dégoûter, voire de blesser un public privilégié, de planter des échardes infectes dans leurs oreilles chastes, dans leurs yeux et leur esprit choyés trop souvent par des scènes conciliantes et aseptisées.

L’expérience avait été éprouvante pour tout le monde, y compris et surtout pour les artistes employés à sa réalisation. L’influence du courant moderniste, porté par Lutyens en musique, a éveillé l’intérêt du Maître chorégraphe, ami.e de longue date avec qui il avait déjà collaboré pour la mise en scène du Voyage dans la Lune. Lutyens et Doherty se sont donc mis en tête de rassembler une troupe hétéroclite de danseurs : ceux qu’au Conservatoire on jugeait trop lourds, brutes, emportés, pas assez lucratifs, et d’autres, d’une espèce tout aussi bizarre, qui ne dépendaient pas de l’institution et qu’on dénicha dans les cabarets et les music-halls. Il fallut néanmoins employer des danseurs plus classiques pour nourrir les effectifs, mais les exigences, les expérimentations et les transgressions des deux metteurs en scène ont fait claquer la porte à de nombreuses ballerines excédées.
Quant aux musiciens de Lutyens, ils avaient déjà pris quelques habitudes à son contact, et ce ne fut pas tant l’anomalie angoissante de leurs partitions qui leur fit préjudice, que l’humeur exécrable du compositeur. D’ordinaire patient et ouvert aux libertés de ses interprètes, il s’est montré tout au long des préparations insupportablement dirigiste, pointilleux à l’excès, et intraitable de toutes les manières possibles. Les danseurs ne furent pas épargnés par son attitude et Doherty dut faire preuve de grands talents de médiateur.trice pour maintenir le spectacle à flots.
Certains ont su percer l’épaisse coquille de son délire et ont cru y déceler une sorte de génie d’innovation et une architecture secrète derrière le fatras infernal que d’autres percevaient plus volontiers. Les artistes, en tout cas, ont dû très souvent choisir entre adorer ou haïr cette expérience qui fut vécue par tous avec une radicale intensité.

Voici l’argument.
Jadis, une expédition scientifique conçut un chemin de fer destiné à conduire une Machine droit dans les profondeurs de la terre, en quête de minerais précieux. On perdit malheureusement leur trace, et bien des générations plus tard, les mineurs craignent encore de creuser trop profondément dans les filons ou de s’aventurer seul dans leurs entrailles. De temps à autre, certains disparaissent là-bas, avalés par les galeries obscures qui s’effondrent derrière eux. Zénaïde, mineuse, a perdu sa sœur Polyxène dans des circonstances semblables. Dans l’espoir de la retrouver, elle embarque clandestinement dans le Train du Progrès dont l’objectif est de faire mieux que l’expédition d’autrefois et revenir avec ces trésors souterrains si convoités par l’industrie.

Le Train part en fanfare, salué glorieusement par la population, sur les mêmes rails empruntés par la Machine d’autrefois. C’est l’exaltation parmi les passagers tandis que le Train s’enfonce sous terre et que d’arrêt en arrêt, on puise d’énormes cargaisons de minerais, mais un violent accident les arrête au milieu du voyage. Dans les ténèbres d’une galerie, le Train est assailli par une horde d’êtres monstrueux, encore vaguement humanoïdes, mais dont les corps tordus et bancals semblent avoir subi les greffes les plus sordides : certains sont affublés de membres d’animaux et la plupart de parties mécaniques. Dans une parade grotesque, ils s’emparent des wagons de minerais et des voyageurs, ainsi que de Zénaïde elle-même, et les traînent jusqu’à leur repaire : une immense Machine qui creuse perpétuellement dans la roche et qu’on reconnaît immédiatement comme l’antique convoi qui a exploré le premier les profondeurs de la terre.

Les descendants de ces pionniers semblent avoir perdu toute idée du monde qui leur survit encore à la surface et vouent un culte à la bête mécanique hideuse qu’est devenue leur Machine, une forme insectoïde, comme un scolopendre, que le spectateur aperçoit (tout comme les êtres monstrueux) comme une ombre portée par plusieurs danseurs sur un grand drap suspendu au-dessus de la scène. Les compagnons de voyage de Zénaïde sont suspendus à des chaînes de montage (encore au moyen de jeux de lumière et du théâtre d’ombres) pour subir le même sort de Recréation que les habitants des galeries, et une gigantesque Araignée mécanique s’occupe de leur greffer divers membres utiles, en déployant de longues pattes crochues. C’est alors que Polyxène fait son apparition parmi ce peuple féroce. Elle présente les mêmes sortes de difformités que les autres, destinés à être exploités comme des bêtes de somme dans cette opération de forage infinie.

Reconnaissant sa sœur, Polyxène l’arrache à la chaîne de montage et aux mains répugnantes de ses congénères pour s’enfuir avec elle dans les couloirs sans vie de la Machine. Des serviteurs mécaniques, menaçants prédateurs aux crocs d’acier, les poursuivent sans relâche. Les deux femmes ont l’espoir de trouver une sortie à cette Machine et de retrouver dans les galeries le Train du Progrès qui saurait les ramener à la surface. Mais de puissantes sirènes résonnent bientôt sur leur chemin et une chaleur étouffante les accable soudain. La scène est envahie d’une lumière rougeoyante, le drap étendu au-dessus de la scène prend feu tout à coup. Leur cavalcade, alors que la Machine touche finalement le centre de la Terre, s’achève. Tous les serviteurs mécaniques et les êtres difformes fondent de concert, dans d’atroces cris et convulsions, et lorsque le drap s’éteint, il vomit sur scène une foule de silhouettes noircies qui s’écroulent en désordre devant les spectateurs.
Zénaïde titube jusqu’au cadavre de sa sœur, s’effondre à ses côtés, et levant un dernier regard en direction du public, s’abandonne à la mort avant que toute lumière ne disparaisse.


Les danses n’ont que peu de choses en commun avec les ballets classiques souvent représentés à l’opéra. Doherty a fait abandonner leurs tutus aux ballerines et souvent, on danse pieds nus ou avec des chaussures plates. Les corps sont tous cassés, les machines humaines effectuent des chorégraphies millimétrées, très régulières, souvent en boucles, où chacune d’entre elles est le rouage d’un grand ensemble. Les danseurs dont les rôles sont humains ne rejoignent pas non plus les modèles classiques : leur mouvement est erratique, ils sont sans repères, sans thèmes ni accents marquant le tempo. Pas de saltations, pas de bonds, pas de pointes gracieuses.

En revanche, Doherty et Lutyens se sont penchés à nouveau sur la danse à illusion, inspirée du mime, telle qu’ils l’avaient déjà pratiquée dans Le Voyage dans la Lune.
- Dans ce précédent ballet, par un jeu visuel, le danseur donnait parfois l’impression de flotter, en se déplaçant à reculons tout en créant l'illusion par ses mouvements corporels qu'il est en train de marcher vers l'avant. Ce pas est utilisé ici aussi, mais plus rarement : on lui préfère un pas de danse plus complexe qui consiste à faire penser qu’on glisse sur de l’air ou un autre qui où le danseur semble marcher sur place (utilisé en particulier pour la fuite tragique de Zénaïde et Polyxène). Un dernier tour consiste à se pencher en avant de 45° degrés par prestidigitation et de pouvoir se relever sans difficulté (des chaussures spéciales ont été élaborées à cette occasion). Cf moonwalk, airwalk, spotwalk, anti-gravity lean, mais aussi sidewalk et turnwalk.
- Il y a aussi bien sûr l’élaboration de techniques de mime consistant à imiter la gestuelle d'un robot, en contractant et décontractant les muscles du corps en rythme sur les parties clés de la musique. Il s'agit aussi de pouvoir isoler chaque partie de son corps pour pouvoir l'activer indépendamment des autres afin de créer un certain effet visuel (isolation de la tête par rapport au reste du corps par exemple). Cf le popping.

Enfin, le mime est également très utilisé au moyen du théâtre d’ombres, comme cela a été expliqué dans l’argument : un drap ou plusieurs draps sont tendus au-dessus de la scène, ce qui permet aux danseurs – grâce à des jeux de lumière – de faire apparaître des formes monstrueuses devant le public. On ne lésine pas non plus sur la pyrotechnie.

En ce qui concerne la musique, chaotique catharsis, elle est riche en effets sonores. Les instruments sonnent de manière inhabituelle, notamment les cordes, et au sein de l’œuvre, sons et bruits sont considérés comme esthétiquement égaux. On emploie divers instruments qui ne sont pas normalement dédiés à la musique, pour produire sifflements, percussions et bruits métalliques qui favorisent une ambiance parfois glaçante de minimalisme.

Ouverture.


Le départ du Train du Progrès, pourtant très glorieux dans ses débuts, se fait rapidement inquiétant en présentant les symptômes des travaux les plus modernes de Lutyens. C’est sans doute le moment le plus optimiste et le plus porteur du ballet, mais les boucles musicales y sont déjà employées, préfigurant les danses mécaniques grotesques des créatures souterraines.

Le départ et le voyage du Train du Progrès dans le ventre de la terre.


Dans cette œuvre, Lutyens ne craint pas de renouveler les harmonies (ultrachromatisme) et les rythmes (mesures asymétriques), ou d’employer fréquemment des « clusters », c’est-à-dire des accords particulièrement dissonants, rassemblant des notes très proches, qui engendrent des frottements sévères pour l’oreille. L’appréhension de toute note finit par disparaître et c’est un timbre global singulièrement amplifié qu’on entend, d’autant plus radical et strident, ici, que le cluster y est volontiers choisi dans l’aigu :

La parade des monstres et la chaîne de montage :


Dans les moments les plus intenses, on trouve aussi des tutti de chœurs fortissimo, soulignés par des cuivres tonitruants et par les graves du pédalier des orgues.
Tous poussent jusqu’à l’extrême puissance sonore un effet d’outre-tombe particulièrement terrifiant :

Le centre de la terre :



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