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 Les feux de la rampe [Otton]

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Zaira Pichardo

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MessageSujet: Les feux de la rampe [Otton]   Mer 14 Fév - 17:37

Je respire profondément. J’ai l’impression d’être revenue au jour de mon premier concert. Ma petite loge n’a rien de luxueux, mais c’est une loge. Situé sous le niveau de la scène, un peu humide, éclairé d’une lumière dorée mais chice, elle accueillait les artiste d’au moins cinq numéros et leur matériel. Inutile de préciser que s’y déplacer était une gageure. Le plus lentement possible pour ne pas me dire que je suis en proie au trac, j’y fais les cent pas. Quelques minutes plus tôt j’avais terminé mon réveil musculaire et mes étirements en compagnie des danseuses qui s'effeuillent. Pour être honnête concentrée comme je l’étais c’est à peine si je leur avais accordé un regard. Normalement tout devrait bien se passer, je ne savais pas pourquoi je me mettais dans un état pareil. En repassant devant le miroir devant lequel les autres filles s’agglutinaient pour retoucher leur maquillage, mon image me rappela comment j’étais arrivée là.

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“Mais vous ne savez pas ce que vous perdez! C’est une merveille! Toutes les salles vont se l’arracher dans quelques semaines!”

Tant bien mal j’avais réussi  tirer Mathé hors du bureau du barbu qui était en charge de la programmation du café-théâtre, un endroit plutôt miteux, mais un endroit tout de même fréquenté et on n’a pas tous les jours les moyens de faire la fine bouche.

Arrête! Ca ne l’intéresse pas, ça ne l’intéresse pas, c’est tout et ce n’est pas grave, on trouvera une autre salle…
_ Mais il ne sait pas ce qu’il rate!
_ Ne sois pas stupide!


Mon ami me mettait toujours un peu mal à l’aise lorsqu’il me faisait passer pour le huitième merveille du monde. Cela me donnait toujours beaucoup de courage pour travailler et améliorer mon jeu et ma danse, mais je ne parvenais tout de même pas à penser que l’humanité toute entière devait se précipiter pour assister à mes performances. Pour lui essuyer un refus était comme une insulte faite à son “diamant noir comme il se plaisait à me surnommer.

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Une fille me donna un coup d’épaule en me croisant dans l’étroit passage entre les portants sur lesquels dormaient encore des costumes de scène.

Pour ma part j’avais le mien. Corset à baleines souples, lacé dans le dos et terminé au dessus du nombril et que Mathé était venu ajuster non sans lancer au passage un regard gourmand aux filles avec qui je partageais la loge, un large pantalon taille basse bouffant aux motifs végétaux frisant l’abstraction. J’avais pris l’habitude, en intérieur de me produire pieds nus même si ça n’évitait pas toujours les échardes des planches trop usées. Mais j’avais fait une reconnaissance comme il se devait et la scène avait été rénovée assez récemment. Depuis peu certaines salles et celle-ci en particulier bénéficiaient de subventions. L’ancien directeur du conservatoire, élu depuis peu prince y avait veillé. Certains s’en félicitaient d’autre criaient au népotisme et pour tout dire j’étais assez partagée mais comme j’avais pu constater que les dites subventions avaient profité à d’autres lieux culturels, j’étais plutôt du premier camp.

“Eh! Ma p’tite. Regarde où tu marches!

Nouvelle?”


Son agressivité était vite retombée et elle avait fait volte face pour revenir vers moi un sourire trop maquillé aux lèvres.

“Ca va bien se passer.”

Elle me prit pas le épaules et avisa mon violon qui pendait inerte au bout de mon bras.

“Musicienne? C’est bien ça.”

Elle tenta de me secouer un peu, en vain.

“Ouh! Mais c’est contracté tout ça! Je t’ai vu t’étirer tout à l’heure c’était pas la peine si c’est pour être aussi tendue… Allez tourne-toi!”

Surprise, je lui obéis et elle se mit en devoir de me palper doucement les muscles des épaules et du dos. Tandis qu’elle redonnait un peu de souplesse à mon anatomie je replongeai dans les événements qui avaient précédé mon arrivée ici avec Mathé. D’ailleurs, où est-il passé celui-là?

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Un peu embarrassé par le spectacle que nous donnions mon regard avait fait le tour de la salle autant pour nous excuser de mon air contrit que pour m’aviser des présents auprès desquels nous allions nous faire une réputation de scandaleux. La soirée était loin d’avoir commencé en ce début d’après midi aussi les tables occupées étaient-elles rares et les convives peu nombreux. La plupart se désintéressaient complètement de nous et de la scène que nous leur proposions malgré moi: une ou deux courtisanes en chasse, enfin, je le supposais, à qui j’avais envoyé un sourire navré.

“Et puis ce n’est pas en t'accrochant avec tous les directeurs de salle que tu vas réussir à m’introduire dans leur programmation.”

Il avait fait mine de s’épousseter comme s’il s’était fait jeter dans la poussière et avait repris le visage calme et souriant que je lui connaissais. De mon côté je pris une mine dépitée de m’être encore faite avoir par son numéro.

“C’est malin! Tu es fier de toi?
_ Hummmmm… Oui, j’avoue que réussir à te berner après autant de temps c’est toujours un de mes petits plaisirs. Non mais, qui t’engagera si je n’ai pas l’air un minimum enthousiaste devant ton talent? Parfois, faut savoir en faire de tonnes.
_ Maintenant que tu as fini ta comédie, on peut passer à la suite?
_ La suite?”


Il y avait sur son visage l’air espiègle qui devançait soit les très bonnes nouvelles soit une de ses initiatives qui me mettaient encore plus dans l’embarras que de devoir l’extirper d’un bureau de directeur de salle.

“Ah! Oui… La suite.”

Il avait plongé la main dans le revers de son plus beau gilet, celui qu’il mettait pour se rendre le plus présentable possible, celui d’ailleurs qu’il porte ce soir. Pans de cuir souple et lustré et plastron cachemir quoiqu’un peu usé et défraichi. Recouvert de sa veste de tweed et terminée par demi-haut de forme, sa tenue bien qu’un peu vieillotte lui allait comme un gant.

Sa main en était ressortie avec une enveloppe somme toute assez épaisse. Qu’il agita doucement sous ses yeux pétillants de mystère.

“On m’a remis ça pour toi. Je crois qu’il ne manque plus que ta signature.”

Il me tendit l’enveloppe l’air dégagé. J’étais toujours impressionnée par la mobilité de son visage et des émotions qu’il pouvait jouer. Mes doigts nerveux s’escrimèrent quelques secondes à ouvrir l’enveloppe sur laquelle aucun signe distinctif ne me donnaient d’indices. Bientôt une liasse à entête des Sélénites apparut. Les Sélénites? Une salles les plus réputées du Domus. Y passer était une chance pour une artiste indépendante comme moi, qui avait l’espoir d’intégrer le conservatoire.

Je regardai incrédule mon acolyte dont la physionomie était passé d’espiègle à triomphante.

“Les Sélénites? Mais…
_ Oui je sais je suis admirable.”


Je me jetai à son cou avec un cri d’enthousiasme.

------------------
“Cassandra! A toi dans deux minutes!”

Le fils de la patronne, Tamino, je crois avait passé la tête au rideau qui fermait la loge et ma masseuse s’interrompit.

“Cassandra, c’est moi. Et toi ton p’tit nom?
_ Euh… Zaïra…
_ Et bien Zaïra, ne me souhaite pas bonne chance.”


Déjà elle s’éloignait un sourire aux lèvres.

“Merde!?”

Elle me fit un petit signe au dessus de son épaule avant de disparaître en direction de la scène.

---------------------
La suite avait consisté à retourner se présenter à la patronne du cabaret, une femme haute en couleur mais bienveillante qui nous résuma les termes du contrat que Mathé avait négocié: Une représentation et deux si la première était concluante. Le cachet n’était pas mirobolant, mais comme disait mon ami, c’était un investissement pour l’avenir. Je m’étais contentée d'acquiescer, faisant toute confiance à mon ami.

Hier j’avais eu droit à une courte répétition histoire de me familiariser avec les dimensions de la scène et me voici, pétrifiée, me demandant si je n’avais pas eu les yeux plus grands que le ventre en acceptant de me produire ici.

--------------------
“Zaïra ma chérie! C’est bientôt à toi!”

Je commence à me faire à l’idée d’être la chérie de tout le monde dans l’univers du spectacle. A croire que même les pires ennemies se donnent du “ma chérie”

Une nouvelle grande respiration emplit mes poumons. Je vérifie l’accord de mon instrument une dernière fois et me dirige vers l’escalier qui me fera parvenir au niveau des proches coulisses. Des applaudissements nourris me parviennent. Cassandra a fait un malheur apparemment. J’espère que ce n’est pas un challenge de plus pour moi. Lorsque je rejoins Mathé, qui n’a rien perdu apparemment du spectacle, je suis déjà dans ma bulle. “Attention de ne pas t’y perdre me pétète sans cesse Mathé. Tu dois communiquer avec le public.” J’entends à peine le maître de cérémonie m’annoncer, puis après les applaudissements convenus, tandis que Mathé me gratifie d’une ultime étreinte. Il n’a rien besoin de dire. Cela fait si longtemps que nous travaillons ensemble et que j’attends ce moment….
le silence m’invite à faire mon entrée.

Avant même mon entrée, les premières notes de mon violon s’envolent vers la salle comme le vent à travers les peuplier, en une longue mélopée. Je sais que ces premières notes, seront décisives pour la suite. Je sais que la moindre faiblesse de mes doigt ou le doute sur l’exactitude d’une note peut tout compromettre. Mais cette introduction se déroule comme dans un rêve et je peux enfin faire mon entrée à pas mesurés. Mes premières figures sont aussi faites pour saluer le public et bien tôt je lui fais face avant de poursuivre mon récital. En fait il ne s’agit que d’un long morceaux découpé en plusieurs mouvements; Les ruptures d’ambiance et de rythme marquent les différentes parties. Tantôt donnant à ma danse la vivacité des antipoles tantôt l’ondoiement des roseau près du fleuve. Je ne perds pas une occasion de croiser le regard des spectateurs pourtant noyés dans la pénombre. Je n’ai pas besoin de le jouer, je leur fait cadeau de mes notes de mon phrasés et du timbre de mon instrument. Je leur offre mes arabesques et mes pirouettes. Regardez! Ecoutez! Tout cela est pour vous. Puissiez vous vibrer de la même flamme pendant ces quelques minutes! Mes doigts courent sur le manche et la touche d’ébène tandis que mon archet caresse ou griffe les cordes. En même temps mes pieds et le reste de mon corps répondent au mouvement des mes bras qui bercent mon instrument en leur offrant un envol sur les tapis de musique.

Et puis la dernière longue note qui précède le silence et le salut. Et puis les applaudissements que je me garderais bien de qualifier. C’est tellement difficile de savoir ce qui se cache derrière ces simples percussions qui ressemblent autant à de la pluie sur les rues de la cité qu’au minerai écrasé au fond des mines. Je me sens bien pourtant j’ai donné ce que j’étais capable de livrer et c’est seulement maintenant que je sens mon coeur battre dans mes tempes et ma respiration qui soulève ma poitrine plus que de raison.

Après un dernier salut, je quitte la scène presqu’en sautillant. Je retrouve Mathé qui ne cache pas sa joie.

“Tu as été divine!
_ Toujours mesuré à ce que je vois.”


Je reprends petit à petit mon souffle avant de réaliser ce que je viens de faire. Je saute au cou de mon ami mi riant mi pleurant.

“Hé! Là! Si tu te mets dans des états pareils aujourd’hui, je ne veux pas être là quand tu entreras au conservatoire.
_ Pour le conservatoire on verra quand on en sera là. Rabat-joie!”
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Otton Egidio

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Jeu 15 Fév - 14:00

"Il n'y a pas de mal à se faire du bien."

Une petite expression banale, parfaite pour justifier des écarts de conduite, digne des ivrognes et autres dévergondés qui placeraient leur propre plaisir avant leur devoir. Pourtant, prononcée par Elikia Lutyens, la phrase avait quelque chose de plus enfantin, presque magique. Comme si elle pouvait, l'espace de quelques minutes, soulager du poids des responsabilités quiconque la prononçait.

Droit comme il l'était, Otton Egidio se la murmura pour lui-même après avoir achevé tout son travail de la journée. Toutes les lettres, plaintes, demandes, ordres d'exécution et notes de services avaient été traitées et ce malgré la difficulté qu'il avait pour déchiffrer l'écriture de certaines personnes. Ou l'écriture tout court en fait. Bénie soit l'imprimerie qui rendait les caractères uniformes et faciles à lire. Les manuscrits provoquaient souvent un agacement coupable chez le Prince qui n'apprit à lire qu'à l'âge de quinze ans, après son entrée au Prieuré.

- Pas de mal...

Il souffla par les narines, amusé de son propre entrain alors qu'il échangeait l'un de ses uniformes contre un autre. Contrairement à un bon nombre de ses cadets dans la grande famille du Prieuré, il avait plusieurs uniformes. Celui d'apparat, bien sûr qu'il préférait porter lorsqu'il exerçait sa fonction de Prince ou lors de cérémonies officielles. C'était le seul qui avait été conçu sur mesure. Les autres provenaient d'une des nombreuses séries, cousues régulièrement pour les besoins du corps armé de la Ville. Sa carrure remplissait assez bien l'une des tailles réglementaires.

Pour des soirées comme celle-ci, Otton conservait d'ailleurs un exemplaire spécial. L'un de ses premiers uniformes, toujours bien entretenu mais manifestement usé. L'éclat des boutons n'était plus ce qu'il aurait pu être et un observateur attentif verrait que tant la veste que le pantalon avaient tout deux été réparés, certes avec soin, au moins deux fois. Une fois dedans, et surtout avec sa cicatrice à côté de l'oeil gauche, le Premier Prieur pouvait passer pour n'importe lequel de ses frères de rang. Un vrai habitué des pavés sales et glissants de Domus.

Ce qui tombait parfaitement bien puisque cette soirée était l'une de celles qui impliquaient un minimum de discrétion. Ce soir, il ne serait pas différent de tous les prieurs ayant passé leur journée à servir la Ville et voulant se détendre un peu, après le service. D'ailleurs, c'était exactement ce qui était en train d'arriver : il était en permission. Une permission qu'il s'accordait lui-même bien sûr, mais il n'y avait personne d'autre qui pourrait le faire.

L'obscurité s'était déjà abattue sur Excelsa alors qu'il quittait le Fort pour commencer sa promenade dans les rues éclairées du District Mercantis. Il n'avait pas pris de cheval et ne comptait certainement pas employer les pouvoirs magiques du Prieuré pour se déplacer en-dehors des combats ou des entraînements.

Traversant les rues, quartiers de trois Districts différents, le Premier Prieur arriva enfin à sa destination. La Maison des Sélénites était une institution importante pour la vie culturelle et pour le divertissement de la population de Domus. Il l'avait connue très grivoise et certainement indigne des grands pontes du monde des Arts, mais elle était toujours tenue avec une passion qui se communiquait au public. Et les subventions du Conservatoire ne pouvaient qu'aider.

Otton s'arrêta devant l'entrée, au milieu d'autres clients affluant vers l'intérieur du bâtiment. La foule le contourna, surtout par respect de l'uniforme, alors qu'il contemplait les lumières extérieures annonçant déjà les spectacles à venir. Il inspira profondément l'air frais de la nuit et s'engagea avec les autres à l'entrée.

Enfin installé au milieu du parterre, Otton avait une bonne vue sur la scène. Une série d'artistes s'y succédait ce soir. Pas d'Opéra, pas de théâtre, plutôt une suite de "numéros". Des visages connus, et des nouveaux aussi, présentant toutes sortes de talents. Du jonglage à la musique, de la danse aux tours de magie.

Parmi les artistes qu'il voyait pour la première fois, il y avait une jeune femme, une violoniste. Elle ménagea admirablement bien son entrée, commençant à jouer avant même de monter sur scène. La musique l'annonça, imposant dans la salle le silence après le numéro précédent. Elle n'apparût qu'au bout de quelques instants, alors que tout le monde anticipait déjà son arrivée. Un pas souple après l'autre, non contente de jouer, elle dansa aussi, sur une série de morceaux magnifiques. Captivant à la fois le regard et l'ouïe, la jeune violoniste avait été très appréciée.

Le Premier Prieur eut l'impression que cette partie du spectacle ait duré une éternité mais fut déçu lorsqu'elle s'acheva par des applaudissements sensiblement plus enthousiastes que deux ou trois salves précédentes. La soirée dura encore une bonne demi-heure, avant que ceux des spectateurs qui ne rentraient pas chez eux directement fassent un crochet par le bar. Personne ne bousculait Otton alors qu'il suivait le courant, remontant par l'arrière de la salle pour atteindre une des banquettes cernant les tables carrées, avec un gobelet de vin à la main. La boisson aurait sans doute pu être meilleure, mais il en avait bu des pires également.

Comme il était le seule représentant du Prieuré ce soir, en uniforme du moins, personne ne s'assit avec lui, préférant rester debout que de déranger un prieur dont le visage n'était pas aussi familier que ceux des soldats de la Caserne Ouest. Il avait donc pour lui les derniers sièges vides et en profita pour boire tranquillement, profitant de la présence des gens autour de lui, les musiques et les paroles du spectacle résonnant encore dans son esprit.

Quelques artistes avaient bien fini par quitter les loges et se mêler au spectateurs, prenant l'un ou l'autre verre aux frais (ou non) de la maison. Parmi eux, la violoniste si remarquable de tout à l'heure. Poliment, le Prince Prieur leva son verre et hocha la tête, la félicitant en silence pour sa performance.

- Si vous désirez vous asseoir, n'hésitez pas.

[Si besoin, je peux ajouter des choses, mais je ne voulais pas trop décider pour ton personage ^^]
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Zaira Pichardo

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Ven 16 Fév - 23:22

Je suis encore loin de mon but, ou plutôt devrais-je dire de mes buts, mais j’ai l’impression que quelque chose d’important vient de se produire dans ma vie. Pourtant je ne réalise pas encore ce qui vient de se passer. Mathé m’entraîne hors du flux des artistes dont c’est le tour de présenter leur numéro. Nous redescendons vers les loges en croisant les artistes qui sas doute vont me succéder.

« Bon sang Zaïra, tu as été splendide ! Epoustouflante ! Même moi je ne savais pas que tu pouvais faire ça. Tu les as mis à genoux ! »

Il n’était pas à une exagération près, je le savais et de toute façon dans un autre monde je n’avais pas la force de le contrarier ni même de lui répondre. Je ne sais pas comment nous avons rejoint la loge où je devais me changer ou du moins me remettre de mes émotions. D’ailleurs là je ne percevais qu’un grouillement indistinct de froufrous et de perruques au milieu d’un courant d’air de parfum plus ou moins assortis entre eux. Je me laisse tomber sur une malle submergée par des émotions un peu trop fortes pour moi, même si je les attendais depuis, longtemps. Mathé continue de me parler mais je ne l’entends guère. C’est le moment où ma prestation repasse devant es yeux.

C’est une drôle d’habitude de débriefing qu’il m’a inculquée et qui se fait maintenant automatiquement presque malgré moi. C’est le moment de toutes les insatisfactions qui me font parfois grimacer malgré moi en repensant à une figure, ou un doigté qui n’est pas passé comme je l’aurais souhaité. Mais aussi le moment où de nouvelles idées émergent… Mais ce soir, je me sens complètement vidée. C’est à peine si j’entends Mathé m’annoncer qu’il va s’occuper de ce qu’il appelle l’intendance. Je revois quelque regard que j’ai subrepticement croisé durant mon numéro et qui reviennent me hanter comme autant de fantômes. Je leur ai offert mes regards mais noyés dans la pénombre de la salle, ils ne m’ont renvoyé leurs regards que comme autant de messages subliminaux qui me reviennent inconsciemment me laissant comme avec l’impression d’un rêve.

Soudain, je tressaille. Je sens des mains se poser sur mes épaules nues et un visage se coller contre ma joue. Je reconnais tout de suite le parfum de Cassandra.

« Je te l’avais dit que ça allait bien se passer… Comment te sens-tu ? »

Je lui réponds en tournant à peine la tête en arrière.

« Très bien mais vidée.
_ Allez change-toi et va savourer ton succès dans la salle.
_ Savourer mon succès ?
_ Mais bien sûr. Si l‘artiste disparait après le spectacle qui s’en souviendra ? Il faut qu’elle apparaisse à ses admirateurs.
_ Admirateurs, admirateurs…
_ Si si , je t’assure. »


Elle me pousse vers mes affaires.

« Allez, on se dépêche ! »

Quelques minutes plus tard, me voici dans la salle. Je suis une nouvelle fois happée par le brouhaha des conversations. Le parterre des spectateurs communiquait largement avec les lieux de rencontre et de bavardage. Le spectacle touchait à sa fin et les convives se levaient et allaient se désaltérer ou simplement deviser autour d’une table. Je ne suis pas vraiment habituée à ce genre d’ambiance où tout le monde semble se connaître et où j’ai l’impression d’arriver d’un autre monde. De temps en temps, je croise des regards qui semblent me connaître et que je n’ai jamais vus.

Ce qui me saute aux yeux est le métissage de la foule, jeunes, vieux, riches et pauvres surtout semblent se côtoyer sans problème alors qu’en dehors du spectacle, ils reprendront leurs antagonismes. N’est-ce pas une des choses qui m’animent ? Je devrais être fière et pourtant je n’arrive pas à me sentir à ma place. Je ne sais pas comment, je me retrouve avec une flute d’un liquide doré et pétillant dans la main, la fraicheur du cristal, enfin, si c’est vraiment du cristal me ramène au monde qui m’entoure. Je pousse mes narines au-dessus de verre. Les arômes en sont agréables. Je réalise que c’est de l’alcool et que je n’en ai jamais bu. Je ne sais pas si j’ai envie de commencer aujourd’hui, mais j’ai un peu soif après le spectacle et les émotions qui m’ont assaillie depuis. Je trempe mes lèvres dans le col et le liquide pétillant titille mes papilles et malgré sa température frappée semble vouloir me réchauffer la bouche et le gosier. C’est un mélange de sensations contradictoires qui est plutôt agréable. Je regarde mon verre avec perplexité. On me bouscule par mégarde, je suis dans le passage de tout le monde dirait-on. Je cherche des yeux un endroit qui ne soit pas sur le chemin de tous ces gens qui ne semblent pas vouloir rester en place. J’aimerais bien retrouve Mathé. Il doit être bien plus son élément que moi dans cet endroit, mais j’ai beau le chercher du regard sa tête blonde bouclée n’émerge nulle part. Apparemment il faut s’éloigner un peu pour trouver de quoi s’assoir. Si je suis assise, je ne risquerai plus de me faire bousculer ou d’avoir l’impression d’être sur les rails empruntés par chacun. Je repense à ce que m’a dit Cassandra mais pour le moment j’ai plus envie d’assurer une certaine survie que de paraître. Les petits cabarets et la rue me semblent pour l’heure, des milieux bien moins hostiles.

Des tables et de banquettes semblent attendre les convives, ou plutôt devaient les attendre car elles sont toutes occupées. Il y a bien cette table là avec encore des banquettes libres, mais l’une d’elle est occupée par un prieur. Je scrute encore les alentours mais c’est vraiment le dernier endroit libre et…
… il me salue de soin verre. Poliment je lui rends son salut. Je n’aime pas trop cette engeance, mais je n’en ai encore jamais rencontré en personne. Je ne sais pas trop comment réagir à son invitation à m’asseoir. J’aimerais tant que mon ami soit à mes côtés car je me sens comme une cruche coincée entre trop de foule et un salut qui viendrait d’un ennemi.

Je lève brusquement le pied en grimaçant. Quelqu’un vient de me marcher sur le talon. Je me retourne par réflexe, et prête à faire un esclandre, mais je me ravise à la dernière seconde. Outre ma sandale qui est à moitié déchaussée, mon tendon d’Achille est écorché et j’ai besoin de m’asseoir pour soulager cet appui au moins pour un moment. Je pose mon verre sur la table du prieur en lui adressant un sourire gêné et prend place à bonne distance de lui avant de me masser quelques secondes le talon. Comment y a-t-il si peu d’estropiés dans ce genre de soirées ? Je ne suis pourtant pas complètement gauche et empotée et j’ai de plus en plus l’impression d’être prise pour cible par tous les fâcheux de la terre.

Je jette un coup d’œil à la dérobée à mon hôte, enfin au prieur dans son uniforme passé par le temps, en même temps que je reprends mon verre ou en prendre une gorgée. Soudain de verre devient comme un handicap de plus, me donnant l’impression de ne plus quoi savoir faire de mon corps. Pour une danseuse c’est le comble ! Cette dernière pensée accentue encore mon mal aise et je repose vivement le verre me demandant ce que je redoute le plus retourner dans la fosse aux lions ou rester en tête à tête avec l’un d’eux ?
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Otton Egidio

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Dim 18 Fév - 21:57

L'uniforme fonctionnait à merveille. Il était peut-être intimidant, mais personne ne se doutait de l'identité précise du prieur assis dans la salle. Au fond de lui, Otton était certain d'être honnête. Il ne mentait pas sur son métier, ni son rôle dans la société excelsienne. Et le poids des responsabilités pesant sur ses épaules ne regardait que lui.

La musicienne profita de la place qui lui était offerte pour ajuster quelque chose à ses chaussures. Ou bien parce qu'elle avait mal aux pieds, Otton n'en était pas certain. En même temps, pieds nus pour la danse ça pouvait être pratique. Mais pour se balader dans une foule de gens et par cette température, les sandales, ça avait l'air d'être bien périlleux... Il lui adressa un sourire maladroit, continuant de boire à petites gorgées.

- Tout va bien ?

En général, les propriétaires des établissements de ce genre s'arrangeaient pour régler des problèmes entre leurs clients. Parfois, bien sûr, le Prieuré devait intervenir aussi. Dans tous les cas, Otton ne souhaitait pas être l'un de ces lourdauds qui viennent draguer la petite nouvelle. Mais elle avait l'air d'avoir mal. Et les prieurs s'y connaissaient en matière de douleur. Puis...

- Vous avez été remarquable tout à l'heure. Première fois sur cette scène ?

Personne à proximité n'appelait encore Zaira par son prénom. Et il ne l'avait pas encore vue auparavant. C'était possible.

Otton fit un geste au patron qui déposa entre eux un pichet de vin. Rien d'exceptionnel, mais bon... Pour celles et ceux ayant grandi dans le District, c'était pas mal du tout. Le Premier Prieur avait goûté aux meilleurs crus financés par la Maison des Navigateurs sans pour autant perdre le goût des choses plus simples. Du vin de taverne de Domus, il n'y avait que ça de vrai.

Bien sûr, il proposa de remplir de verre de l'artiste avant le sien. Un petit sourire se dessina sur son visage. Il était en train de faire ce qu'Elikia Lutyens avait fait dans la Borée, quelques jours à peine plus tôt. Il espérait seulement ne pas finir sur les épaules de l'un de ses confrères de la Caserne Ouest... Il serait gênant de voir le Premier Prieur (si toute fois on le reconnaissait comme tel) faire le même parcours honteux au travers de toute la ville. Mais pour l'instant, c'était loin d'être son intention ou son objectif. Il était venu pour le spectacle et celui-ci fut parfaitement à son goût.

Il n'avait prévu que de boire un verre ou deux et rentrer. Après tout, la journée de demain allait être tout aussi longue que toutes les autres. Mais là, il y avait une opportunité de discuter avec la nouvelle future (et potentielle) étoile montante de la Maison des Sélénites. Il fallait bien en profiter un peu. D'autant plus qu'il allait sans doute devoir côtoyer de plus en plus d'artistes dans les jours et même années à venir. Alors autant s'habituer au plus vite et dans un lieu des plus plaisant et importants... du point de vue sentimental au moins.

- Je ne souhaite pas vous importuner, bien sûr. Mais si vous souhaitez vous joindre à moi, n'hésitez pas.
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Zaira Pichardo

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Lun 19 Fév - 22:34

Je ne sais vraiment pas ce que je fais là. Je me sens comme une fausse note au milieu d’une fanfare désaccordée. Je regarde les robes de plus ou moins bon goût côtoyer les tenues masculine dont l’élégance ne m’apparait pas toujours, mais au milieu de tout ça, je n’arrive pas à légitimer ma place. Se montrer à ses admirateurs! Tu parles! Je ne suis pas assez sûre de ma prestation pour envisager d’avoir des admirateurs et que peut bien leur faire de rencontrer l’artiste qui, les a, dans le meilleur des cas, fait passer un bon moment. Est-ce bien d’aller voir l’envers du décors et s’apercevoir que la violoniste n’a aucune conversation, qu’en fait elle a montré la seule chose qu’elle savait faire?

Je suis donc bien aise d’avoir réussi à me mettre un peu à l’écart. Ca a au moins l’avantage de me mettre en position d’observatrice au lieu de celle d’observée. S’il n’y avait ce prieur à deux mètres de moi je serais certaine d’avoir opté pour la meilleure stratégie. Un prieur! Comment je vais me tirer de ce traquenard? Dans le citée, soit on les adule soit on les fuit. Je crois bien faire partie de la deuxième catégorie. Ne me demandez pas pourquoi. En fait je n’ai jamais eu à faire à eux mais tout ce qui est loi et justice me paraît tellement dérisoire dans cette cité où la loi du plus fort semble primer… D’ailleurs, s’ils étaient si puissants, justesse et efficaces, il n’y aurait pas besoin de toutes ces milices qui patrouillent dans les rues des quartiers qui peuvent se les offrir. Je n’oublie pas que c’est à cause de leur inaction que mon père a perdu son oreille et que les mafias soutirent à mes parents une partie de leur travail.

Je dois cependant admettre que celui-ci, sans doute pas en service malgré son uniforme est assez courtois et avenant et que même si je ne suis pas plus à l’aise qu’il s’agissait du pire des ripoux de son ordre, c’est une agréable surprise.

Je réprime ma grimace de douleur derrière un sourire rassurant.

“Oui, oui, merci.”

J’espère juste qu'il n'attendait pas de plus longue réponse car je ne me voyais pas lui raconter ma vie et les petites misères d’une étourdie qui ne s’est pas re-chaussée. J’aimerais bien que Mathé nous rejoigne mais mes yeux n’arrivent à le débusquer nulle part. Bon sang! Il ne m’a tout de même pas abandonnée?!! Ce n’est pas son genre. Il a dû trouver une activité rentable pour nous dans le secteur. Mais tout de même, il serait sans doute plus à son aise en compagnie de mon prieur que moi. Pour me donner contenance, je re-trempe mes lèvres dans le flutte. il faudra qu’on me dise ce que c’est. Je dois dire que c’est assez plaisant… Autour de nous (le prieur et moi), les femmes ont les yeux qui brillent et s’esclaffent à loisir tandis que leurs cavaliers se donnent des airs d’esthètes. Peut être en sont-ils d’ailleurs, mais certain ont de bonnes têtes de pédants.

Je tourne mon visage avec un sourire reconnaissant presque malgré moi vers l’uniforme écarlate.

“C’est gentil, merci. Ca me touche que ça vous ait plu. Oui c’est la première fois”


Je me dis qu’il faudrait que je me force un peu à faire un peu de conversation, mais ma tête est complètement vide de mondanités et apparemment, les quelques gorgées d’alcool que j’ai prises ne suffisent pas à me délier la langue comme pour Menke. Lui parle fort et se lance dans les récits de mer les plus épiques lorsque l’alcool le desinhibe. Comme une gourde, je me surprend à hausser les épaules comme une gamine qu’on complimente sur sa belle robe. Je dois être vraiment ridicule!

La venue du serveur fait une providentielle diversion qui me permet de me fabriquer un personnage comme le ferait Mathé, même si je n’ai pas son savoir-faire. Je lève le menton pour tenter de me donner une allure digne, mais je ne sais pas si elle tiendra bien longtemps. Jouer un rôle comme ça demande de la constance et de la concentration. Je parviens néanmoins à décliner l’offre de vin du serveur commandé par le prieur en agitant ma main à plat au dessus de mon verre.

“Merci je n’ai pas fini…”

Soudain une idée de réponse peut être un peu tardive me vient et je saute dessus quitte à me couvrir de ridicule une fois de plus.

“Et vous? Vous venez souvent ici?”

J’aurais dit que non, mais seul son uniforme un peu passé faisait office d’indice pour me permettre d’émettre cette hypothèse.

Il ne souhaitait pas m’importuner, c’était déjà ça, mais je ne savais pas trop s’il le faisait ou non. Si j’en jugeais pas mon malaise, il m’importunait en effet, mais je crois bien que ce soir n’importe qui aurait cet effet sur moi. Quand-à me joindre à un prieur… Son petit sourire était difficile à interpréter et je n’aimait pas trop ça. Je repensai alors à Cassandra et à Mathé. Ce dernier me dirait sûrement qu’il fallait faire des efforts pour se faire remarquer. Mais d’un autre côté, j’avais fait des efforts sur scène. Cela ne suffisait-il pas? J’optai alors pour une demie mesure.

“Vous êtes bien aimable, mais je ne suis pas bien sûre d’être d’une très bonne compagnie, frère…”

Ne ne savais pas trop si on disait ainsi et je sentit mes yeux s’agrandir de honte à la pensée d’avoir commis un impair à ma deuxième phrase. Voilà ce que c'était de passer sa vie entre les filets de pêche et les salles de spectacle de seconde zone! On n'avait même pas pensé à me préparer à cette épreuve!
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Otton Egidio

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Mer 21 Fév - 13:23

Il est vrai que la soirée était plutôt tranquille. Des éclats de rire et le bruit des verres qui s'entrechoquent venaient s'ajouter au brouhaha général des conversations. Mais, comparé à d'autres soirs de spectacle, celui-ci se profilait comme l'un des plus calmes. Pas de bagarres, pas d'artistes agressés par des fans enivrés. Même pas encore d'ivrognes vomissant partout. Il n'était pas rare que certaines personnes restent de ce côté de l'établissement pendant l'entracte, voire s'échappent de la salle du spectacle pour rejoindre le bar avant tout le monde en fin de représentation. Si quelqu'un l'avait fait ce jour-là, c'était discret.

- Un succès.

Une réponse tout aussi brève que celle de la jeune femme. Sans doute, les deux se seraient bien entendu, si Zaira aimait vraiment les réponses concises comme celles-ci. La concision était une grande qualité. Mais ce soir, c'était sûrement plus le fait qu'il soit un inconnu (en uniforme qui plus est) qui jouait en sa défaveur. Tant pis.

Otton déposa le pichet de vin entre eux deux et fit signe à son interlocutrice de se servir sans hésiter. Encore une fois, son souhait n'était pas de la saouler mais de simplement lui offrir un verre après son succès...

A propos de succès, s'il s'agissait vraiment de sa première fois sur la scène de la Maison, elle pouvait être fière. D'autres avaient connu un accueil bien moins chaleureux. Sa façon de danser en jouant du violon évoquait davantage les spectacles de rues plutôt que le jeu d'un grand orchestre à l'Opéra... mais cela ne changeait rien. C'était du bon divertissement et le maître actuel du Conservatoire avait fait ses débuts sur ces planches... Peut-être pas celles-ci, précisément. Après tout, Elikia Lutyens avait lui-même financé des rénovations de la Maison des Sélénites.

- J'aimerai pouvoir venir plus souvent. Il haussa les épaules. Il était plus facile de laisser entendre qu'il était fatigué ou simplement trop pauvre. Mais je viens depuis longtemps. J'ai grandi pas loin d'ici.

En réalité sa maison natale n'était pas si proche que ça... Mais il était certainement un natif du District Domus et la Maison des Sélénites était là, pour lui, depuis toujours.

Un bruit attira l'attention du Premier Prieur, à moins que ce ne soit un changement d'ambiance... On perçoit naturellement ce genre de choses, garde ou civil. Une tension qui s'accumula dans le fond de la salle où un petit groupe d'hommes jouait aux cartes. Et ils étaient sur le point de se sauter à la gorge au terme d'une dispute.

Otton se leva pour mieux voir ce qui se passait. Impossible bien sûr de savoir s'il y a une raison d'intervenir dans les détails de la confrontation. Que quelqu'un triche ou soit simplement mauvais perdant, la violence n'était pas une solution ici et maintenant. Le prieur se contenta d'un "oh !" assez fort pour attirer l'attention sur lui et soutint sans broncher le regard des curieux, le temps que les choses se calment. Tous étaient encore assez sobres pour faire le lien avec l'uniforme rouge... Et la situation revint à la normale.

Histoire de remettre de l'ambiance, quelqu'un s'assit même au piano et commença à jouer. Rapidement, la bonne humeur revint dans la salle, doublée de musique et de nouvelles tournées qui se commandaient de tous les côtés. Otton s'assit à nouveau, jetant un coup d’œil du côté du piano.

- Otton, Frère Otton. Mademoiselle ?

L'homme n'avait pas vraiment prévu de faire les présentations... Mais pourquoi pas. Si elle comptait franchir ce petit cap... Même connaissant son prénom, il était difficile de croire que le Premier Prieur était là, juste assis en face d'elle à boire du vin comme si de rien était.

- Ah, c'est vrai que ça manquait de musique. Il but encore un peu de son vin avant de revenir au sujet de conversation qu'il comptait aborder avant l'incident. Ou plutôt le début d'incident. C'est un endroit très célèbre ces derniers temps. Saviez-vous que le nouveau Prince, le compositeur Lutyens, a fait ses débuts ici-même ?

Il ne suffisait pas de jouer de la musique sur les planches de la Maison des Sélénites pour s'élever au sommet de la chaîne alimentaire d'Excelsa. Mais c'était un bon début, apparemment.
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Zaira Pichardo

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MessageSujet: Re: Les feux de la rampe [Otton]   Hier à 9:40

Il avait beau être un prieur, mon compagnon de table, si je pouvais le nommer ainsi semblait des plus courtois, voire flatteur. Ses manières commençaient à me laisser penser qu’il n’était pas dépaysé d’être ici et que peut-être il était un amateur de spectacles. Pourquoi mes préjugés en étaient-ils là ? Refuser aux prieurs la possibilité d’être des esthètes. Peut-être à cause de l’image de souffrance que je m’étais faite de leur fonction, en tout cas cela me laissa songeuse et permit de me détendre un peu sur ma banquette. En même temps je ne me sentais pas forcément personnellement plus à l’aise pour échanger avec lui en tout cas dans l’immédiat et mon regard courait encore sur l’assistance grouillante à la fois pour y apercevoir Mathé qui décidément ne daignait pas se montrer, à la fois me donner une contenance en présence de cet inconnu qui se montrait un peu trop courtois pour correspondre à mes a priori.

Mais il était dit que je n’étais pas faite pour rester longtemps indifférente à autrui ni aux compliments, fussent-ils de la flagornerie. Son insistance la conique à insister sur le succès de ma prestation, me fit tourner la tête vers lui avec un sourire reconnaissant.

« C’est gentil mais je suis encore loin d’être… »

Je m’interromps. La suite pourrait passer pour de la prétention. Je suis encore loin du niveau que je souhaiterais, loin de la renommée que je souhaiterais. C’est vrai que tout cela sonnait comme les phrases vaniteuses des paons de la haute. Il faudrait que j’explique pourquoi j’ai envie d’être reconnue, que je souhaite intégrer le conservatoire, que je veux donner à l’art un rôle, qui n’est pas le sien dirait Mathé, dans l’harmonie du monde. Mais serait bien trop long et prétentieux également d’explique tout cela à un inconnu, un prieur qui plus est dont la fonction originelle et de faire tourner Excelsa rond, même si… Moi aussi je tourne en rond autour de ma défiance à l’égard de l’ordre.

Je fis mine de ne pas voir l’instante proposition de vin de la part de mon compagnon de soirée. Les minutes passaient et je ne pouvais plus faire comme si nous ne faisions que nous croiser. Petit à petit je sentais que je me détendais en sa compagnie qui n’était pas pesante comme je le pensais dans les premiers moments. Cette sensation cependant me faisait culpabiliser, comme si je trahissais ceux que considérais comme « les miens ». Qu’en serait-il plus tard si j’atteignais mes objectifs si déjà je pactisais avec ceux que je considère comme les alliées des oppresseurs ? Les paroles d’un chansonnier en vogue me revinrent en tête, comme une aide à la résistance.


De son côté, le prieur, ne me facilitait la tâche car quelque chose en lui le faisait de plus en plus se rapprocher du peuple et du commun des mortels. Des regrets il en avait et des origines modestes aussi. Il était un peu trop proche de moi pour que je parvienne à le détester autant que je l’aurais voulu et quelque chose en moi sentais un malaise grandir, un tiraillement entre ce que je croyais jusqu’à aujourd’hui et ce que je pouvais constater. Je n’avais comme seule échappatoire que de me dire que celui-ci était sans doute l’exception qui confirmait la règle. D’ailleurs, pour avoir si peu de gallon et un uniforme aussi passé, il ne devait pas être en odeur de sainteté au sein des siens.

J’hésitai à laisser libre cours à la curiosité qu’il attisait en moi malgré la retenue que je m’imposais ce soir et toujours en fait, à l’égard de l’ordre sacré de la cité. Mais une agitation suspecte pour l’uniforme rouge attira son attention et mit un terme à un élan coupable de ma part. Je suivis le regard du frère. Les joueurs étaient en effet bien tendus mais pas plus que ceux que je pouvais à l’occasion dans les bouges qui m’accueillaient d’ordinaire. La scène suscita un petit sourire sur mon visage, sourire amusé et attendri pour ces débordements bien bénins et qui montraient qu’il y avait de la vie ici aussi malgré les conventions guindées qu’apportaient la fréquentation des lieux par les bourgeois en quête de spectacle plus ou moins canaille mais en tout sécurité. La gravité et l’intérêt du prieur pour la dispute me semblait un peu disproportionné, mais il prouva s’il en était besoin l’autorité qu’avait l’uniforme rubicond sur les âmes de tout poil.
Je portai un regard étonné et insistant, sans doute plus que les conventions m’y autorisaient, sur le prieur qui était passé en une fraction de seconde de l’amateur de spectacle aux origines modeste à l’implacable représentant de son ordre. Ces deux facettes pouvaient donc cohabiter en un seul homme ? Je ne sais combien de temps mon insolence darda mes questions sur lui avant que je me laisse happer par la musique. Le swing ternaire de l’ostinato d’ouverture amena immédiatement plus de gaité avant que l’improvisation ne se développe et ne laisse mon attention revenir au prieur.

« Enchantée. »

Je n’étais pas plus enchantée que cela, mais même moi j’avais quelques notions de ce qui se faisait en matière de présentation et la phrase convenue et sans vrai sens réel était sortie malgré moi. D’ailleurs, mon attitude encore un peu raide devait avoir démenti ce pauvre adjectif galvaudé.

« Zaira Pichardo. »

Frère Otton ? Tiens comme le grand prieur. En l’occurrence ce genre de remarque n’avait aucun intérêt mais la pensée s’était imposée à moi, comme à une enfant qui rencontre une gamine portant le même prénom qu’elle persuadée d’avoir rencontré un alter égo avant qu’un plus grand lui explique qu’il n’y avait pas qu’un âne qui s’appelle Martin.

Mais Frère Otton était redevenu le convive que seul son uniforme pouvait distinguer des autres, appréciant la musique le spectacle et peut être la compagnie, la mienne pour l’heure. Cette dernière pensée manqua de me faire exploser d’un rire que je maîtrisai de justesse, sans doute le malaise provoqué par le tiraillement intérieur dont j’étais victime. Heureusement, parler de musique pouvait justifier la nouvelle gaité de mon visage. En tout cas Frère Otton se montrait tout à coup assez désireux de converser de manière plus détendue et le rire que je venais de maîtriser avait eu un effet similaire sur moi.

Quand aux rumeurs qui couraient sur le nouveau Prince Lutyens, j’en étais informée comme tout un chacun dans la ville. Comme à chaque fois que le gratin faisait parler de lui, le peuple avait toujours quelque chose à en dire. Le vrai, le faux tous les bruits possible et imaginables couraient de bouches en oreilles. Les louanges et les haines, le professionnel et l’intime, le public et le privé, tout cela se mélangeait pour constituer une biographie imaginaire. Son passage par cette salle était notoire et le lustre dont elle bénéficiait depuis qu’il dirigeait le conservatoire, laissait libre cours à toutes les spéculations sur son indépendance, son favoritisme et tous les soupçons que de toute façon, chaque décision d’un puissant pouvait attiser. Je hochai donc la tête.

« En effet, je crois le savoir. »

Je sentis mes yeux pétiller de gourmandise.

« Je n’ai plus qu’à espérer que cette scène me porte autant bonheur qu’à lui. »

Les portes bonheur n’existent pas je le sais bien, mais quelqu’un peut-il se prévaloir d’être étranger à toutes les superstitions ? Tout ça pour dire que même si je n’ai pas les mêmes buts que le nouveau prince, pouvoir accéder au conservatoire pourrait être favorisé par mon passage ici ou une autre salle aussi prestigieuse…

Je portai machinalement ma flute à mes lèvres mais rien n’en coula et je la regardai avec un air incrédule qui dut me donner l’air ridicule avant de la reposer sur la table en osant un peu d’humour pour me dédouaner de cet intermède peu flatteur.

« J’espère pour lui qu’il est plus à l’aise en société que moi… »
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