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 Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]

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Otton Egidio
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MessageSujet: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Mar 6 Fév - 14:03

La Ville était calme.

Dans la mesure où une métropole de la taille d'Excelsa pouvait être calme, bien sûr. Mais la vie suivait son cours, sans émeutes, sans menaces se profilant à l'horizon. Du haut de la fenêtre de l'armurerie des officiers, Otton Egidio observait l'Océan à ses pieds. A cette distances, la vagues glacées qui s'écrasaient contre la falaise en bas ressemblaient à des petits ilots de mousse dans un bain et non à une force de la nature déchaînée, poussée par le vent.

D'un geste lent et appliqué, il fit encore glisser le chiffon sur la lame huilée de son épée. Observant le résultat sous la lumière des lampes, le Premier Prieur sourit. La Persévérance ne se limitait pas à un entraînement acharné. L'entretient de son matériel faisait partie de ces tâches apaisantes qui liaient ce Précepte à celui de la Vigilance. Toujours prêts. Et prêts à tout. Même si cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas été obligé de dégainer son arme pour un combat réel, il devait être prêt.

Il rangea son épée à pommeau cuivré dans son fourreau et remit l'huile et les tissus sur l'étagère, à côté de la pierre à aiguiser. Après avoir remis et reboutonné la veste de son uniforme, il ajusta son ceinturon et retrouva ainsi son apparence quotidienne naturelle. Un coup d’œil à l'horloge suspendue au mur lui suffit pour l'informer qu'il était temps de revenir aux affaires de la Ville. Et du Prieuré, par la même occasion.

Quelques couloirs et volées d'escaliers plus tard, il était de retour dans son bureau. Trop de son travail se déroulait ici ou derrière le meuble identique posé au Palais princier. Mais c'était là son devoir et il fallait bien l'accomplir. Heureusement, la paperasse n'était pas la seule au programme de cette matinée. Après une heure seulement, on vint frapper à sa porte. Après un nouveau regard à l'horloge, il invita la personne qui attendait sa permission à entrer.

- Ah, soeur Isabela. Merci de vous être déplacée.

Il lui fit signe d'avancer.

Une femme telle qu'on la lui avait décrite. Jeune, certes, mais manifestement forte et certainement impressionnante. Otton ne la connaissait pas personnellement, mais ses états de service ainsi que les rapports qu'il avait pu avoir depuis la caserne nord étaient plus que suffisants pour le convaincre. Le nom de Velásquez n'avait plus besoin de titres et d'étiquettes. On savait d'où elle venait et, même si elle avait encore beaucoup de choses à prouver, ses supérieurs plaçaient déjà de bons espoirs en elle. Et à raison.

Le Premier Prieur écarta les documents qui s'entassaient devant lui et reporta son attention à la jeune prieuse se tenant droite devant lui.

- J'ai entendu que vous aviez pu faire connaissance avec son Altesse le Prince Lutyens. Pas moins de trois témoignages étaient parvenus plus ou moins directement jusqu'aux yeux ou oreilles d'Otton. Impassible, il poursuivit. J'aimerai que vous me fassiez part de vos impressions concernant cette... soirée.

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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Jeu 8 Fév - 3:29

La matinée s’était déroulée dans le chaos le plus total. Réveillée aux aurores par un ordre de convocation de la plus haute importance, Isabela avait été jetée de son lit dans la plus grande des paniques.

Oh, elle se doutait bien, en se couchant, que la folle soirée de l’avant-veille, ainsi que ses répercussions sur la journée qui l’avait suivie allaient lui valoir quelques remontrances. Après tout, même avec tous les efforts du monde, et la diligence que le prince avait eu la gentillesse de lui faire appeler, la jeune prieuse avait pris ses fonctions avec une heure de retard. Bien sûr, les circonstances étaient exceptionnelles, mais elle n’était pas sûre d’être tout à fait prête à les avouer à qui que ce soit. Heureusement pour elle, ses collègues de dortoirs l’avaient couverte, et c’est à peine si le frère Vitalis avait risqué un regard courroucé dans sa direction lors de la relève de l’après-midi.

Alors, un petit sermon, entre le déjeuner et l’entraînement, ou bien une permission de sucrée ici où là, elle s’y était préparée. Elle aurait même trouvé ça plutôt honnête.

Une convocation tout ce qu’il y a de plus officielle dans le bureau du Premier Prieur d’Excelsa, en revanche… c’était, comment dire, plutôt inattendu.

Là encore, ses compagnons de chambrée s’étaient révélés d’une assistance précieuse. Tous presque aussi inquiets de cette nouvelle que la pauvre Isabela elle-même, ils l’avaient aidé à se préparer, au petit matin, défroissant et briquant les différentes pièces de son uniforme pendant qu’elle filait se laver, puis veillant à ce que son allure soit impeccable, du bout de ses bottines jusqu’à la pointe de la longue natte qui repose entre ses omoplates.

Elle avait remercié chacun d’eux par un sourire, puis une étreinte, au moment de partir, en s’efforçant autant qu’elle le pouvait de ne pas laisser transparaître sa nervosité. De leur côté, et malgré la fatigue apparente de leurs traits, ils avaient fait de même.

Les prieurs et les prieuses de cette ville étaient tous ses frères et ses sœurs, bien sûr, mais ces cinq-là, plus que tous les autres, et peut-être plus, même, que la mère qui dormait dans sa chambre non loin de la caserne, étaient sa famille la plus chère.

Après ça, on lui avait confié un cheval, ainsi que quelques instructions de dernière minutes – dont l’heure et l’endroit exact où elle devait se rendre – puis Isabela était partie.

Le trajet avait duré un instant, ou une éternité. Perdue dans une jungle de pensées toutes aussi hostiles que confuses, la jeune prieuse avait eu du mal à s’en rendre compte. Heureusement pour elle, le canasson connaissait le trajet presque aussi bien qu’elle, et elle était arrivé au Fort sans incident, avec près d’une heure d’avance.
Elle n’avait pas pu se résoudre à se promener, le ventre trop lourd d’incertitudes, concernant son avenir proche, et avait fini par atterrir dans un couloir, debout bien droite dans son uniforme d’apparat, juste à côté d’un fauteuil dans lequel elle s’était trouvée bien incapable de s’asseoir.

Pourtant, tout ça ne pouvait pas… être si terrible, pas vrai ? On n’allait tout de même pas l’exécuter pour avoir… quoi, au juste. Encouragé la princière ivresse ? Dormi comme un sac sur le royal canapé ? Bon, d’accord, elle avait un peu traîné à ramener son altesse à bon port, mais qui pouvait la blâmer pour un tort dont elle avait, pour la grande majorité de la soirée, ignoré jusqu’à l’existence ?

Mais tandis que ses doigts se promenaient, pensivement, sur le délicat rebord d’une petite rose brodée, très discrète, dans le creux intérieur de son gant, toutes ces questions-là, dans son esprit, trouvaient un écho bien plus pessimiste et accusateur.

Elle avait manqué de vigilance, ce soir-là. Elle avait eu besoin de distraction, et autorisé le vin et la musique à lui dérober son attention. Tellement de choses auraient pu se produire, par sa faute. Et si ce soir-là, dans cette taverne, quelqu’un avait décidé de venir étriper le si charmant petit Prince Compositeur, elle aurait très bien pu faillir dramatiquement à son devoir premier.
Elle avait été distraite. C’était inacceptable. Pourquoi était-elle toujours si insupportablement distraite dès qu’il s’agissait de regards brillants et de dentelles légères ?

Ce fut l’esprit bourdonnant d’inquiétudes et de reproches, et les poings serrés par une invincible tension qu’elle emprunta le chemin qu’on lui avait indiqué jusqu’au bureau du Prince Egidio. L’heure était là. Elle hésita encore une seconde, devant l’imposante porte de bois, puis frappa.

Chacun des coups résonna jusqu’au fond de son estomac.

Le corps droit, et l’air concentré, la jeune prieuse s’avança dans la pièce dès qu’on lui en accorda la permission. Elle fit quelque pas, méditant sur la bonne distance à laisser entre elle et le bureau du premier prieur. Elle arrêta son choix un peu au hasard, à un bon mètre de son supérieur, serrant ensemble les talons de ses bottines, puis se raidit, attendant que l’on annonce la couleur.

Ou bien le jour et l’heure de son exécution.

Au moment où les lèvres du Prince Egidio se mirent à énoncer leurs premiers mots, Isabela ne put s’empêcher de froncer légèrement les sourcils. Elle n’était définitivement pas préparée à ce qui se passa alors.

« Mes… Mes impressions… ? »

Isabela était parfaitement immobile, figée dans une posture très protocolaire, qui la faisait paraître encore plus grande qu’elle ne l’était. Sur son visage, pourtant, on pouvait voir briller une vaillante lueur de confusion.

Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’attendait son supérieur, à cet instant précis.

« En réalité, pour… la plus grande partie de cette soirée, j’ignorais complètement que j’avais affaire à… son Altesse. Il me semble que… c’était là son intention ? »

Elle se sentait scrutée. Disséquée, presque. Comme un de ces cadavres qu’on envoyait parfois à l’Apothicariat sur des charrettes.
La jeune prieuse n’était pas vraiment habituée à ce que chacun de ses mots aient autant de poids. De pouvoir. Car elle n’avait pas non plus envie d’attirer des ennuis à Elikia. Au Prince Lutyens. Est-ce que c’était seulement possible ?

Sûrement que lorsqu’on atteignait le rang de Prince, il n’y avait plus grand monde pour vous taper sur les doigts. Pourtant, s’il en existait une, à Excelsa, capable d’atteindre le prince compositeur de son jugement, c’était bien le Premier Prieur lui-même.

Bon sang, Qu’est-ce qu’elle était censée répondre, au juste, qui ne soit trop incriminant pour personne, et qui satisfasse dans la foulée la drôle de question de son Altesse le Prince Egidio ?

« Quoi qu’il en soit, dès que j’ai su… » Ou presque. Mais s’il y avait bien eu hésitations, débats et protestations, ils n’avaient que peu retardés sa décision. « Dès que j’ai compris ce qu’il en était, j’ai évidemment mis en œuvre tout ce que j’ai pu pour le ramener saint et sauf au Palais. Hm. »

Evidemment.

« Je… ne me permettrait pas d’émettre un jugement sur… les motivations ou les décisions du Prince Lutyens, ce soir là. Je ne crois pas que cela soit ma place. Je suis simplement heureuse que l’incident n’ait pas eu de conclusion dramatique et que tout soit rentré dans l’ordre. »

Peu importait, après tout, que l’ensemble des moyens utilisés pour veiller au bon retour du prince aient été particulièrement confus et peu professionnels. N’est-ce pas ? L’essentiel était que tout le monde soit retourné intacts à la sécurité et que…

Une pensée la glaça soudain.

« Tout… tout est bien rentré dans l’ordre, n’est-ce pas… ? »

Dans son dos, sa main droite vint discrètement enserrer la gauche gauche, son pouce se pressant inconsciemment dans le creux de son poignet, juste sur la ligne de son tatouage, comme à chaque fois que l’incertitude la gagnait.

Et si le prince avait attrapé un… un genre de fluxion, sur le chemin du retour ? Ou s’était fait voler un effet important ? Est-ce qu’on l’accusait de quelque chose, à la fin ? Est-ce que des rumeurs s’étaient répandues sur son incompétence ? Ses manquements aux préceptes, ou à sa fonction ? Sur…

Dans le secret du creux de son poignet, la pulpe de son pouce rencontra le petit relief d’une rose, et dans la poitrine d’Isabela, son cœur marqua un battement plus profond que les autres.

Non, ces choses-là, personne ne pouvait les savoir. Pas vrai… ?
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Jeu 8 Fév - 14:21

Otton écouta attentivement. C'était là une des choses qu'il faisait très bien. Rester impassible et serein sans rompre le contact visuel, c'était dans ses cordes. Manifestement, cela pouvait mettre des gens mal à l'aise mais dans son esprit cela compensait les fois où lui-même se retrouvait mal à l'aise face à ses compatriotes. De toute façon, la jeune prieuse en face de lui s'en sortait plutôt bien.

Même déstabilisée par une tournure des événements qu'elle n'avait de toute évidence pas prévue, elle se reprit rapidement pour faire un résumé concis de sa soirée en compagnie d'Elikia Lutyens. Otton hocha la tête.

- C'est un bon acteur, on ne peut pas lui enlever ça.

Ce constat fut prononcé sur un ton neutre, s'alignant avec le reste des paroles et des gestes du Premier Prieur. Il fit signe à Isabela de poursuivre. Son discours était un peu hésitant, mais on pouvait difficilement douter de sa sincérité. Et, tenant compte de toutes les informations que le prince ait pu rassembler sur cette jeune femme, elle avait certainement géré la situation au mieux de ses possibilités, furent-elles limitées par l'alcool.

Ses espoirs étaient justes, bien sûr. Elikia était rentré, sain et sauf. Son réveil avait probablement été douloureux mais ce n'était certainement pas la première ou la dernière fois que l'artiste goûtait aux plaisirs de la boisson. Ainsi donc oui, tout était rentré dans l'ordre. Exactement comme les choses devraient être. L'ordre était, selon beaucoup de gens, un (sinon le) résultat à obtenir du bon respect des Cinq Préceptes.

- Oui, tout est rentré dans l'ordre. Le ton de la voix d'Otton se détendit un peu. Même si j'aurais préféré que les choses se déroulent autrement, bien sûr.

Sans être un grand amoureux des cérémonies officielles et des politesses trop pompeuses, le Premier Prieur aurait sans doute préféré qu'Elikia ne rencontre pas sa nouvelle garde du corps dans un boui-boui de la Borée. Ceci dit, le hasard avait fort bien fait les choses puisque maintenant, les deux partageaient... quelque chose. Otton n'arrivait pas à mettre de mot précis dessus mais un lien positif les unissait sans doute.

Cela pouvait être un piège dans lequel la prieuse devait éviter à tout prix de tomber, bien sûr. Elikia Lutyens était un homme qu'il était facile d'aimer ou d'admirer. Mais une camaraderie trop franche avec lui pouvait un jour troubler le jugement d'Isabela.

- J'aurais également souhaité entendre votre opinion personnelle du Prince Lutyens mais je suis conscient que vous n'en ayez pas encore une. Après tout, ils venaient de se rencontrer et la conversation n'a peut-être pas été d'une grande profondeur. Et Isabela allait bientôt disposer de beaucoup de temps pour se forger une opinion en bonne et due forme. Dans tous les cas, je ne vous ai pas demandé de venir pour ça. En tout cas pas seulement.

Il haussa les épaules. Définitivement, ces derniers temps, il parlait plus que nécessaire. Ils étaient des prieurs, il ne fallait pas tout exprimer à voix haute. On pouvait passer aux choses sérieuses.

- J'ai pour projet de vous nommer responsable de la sécurité d'Elikia Lutyens. Il laissa un moment pour Isabela. Elle n'avait peut-être pas prévu que sa carrière prenne cette tournure-là. D'un autre côté, on ne pouvait pas passer la journée dessus. Votre nom est déjà sorti du lot il y a plusieurs semaines. Vos états de service sont excellents et vous avez... la prestance nécessaire, il me semble. Elle était bien plus grande et large d'épaules que lui et pouvait se tenir au moins aussi droite tout en gardant sa dignité. La crispation actuelle passerait certainement avec le temps. Il se permit un petit sourire avant de conclure. Et votre récente expérience ne fait que confirmer que vous vous entendrez bien.

Il n'y avait pas de sarcasme dans la remarque d'Otton. Il était en train de proposer à Isabela de dédier une bonne partie de sa vie à un élément très précis de la Ville. Très important et certainement prestigieux. Mais elle serait écartée des rues de la Borée la plupart du temps. Ou du moins, on pouvait l'espérer. Il serait fâcheux qu'Elikia s'autorise ce genre de promenades tous les soirs. Toujours est-il qu'il serait pour le moins mal avisé de forcer deux personnes à passer autant de temps ensemble s'ils devaient se détester ou se gêner.

- Si au terme de cette conversation, vous ne souhaitez pas endosser cette responsabilité, dites-le moi. Cette mission ne devrait pas vous être imposée et elle ne le sera pas.

Le visage d'Otton reprit son air de statue de granit. La plupart des tâches au Prieuré faisaient objet d'un ordre indiscutable. Celle-ci était délicate car elle touchait la politique, la représentation de la Ville et la sécurité, ô combien cruciale, du Prince qui avait sans doute plus d'ennemis que les autres réunis... La Princesse Ibihn mise à part, peut-être. Ce n'était pas exactement le genre de défis auxquels on vous préparait lors de vos années de formation. Otton lui-même avait appris sur le terrain, en suivant la Princesse Prieuse Aliénor Hamilton. Autant qu'Isabela ait une chance de s'écarter de la route de l'Histoire et de la Politique, si elle craignait d'être écrasée. Bien sûr, attraper le train en marche pouvait s'avérer être une excellente opportunité.

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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Lun 26 Fév - 23:07

« R-responsable… ? »

Dire que la nouvelle lui était tombée dessus aussi violemment qu’une mandale dans la bouche aurait été le plus doux des euphémismes.

Isabela était sonnée. Les lèvres entrouvertes sur une question qui ne voulait pas en sortir, elle restait là, figée, incapable de digérer l’information que l’on venait de lui jeter au fond de l’estomac. Soudainement, tout l’air de la pièce semblait avoir disparu, aspiré par la fenêtre, et elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer que, d’un instant à l’autre, le premier prieur et elle allaient suivre le même chemin.

Pourtant, tandis que le Prince Egidio poursuivait le cours de sa pensée, aucune réelle dépressurisation ou autre apocalypse ne daigna venir ravager le bureau. Ce qui semblait être une sommaire justification de son choix, ne ressemblait, dans la tête d’Isabella, à rien d’autre qu’un bruit de fond un peu flou, et si elle en captait, de temps à autre, un mot du genre « prestance », « états de services » ou « responsabilités », le reste lui était complètement perdu.

Aussi, lorsque les attentions bleu acier du premier prieur montèrent se fichèrent droit sur elle, elle dut dépenser la totalité de ce qu’il restait d’énergie dans chacun de ses muscles pour ne pas sursauter comme une petite fille prise en faute. Bon sang ! Quelle démonstration de son caractère était-elle en train de faire à son supérieur, là, au juste, hm ? Elle n’était pas en train de se faire réprimander pour un vol de cookie ! On venait de lui proposer une promotion !

C’était vraiment lamentable.


« Pardonnez-moi, mon frère. Altesse. C’est… » Elle mordilla nerveusement le bord de sa lèvre, les yeux fuyant un instant le regard de son interlocuteur, mais sa voix tentant de se farder d’un peu de conviction au milieu de toute sa stupeur. « Juste drôlement soudain, voilà... »

Ça pour être soudain…

Au fond de sa poitrine, sous la surface impeccablement tirée de son uniforme, son cœur battait encore à tout rompre. Le pauvre, déboussolé, semblait déterminé à essayer de jouer plusieurs chansons à la fois, chacune dans un rythme précis et distinct des autres.

D’abord il y avait la surprise. Vive et imprévisible, toute en notes sautillantes et en accélérations impromptues, elle englobait toutes les autres et les teintait d’une constante fébrilité. Ensuite il y avait l’inquiétude, et son cortège de questionnements et de doutes, qui tambourinent des ostinatos sinistres résonnant jusque dans la plante de ses pieds. Enfin, tout au fond de cette cacophonie-là, il y avait une petite étincelle d’exaltation. Discrète, mais vivace, ses roulements de tambour pressés allumaient dans les prunelle d’Isabela une teinte presque rêveuse. Là, quelque part, derrière tout ce capharnaüm de questions et d’angoisses, une porte venait de s’ouvrir sur un champs d’inédites possibilités.

Oh, car elle y avait rêvé, sans aucun doute. Peut-être pas dans ces exactes circonstances – et plus souvent au chevet de princesses que de princes, puisque c’était souvent par-là que voguait son imagination débordante –mais ça oui, elle avait usé, en rêve, les sols de ce Palais dont elle ne se figurait jusqu’à peu que des décors inventés. Elle s’était tenue grande et fière, élégante et, aux côtés de ses nobles charges. Elle avait repoussé des assassins, côtoyé la musique des bals, et écouté avec un air stoïque les murmures du grand monde. Mais ça n’était toujours resté qu’un joli songe, parmi d’autres, pour se bercer les soirs où son dos lui faisait mal, où quand les déboires de sa mère la tenaient injustement éveillée. Elle n’avait jamais tout à fait considéré la possibilité que cette rêverie là se fasse réalité un jour.

Et pourtant.

Et pourtant elle se tenait là. Elle avait redressé les épaules, effacé méthodiquement la confusion qui avait zébré un instant son visage, et, à présent que la stupeur commençait à se distiller dans cet intérêt tout retrouvé, l’angoisse cédait la place à…  des interrogations plus justes.

Était-ce là sa juste place ? Le chemin sur lequel chacun de ses pas l’avait entraînée, dès l’instant où elle avait pris le rouge ? Était-ce là qu’elle servirait le mieux la ville et ses habitants ?

Elle n’en savait rien. A l’intérieur de sa poitrine, les délibérations à ce sujet étaient loin d’être tout à fait menées. Mais en tout cas cela semblait être l’avis du frère Otton, et qui pouvait bien être mieux placé que lui pour juger de ces choses-là, n’est-ce pas ? Si le plus sage et le plus expérimenté de ses pairs la pensait apte – d’avantage, même, précisément désignée – pour cette place, alors cela ne pouvait être une erreur.

Relevant un regard déjà plus décidé vers le prince, elle se prit à le jauger, un court instant, comme pour chercher dans le bleu de son regard une réponse à ses interrogations. Puis, redressant prudemment les épaules, et le menton, et secouant les derniers lambeaux de doutes comme un chien qui s’ébroue, elle trouva enfin le courage de reprendre la parole.

« J’ai toute confiance en votre jugement, frère Otton. Si vous estimez que ma place est aux côtés du prince, alors je serais ravie de servir ma ville en protégeant l’un de ses nouveaux souverains. »

Elle inclina aussitôt la tête, sobrement, mais dans un réflexe presque conditionné, tandis qu’elle évoquait son désir de se savoir utile au bien commun. Dans le secret de son dos, ses mains se nouèrent l’une à l’autre dans une quête fébrile d’éloquence ; elle ne pouvait pas se permettre de mal exprimer sa pensée, quand le sujet était aussi décisif.

« Seulement, j’ai peur de… » Non. Ne parle pas de peur, idiote. « Je crois ne pas être tout à fait certaine de connaître l’étendue de la tâche qui m’attend. » Un peu mieux. « Ou du moins le détail plus concret de ce qui constituerait mon rang et mes obligations. » On y arrive… « Par exemple, si j’accepte, devrais-je résider au Fort de manière permanente ? »

Devrais-je laisser ma mère croupir sur le sol d’une taverne à défaut de pouvoir faire le chemin jusqu’à la Borée chaque nuit pour veiller à ce qu’elle retrouve le chemin de sa chambre ?

« J’imagine… j’imagine que j’aurais la direction des frères et sœurs de sa garde, et… que j’en serais le visage public ? Mais c’est à peu près tout ce que je peux me figurer, à cet instant, et je préfèrerais pouvoir prendre la décision la plus éclairée possible. »

Ou bien, à défaut, elle pourrait savoir à quelle sauce le nouveau monde de la haute allait la dévorer, si elle ne s’en montrait pas à la hauteur.

Mais ces pensées là, elle aurait tout le loisir de les explorer plus tard, pas vrai ?
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Mar 27 Fév - 14:11

Soeur Isabela mit un moment à encaisser le choc. Otton l'écouta, impassible, bafouiller de surprise. Elle était certainement venue avec une autre idée en tête. Et voilà qu'elle se retrouvait sur le point d'être promue parmi les officiers les plus prestigieux, à défaut des plus influents, du Prieuré.

Finalement, sa réponse constitua une preuve de plus qu'elle pourrait se faire une place dans le monde des grands. La prieuse se montra à la fois humble et flatta son supérieur dans la même phrase. Si elle s'en remettait au jugement d'Otton, l'affaire était close dans ses grandes lignes. Le poste était sien. Le flot de questions qui suivit était bien à prévoir. Isabela devait se préparer pour cette nouvelle fonction.

- Asseyez-vous. C'était aussi bien un ordre qu'une invitation. Non seulement ils allaient devoir discuter encore un long moment mais en plus, la jeune femme avait sans doute besoin de relâcher ses muscles tendus par le stress. Je me suis déjà retrouvé à votre place, même si les circonstances étaient différentes.

Assurer la sécurité d'un artiste ou celle de la Première Prieuse étaient deux choses différentes. Les Princes Prieurs assuraient eux-mêmes la gestion de leur garde rapprochée, lorsque celle-ci était nécessaire. Déjà, personne n'avait besoin de veiller sur leur habitation, sachant qu'ils dormaient au cœur d'une des forteresses les plus imprenables du Continent. Elikia Lutyens était un cas différent. Très différent.

- Je vais tâcher d'être bref. Vous serez autorisée à gérer votre temps et votre vie de la façon qui vous paraîtra optimale. Votre mandat vous autorisera à réquisitionner huit de vos frères et sœurs. Une force suffisante pour assurer des rotations et des renforts éventuels en cas de grands événements auxquels la présence d'Elikia serait requise. Votre objectif à est d'assurer la sécurité du Prince Lutyens à tout moment et en toute circonstance. Au Palais, vous pouvez vous reposer sur les frères déjà en faction. Pour toute demande de renforts ou situation spéciale, vous ne rendez des comptes qu'à moi.

Isabela connaissait déjà les grandes lignes de son futur travail. Difficile de se méprendre sur une grande partie. Représentation, organisation, vigilance... Entourer un Prince aussi jeune et actif allait certainement poser plus de problèmes que pour Hanaë Ibhin qui pouvait passer des journées entières sans sortir de son atelier. Mais la prieuse allait surtout devoir jouer dans la cours des grands. De tous les grands, les notables de la Ville comme officiers du Prieuré.

- C'est ça. Otton hocha la tête. Tâchez de vous choisir des compagnons fiables mais aussi qui ont une carrure digne des uniformes de cérémonie. A ce stade de leur mission, l'apparence devenait importante pour les Prieurs. Si le Prince vous demande de le laisser seul, obéissez, mais soyez certaine que tous les accès sont sous contrôle. Autrement, vous n'avez pas à suivre ses ordres. Renvoyez-le vers moi si nécessaire. Et vous, vous seule, êtes autorisée à faire usage de la force contre le Prince si cela est nécessaire pour le mettre en sécurité.

Le Prieuré était le garant du respect des Cinq Préceptes. La Sécurité étant souvent citée comme le plus important d'entre eux. Puis s'il fallait juste prendre Elikia sur l'épaule et courir, sœur Isabela avait la carrure nécessaire pour que l'usage de la force soit minimal...

- Cette sécurité doit être aussi discrète qu'efficace au quotidien et splendide lors des occasions spéciales. Comme je vous l'ai dit, les détails sont laissés à votre discrétion mais si vous n'êtes pas avec lui, vous devez savoir où il est. Avec qui et pour combien de temps. Personne ne doit connaître ses agissements mieux que vous.

Cela n'épuisait sans doute pas toutes les questions qu'Isabela pourrait avoir concernant ce rôle qui lui tombait dessus. Mais c'était un excellent début. Différent de ce qu'Otton avait dû faire pour sa vénérable mais téméraire prédécesseur. Une Princesse Prieuse ne pouvait avoir de gardes. Elle avait des conseillers. Pour Elikia Lutyens, Isabela Velásquez ne devait être que la garde. Rien de plus mais surtout, rien de moins.

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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Jeu 26 Juil - 23:09

Les mains de la prieuse trouvèrent à tâtons le dossier d’une chaise, et elle s’y assit, lentement, incapable de décrocher les yeux de son supérieur. Il y avait beaucoup de mots qui bondissaient des lèvres du frère Otton. Beaucoup de mots et d’informations, et Isabela se trouvait complètement terrifiée à l’idée d’en rater un seul. Pour quelqu’un qui prétendait avoir été à sa place, l’homme semblait n’avoir que peu de compassion pour sa capacité à assimiler les consignes – et les conseils qui s’y mêlaient dans une épuisante cavalcade verbale. Ou peut-être que tout ça faisait partie d’un genre de test pour voir comment elle gérait les flots rapides d’information.

Une tension plus vive encore se noua entre ses deux épaules, tandis que son visage, lui, se plissait de concentration.  Elle ne devait surtout pas perdre le fil.

Et pour ce faire, elle devait écarter de ses pensées tout à la fois les rêveries mondaines qui auraient bien voulu y germer et les inquiétudes que l’idée de ne pas être à la hauteur de la tache tentait d’enraciner là. C’était un assaut sur deux fronts, au milieu duquel Isabela se retrouvait vicieusement acculée, et que l’énumération princière attisait un peu plus à chaque seconde.

Oh, et les demandes de renforts, et les uniformes de cérémonie, mais la sécurité à tout prix, y compris celui du consentement de sa charge… mais les occasions spéciales et leurs tourbillonnants manèges de belles gens et de beaux jardins… Tout ça était suffisamment vague pour ne dissiper strictement aucune de ses angoisses, et pourtant juste assez évocateur pour mettre en route son imagination.

Oh, la vie dans l’ombre princière, le meilleur salaire, les opportunités d’être belle et brillante et importante… Offrir une meilleure vie à ses amis et à sa mère. Servir avec un grand S sa cité non plus par le fond mais par le haut. Contribuer, peut-être, au bon déroulement d’un changement politique majeur dans la cité. Être à sa place, toujours, mais dans une place plus excitante et plus jolie encore. Côtoyer ce qui se fait d’élégant et d’ensoleillé en ce monde…

Le côtoyer lui.

Oh, elle n’avait même pas songé à ça, pas vrai… ? Est-ce qu’il serait même content de la savoir à ses côtés ? Certes, leur première rencontre s’était achevée sur une note suffisamment douce pour la laisser pareille à une rêveuse jouvencelle, mais il était indéniable que l’aimable prince compositeur, lui, conserverait de cette soirée et de ses péripéties un certain nombre de points noirs.
Car le jeter sur son épaule pour l’emmener vers la sûreté, elle l’avait fait, justement. Et elle n’avait nul doute qu’elle serait capable de le refaire, le moment venu. Pourtant, au vu des protestation qu’avait émise le principal concerné, il n’était pas acquis que la perspective soit au goût de son employeur.

Quelque chose lui disait que cette promotion n’allait pas faire beaucoup de bien à… enfin à ce petit bout de début de quelque chose qu’on aurait pu qualifier de relation, entre le prince et elle. A son plus grand regret.

La jeune prieuse ferma les yeux, s’efforçant de ramener son attention sur les paroles de son interlocuteur

« Je comprends. » Ou du moins elle espérait n’avoir rien omis de comprendre. Le frère Otton avait parlé longuement. « Et je suis encore une fois très honorée Je prie pour être à la hauteur de la tâche qui m’attend. »

Elle eut une pensée pour son père, à cet instant précis, ravalant le pincement que le sujet faisait naître dans ses entrailles pour se redresser dans sa chaise. Aurait-il été fier d’elle ? Heureux de voir son nom porté plus haut encore que les faits d’armes de tous ces ancêtres avaient pu le faire dans toutes leurs vies combinées ?

Dans sa poitrine, le cœur d’Isabela se mit à battre plus fort encore que le tonnerre ou la poudre. Ce moment était si important, et en de si nombreuses manières…

« Et pour que le prince Lutyens partage votre enthousiasme quant à ma présence à ses côtés. »

Avec un peu de chance, Elikia prendrait mieux la nouvelle si elle lui était annoncée officiellement par son estimé collègue.

Quant à elle… et bien il devait bien se trouver quelque part un estimé collègue pour faire la passation des connaissances qui lui manquaient. Son poste était bien occupé par quelqu’un, avant qu’on ne l’y catapulte sans préambule, et Denvis Shah ne se promenait pas sans protections, avant de passer l’arme à gauche.

D’ailleurs, on n’attendait sans doute pas d’elle qu’elle improvise. Pas pour une tâche si importante, pas vrai… ?

Enfin, elle pouvait toujours demander.

« Merci beaucoup pour ces précisions, Altesse, il est certain qu’elles me seront très utiles. » La jeune prieuse baissa la tête, avec humilité, rassemblant ses mains sur ses genoux, tout en cherchant la meilleure manière de poursuivre sa pensée sans froisser son interlocuteur. « Cependant peut-être serait-il également sage que je rencontre celui ou celle qui occupait cette fonction avant moi. Pendant le règne du prince Shah. »

Elle espérait de tout cœur que le premier prieur ne serait pas heurté par sa demande, et que sa tentative timide de diplomatie sur le sujet ne serait pas interprétée de travers. Après tout, si elle s’engageait dans cette ligne professionnelle – et à ce stade, le doute sur la question s’était quasiment dissipé – il faudrait bien qu’elle se fasse à l’exercice.

« Il y a encore une multitude de détails qu’il me faudra passer en revue, et je m’en voudrai de vous retenir ici toute la journée. Héléna sait que vous avez sûrement des affaires plus importantes à régler que ma formation. »

Si elle devait en juger par la montagne de boulot qui encombrait les quartiers d’Elikia – à ce stade il avait probablement plus de travail que de mobilier dans sa chambre princière – la vie des princes était rythmée de bien plus de responsabilités qu’elle ne pourrait jamais se figurer. Le bureau du prince Egidio, lui, semblait bien moins encombré, mais elle se garda bien d’en déduire quoi que ce soit.

Les responsabilités prennent des formes multiples, après tout. Et puis le premier prieur avait le net avantage sur son collègue de disposer de rangements pour ordonner les siennes.

« Mais si vous pouvez me pointer dans la bonne direction je pourrai m’en remettre à lui… ou à elle. Pour la suite. »

Les mains nouées ensembles sur ses genoux, la prieuse se contenta de sourire, avec toute la témérité dont elle était capable, pas encore tout à fait certaine qu’elle ne fonçait pas droit dans un mur, mais pourtant déterminée à ne pas s’arrêter de courir.

Si c’était le destin qui se déroulait là, sous ses pieds, elle n’avait pas le droit d’en ignorer l’appel. Et si sa place véritable se trouvait au bout du chemin, alors il était de son devoir de courir la prendre sans céder à l’hésitation.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Dim 29 Juil - 17:55

Otton se retenait de grimacer. Il parlait trop. Mais Isabela ne le prenait pas aussi mal qu'on pouvait prendre tout ceci d'un coup. Il plaçait un poids énorme, en apparence du moins, sur ses épaules. Au final, la tâche n'était guère complexe : elle était épuisante et déterminante pour sa carrière. Dans le pire des cas, la jeune prieuse s'exposait aussi à des sanctions gravissimes, comme à une vie d'aristocrate d'autre fois. Chaque Prince d'Excelsa avait une "Cour" autour de lui. Otton s'entourait de son amant et de ses officiers, Hanae de ses scientifiques (et poules aux œufs d'or) et partisans au sein de l'Académie. Maintenant, Isabela Velásquez ferait partie du cercle proche d'Elikia Lutyens.

Dans les rues, il suffisait de faire ton travail et obéir aux ordres. Dans les salons, accomplir son devoir ne suffisait pas toujours à assurer sa carrière ou sa simple survie. La politique était sale et les prieurs n'étaient pas faits pour la mener avec finesse. Pourtant, la requête d'Isabela montra au moins qu'elle ne perdait pas le nord et souhaite remplir son rôle au mieux.

- Je suis certain que le frère Mathias sera ravi de partager son expérience. Il devrait être dans la cour.

Après la mort paisible et les funérailles d'Etat de Denvis Shah, son service de sécurité fut rappelé au Fort et réparti parmi quelques prestigieuses fonctions. Leur commandant supervisait désormais les entraînements avancés de combat à l'épée.

Le Premier Prieur tendit à Isabela un document, plié en quatre. Même là, on pouvait distinguer l'épaisseur d'un sceau officiel. On pouvait y lire ceci :


Par décret de son Altesse Otton Egidio, Premier Prieur et Prince d'Excelsa, Sœur Isabela Velásquez est affectée au service du Palais avec effet immédiat. Sa charge est d'assurer la sécurité de son Altesse Elikia Lutyens, Premier Maître et Directeur du Conservatoire.

Le présent mandat élève Sœur Isabela au rang d'officier de quartier et lui accorde tous les privilèges relatifs à cette fonction. Par décret, son nouvel officier supérieur est le Premier Prieur lui-même. Ce dernier demande à tous ses Frères et Sœurs d'apporter leur assistance à Sœur Isabela de toutes les façons nécessaires pour l'accomplissement de ses devoirs.



Cette brève mais importante missive, n'avait certainement pas été rédigée de la main d'Otton. Il n'avait apporté que son sceau et, bien sûr, sa signature quelque peu maladroite. Œgidio. Il était d'ailleurs content que la jeune femme ait accepté parce que faire refaire ce document l'ennuierait au plus haut point...

- Ceci vous sera certainement utile.

Les documents qu'il fallait lire (ou pire : écrire) étaient gérés par des prieurs plus instruits qu'Otton. Bien sûr, faute de travail de terrain, il supervisait énormément de choses. Mais n'appréciait pas avoir à montrer au monde que la plume lui semblait bien plus lourde et difficile à manier que son épée. En général, il se contentait de donner des directives et laissait d'autres les habiller avec des mots savants.

- Je suis sûr d'avoir déjà trop parlé... Mais une dernière chose, ma sœur. Le Prince soupira, cherchant la meilleure façon d'exprimer son idée. Soyez prudente. Ma confiance peut-être vue comme un cadeau, mais le poste que je vous offre n'est pas le plus sûr. Et, à sa façon, le Prince Lutyens est un homme dangereux.

Cette dernière affirmation pouvait être interprétée de différentes façons. Pas besoin d'être un guerrier ou une scientifique sournoise pour être dangereux. Elikia était arrivé là où il était, c'était une preuve suffisante qu'il était redoutable. Il était aussi un sorcier accompli, à en croire le peu de renseignements que le Prieuré avait sur la Cabale. Et bien sûr, il avait beaucoup d'ennemis ce qui rendait la vie de son entourage dangereuse. En particulier celle de ses gardes du corps.

Le Premier Prieur avait offert à Isabela un cadeau qui pouvait s'avérer empoisonné. Mais quelqu'un devait le recevoir. C'était tombé sur elle. Il espérait juste que cela n'attirerait pas trop d'ennuis à la jeune Velásquez. Et, à défaut, qu'elle pourrait un jour lui pardonner. Il sourit et fit un signe de la tête vers la porte.

- Disposez.

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MessageSujet: Re: Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]   Lun 6 Aoû - 1:21

Les doigts gantés de la prieuse se refermèrent sur le papier avec la plus grande des délicatesses. Elle ne revenait toujours pas de l’importance du document qui trônait à présent dans sa main. Ses yeux le parcoururent, plusieurs fois, sans parvenir à en déchiffrer tout à fait les mots, tant son esprit était en ébullition. Finalement, abandonnant sa lecture pour la reléguer à une heure où toute cette incrédulité serait un peu redescendue, elle replia la lettre et la glissa prudemment dans une poche intérieure de son uniforme.
Immobile sur sa chaise, elle pouvait encore en sentir l’invisible et pourtant assourdissante présence tout contre sa poitrine. Comme si le papier avait pu émettre de la chaleur, et s’apprêtait à s’embraser sous le tissu.

Mais le Frère Otton n’en avait pas fini de parler. Relevant aussitôt les yeux vers son supérieur, et ses épaules vers le plafond, la prieuse sortit aussitôt de sa drôle de transe, pour écouter avec attention ses dernières recommandations.

Recommandations… pour le moins déroutantes, en réalité.

Elle fit au mieux pour ne pas laisser transparaître son incrédulité, mais la jeune femme avait depuis toujours été pourvue d’un visage très perméable aux émotions, et son désarroi était probablement très visible, même pour un œil non expert. Elle cille, lentement, incapable de quitter son supérieur des yeux, puis, pensive, elle se contente de hocher la tête.

« T-très bien altesse. »

Dangereux ? Elikia ? Bon d’accord, il était visiblement bon menteur, quoique capable de se trahir dans les bonnes… circonstances, et peut-être bien qu’on n’arrivait pas au rang de Prince sans être un minimum capable de montrer les crocs, mais dangereux ? Vraiment ?

Isabela ne pouvait détacher la petite bouille ronde de Lior de ses pensées, avec ses cils interminables, ses caresses douces comme le velours, et… le charme envoûtant de sa voix. Tu parles. Dangereux pour elle, et pour son sens du devoir, peut-être, mais certainement le premier prieur ne pouvait pas faire allusion à cela. Pas vrai ?
Par Héléna, s’il avait été au courant de la véritable teneur de cette nuit-là, jamais il ne lui aurait confié ce poste…

« Je vous remercie encore pour vos conseils précieux, et… pour votre confiance. »

Sur la directive de son supérieur, Isabela se lève, prête à disposer. Rassemblant ses mains dans son dos, elle redresse sa posture dans un élan très militaire, dans un salut plutôt formel, avant de se relâcher à nouveau.

« Qu’Héléna vous sourie, mon frère. Altesse. »

Dans un dernier hochement de tête, elle tourne les talons, et sort de ce maudit bureau avec l’impression que milles yeux sont plantés sur elle à tout instant. Une brève entrevue avec le frère Mathias, ainsi que la promesse d’au moins une journée de son temps, le lendemain, afin qu’elle puisse lui extorquer tout les conseils et avis dont elle aurait besoin à l’avenir, puis la prieuse prend le chemin du retour sur son cheval.


[…]


« Alors… ? »

Salem et Naia l’attendaient à l’entrée des dortoirs, l’œil brillant d’une inquiétude vivace, et Isabela eut à peine mis un pied à l’intérieur du bâtiment que déjà les deux prieuses étaient sur elle. Un sourire maladroit au bord des lèvres, leur amie peinait à trouver les bons mots pour les rassurer.

A vrai dire, elle n’était pas sûre d’être rassurée elle-même. Les avertissements étranges du premier prieur avaient fini par lui monter à la tête.

« Alors je crois que… j’ai sauté dans un précipice sans trop savoir où était le fond. »

Échange de regard entre les deux femmes. Salem, toujours plus prompte à se décider et à agir, avança son bras pour enserrer l’épaule d’Isabela d’un geste réconfortant.

« Et… on peut t’aider ?
- Ça dépend. »


La moue qui vint tordre le sourire de la grande prieuse, à cet instant, était partagé entre la malice et l’hésitation.

« Ça vous dirait une promotion… ? »
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Now gaze on our goddess of justice with her shimmering, glimmering blade [Isabela]
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