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 Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]

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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Sam 29 Sep - 20:50

Elle reposa soigneusement la lettre sur son bureau devant sa machine à écrire qui y trônait fièrement et se rejeta contre le dossier de son fauteuil. Elle retira le crayon qui tenait ses cheveux de feu en un chignon improvisé sur le sommet de son crâne et croisa les jambes tandis que leur cascade tombait sur ses épaules. L’heure était matinale et permettait encore de lâcher ses longues mèches sans craindre la chaleur qui ne manquerait pas dans quelques heures de faire ruisseler la sueur de son cou jusque dans son encolure. La fenêtre de son bureau était grande ouverte et un courant d’air à peu près frais le rafraichissait avant que le moment de se claquemurer n’arrive inexorablement.  Elle regarda la feuille de parchemin se soulever légèrement sous le souffle bienfaisant du matin, seul élément avec le crayon qui faisait le plumier buissonnier, de désordre sur l’espace de travail de la rousse journaliste.

En effet, tout y était agencé soigneusement parallèlement au bord du plateau d’un bois qui en avait tant vu qu’il était maintenant impossible sous la patine de cire et d’encre d’en déterminer l’essence. Plumier, coupe papier et lampe de bureau, électrique s’il vous plaît, toléraient à peine la liasse du dernier article qu’elle devait présenter en conférence de rédaction. En dehors de cela tout avait retrouvé sa place soit dans les dossiers de l’armoire de tek et d’acier qui occupait le mur à sa gauche, soit dans les tiroirs du bureau.

Elle joignit le bout de ses doigts écartés avant de coller ses index contres ses lèvres songeuses. Elle ne savait si elle devait se réjouir de cette missive ou si elle ne serait qu’un élément de frustration supplémentaire. La journaliste avait la propension à un certain optimisme et le simple fait que quelqu’un ait répondu à son appel à témoin était positif. En outre cette femme, car malgré son caractère anonyme, elle ne doutait pas qu’il s’agisse d’une femme ne serait-ce qu’à cause des accords, semblait avoir subi les mêmes avanies qu’elle de la part de l’assassin masqué.

Par contre, elle ne lui apportait pas vraiment d’éléments nouveaux si ce n’était les précisions sur la garde du fleuret, précisions que la rouquine n’avait pas pu percevoir à cause de l’obscurité mais aussi sans doute par son manque de compétences en matière d’armes. Tout cela était bien maigre mais étant donné le peu de réponses dignes d’intérêt qu’elle avait jusque-là, elle ne pouvait pas se permettre de laisser cette piste inexplorée. Le tout était de remonter jusqu’à la source de la lettre et de la convaincre de lui accorder un e petite entrevue histoire de s'assurer qu’elle n’omettait rien même de minime qui pourrait faire avancer l’enquête que Salwa Hawabazzi ne parvenait pas à se sortir de la tête depuis déjà plusieurs semaines.

Mais elle n’allait pas rester ainsi à tirer des plans sur la comète et se mettre en quête d’indices restait le meilleur moyen de la faire progresser. Elle saisit les accoudoirs de son fauteuil pour se redresser plus vivement et s’empara de nouveau d’un crayon afin de restaurer son chignon de fortune et se prémunir des désagréments d’une chevelure dont elle était assez fière mais qui n’aidait en rien lorsqu’elle se penchait sur un travail où toute son attention et sa concentration était nécessaires. L’enveloppe n’avait rien de très spécial et elle savait qu’on pouvait la poster de n’importe où à Excelsa si on avait envie de brouiller les pistes. La lettre elle-même devrait lui accorder quelques indices ou elle ne parviendrait pas à ses fins. Tergiverser pendant des semaines n’était pas son style et elle sortit sa pince à épiler afin de manipuler la lettre sans la corrompre.

*Du parchemin. Plus personne n’écrit sur du parchemin de nos jours*

Le papier avait depuis presqu’un siècle supplanté les peaux pour écrire. Il était plus léger, plus fin, meilleur marché… Seuls les grands amoureux d’un certain toucher de la plume sur la surface à calligraphier et les plus fortunés d’entre eux utilisaient encore ce support et encore était-ce dans ce cas du vélin.

La pince à épiler souleva par un coin la missive pour la tourner vers la lumière du jour et la journaliste fit une moue réprobatrice. La personne qui avait écrit n’avait pas pris beaucoup de soin avec le parchemin. La moue se transforma en sourire malicieux. Tout ce qui avait maculé la lettre pourrait bien être des indices à exploiter. Elle plissa les yeux pour tenter d’apercevoir d’autres éléments mais hormis l’espèce de scintillement terne qu’il lui semblait distinguer, elle dut admettre qu’elle avait besoin de petites choses telle qu’une loupe, une dormait dans le dernier tiroir gauche de son bureau mais aussi, d’un aimant et peut être aussi d’un pinceau souple. Après avoir tordu sa bouche, elle répondit assez vite à la question de savoir où dénicher cela. Elle déposa soigneusement la lettre sur une feuille vierge puisse leva et sortit de son bureau laissant derrière elle le sillage reconnaissable entre tous de son parfum.

Légère, aérienne, une histoire d'amour inoubliable, un coup de cœur, un coup de folie. C'est se réveiller dans un sourire et s'endormir dans un souvenir, c'est mille pensées et mille détails, des mots, des baisers, c'est l'ardeur et la fougue. Créé en 1119 par Théodoric  Ondine, Parfumeur de la Maison Deslauriers, Toquade est un rêve d'amour signé Deslauriers. Ce n’était pas pour cette présentation hyperbolique de la maison de haute couture qui l’avait signé, qu’elle l’avait choisi mais elle ne s’en lassait pas et ses amants, plus ou moins de passage, à priori non plus.

Elle-même n’avait pas les moyens de s’habiller chez les grands couturiers, mais elle savait choisir avec un certain goût ce qui la mettait à son avantage sans pour autant oublier le côté pratique des choses qui puisse la laisser exercer sa profession sans embarras. En cette saison les tenues claires, cholis échancrés sur des jupes taille basse à pans fendus sur ses jambes était la base de sa garde-robe et ce jour-là, elle ne dérogeait pas à ce principe. Elle dévala les escaliers qui menaient à l’imprimerie du journal et acosta le contremaître. Le journal était parti pour être livré et les rotatives étaient brièvement au repos le temps de les réviser avant le prochain tirage.

“Vous auriez un aimant dans les diverses pièces réformées ?”

Elle ne feignait pas de s’y connaître en mécanique et le terme de réformées n’était sans doute pas le plus adapté. Le technicien eut un sourire un peu narquois qui lui confirma l’inadéquation de son langage.

“Un aimant de récup’? C’est ça que vous cherchez ?”

Il lui fit un signe de la tête pour l’inviter à le suivre près de la porte d’embarquement qui donnait sur la cour intérieure du journal.  Une série de caisses de bois graisseux et de tailles variées y était entreposées. Il se pencha sur l’une d’elle et lui tendit un éclat qui avait tout du métal mais pouvait être apparenté au charbon.

“Voilà. ‘Tention c’pas très propre pour vos mains et …”

Son regard balaya la tenue de la journaliste qui s’aventurait en tenue claire dans l’antre de la graisse et de l’encre.

“...et c’pas très propre quoi…
_ Merci, je ferai attention.


Elle le gratifia d’un sourire reconnaissant et disparut dans un vol de tissu pour se rendre à la salle des plombs ou une petite main s’affairait déjà avec les articles qu’elle avait sous la main. Concentrée sur les petites lettres de plomb, elle ne leva pas la tête lorsque la journaliste fit tinter ses talons sur le sol de son domaine.

“Je me demandais si vous auriez un pinceau souple à me prêter…”


L’autre lui indiqua du doigt, toujours sans lever la tête, une petite mallette posée sur une petite table dans un coin de la pièce.

“Vous pouvez regarder là. Vous m’le ramenez, c’est le seul que j’ai.
_ Promis !


Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour faire main basse sur le pinceau qu’elle testa dans le creux de sa main. C’était exactement ce qu’il lui fallait. Elle envoya une grimace approbatrice au pinceau et envoya un merci par-dessus son épaule à la fille aux caractères qui n’avait toujours pas levé ses yeux de son pavé de texte. Ecrire un texte à l’envers n’est pas une mince affaire alors une fois que le cerveau a fini par inverser les perceptions autant ne pas lui demander de se remettre à l’endroit en relâchant son effort.

Revenue dans son bureau elle entreprit de faire un peu de place en reculant, une fois n’est pas coutume, sa machine à écrire et sortit d’autres feuilles vierges qu’elle disposa soigneusement sur son plan de travail. Puis elle attrapa délicatement la lettre et la tapota sur sa tranche sur la première feuille qui se couvrit, comme elle s’y attendait, presque instantanément de poussière visiblement composite. La journaliste compléta cette première récolte en balayant soigneusement la surface du parchemin au-dessus d’une seconde feuille vierge qui recueillit des particules plus rares et plus fines aussi. Petit à petit son travail de recherche lui redonnait le sourire lorsqu’elle ne fronçait pas les sourcils de concentration ou ne se mordait pas la lèvre inférieure d’application. Elle avait horreur de rester en plan dans une enquête et cela lui arrivait trop souvent ces derniers temps. Le seul fait de se mettre en action avec un plan en tête de ce qu’elle allait mettre en œuvre pour tenter de localiser sa mystérieuse correspondante lui redonnait du baume au cœur.

Satisfaite elle contempla quelques secondes ses deux récoltes et comme il fallait bien commencer par quelque chose et elle entreprit d’observer sa collecte de particules grossières, comme elle les qualifia. Si elle ne s’était pas trompée elle avait maintenant besoin de l’aimant qu’elle promena dans la poussière. Des particules vinrent s’y déposer.

*De la limaille de fer… C’est bien ce que je pensais mais ce ne sera pas suffisant…*


Elle fit tomber les poussières ferreuses sur une autre feuille qu’elle plia soigneusement pour y emprisonner son premier indice et sur laquelle elle inscrivit : limaille. Son attention revint alors au reste de la poussière. Elle souleva la feuille de profil à hauteur de ses yeux pour tenter de discerner la grosseur des particules, mais ces dernières semblaient bien fines et la rouquine ne put rien conclure hormis le fait qu’elle était noire. Elle reposa donc le tout et se saisit de sa loupe pour observer de plus près ces mystérieux grains mais là aussi elle dut s’avouer vaincue. C’est dans ce genre de situation que l’on regrette de ne pas avoir de notions plus précises en sciences exactes. En désespoir de cause, elle posa la pointe de son index sur sa feuille en prenant soin de préserver une quantité de poussière suffisante et le porta à sa langue avant de la faire claquer contre son palais. C’était salé et il lui vint à l’esprit que ce geste pouvait aussi être très imprudent. C’était un peu tard, mais elle se retint de déglutir et sortit un mouchoir immaculé de sa minaudière accrochée à son dossier de fauteuil pour se débarrasser de ce mélange soudain devenu suspect. Cela manquait singulièrement de classe, mais personne n’était là pour en témoigner… Il n’y avait plus qu’à espérer que sa première intuition soit la bonne et qu’il s’agissait bien de poudre à canon. Il était de notoriété que les soldats en mal de sel pour assaisonner leur ration se servaient parfois de la poudre de leur mousquet, tromblon et autre fusil pour relever leur alimentation. Evidemment cela restait à vérifier mais il fallait bien qu’elle commence par quelque chose et il n’y avait pas trente-six façons de faire. La poussière noire et salée fut donc partagée en deux parties et chacune repliée comme la précédente et s’ornèrent de l’inscription poudre. L’une d’elle subirait l’épreuve du feu.

Restait à porter son investigation du côté de la deuxième feuille. La récolte en était plus réduite mais pourtant la conclusion de la journaliste fut plus rapide.

*Du fusain! *

Elle avait assez fréquenté les cours de portrait et d’esquisse lors de ses études pour reconnaître ce noir profond et cette impression de crissement sous le doigt de la poussière de ce charbon cela expliquait d’ailleurs ces nuages grisâtres qui maculait la feuille de parchemin... Fusain. Elle reposa son crayon. Désormais trois petites enveloppes improvisées étaient alignées devant la lettre qui allait pouvoir peut-être révéler d’autres secrets.

A la première impression, la journaliste se demanda si la lettre n’avait pas brûlé les doigts de son auteur. En effet, pour laisser autant de particules dont certaines plutôt lourdes sur le parchemin il avait fallu qu’elle veuille s’en débarrasser de toute urgence, d’ailleurs les taches de graisse le confirmait assez. Elle n’avait pas voulu recommencer cette missive malgré son piteux état et relié avec le mal à l’écrire qui transparaissait à sa lecture. Seul le caractère appliqué de la lettre tranchait avec ces premières impressions. L’ensemble aiguillonnais plus encore la rouquine dans son désir de retrouver celle qui lui avait envoyé ce message. Elle approcha son nez de la plus grosse tache graisseuse. Pas de doute c’était bien de la graisse et pas de la simple graisse animale. De la mécanique ou quelque chose d’approchant y était lié.

Cette personne lisait la Ligne de Myre, hantait sans doute un atelier où la limaille de fer et la poudre coexistaient. Jusque-là c’était assez cohérent. Quant au fusain. Quel genre de personne a besoin de faire des esquisses au fusain dans un atelier ? La question était ardue mais y répondre lui donnerait un bon morceau de l’identité de sa mystérieuse correspondante. Entre temps elle nota “garde d’inspiration machiniste”. Cela avait forcément une signification et pouvait mettre sur la voie de celui qui l’avait forgée. Pour le reste la mystérieuse personne confirmait les hypothèses de la journaliste qui s’était réadossée au fond de son fauteuil le regard perdu dans un lointain énigmatique au-delà des quatre carrés de papiers. Elle devait mettre sur pied un programme d’enquête et se demandait par où commencer. Le parchemin et ses taches de gras pouvait être un bon début. Il ne devait pas se trouver beaucoup d’excentriques qui écrivent encore sur un tel support et avec la graisse ajoutée à cet indice cela pouvait déjà être déterminant. Elle savait qu’elle n’échapperait pas à une exploration de la cité et des différents fournisseurs de matière première identifiées jusque-là, mais en attendant autant s’appuyer sur les compétences de la maison ou de l’environnement proche.

Pour ce qui était de la graisse, Nanna Lundström serait sans doute à même de la renseigner. La jeune mécanicienne qui gérait toute la machinerie du journal ne s’en laissait pas compter dès qu’il s’agissait de mécanique et ce qui y avait trait. Elle était réputée pour avoir son petit caractère et surtout ne pas laisser n’importe qui toucher à la précieuse chaudière qui animait la quasi-totalité de la machinerie de la Ligne de Myre. Les deux femmes ne s’étaient jamais parlé et c’était à peine si la journaliste avait connaissance de l'existence de la mécanicienne. C’était bien parce que le patron du journal ne tarissait pas d’éloges sur elle qu’elle avait noté sa présence dans un coin de sa tête. De son côté, il y avait fort à parier que la brunette un peu boulotte qui régnait sur le rez de chaussée se contre fichait comme d’une guigne de la rouquine dont seul le passage de sa chevelure avait dû attirer son attention. Mais comme il faut un début à tout, l’occasion pour les deux femmes de se rencontrer semblait être arrivée.

Une nouvelle fois la journaliste se rendit à l’imprimerie et se haussa sur la pointe des pieds pour apercevoir la patronne des engrenages et courroies. Visiblement elle n’était pas dans les pièces principales qui abritait le chemin de fer. Nanna se trouvait sans doute dans la chaufferie ce qui en cette saison relevait déjà de l’exploit. Salwa réprima une moue contrariée et se résolut à traverser l’imprimerie jusqu’au réduit qui abritait la chaudière et le moteur principal. Un sifflotement enjoué en sortait entre deux soupirs de la vapeur et une bouffée de chaleur accueillit la rouquine en même temps qu’un bleu de travail maculé de graisse et d’autre chose encore venait à sa rencontre, sans doute par le plus grand des hasards à en juger par la mine surprise de la maîtresse des lieux en apercevant celle qui devait sans doute s’être perdue pour être arrivée jusqu’ici. Elle sortit un chiffon de sa poche et s’essuya grossièrement les mains, perte de temps car il était hors de question pour la journaliste de risquer de se salir en lui tendant la main. Cela ne sembla pas perturber la jeune femme au carré noir de jai.

“Ouais ?...”

Elle n’avait pas de temps à perdre de tout évidence et si elle n’était pas franchement désagréable, on sentait un caractère bien trempé qui ne s’encombrait pas de fioritures sociales.

“J’aurais besoin de tes lumières…”

Elle montra le parchemin et désigna les taches graisses.

Tu saurais identifier cette graisse ?
_ Peut-être…”


Elle pointa son petit nez rond vers le parchemin et Salwa apprécia la délicatesse de la fille qui avait bien compris qu’elle ne pourrait pas toucher à la précieuse missive. Elle l’approcha de ses petites narines attendant le verdict de celle qu’elle s’était choisie comme spécialiste.
La mécanicienne se redressa en reniflant.


“Hum… On n’a pas de ça ici. Nous on a de la bonne grosse graisse qui laisserait des traces vertes ou noires. Là t’as un truc plus fluide et apparemment plutôt incolore. Méca de précision? Horlogerie? Armurerie? Faudrait aller voir des gens de la partie…
_ Merci ça réduit mon champ de recherche. a tout hasard tu connais quelqu’un qui s’y connait en parchemin?


Nanna repoussa sa lèvre inférieure vers le bas et secoua lentement la tête en signe de dénégation.

“Tant pis, tu m’a déjà, bien aidée. A charge de revanche !”

Elle lui adressa un clin d’œil sincère et tourna les talons se demandant où elle pourrait bien se renseigner pour le fameux parchemin. Un produit désuet comme celui-ci n’était pas courant dans de nombreuses activités. La reliure et la restauration d’ouvrages ancien lui venait spontanément à l’esprit mais elle cherchait d’autres activités plus en accord avec la poudre noir, la graisse… Même le fusain c’était un peu étonnant sur de la peau même si c’était possible tout de même malgré le fait que ce ne soit pas du vélin que les gens fortunés utilisaient encore à l’occasion. Ce qui rendait les recherches encore plus compliquées c’est qu’aucune marque ou filigrane qui auraient pu la mettre sur une piste ne se voyaient. Elle en serait sûrement pour s’armer de patience et faire tous les ateliers et toutes les boutiques en espérant tomber finalement sur celui qui reconnaîtrait une de ses productions. Elle devrait sans doute en faire autant avec la poudre noire.

Elle qui avait peu l’habitude que les choses lui résistent ne raffolait pas de ce genre de travail de fourmi, mais elle était consciente que parfois il fallait en passer par là et faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’était sans doute dans le district manufacturier qu’elle devrait commencer, là où les artisans de tout poil tenaient boutique. Mais avant ça, elle devrait aller quémander quelques deniers bien utiles parfois, pour délier les langues…

“Quoi !?!”

Le rédacteur en chef laissa tomber le papier qu’il était en train de relire sur son bureau et leva les yeux vers sa journaliste qui venait de lui exposer ses besoins financiers et ses motivations.

“Je croyais que cette histoire était oubliée ! Passe-donc à autre chose!”

Son regard se heurta à la mine butée de la rouquine.

“Sérieusement, tu as envie qu’il vienne de nouveau te rendre visite avec je ne sais quelles conséquences pour toi ?”

En face de lui, elle ne broncha toujours pas, petite mais droite et déterminée.

“Pas la peine de me regarder comme ça. C’est non ! Je sais que tu es une vraie tête de mule et que ça ne va pas t’arrêter, mais je tiens à garder ma journaliste entière !”

Pour bien marquer sa résolution, il reprit le papier qu’il avait abandonné pour cette confrontation. De son côté, Salwa n’avait pas l’habitude de se voir opposer une fin de non-recevoir de la part de son rédacteur en chef et elle plissa les lèvres de dépit avant de tourner sèchement les talons. Elle devrait faire sans les ressources du journal, mais cela ne l'arrêterait pas. Là-dessus, Humphrey avait tout à fait raison. D’un pas décidé elle entra en trombe dans son bureau pour récupérer ses affaires personnelles ainsi que ses petites enveloppes d’indices et la lettre qu’elle remis dans le sienne. Il y avait encore quelques heures de températures acceptables dont elle pourrait profiter…

Deux heures que le soleil avait passé son zénith. Les heures les plus chaudes de la journée commençaient à agresser la journaliste. Sa capeline la protégeait des rayonnements directs de l’astre du jour mais l’atmosphère était étouffante et malgré la légèreté de sa tenue, elle sentait une larme de sueur couler de son cou vers son décolleté. Elle avait sorti son carnet de notes et s’en servait comme éventail et soufflait un filet de respiration entre ses lèvres assoiffées. Comme si ce n’était pas suffisant, les fumées et les relents des activités artisanales ou semi-industrielles des quartiers qu’elle avait arpentés lui râpaient la gorge. Le peu d’animation qui régnait dans les rues lui rappelait qu’elle avait été bien inconsciente de poursuivre ses recherches après-midi.

Elle en était à son cinquième relieur ou restaurateur de livres et elle marchait en inclinant la tête pour profiter du courant d’air de son éventail improvisé. Nul doute qu’elle devait être rubiconde, mais elle se refusait d’y penser. Elle venait de faire chou blanc une nouvelle fois. Et surtout, elle ne décolérait pas contre son patron ne parvenant pas à positiver face à son refus justifié par le fait qu’il tenait à elle et ses compétences. Lui refuser quelque chose avait souvent ce genre de conséquence sur son humeur et elle détestait autant les refus que se trouver dans cet état, elle qui se faisait forte de garder son calme en toute circonstance. Pas dans toutes apparemment. En outre, à chaque fois les mêmes réponses lui avaient été servies dans sa quête : “non pas de chez nous”, “on en vend plus ça”... Elle avait beau se dire que chaque échec la rapprochait de son but, la frustration n’allait pas moins en augmentant.

Elle poussa la porte de l’atelier de la dernière chance ou à peu près. Le petit carillon de porte tintinnabula dans l’air épais de la boutique et elle papillonna des cils pour s’habituer à la semi obscurité qui n’avait même pas l’avantage de ménager un peu de fraîcheur. La météo aurait été différente, elle aurait beaucoup aimé l’endroit qui sentait bon le cuir et le parchemin, la colle chaude et le travail bien fait. Les murs étaient tapissés d’ouvrages précieux ou de faximilés d’ouvrage précieux, exposés là pour montrer le savoir-faire du maître des lieux. Les reliures ascétiques côtoyaient celles dorées à l’or fin mais chaque pièce possédait son lustre et le bon goût qui sied à la belle ouvrage.  Un gros bonhomme, le tablier de cuir sur le ventre apparut de son arrière-boutique jusqu’à son comptoir. Les favoris épais et tombant sur les bajoues, l’homme était souriant et posa ses mains maculées de brûlures sur son comptoir de bois.

“Oui? Je peux vous aider?”

La bonhomie apparente de l’artisan permettait de passer au-dessus de l’absence de bonjour d’autant que la journaliste n’était pas là pour prendre ou donner des cours de bonnes manières.

“Bonjour. Oui j’espère. Je cherche à trouver la provenance d’un parchemin et je me disais que c’était dans le domaine de vos compétences”

En même temps elle sortait la lettre de son enveloppe. Le relieur tendit la main pour examiner la peau. Il tourna la feuille plusieurs fois entre ses doigts experts, l’approcha de son visage et passa son doigt sur sa surface avant de recroiser le regard de la journaliste

“Hum. La marque a disparu. Regardez là; la feuille a été coupée sur toute la longueur…”

Et c’était vrai qu’elle s’était faite la réflexion que les proportions de la lettre étaient étranges. Elle avait mis cela sur le compte de la taille aléatoire de la bête qui avait donné sa peau pour la fabrication du parchemin.

“... Mais ce parchemin vient bien de chez nous…
_ Serait-ce indiscret de vous demande qui l’a acheté ?
_ Indiscret ? Certainement d’autant que pour ce lot nous avons eu plusieurs clients.”


Il ouvrit son registre qu’il feuilleta en gestes rapides et précis. Oui c’est bien ce que je craignais. Cela ne vous apporterait rien. Il lui adressa un sourire faussement contrit au moment même où elle s'effondrait au sol. Une fraction de seconde interdit il se précipita au secours de la jeune femme sa bedaine secourable le précédant en contournant le comptoir.

“Madame ! Madame !”

La dame à la peau trop soumise à la chaleur sans doute déshydratée tentait de se relever.

“Ça va ?”

Lui-même savait qu’il posait une question stupide. Ses gros doigts s’agitèrent et ses yeux cherchérent une aide quelconque alentour, signe d’embarras devant le malaise de la femme. La journaliste, les yeux à moitié révulsés portait le revers de sa main à son front.

Je crois que la chaleur…
_ Ne bougez pas je vais vous chercher un verre d’eau.
_ Meercii…”


Aussitôt le bonhomme disparut et la jeune femme sauta sur ses pieds et se précipita sur le registre encore ouvert dont elle s’appliqua à noter chacun des noms en guettant des yeux et des oreilles les mouvements de l’arrière-boutique. Puis elle reprit sa place au sol, juste à temps pour recevoir le verre d’eau promis.

“Buvez lentement…
_ Merci... vraiment…”


Un soupir las accompagna un faible sourire reconnaissant.

Je crois que je ferais mieux de rentrer…
_ Ce serait raisonnable mais sous ce soleil?.... Je vous arrête un fiacre.”


L’artisan empressé sortit de la boutique tandis que la rouquine se remettait péniblement sur ses pieds et s’appuyait sur le zinc. L’adrénaline de la tromperie qu’elle avait improvisée lui faisait le plus grand bien. Ses mains tremblaient et donnaient à son personnage encore plus de crédibilité. Elle se laissa reconduire comme une petite chose fragile jusqu’au fiacre arrêté devant la porte et y embarqua aussi lentement qu’une vieille rombière au bout de ses jours. Lorsque la portière de referma et que le cheval prit le petit trot, un sourire satisfait se dessina sur son visage. Elle reprit la liste des noms. Il n’y avait aucune urgence mais la curiosité et l’impatience étaient de ses qualités. Cinq noms s’y trouvaient : Willie S. Huynh, Zac Randell, Iva Obad, Elisabeth Mac Alister et Helin Lind. Cela promettait encore pas mal de travail, mais cela resserrait grandement son domaine d’investigation. Entre les millions d’habitants d’Excelsa, disons les quelques milliers de la bourgeoisie si elle en croyait le contenue de la lettre et cinq personnes tous les espoirs étaient permis. Il lui faudrait maintenant compulser un bon bottin pour trouver les adresses et pourquoi pas les occupations de toutes ces personnes.

Il ne lui avait pas fallu longtemps pour rejoindre son petit nid douillet au troisième étage de son immeuble. Elle avait laissé sur son lit tous les oripeaux qui satisfont la décence et la pudeur de chacun et avait créé autant de courant d’air que possible et profitait déjà de la course descendante du soleil. Elle feuilletait frénétiquement le répertoire qui recensait toute la bourgeoisie et même les petits artisans. C’était une bien belle invention. Elle regarda sa petite liste. Willie S. Huynh, maçonnerie Zac Randell, garde du corps, Iva Obad, restauratrice, Elisabeth Mac Alister, armurerie, Helin Lind, libraire. Deux identités se détachaient : celle du garde du corps et celle de l’armurière. Ils avaient en commun les armes et donc la poudre. Mais l’un des deux seulement était une femme. Elle entoura le nom d’Elisabeth Mac Alister d’un trait épais de son crayon graphite.

Un sourire illumina son visage. Si elle devait être honnête, elle n’aurait pas parié parvenir à un résultat si vite et elle pensa à son patron avec une once de satisfaction personnelle de s’en être tirée sans rien lui devoir. Elle se demandait maintenant comment elle allait aborder Elisabeth Mac Alister. La façon la plus simple et la plus directe était de sonner chez elle et de lui avouer qu’elle avait réussi à retrouver sa trace. Si elle essayait de se mettre à la place de cette femme qui avait tenté de garder l’anonymat, elle n’était pas certaine qu’elle apprécie son irruption dans sa vie. D’un autre côté, les stratégies de contournement et de faux hasard se révélaient toujours désastreuses lorsque l’autre se rendait compte que les coïncidences n’en étaient pas. Elle ne voulait cependant pas risquer d’essuyer un refus si elle la contactait en douceur comme en réponse à sa lettre. L’autre comprendrait assez vite qu’elle avait mené son enquête sur sa personne et elle revenait là au point de départ de sa réflexion. C’était stupide de s’être donné autant de mal pour reculer devant le dernier obstacle qui si on voulait bien le considérer objectivement n’était pas le plus difficile à surmonter. Mais elle n’allait pas envisager la rencontre pour aujourd’hui et elle avait tout le temps de laisser mûrir ses intuitions durant la fin de journée voire la nuit. Pour l’heure elle allait se préparer un thé et tenter de passer une soirée aussi agréable que possible sans doute en compagnie d’un poète bien plus apte qu’elle à atteindre ce qu’il y a de beau dans la vie même si ce devait être une souffrance.

Septième jour de la saison de la forge, neuf heures du matin, température acceptable, district manufacturier, en face de la demeure d’Elizabeth Mac Alister. Une rouquine faisait le pied de grue en se demandant où elle avait pu trouver les nuances aussi subtiles que celles qu’elle tentait de mettre en oeuvre. Elle n’avait pas l’intention de sonner, mais plutôt d’attendre. Attendre quoi ? Que Mme Mac Alister sorte de chez elle et qu’elle puisse l’accoster ou mieux encore, que celle-ci l’accoste elle car elle ne se cachait pas et on avait sans doute remarqué cette femme sur le trottoir d’en face à l’ombre de la haie des voisins. Elle avait même envisagé qu’on la convoque de manière plus ou moins civile à venir s’expliquer sur son attitude étrange voire inquiétante, mais elle se faisait forte de venir à bout de la méfiance de la maisonnée. De celle d’Elizabeth, ceci était moins sûr mais elle n’avait pas trouvé de manière plus habile d’entrer en contact avec elle.

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Dernière édition par Salwa Hawabazzi le Dim 14 Oct - 10:50, édité 1 fois
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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Lun 1 Oct - 19:49

Lyzie devait être de la race des nouveaux riches qui profitaient pleinement de leur aisance pour ne pas faire grand-chose de leurs journées… C’était une théorie que pouvait élaborer Salwa si elle se basait sur le fait qu’à près de dix heures du matin, la demoiselle n’était toujours pas sortie de la maison familiale, alors que ce n’était décidément pas le cas de son père qui était déjà parti pour l’usine… La chaleur commençait d’ailleurs à se faire désagréablement sentir lorsque la journaliste détecta enfin de l’activité au niveau de la maison. Un fiacre venait de s’arrêter devant l’entrée principale, bloquant partiellement la vue. Visiblement quelqu’un venait d’arriver mais difficile de voir de qui il s’agissait exactement. Au mieux, Salwa put déterminer qu’il devait s’agir de deux personnes mais elle n’avait pas pu voir de qui il s’agissait exactement…

La fiacre repartit rapidement se perdre dans les rues, sans ses anciens occupants, et le calme redescendit dans la rue. Si la rouquine avait des doutes quant au fait qu’on l’ait remarquée pendant qu’elle faisait le pied de grue, ces derniers furent rapidement balayés. Les rideaux d’une pièce située au premier étage furent légèrement poussés, laissant entrevoir une silhouette féminine en train d’observer la rue… Ce fut bref mais la jeune femme pouvait rapidement déduire que quelqu’un, dans la maisonnée, l’avait repérée et venait de le signaler. Quelques instants plus tard la porte principale s’ouvrit de nouveau, laissant sortir un homme d’âge mûr à la stature assez imposante. La mine renfrognée, il s’approcha de Salwa sans pour autant avoir l’air véritablement menaçant, ce qui était en soit un exploit.


-Madame, Mademoiselle Mac Alister souhaiterait savoir si vous désirez prendre votre café ici ou dans le salon…

Visiblement on lui avait dit de dire exactement ces mots à la journaliste et il ne cachait pas qu’il les trouvait ridicules. Il avait probablement conseillé à Elisabeth de voir avec les autorités pour déloger la rouquine ou, plus simplement, de lui confier la tâche. Mais la fille Mac Alister semblait avoir d’autres idées… Lorsqu’on l’avait prévenue que quelqu’un surveillait la maison depuis un certain temps, elle avait initialement paniqué, imaginant une nouvelle visite du Masque. En vérifiant par la fenêtre, elle avait reconnu Salwa… Dire que le soupire qu’elle avait poussé était de proportion épique serait à peine exagéré mais la jeune femme semblait résignée lorsqu’elle donna ses instructions à son garde du corps.

Lorsqu’elle avait vu l’annonce dans le journal, qu’elle compulsait régulièrement dès qu’elle avait un peu de temps libre, elle s’était sentie obligée de réagir. Elle savait qu’elle n’avait que peu de concret à offrir, les autorités le lui avaient bien fait sentir lorsqu’elle leur était tombée dans les bras, mais l’inactivité n’était pas non plus une réponse. Peut-être qu’un infime élément pourrait aider la journaliste… ? Pour autant, son agression était encore très récente dans son esprit, suffisamment pour qu’elle ne sorte plus seule et qu’elle passe un temps inconsidéré à regarder par dessus son épaule… L’annonce était claire et nette… Il ne serait pas surprenant si la journaliste venait à recevoir la visite inopinée du sujet de son article. Et dans ce cas-là, elle n’avait pas spécialement envie que son nom ne ressorte. Jusqu’à maintenant sa rencontre avec l’assassin était unique, elle était bien décidée à ce que cela continue ainsi.

Qu’elle soit ainsi aussi rapidement identifiée la contrariait donc, sans pour autant l’étonner. Pour s’attaquer ainsi à une telle figure des bas-fonds criminels de la Cité il fallait non seulement une sacrée dose de courage mais, en plus, un esprit affûté. Même si Lyzie avait fait attention et était passée par une tiers personne pour envoyer sa missive, elle avait conscience qu’elle avait du laisser certaines traces derrières elle. La jeune femme aurait juste apprécié que Salwa lise entre les lignes. Si elle avait laissé la missive anonyme, c’est qu’elle ne voulait pas être plus associée à l’enquête. Elle avait déjà dit tout ce qu’elle pouvait…

En attendant, le robuste garde du corps attendait patiemment, et poliment, la réponse de l’intéressée. Si elle décidait de rester dans la rue, un café lui serait bel et bien apporté avant qu’on ne l’invite à partir une fois la tasse vide. Mais si elle se décidait pour le salon, elle serait conduite jusqu’à Lyzie, qui l’attendait dans une petite pièce confortable du rez-de-chaussée de la maison familiale. Rien de très élaboré ni de très riche, juste un mélange entre bureau, boudoir et bibliothèque...
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Mar 2 Oct - 20:35

Pourquoi s’était-elle présentée si tôt devant le portail des Mac Alister ? A mesure que les minutes et plus s’égrenaient, la rouquine se posait de plus en plus amèrement la question. A plusieurs reprises elle avait été prise de l’envie d’aller frapper avec le marteau rutilant qui ornait la porte vert sombre de la bourgeoise demeure. Et puis elle s’était reprise en se disant que ce n’était pas la peine d’avoir tant tergiverser sur l’attitude à adopter pour ne pas se tenir à ce qu’elle avait décidé pour une attente un peu longue. Déjà au bout d’une demie heure elle se dit qu’elle pouvait peut-être mettre cette attente à profit. Elle tira machinalement la chaîne de sa montre qui s’était perdue dans l’échancrure de son choli comme toujours car elle évitait de la laisser pendouiller et se balancer sur sa poitrine. Le bijou était d’abord un outil de mesure du temps et surtout un des rares objets avec une charge sentimentale qu’elle possédait. Les huissiers étaient partis avec le reste de son passé il y avait bien des années déjà.

Il suffisait qu’elle pose les yeux dessus pour qu’elle revive ce matin de la saison des vents, le jour de l’anniversaire de ses treize ans précisément. Le vent justement était tombé durant la nuit et le jardin de la maison familiale était noyé dans le brouillard donnant à l’intérieur de celle-ci une lumière blanche et cotonneuse. Peut être qu’à cause d’elle le silence s’était abattu sur la demeure des Hawabazzi. Un silence bienveillant qui annonçait à l’adolescente bien d’autres années protégées par la richesse et le travail de ses parents, un avenir sans surprise… Elle était descendue pieds nus au désespoir de la femme de chambre qui avait miraculeusement disparu et en chemise de nuit dont elle se souvenait encore comme trop enfantine. S’était-elle levée trop tôt ce matin ? Personne ne semblait prêt à prendre le petit déjeuner et elle aurait douté d’elle si elle n’avait entraperçu depuis les dernières marches de l’escalier la silhouette de Daisy, la soubrette qui passait comme une petite souris dans les rayons obliques qui filtraient de la brume à travers les voilages des portes vitrées de la salle à manger carrelé de blanc et noir.

Doucement elle était arrivée devant le table nappée de coton blanc brodée ton sur ton par les doigts de sa mère avant son mariage et c’est là qu’elle avait aperçu le petit écrin noir près de sa tasse de porcelaine bleue. Elle avait regardé autour d’elle comme pour demander une permission qu’elle n’était de toute façon pas disposée à respecter en cas de refus. Ses petits doigts avaient fait glisser le ruban rouge et le couvercle s’était ouvert comme soulagé de livrer son secret. La montre était là et lui criait déjà qu’elles ne se quitteraient jamais. Elle avait serré dans a main le camai la chaîne s’échappant entre ses doigts et ses talons trépignait en silence en même temps qu’elle étouffait un petit cri enthousiaste. Le rire de son père l’avait fait sursauter et elle s’était jetée dans ses bras sous le regard humide de sa mère.

Elle rabattit le clapet et rangea sa montre en souriant avant de faire quelques pas pour se dégourdir les jambes et puis entrepris de dessiner la façade de la maison pour prendre patience. La maison semblait comme endormie et ses occupants allaient laisser passer les heures les plus propices à l’activité. A l’ombre de la haie d’en face elle ne se souciait pas trop encore des premières bouffées de chaleurs qui lui caressaient le visage et le cou. Mais l’esquisse ne lui prit pas longtemps et c’est avec soulagement qu’un peu d’agitation, si on pouvait dire, vint animer sa planque, si l’on pouvait dire également, pour la journaliste qui n’attendait qu’une chose c’était de se faire remarquer. Lorsque le fiacre s’arrêta devant la maison, elle resta un instant incrédule puis tenta en se déportant à droite puis à gauche d’apercevoir qui en descendait. Mais sa passivité initiale l’empêcha de voir quoi que ce soit. Un instant le regard du cocher soupçonneux croisa le sien mais elle dut se contenter du bruit de la porte qui de refermait avant que la voiture ne reprenne son chemin. Elle maudit un instant sa certitude qui avait fait penser que la fille de la maison n’était encore sortie avant de réagir. La possibilité qu’elle ne soit surtout pas rentrée cette nuit ne l’avait effleurée que trop tard. Pourtant comme tout un chacun Elizabeth Mac Alister avait droit à une vie privée… Elle n’avait plus qu’à espérer qu’elle n’avait pas laissé passer une occasion… Elle nota le non événement dans son son carnet et le rangea dans sa fidèle minaudière dont elle ne se séparait que lorsqu’elle devait s’encombrer avec d’autres effets tels que son ombrelle ou son porte document; C’est en relevant les yeux qu’elle perçut le mouvement des rideaux de la façade, quelqu’un observait ce qui se passait dans la rue. Il allait peut être enfin se passer quelque chose à moins que sa présence, n’aie fait qu’attirer fugacement l’attention et que les occupants ne se soucient pas plus que de leur premier Ducat de la femme qui faisait le planton sur le trottoir d’en face.

Lorsque la porte s’ouvrit à nouveau elle fut rassurée de ce côté. Sa présence avait fini par alerter les occupants de la maisonnée Mac Alister. Elle regarda le chien de garde traverser la rue en soutenant son regard malgré sa petite taille qui l’obligeait graduellement à lever le nez à mesure qu’il se rapprochait et la dominait de sa stature musculeuse. Son regard fermé n’incita pas la rouquine à lui adresser de sourire mais lui présenta cependant une physionomie ouvert et innocente. En son fort intérieur, elle se demandait s’il allait la prier de quitter les lieux s’il allait la prendre par le bras de manière plus ou moins brutale pour la faire entrer dans la demeure qu’elle espionnait ou encore mille autre choses que l’on peut attendre d’un homme de main, fonction qu’il semblait porter à merveille sur son entière personne.

Un léger sourire amusé et sans doute un peu étonné étira ses commissures au message un peu compassé qu’il lui délivra. Quand-à être invitée à entrer elle ne s’attendait pas une telle entrée en matière mais je se laissa pas déstabiliser.

“Un café, sans façon, mais un thé au salon, volontiers.”

Le malabar haussa un sourcil mais ne répondit pas et se contenta de s'effacer devant la journaliste qui traversa, le garde du corps sur les talons. Au moins les mimiques de son escorte en plus de l’invitation lui assuraient-elles qu’elle n’allait pas tomber dans un traquenard. Evidemment on ne pouvait jamais être certain de rien, mais c’est le coeur léger qu’elle passa la porte qui s’ouvrait devant elle même si elle se demandait comment allait débuter sa rencontre avec le fille Mac Alister.

La rouquine apprécia à sa juste valeur le luxe de la maison sans laisser paraître d’émoi superflu. Après tout, elle avait vécu dans une opulence similaire il avait quelques années; Elle scruta simplement les agencements et ornementations afin de se faire une opinion du bon goût des occupants. Il n’y avait rien à redire, pas de faute de goût notoire mais cette demeure était bien plus sombre que celle de ses parents. Les bois sombres ainsi que la décoration des murs rabattaient un peu la lumière elle même filtrée par les clairevoies des fenêtres en cette saison où il est préférable de se claquemurer chez-soi et de se protéger de la chaleur et des rayonnements solaires. Finalement, au bout d’un couloir une porte s’ouvrit sur un espace plutôt sobre qui devait être l’espace personnel d’un des occupants de la maison et sans doute d’Elizabeth Ma c Alister puisque c’était elle qui s’y trouvait et semblait l’attendre. Salwa note immédiatement la profusion de livre et le bureau sans toutefois se laisser aller à détailler tout le décor, préférant accorder toute son attention et son regard à son hôtesse qu’elle savait avoir tirée de sa retraite plutôt contre son gré.

Elle s’arrêta à quelque pas après le seuil pour ne pas sembler vouloir envahir l’espace de la maîtresse des lieux, mais salua le plus respectueusement possible, les deux mains devant elle, sur le fermoir de sa minaudière.

“Bonjour Madame Mac Alister. Je vous remercie de bien vouloir m’accueillir”

Elle inclina très légèrement le buste prête si le protocole de la maison à serrer la main de son hôtesse.

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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Ven 5 Oct - 23:25

La maison dégageait une certaine sérénité, un refuge pour ses habitants loin de la fourmilière qu'était l'usine des Mac Alister. Elle était décorée avec goût, propre, confortable tout en restant simple. La famille avait gagné suffisamment d'argent pour pouvoir s'acheter une belle maison et embaucher un peu de personnel mais elle ne venait pas de la noblesse ou d'une vieille fortune. Edmont Mac Alister avait sué sang et eau pour en arriver où il en était et cela se traduisait par une certaine simplicité que tout le monde n'avait pas. La maison était vraiment destinée à abriter une famille, lui offrir un refuge après une longue journée de labeur, plutôt que d'étaler une quelconque réussite sociale.

Il n'y avait pas de lourds et sombres portraits familiaux sur un nombre incalculable de générations, pas de bibelots fragiles et inutiles… Par contre il y avait un certain nombres d'armes accrochées aux murs. Cela aurait pu rapidement devenir inquiétant, voir oppressant, mais certaines étaient soit tellement vieilles, soit tellement étranges, que cela en devenait fascinant. Il s'agissait là d'un éventail de ce qu'avait produit les esprits fertiles qui travaillaient pour l'entreprise Mac Alister. Et bien que toutes ces créations ne soient pas forcément des réussites, loin s'en fallait, elles avaient tout de même leur place d'honneur. Après tout, n'était-ce pas à travers les échecs que l'on en apprenait le plus… ?

La journaliste eut tout loisir d'observer car son accompagnateur ne semblait pas avoir pour consigne de lui forcer la main. Il gardait certes un œil sur elle mais sa fonction tenait plus de la protection que de l'intimidation… Non pas qu'il s'attendait à ce qu'elle parte avec un chandelier sous le bras. La rouquine avait beau été identifiée comme étant Madame Hawabazzi, journaliste de son état, par la fille du maître des lieux, cela n'empêchait pas un minimum de prudence. Lorsque Lyzie avait pris la décision de répondre à l'appel à témoin, optant pour rester anonyme, elle s'était non seulement renseignée sur la façon de s'y prendre mais aussi sur la récipiendaire de sa missive.

Ce n'était pas tous les jours que ce genre de message était publié dans un journal et c'était, surtout, extrêmement risqué. Si jamais le Masque avait les mêmes lectures, il n'aurait aucune difficulté à trouver la journaliste et à lui donner le fond de sa pensée. Du peu qu'elle avait vu, c'était le genre de discussion dont on ne sortait que très rarement indemne. Aussi avait-elle cherché à se renseigner quelque peu à son sujet… Vérifier si elle était digne de confiance, intègre. Salwa s'en était sortie avec les honneurs, sans le savoir…

Salwa fut bien inspirée de ne pas chercher à serrer la main d'Elisabeth lorsqu'elle se présenta à elle. Non pas que la jeune femme l'aurait mal pris, bien au contraire, mais la pauvre aurait probablement finit dans le même état qu'elle. Visiblement, Lyzie était bien la personne qui était descendue du fiacre quelques instants plus tôt… Et si elle avait découché, ce n'était pas pour faire la noce mais bel et bien pour travailler à l'usine. Il suffisait de l'observer pour s'en apercevoir. Certains se seraient sentis désavantagés en n'apparaissant pas sous son meilleur jour mais Lyzie, elle, avait toujours été plus à l'aise dans sa tenue de travail que dans ses atours mondains... Sa tenue, simple et pratique, était usée et couverte de poussières et autres taches plus ou moins douteuses. La journaliste pourrait sans mal faire le parallèle avec l'état du parchemin qu'elle avait reçu…

Lyzie avait probablement été renvoyée chez elle par son père lorsqu'il était arrivé à son bureau. Nuls doutes qu'il lui avait donné comme instructions de se reposer… La jeune femme, elle, comptait juste se débarbouiller, changer de tenue et prendre un solide petit-déjeuner. Cela l'occuperait juste le temps nécessaire pour pouvoir revenir travailler sans craindre les foudres paternelles. Malheureusement ses plans avaient changé en cours de route lorsqu'on l'avait prévenue qu'une jeune femme rousse faisait le pied-de-grue devant chez elle… En regardant par la fenêtre elle avait pu identifier Salwa et se résigner à une entrevue impromptue.

D'autres qu'elle l'aurait probablement fait attendre le temps de se laver, de se reposer et d'imposer un certain jeu de pouvoir mais, de ce qu'elle avait comprit, cela faisait déjà un bon moment que la journaliste patientait ainsi devant sa maison. La jeune femme n'était pas du genre à jouer ce genre de jeux sociaux et se voyait mal la faire endurer plus longtemps encore la chaleur grandissante. Au-delà d'une quelconque forme de politesse, cela revenait aussi à tirer sur un pansement d'un coup sec. Elle n'était pas sûre qu'elle allait vraiment apprécier l'entrevue et préférait donc s'en débarrasser rapidement. Cela n'avait rien à voir avec la personne même de Salwa mais plus avec l'idée de devoir revivre indirectement sa rencontre avec l'assassin…


-Je vous en prie, Madame Hawabazzi... Installez-vous...

La jeune femme indiqua les fauteuils disponibles d'un geste de la main. Le sourire était un peu forcé mais cela tenait plus de la fatigue que d'une forme d'antagonisme envers son invité… Un service à café était installé sur une petite table, ainsi que des viennoiseries. Visiblement la journaliste allait pouvoir petit-déjeuner en même temps que son hôte. Cette dernière s'empara de la cafetière fumante et interrogea la rouquine du regard, un sourcil levé, attendant son autorisation pour la servir...
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Lun 8 Oct - 11:26

Comme à son habitude, Salwa ne perdait pas une miette du décor qui l’entourait. Amatrice depuis longtemps c’est-à-dire que son père l’avait initiée aux belles choses, elle les appréciait partout où elle pouvait les rencontrer. Son budget personnel ne lui permettait pas de collectionner les objets d’art mais allait les admirer partout où ils étaient accessibles. Expositions, concerts, représentations en tout genre la voyaient immanquablement s’y rendre. Depuis la fête de la saison de la forge, elle était sur les charbons ardents en imaginant la nouvelle création du prince Compositeur. Mais pour l’heure c’était la demeure Mac Lalister qui exposait ses beautés. Rien d’ostentatoire mais habillé d’une simplicité de bon goût où les artisans avaient donné le meilleur de leur savoir-faire. L’ensemble semblait tendre les bras aux arrivants et seule la patine du temps manquait encore à cette maison somme toute encore toute récente en comparaison de certaines autres, de celles des concurrents de l’industriel qui pouvait parfois être taxé de nouveau riche. Cette classification faisait toujours sourire la rouquine. Que signifiait-elle hormis que ceux qui a maniaient révélait au choix jalousie, mépris ou crainte. Comme si le succès des uns enlevait quelque chose aux autres. Qui était le plus à mépriser celui qui avait hérité sa fortune ou celui qui l’avait construite ?

Pour l’heure la journaliste préférait se centrer sur le moment présent que sur des débats somme toute assez stériles. Ses yeux se promenèrent avec le plus grand intérêt sue les armes exposées soit dans des vitrines soit accrochées aux murs. Si le visiteur ignorait la spécialité de la famille, il était assez vite renseigné. Elle plissa même les yeux sur certains prototypes bien étranges dont elle avait du mal à saisir l’utilité. Certains essais devaient n’avoir vu le jour que pour se convaincre de leur inutilité et la firme Mac Alister avait dû les abandonner assez vite. S’entêter était dans le domaine de l’industrie souvent rédhibitoire. Certains manieurs de fleurets pourraient s’en inspirer.

Voici que le malfaisant au masque revenait la visiter. Il n’y avait rien d’anormal à cela étant donné qu’il était à l’origine de la visite de la jeune femme à la fille de l’armurier. Cela avait juste tendance à se produire régulièrement et à chaque fois elle s’arrangeait pour que cela finisse par une raillerie à l’égard de celui qu’elle considérait comme un lâche. Derrière cette fanfaronnade de la part de la journaliste il avait sans doute le désir d’exorciser cette horrible nuit où l’assassin avait fait irruption dans sa vie, mais aussi un réel mépris pour sa personne entière. Evidemment, elle s’était plus d’une fois posé la question de savoir pourquoi elle s’entêtait à le traquer si elle le déconsidérait à ce point. La réponse était sans aucun doute que cet individu était dangereux et qu’elle s’était tellement sentie rabaissé par lui à tel point qu’elle ne pouvait en rester là et que sa mise hors d’état de nuire était devenue une affaire personnelle pour Salwa Hawabazzi.

Elle savait qu’il était risqué de s’entêter ainsi mais elle l’assumait parfaitement. D’ailleurs son métier l’avait déjà initiée à prendre des risques. Certes ce n’était pas tous les jours que des individus sur lesquels elle avait enquêté la surprenaient chez elle, son patron le lui avait maintes fois répété, mais la colère et la rage qu’elle entretenait à l’égard de son agresseur lui faisait passer outre, raison pour laquelle, elle se trouvait chez Elizabeth Mac Alister. C’était avec l’espoir fou qu’elle pourrait collecter au moins un indice, un tout petit quelque chose qui lui donnerait une piste qui la rapprocherait de sa cible.


Pour l’heure, elle se contentait de détailler l'héritière de l’armurier. La mise de cette dernière n’avait rien de celle d’une petite bourgeoise qui sort seulement du lit comme elle aurait pu le supposer étant donnée l’heure tardive à laquelle elle avait été conviée à prendre le café. Elle aurait pu même,prendre le temps de se rendre un peu plus présentable mais Salwa en avait vu d’autres et elle ne se formalisa pas pour si peu.

Elle avait une mine fatiguée et sa coiffure n’était plus des plus achevées. Une marque de graisse sur le front semblait être là pour confirmer qu’une main lasse y était passée pour chasser la fatigue. Il en fallait plus pour faire culpabiliser la journaliste qui aurait pu attendre encore quelques heures si la brunette qui lui faisait face avait décidé de se mettre au lit. Quand à la tenue de travail, tachée et roussie par endroit, elle aurait pu en d’autre temps arracher un sourire ironique à la rouquine se demandant si cette fille travaillait réellement de ses mains malgré sa situation aisée ou si ce n’était qu’une sorte de snobisme prolétaire. Ce pourrait être l’objet d’un entretien ultérieur, mais aujourd’hui, elle n’était pas là pour titiller son hôtesse mais au contraire obtenir ses faveurs car elle savait que son intrusion dans la vie de celle qu’elle savait s’appeler Elizabeth était pour le moins cavalière,même si elle avait feint de lui laisser le choix de la rencontrer ou non. Elle se contenta donc de chercher les indices sur les mains de la jeune femme qui lui faisait face. Pas de manucure apprêtée, des traces parentes à celles de la lettre qu’elle avait reçue et même ce qui ressemblait aux traces d’une brûlure sur le revers de la main. Apparemment, ce n’était pas du chiqué. Cette fille semblait être ce qu’elle paraissait être et cela plut immédiatement à Salwa. Evidemment tout comme la rouquine elle avait la possibilité de se coucher dans un bon lit lorsque la fatigue la rattrapait, mais l’employée de La Ligne de Myre ne pouvait lui en tenir rigueur sans être complètement de mauvaise foi.

Salwa jeta un regard rapide pour choisir le fauteuil le plus en face de son hôtesse et lui rendit son sourire en s’asseyant en évitant les faux plis.

“Merci c’est très aimable à vous de me recevoir.”

Elle leva discrètement la main pour arrêter la demoiselle d’atelier.

“Pas de café pour moi, merci.”

Ca ne se discute pas, elle ne supportait pas le café. Comment justifier les arômes qui vous suscitent des haut le coeur? Le thé était tellement plus savoureux et évitait de charger l’haleine. Elle avait précisé au garde du corps qu’elle aurait préféré cette dernière boisson, mais apparemment il avait dû trouver la rouquine un peu sans gêne et n’avait pas transmis la commission et de son côté; la journaliste qui s’était déjà imposée n’avait pas l’intention de faire le moindre caprice et s’en tint là. Elle se contenta d’observer la jeune femme se servir et s’installer en face d’elle pour prendre son petit déjeuner.

Elle hésita une seconde. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait d’entamer la discussion autour du sujet qui les préoccupait toutes les deux, mais elle songea que Elizabeth Mac Alister pouvait se sentir mise au pied du mur et que c’était à elle de choisir le moment où elles aborderaient la question. Elle se contenta d’une simple intervention polie et un tantinet convenue, mais elle savait que c’était parfois le meilleur moyen de détendre son interlocutrice.

“C’est une bien belle demeure que vous avez là… et les armes que j’ai pu admirer sont fascinantes. Elles fonctionnent toutes?”

Elle avait son opinion là-dessus mais n’étant pas une spécialiste dans le domaine, l’experte pourrait la détromper si besoin.

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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Ven 12 Oct - 2:14

Alors que la jeune femme reposait la cafetière et s'installait à son tour dans un fauteuil faisant face à la journaliste, une employée de maison rentra discrètement pour poser une théière sur le plateau. Elle esquissa un rapide sourire avant de quitter les lieux aussi rapidement et discrètement qu'elle était rentrée. Visiblement le garde du corps avait bien entendu la réponse de la rouquine, il fallait juste un peu de temps pour qu'il puisse faire passer l'information. Et que l'eau chauffe, évidemment… Comprenant rapidement de quoi il s'agissait, Lyzie servit donc une tasse de thé, noir et aromatisé à la bergamote, à son invité surprise...

-Excusez-moi… La nuit a été plus longue que ce à quoi je m'attendais et si je ne fais pas attention vous n'aurez bientôt plus que mes ronflements à reporter.

Elisabeth lui offrit un sourire amusé avant de vider sa première tasse de café à une vitesse alarmante. Visiblement ce n'était pas la première fois qu'elle prenait un petit-déjeuner sur le pouce et on pouvait même supposer qu'elle avait une légère relation de dépendance avec le liquide amer et brûlant qu'elle venait de consommer quand il était question de rester éveillée… Maintenant qu'elle avait l'impression que ses neurones survivants étaient à même de fonctionner normalement, elle reporta pleinement son intention sur Salwa.

-Merci mais tout le mérite en termes de décoration revient à ma mère...

Lyzie eut une sorte de haussement d'épaules, ce n'était pas spécialement un sujet dont elle raffolait… Non pas qu'elle manque complètement de goût mais elle n'était pas vraiment du genre à passer des heures à chercher à associer couleur de rideaux avec tapis persans. Elle pouvait trouver certains tableaux ou statues agréables à l'oeil, mais elle n'irait pas non plus se battre avec un autre pour aller les exposer chez elle. Sur ce point la jeune femme s’efforçait de répondre aux attentes de son père, mais elle ne pourrait jamais vraiment être la femme qu'il attendait comme l'avait été sa mère. Elle parvenait à donner le change lorsqu'il le fallait, pour certaines occasions, mais son intérêt s'arrêtait là… Par contre, lorsqu'il était question d'armes ou de mécanique, sa réaction pouvait changer du tout au tout. Salwa n'eut aucun mal à voir la fatigue s'effacer des traits de la jeune femme lorsqu'il fut question des armes qui ornaient les murs de leur demeure.

-Oh non, pas toutes !! Mais même celles qui ne sont pas allées jusqu'au bout sont des concepts remarquables...

Lyzie se servit une nouvelle tasse de café sans pour autant la boire aussi rapidement, préférant la laisser sur la table basse. Penchée en avant, tournée vers la journaliste, elle parlait avec les mains comme seuls les passionnés pouvaient parfois le faire. Visiblement, il suffisait de la lancer sur ce sujet pour la mettre à l'aise et qu'elle puise dans ses dernières réserves d'énergie pour interagir sans mal avec son interlocuteur.

-Elles ont toujours été au mur. Certaines sont probablement plus âgées que moi, des créations de mon père, avant que je ne commence à accrocher les miennes. Elles me rappellent jusqu'où on peut arriver à force de persévérance… Même celles qui ne fonctionnent pas, les plus farfelues, m'ont permise d'apprendre quelque chose. Et de là… A améliorer mes concepts.

La demoiselle eut le regard un peu rêveur, ailleurs, pensant certainement déjà à ses derniers plans inachevés qui attendaient sa patte dans son atelier. C'était visiblement quelque chose qui lui tenait à coeur et il serait facile de la laisser se perdre dans ce sujet. Au risque de se voir submerger par certains aspects techniques que tout le monde n'était pas à même d'apprécier à leur juste valeur. Mais Elisabeth avait suffisamment l'habitude de côtoyer des gens « normaux » pour pouvoir se maîtriser. Elle poussa un soupir avant de sourire.

-Mais je doute que notre collection personnelle justifie votre présence ici...

Après tout, pour elle, la réputation de Salwa la précédait. Si elle avait eu la gentillesse d'attaquer par un sujet léger et banal, cela n'allait certainement pas durer très longtemps… Les Mac Alister commençaient peut-être à se faire un nom dans le domaine de l'innovation dans l'armement mais cela ne justifiait certainement pas que la presse attende des heures devant leur porte. Non, la jeune femme rousse était là pour une raison bien plus désagréable et elle avait, jusque-là, la délicatesse de laisser faire Lyzie plutôt que de la mettre immédiatement au pied du mur. Autant lui rendre la politesse donc…

La jeune femme reprit sa tasse, plus pour avoir quelque chose de rassurant entre les mains que pour la boire, avant de se redresser un peu et de s'installer un peu plus formellement dans son fauteuil. Elle ne s'était pas complètement fermée à son interlocutrice, elle faisait juste preuve d'un peu plus de prudence et de contenance. Elle parvint même à résister à l'envie de jouer avec la tasse, sachant que cela ne ferait que souligner encore plus sa nervosité...


-Votre réputation vous précède voyez-vous… De quoi vouliez-vous vraiment me parler?

Elle afficha un sourire plus réservé, s'autorisant enfin une nouvelle gorgée de ce qui lui permettait de tenir le coup pour l'instant. Son père aurait probablement été fier de son aplomb… Avant de très certainement l'étrangler pour se permettre de parler avec une journaliste sans l'en avoir averti auparavant. Il était tellement facile de perdre le peu gagné auprès des investisseurs à cause d'un mauvais article de presse. Et même si elle se doutait que Salwa n'était pas là pour ça, le fait qu'elle puisse rester anonyme dans son enquête sur le Masque n'était pas encore gagné...
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]   Dim 14 Oct - 10:16

Salwa sourit à l’entrée de la soubrette dans la pièce et la regarda déposer la théière sur le plateau de service. Visiblement elle devait être la seule à pénétrer chez les Mac Alister et à préférer le thé. La maîtresse de maison entreprit donc de servir son invité qui ne protesta pas. Elle ne connaissait pas les habitude de la demeure des armuriers et en tant qu’invitée elle pouvait se permettre de se laisser servir sans passer pour une pimbêche. La fille en outre semblait directe et ne pas s'embarrasser de formules guindées devait appeler le plus souvent un chat, un chat. Salawa gardait une mine sérieuse mais un sourire amusé s’esquissa brièvement sur ses lèvres à la demie boutade de la brunette.

“Ne vous excusez pas. Nous avons tous connu ce genre de contrainte”

En même temps elle se demandait quel genre de ronflement pouvait bien sortir de son hôtesse. Le genre qui sied aux filles de la haute société ou le tonitruant soufflet de forge de l’artisan dont elle avait pour l’heure plus l’apparence?

“J’espère que vous n’avez pas eu de difficultés à la manufacture?…”

Elle s’en voulut presqu’aussitôt d’avoir posé cette question suscitée par son incorrigible curiosité mais qui allait peut être les éloigner des raisons de sa visite. Mais la jeune femme ne sembla pas prêter attention à sa remarque et s’abîma dans sa tasse jusqu’à en vider le contenu jusqu’à la dernière goutte au risque de se brûler la gorge. De son côté, la journaliste se montrait plus circonspecte quant-à la température de son breuvage et se contentait de la déguster à petite gorgées entre lesquelles elle n’hésitait pas à reposer doucement sa tasse. Pour être honnête, le thé ne semblait pas être la spécialité de la maison et elle se fit penser à son consultant Atalsi qui lui avait vanté et fait découvrir les thés de son pays et après la dégustation desquels on ne considère plus cette boisson de la même façon. Elle sourit intérieurement à cette pensée fugace. Décidément elle était trop sensible au luxe et aux choses délicates et raffinées!

Elle se demanda quel genre de personnage pouvait bien être Madame Alister mère. Une fondue d’armes pour avoir incorporé tant des prototypes familiaux dans les décoration de lq demeure familiales ou bien tout simplement une mère et épouse assez fière de sa maisonnée pour mettre en valeurs ses productions. La prouesse de rendre l’ensemble cohérent et du meilleur goût était à note car tout cet arrangement aurait très bien pu sombrer dans le ridicule ou pire le factice, le grandiloquent et le matuvu.

La journaliste ne peut s’empêcher de sourire d'intérêt et d’un peu de complicité à l’égard de la jeune femme qui reprenait un peu consistance après son café qu’elle imaginait corsé. Elle paraissait passionnée par ce qu’elle faisait et cela plaisait à la rouquine. Le monde était suffisamment prévisible et dépourvu d’intérêt parfois pour que les personnes enthousiastes lui rendent un peu de fraîcheur. D'ailleurs, même si elle aurait préféré se pendre plutôt que de l’avouer, elle-même nourrissait une passion à l’égard de son métier. Peu de choses ou de personnes pouvaient se targuer de susciter autant d’élan chez elle que le journalisme. Etre à l’écoute du monde, écouter flairer puis enquêter sans lésiner sur le smoyens et enfin écrire animaient toutes ses journées et motivaient tous les matins que la cité faisait se lever pour elle. C’est pourquoi, si elle n’avait pas été là pour une tout autre raison. elle aurait sans doute pris beaucoup d’intérêt à en apprendre plus sur les concepts remarquables que la jeune femme en face d’elle lui vantait.

Cependant, la journaliste ne perdait pas de vue la raison de sa présence et se contentait de regarder et surtout d’écouter Elizabet Mac Alister avec autant de sérieux et de retenu que cette dernière n’exprimait son engouement pour la conception des armes. Elle la regarda se servir une deuxième tasse alors qu’elle n’avait pas terminé encore la sienne. Elle attendait avec patience que la jeune femme ait fini d’exprimer toute sa fougue créatrice même si c’était pour des armes, objets qui n’attiraient que peu la rouquine mais dont elle devait bien concéder l’utilité dans un monde où les thèses pacifistes étaient bien loin d’être majoritaires. Cela faisait d’ailleurs bien longtemps malgré son jeune âge que les utopies ne la faisaient plus rêver. Pacifisme, socialisme et anarchie avaient pour elle déjà fait leur temps avant que d’avoir été mis en application. Elle avait du mal à imaginer que les humains soient assez raisonnables et altruistes pour mettre leur cupidité de côté même s’ils devaient l’assouvir au prix des pires monstruosités. Bien sûr, elle avait rencontré des gens de bien et de bonne volonté mais ceux-là faisaient figure de gentils fous dans le meilleurs des cas, d’excentriques et de de rêveurs.

Et cette fille qui s’”emballait pour des objets destinés à donner la mort? dans quelle case la ranger si tant est qu’il faille le faire? Les folles qui continuent à donner aux homme de quoi s’entre tuer et ou les folles qui se passionnent pour ce qu’elles font à en devenir des artistes? Les artistes? Ceux-là peuvent ils être autre chose que des rêveurs et des utopistes?

La journaliste détestait lorsqu’elle se laissait envahir par ce genre de pensées alors qu’elle était concentrée sur autre chose. Elle s’était donnée assez de mal pour retrouver l’auteur de la mystérieuse lettre ce n’était pas pour prendre leur première rencontre à la légère! Elle se devait d’être attentive aux moindres détails même si et peut être surtout si la fille Mac Alister digressait et mettait du temps à revenir dans le vif du sujet. Mais après tout c’était bien elle qui l’avait lancé sur le sujet afin d’adoucir le début de leur entrevue. Elle n’avait donc qu’à profiter de ce moment pour tracer le portrait de ce mélange de fille de bonne famille et d’artisane aux mains sales.

Mais le prologue de politesse et d’explication décoratives toucha bientôt à sa fin et Elizabeth Mac Alister prit les choses en main pour le plus grand plaisir de la journaliste. elle n’avait pas à faire à une mijaurée craintive et d'ailleurs elle ne reconnut pas la femme timorée de la missive anonyme dans sa façon d’aborder frontalement le sujet de leur entrevue à moins qu’elle ne pense que la journaliste soit arrivée devant sa porte pour une autre raison ce qui aurait le don d’étonner une nouvelle fois la buveuse de thé qui reposa la tasse doucement sur le plateau, montrant ainsi qu’elle était prête elle aussi à entrer dans le vif du sujet. Elle laissa de côté la question de sa propre réputation dont elle ne se préoccupait à vrai dire que peu même si elle aurait sans doute curieuse de savoir de quoi elle était faite. Elle se doutait qu’elle devait être assez controversée suivant les personnes auprès desquelles la brunette s’était renseignée. De toute façon, une réputation est toujours un savant mélange d’excès d’honneur ou d’indignité dont il faut toujours se méfier.


“Ce n’est pas, en effet, pour vos innovations que je me trouve devant vous ce matin. Si je ne me trompe pas vous m’avez envoyé une lettre il y a peu pour me signifier que vous vous étiez trouvée aux prises avec le fleurettiste masqué. Je sais que vous aviez pris soin de ne pas la signer. Mais  j’ai tout de même pris la peine de rechercher sa provenance. C’est mon métier et je suis incorrigible. J’en profite pour vous remercier une nouvelle fois de me recevoir. Je sais d’expérience que remuer ces souvenir n’est pas très agréable. Pour ma part, je ne peux me résoudre à penser que ce personnage est toujours dans le nature et que si nous parvenons à mettre bout à bout tous les indices même minimes le concernant, nous finirons par lui mettre la main dessus et le mettre hors d’état de nuire. Par exemple le fait qu’il fasse partie de la bourgeoisie voire de la haute bourgeoisie resserre nos recherches. Ses masques peuvent être une piste et vous m’avez parlé de la garde de son arme. Si nous parvenons à la dessiner, je suis prête à courir tous les armuriers et les forgerons pour en apprendre plus. Ses blessures auraient pu nous renseigner aussi, mais avec le temps, elle vont finir par se résorber et c’est une piste qui va s’effacer… La question est donc de savoir si vous êtes prête à m’aider ou si je ressortirez bredouille de votre demeure.”

Salwa s’était montrée directe, mais elle avait l’intuition que tourner autour du pot avec la jeune femme qui se cramponnait à sa tasse n’était pas utiles. De son côté la sienne était vide et seul quelque débris de feuilles constellaient le fond nacré de la fine porcelaine tandis que la journaliste attendait la réponse de son hôtesse pour sortir son nécessaire de prise de notes.

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Vous savez qu'il n'est pas aisé de vous trouver? [Elizabeth Mac Alister]
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