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 Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas

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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Mar 25 Sep - 0:41

Le clavier d'ivoire et d'ébène palpite sous ses doigts comme une piste de danse offerte à leurs rebonds et leurs entrechats. Les cheveux hirsutes, entièrement absorbé par sa tâche à travers la fatigue qui commence à peser sur ses épaules, Elikia s'applique sur son piano à guider ses chanteurs dans un courant rythmique digne de la plus scrupuleuse des algèbres. Comme le reste de l'Opéra, la fosse d'orchestre est encore déserte : les musiciens doivent arriver dans la soirée, ce qui ne saurait tarder maintenant. Pour le moment, seuls une soprano à la voix somptueuse et touchante, une mezzo qui murmure une berceuse d'un timbre d'outre-tombe et un baryton, mordant et venimeux, servent au théâtre une musique d'une redoutable intensité. L'instrument du compositeur, lui, les accompagne avec modestie mais en secret, il anime leur trio d'un pouls essentiel, chaud, vibrant, et réglé en même temps comme un métronome.

Pourtant, le jeune homme n'est pas loin de se laisser gagner par l'émotion. Pieds nus sur les pédales de son piano, il est investi jusqu'à la moelle par les vibrations profondes des cordes qu'il martèle ingénieusement et dont les remous en se propageant d'un fil d'acier à l'autre font délicieusement frissonner la table d'harmonie. Ses fibres en épicéa respirent et leur souffle change toute cette fabuleuse énergie en musique riche et résonante. Toutes ces sensations se répercutent le long de ses doigts, dans ses mains, ses bras, ses pieds, ses jambes, dans sa poitrine jusqu'à son cœur. Les voix des chanteurs s'unissent et se désunissent à la merci de la tragédie qui se joue entre leurs personnages, et cette profusion intense de sons nourrissent l'exaltation du pianiste. La soprano, superbe, étincelante dans sa robe immaculée, semble en proie au délire et son chant grimpe, grimpe encore dans les hauteurs, comme si le pouvoir terrifiant de ses aigus agissait sur les astres et décrocherait peut-être quelque lune au dernier contre-ut.

Elikia pourrait succomber à cette transe, s'égarer entièrement au gré d'effets voluptueux et d'improvisations audacieuses dont rêvent ses doigts en courant sur son clavier. Mais il sait sa place de soutien harmonique et rythmique, et toutes ces années de pratique lui ont enseigné la discipline. Pour l'amour de la beauté et de l'art, il a apprivoisé ses passions et les maîtrise désormais tout en vivant très intimement leur bouillonnement sensuel.
Comme il a lui-même coutume de dire, la passion sans la précision, c'est le chaos. En cet instant, il a l'esprit assez clair pour embrasser l'ensemble de leur performance et rendre sensés, intelligibles et achevés ces sons divers qui sans lui ne seraient pas musique, mais orgie sans nom et pure cacophonie. De temps à autre, c'est de cette compréhension rigoureuse qu'il tire pour lever la voix au-dessus de leur puissant ensemble et corriger ses chanteurs.

« En retard, Ildebrando... Encore en retard... Allons, attention, je te prie... En... Mesure ! Bien ! »

Il respire cependant avec avidité, les joues rougies, marquées si fort de fossettes dont le ravissement frise l'absurdité. Quelques années encore auparavant, il était intimidé de se trouver si minuscule, si écrasé au milieu de cet Opéra à l'architecture cyclopéenne, étudiée pour offrir une parfaite acoustique. Le style est baroque, fastueux et élégant, remarquable par sa riche polychromie, avec pour tons dominants du rouge et de l'ocre. Des marbres de couleur composent l'intégralité des murs et des colonnades, dont les sculptures ciselées présentent pour un œil averti une profusion de détails enluminés de feuilles d'or. Les sols sont parés de mosaïques et les portes façonnées dans un très noble acajou.
A cela s'ajoute huit étages de balcons et de loges, et une foules de fauteuils en bois noirs, capitonnés et habillés de velours. Une coupole monumentale coiffe cette salle de spectacle déjà hors de proportions, peinte de figures et de paysages lumineux qui content l'histoire des arts, de l'opéra et de la danse, ainsi que des compositeurs marquants des arts lyriques et chorégraphiques. Immense création de cristal et de lumière, pesant plusieurs tonnes, le grand lustre a été électrifié très tôt et jette une clarté tamisée sur la scène que quelques bougies ravivent pour les besoins de la répétition, juchées sur le piano.

Aujourd'hui, Elikia se fond à merveille dans le décor, il s'y sent même maître en son royaume, non sans raison – il en est la grande vedette depuis ses débuts, malgré quelques représentations scandaleuses qui avaient fait un four, mais qui avaient au moins contribué à nourrir sa réputation d'enfant terrible. Dans une certaine mesure, l'esprit de rébellion a son charme aux yeux du public. Il y avait bien eu une ou deux fois où il avait manqué de flanquer le feu au théâtre. Depuis, le directeur de l'Opéra l'a à l’œil et épie chacune de ses répétitions et de ses représentations, prêt à lui faire plier bagage s'il a vent de nouvelles expériences pyrotechniques.
Mais, enfin, l'Opéra, c'est l'antre de la musique à Excelsa et il y est par conséquent chez lui. Il s'est donc choisi un habit bohème, confortable, tout en restant soigné et pimpant, car il attend malgré tout la visite d'un certain journaliste dont il n'a pas encore l'honneur d'être un familier. Il est donc vêtu d'une combinaison de soie blanche, aux reflets ondoyants, comme une eau changeante. La taille est cintrée et souligne sa minceur, tandis que les bras sont nus, et c'est pourquoi il a enfilé une très ample chemise en voile de coton par-dessus. La plupart du temps, il tolère très peu de laisser aux regards la liberté de vagabonder sur les vieilles cicatrices qui couvrent sa peau du bout de ses doigts jusqu'à ses coudes. C'est personnel, et surtout c'est du passé. Ses mains sont encore nues car il n'existe aucune façon de jouer convenablement du piano en les gardant couvertes, mais le mouvement de ses manches flottantes ainsi que le doré de son vernis suffit pour le moment à distraire l’œil de ses vilaines balafres, qu'il dissimulera tout à l'heure sous des gants en dentelle de crochet.
Ouverte avec une feinte négligence sur sa combinaison et son profond décolleté, sa chemise est d'un bleu vif qui rappelle la clarté des mers du sud et brodée de motifs fleuris en fils blancs et or. Ses pendants d'oreilles rappellent ces dernières couleurs avec des chaînes délicates qui soutiennent de jolies perles rondes. Enfin, un parfum subtil, aux accords végétaux et marins, corrobore cette tenue légère, ainsi qu'un trait de crayon noir au bord de ses cils et un fard safran sur ses paupières.

Peu à peu, la musique qu'il tire de son piano se complexifie, par petites touches rusées, jouées forte et toujours en contrepoint, mais plus envolées et plus cinglantes, plus virtuoses enfin. Il fredonne discrètement, à l'unisson de ses chanteurs, et les yeux à demi-fermés, il module à souhait sa belle voix veloutée sous la tempête qui tremble et tonne depuis la gorge de la soprano.
Oh, ils tiennent quelque chose, aujourd'hui... Ils tiennent définitivement quelque chose et ce spectacle sera un bijou à fendre les âmes les plus endurcies...


Référence : Les Contes d'Hoffmann, « Ta mère ? Oses-tu l’invoquer ? »
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Phineas Gold
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Jeu 27 Sep - 18:43

Il y avait un peu de stress chez Phineas. Forcément, rencontrer un deuxième Prince, si peu de temps après le premier, cela jetait un peu d'appréhension. Est-ce que cette entrevue, qui n'était en rien aussi officielle que la première, allait bien se dérouler ? Que pouvait-il en attendre ? C'était surtout ce second point qui inquiétait le journaliste. S'il se déplaçait simplement pour qu'Elikia Lutyens lui répète ce qu'il lui avait écrit, sans que rien ne soit ajouter, alors il se serait déplacé pour rien.

Phineas n'était pas un fin connaisseur d'Opéra. Ce n'était pas sa tasse de thé. Il appréciait la puissance des instruments d'un orchestre, mais la partie vocale... il n'y arrivait pas. Cela lui paraissait trop peu naturel. Mais à nouveau, le journaliste n'était pas vraiment un mordu de musique. Quand il fallait aller aux grandes premières des spectacles Excelsiens, c'était généralement un de ses acolytes qui s'en chargeait.

Toutefois, pour cette rencontre princière, le jeune Gold avait à nouveau consenti à de gros efforts vestimentaires. Tout comme pour sa rencontre avec le Prince Prieur, il avait troqué ses vêtements de citoyens, très passe-partout, pour un costume d'été léger. C'était le même que celui qu'il avait porté au Palais, d'ailleurs. Phineas ne roulait pas sur l'or, il possédait en tout et pour tout deux costumes : un léger, qu'il portait aujourd'hui, et un autre un peu plus épais, qu'il utilisait lorsque le temps n'était pas aussi clément que durant la saison de la Forge.

Ses cheveux sommairement coiffés, sa barbe de trois jours un peu plus négligée, Phineas traversait la Ville à pied. Enfin, traverser la Ville... C'était un bien grand mot. Pour aller du Vox jusqu'à l'Opéra, le journaliste n'avait eu qu'à remonter l'Avenue de Myre sur quelques centaines de mètres. C'était aussi l'avantage d'être basé quasiment sur les berges du fleuve Cogwell. Lorsqu'il fallait se rendre dans la ville intérieure, les journalistes du Vox n'avaient pas trop à se fatiguer. Moins de temps de trajet, c'était plus de temps pour se préparer.

En remontant l'Avenue de Myre, Phineas avait relu la lettre d'Elikia. C'était assez frustrant d'être ainsi dans l'inconnu concernant les futures mesures qui allaient s'appliquer à sa profession. Il n'était sans doute pas le porte-parole de l'ensemble des rédactions d'Excelsa, mais il avait du mal à croire qu'il était le seul à s'inquiéter des potentielles mesures qui allaient être prises. En se rendant à l'Opéra, il espérait un peu plus qu'une sorte de tape dans le dos, et un « ne vous inquiétez pas, je suis un artiste, je sais ce que sont les obstacles ». Avec les gens de pouvoir, on ne savait jamais à quoi s'attendre avec ce genre de phrases.

Phineas arrivait justement à l'Opéra. Deux Prieurs gardaient l'entrée principale, stoïques et intimidants. Ils le laissèrent passer sans faire d'histoire, lorsque le journaliste présenta la missive princière, qu'il avait reçu quelques jours plus tôt. Lorsqu'il pénétra dans l'enceinte de l'historique bâtiment, Gold sentit une boule se former dans son ventre. Une légère anxiété naissait en lui. Cette boule tripla de volume lorsqu'il entra dans la salle principale de l'Opéra. Celle où la magie opérait. Devant l'immensité presque absurde de la salle, Phineas se sentait oppressé. Écrasé par la grandeur et la prestance du lieu.

Le nez en l'air, le regard fixé sur la gigantesque coupole, Phineas piétine. La musique qui se joue lui parvient faiblement, avant de finir par s'imposer à lui, immanquable, forte, complexe. Il baisse les yeux vers la scène, sur laquelle quelques points, à peine visible, répètent une composition complexe, portée par une voix forte et puissante.

Ne souhaitant en aucun cas s'imposer, Gold descend quelques marches, prend place dans l'un des sièges, et attend que le silence se fasse. Il profite du premier moment de blanc pour se lever et s'annoncer.

Votre Altesse. Dit-il d'un ton calme et clair.

Lorsque le Prince Compositeur tourne les yeux vers lui, il s'incline légèrement. Il s'avance ensuite vers la scène, à la rencontre du maître des lieux. Il incline à nouveau légèrement la tête, et se présente en tendant la main.

Phineas Gold, du Vox. Merci pour cette invitation.

La boule dans son ventre avait un peu désempli, mais l'anxiété concernant la conversation à venir était toujours présente.
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Mer 3 Oct - 22:56

La transe des chanteurs et du piano culmine sur le contre-ut de la soprano, brillant, passionné et virtuose. Intensément concentré, Elikia accompagne cette note lunaire d'un bouillonnement d'accords dramatiques et cinglants qui signent l'arrêt de mort du personnage. Une main tendue en supplique vers le ciel, la cantatrice vacille et sa voix s'éteint, tandis que ses échos résonnent encore dans l'immensité monstrueuse de l'Opéra. Le silence les cueille ensemble, essoufflés et rompus, et personne n'a le temps de retrouver ses esprits qu'une exclamation résonne déjà dans la pénombre de l'amphithéâtre, au-delà du parterre. Ce n'est guère une ovation, et la chanteuse – une belle dame à la peau sombre et à l'abondante chevelure noire – lance un regard luisant de mécontentement vers l'intrus, la poitrine haletante et les lèvres pincées. Il aurait été plus respectueux d'octroyer une minute ou deux de discussion et de répit à ses hôtes avant de s'annoncer et elle le fait comprendre au compositeur qu'elle fixe à son tour avec indignation.
Elikia ne comprend qu'à cet instant que cet « Altesse ! » crié depuis les derniers rangs de fauteuils, dans le public, s'adresse à lui et il se lève aussitôt de son tabouret de piano, pieds  nus sur les planches, pour trouver et apercevoir la silhouette d'un nouveau venu. C'est un petit homme barbu qui s'incline, de loin, peut-être pour édulcorer la brutalité de son intervention. Un sourire crispé serpente sur le visage du Prince, toujours mal à l'aise et incapable de comprendre pourquoi tout le monde s'entête à lui servir des révérences. Par dessus le marché, celle-ci lui semble bien fausse, compte tenu de l'impatience de ce Monsieur qui s'empresse déjà de descendre les escaliers pour le rejoindre. Il grimace – heureusement, d'aussi loin, il faudrait au moins une lorgnette à Phineas Gold (puisque ce doit être lui) pour s'en apercevoir. Tout de même, il aurait pu attendre un peu. S'il ne lui avait pas communiqué d'heure précise pour cette rencontre, c'est qu'il ignorait quand il aurait du temps à lui accorder et qu'il aurait aimé décider lui-même du moment adéquat au milieu de sa propre répétition. Et à en croire l'expression furieuse sur la figure de sa soprano, son moment, le journaliste l'a choisi très mal à propos.
Elle siffle entre ses dents, tant qu'il n'est pas encore à portée de voix :

« On a encore eu de la chance qu'il n'ait pas pris un silence pour la fin du morceau...
Navré, Elvira...
murmure Elikia, en se rasseyant sur son tabouret, la mine basse, pour enfiler ses petites chaussures cirées et sa paire de gants en dentelle.
C'est ça. Tu m'énerves à faire plusieurs choses à la fois, tu sais ! 
L'entrevue ne prendra pas longtemps, c'est promis... »

Il lisse sa combinaison en soie par-dessous son ample chemise bleue et se relève pour longer l'étroit ponton qui prolonge la scène autour de la fosse d'orchestre. Monsieur Gold est bien en veine. Ce petit ajout architectural qui a pour but de rapprocher les chanteurs de leur public n'est pas commun et dans d'autres théâtres, il se serait retrouvé à devoir hausser de la voix pour se présenter derrière l'espace réservé aux musiciens.
Malgré la contrariété de ses chanteurs, qui se rassemblent autour de la partition du piano pour discuter de leur performance, Elikia tâche de sourire aimablement au rédacteur du Vox qui s'approche d'un bon pas. Il le scrute avec curiosité, derrière ses lunettes rondes. Son invité a revêtu un costume passe-partout, dont il est difficile de juger de l'état, ce qui est assez singulier de la part du fondateur du journal le plus lu d'Excelsa. Elikia aurait pensé que son homme avait les moyens de s'acheter des frusques plus élégantes, mais un coup d’œil à sa barbe mal entretenue suffit à lui faire comprendre que ces choix inesthétiques sont moins une question d'argent que d'indifférence. Il est intrigant néanmoins que son Empathie lui révèle de l'inquiétude derrière cette façade de sauvageon négligé. Le bougre n'est pas tranquille mais n'a en même temps pas jugé bon d'avoir l'air plus soigné face à son interlocuteur. Que déduire de cela ?

D'abord que le zèle dont il disait faire preuve dans sa lettre et qui tente de rejaillir dans ses courbettes n'est qu'un prétexte et que les marques du respect le plus élémentaire ne sont pas venues au rendez-vous avec lui. Peut-être ont-elles souffert d'un contre-temps – il faudrait espérer qu'elles arrivent sans tarder.
Ensuite, que le courrier que lui avait adressé Elikia l'avait sans doute rendu nerveux mais ne lui avait pas assez fait comprendre qu'on lui faisait une fleur en lui accordant cette entrevue. Il n'y avait pas foule de journalistes qui lui avaient écrit pour solliciter une discussion sur les modalités du cabinet de censure, mais sur le principe, ne céder ce privilège qu'à Gold lui semble déjà particulièrement inéquitable. Il avait accepté par sympathie, parce qu'à quelques occasions, il avait dû lui-même se battre pour sa propre liberté d'expression et que cette charge de censeur qu'on lui transmettait maintenant n'était pas loin de lui filer de l'urticaire.
Pas pour d'excellentes raisons, donc. Cette décision qui ne lui plaisait pas beaucoup au moment où il l'avait prise, il craint de bientôt la regretter.
Mais la balle est encore dans le camp de son invité et Elikia ne se fie pas forcément aux premières impressions. Ce sont souvent de bonnes pistes, mais il faut laisser leurs chances aux gens – parfois, on finit par avoir de bonnes surprises. Il prêtera oreille à ce journaliste avec qui, après tout, il a tout intérêt de s'entendre.

C'est pourquoi, plutôt que de l'accueillir d'une réprimande alors que le rédacteur du Vox interrompt despotiquement sa répétition, le jeune Prince choisit de sourire encore, en se penchant vers lui pour lui serrer la main, et de lui servir une plaisanterie avec une mine espiègle.

« Ah, Monsieur Gold ! Le roi des journalistes en personne ! Vous savez, il vaudrait mieux cesser avec vos révérences, je ne suis que Prince, quant à moi... »

Petit clin d’œil enjoué. Derrière lui, la soprano demeure les bras croisés et le visage de marbre, mais le baryton et la mezzo gloussent de concert. La seconde chanteuse, une femme à la peau dorée, aux longs cheveux tressés et aux petits yeux malins, se permet même de tirer son jupon et de s'incliner galamment devant le journaliste. Elikia pouffe à son tour en lançant un regard derrière lui, puis il tourne de nouveau son visage taquin vers Gold. Il lui esquisse une moue à moitié contrite.
Voilà, le présomptueux aura eu sa pénitence. S'il lit entre les lignes, il ne devrait plus commettre d'erreur, à présent.

« Pardonnez ces sottises, reprend le garçon avec douceur, nous sommes une bande de joyeux mal-élevés. » Un grommellement lui parvient du côté de sa soprano mais il n'y prête pas attention. D'un geste gracieux, le compositeur désigne chacun de ces trois chanteurs. « Voici Elvira Cavalieri, notre estimée prima donna, Malika Hayek, notre mezzo, et Ildebrando Bellone, le baryton.
Nous espérons que vous garderez tout ce vous entendrez et verrez ici secret, Monsieur,
lance soudain Elvira, avec sécheresse, les bras toujours serrés autour de sa poitrine. Nous avons tous juré de ne rien laisser sortir de l'Opéra avant la première et il serait regrettable que votre journal ruine nos efforts.
Voyons, nous en avons déjà discuté, Elvira, il n'en fera rien,
répond patiemment Elikia. Il a assez de soucis en tête pour se préoccuper par surcroît de nous espionner, n'est-ce pas, Monsieur Gold ? »

La cantatrice retrousse son petit nez et hausse des épaules, tandis que le jeune Prince pose un genou à terre en répandant sur son sillage un parfum frais, où l'on décèle la présence du lotus, du freesia, de la pivoine et du lys blanc, ainsi que la touche épicée d'un œillet. Il se penche pour parler plus intimement à son barbu et lui glisse d'un ton plus soucieux :

« Plus sérieusement, pas de révérence pour une autre fois, je vous en prie, je ne dois mon titre qu'à ma fonction, pas au privilège d'un autre temps ou à je ne sais quel droit divin. En tout cas, enchanté de faire votre connaissance. » Il sourit de nouveau avec sincérité, avant de se relever. « Souffrez encore que je donne quelques directives à mes troupes et je suis tout à vous ! Calvin ! »

Son cri retentit à travers la scène jusque dans les coulisses. Cependant, son empaffé de secrétaire ne daigne pas répondre. Elikia grimace. Cadet d'une vieille famille d'Industriels spécialisée dans l'armement, Calvin n'a pas inventé l'eau chaude et il était difficilement envisageable pour ses parents de lui confier la moindre responsabilité dans les affaires. Sa mère, désespérée de le voir mollassonner dans leur grande villa du District Balnéaire, l'avait refilé à Elikia avec qui elle était en relation depuis quelques années, et il lui avait offert cette place au Conservatoire, bon gré, mal gré – parce qu'en vérité, il ne pouvait pas se permettre de froisser le peu de ces gens avec qui il entretenait encore des rapports corrects. Hélas.

« Où diable est-il encore passé, celui-là... ? maugrée-t-il en reconduisant ses pas vers la scène, avant de manquer de se faire renverser par un colosse blond qui surgit des coulisses. Ah, Calvin ! S'il vous plaît, pourriez-vous...
Maître Lutyens ! C'est terrible !
Qu'y a-t-il, Calvin ? »

Les mains de son secrétaire tremblent en rehaussant ses larges lunettes d'écailles sur son nez et il lance un regard de chiot affolé vingt centimètres plus bas, où son employeur prend une bonne inspiration et tente de son mieux de dissimuler son exaspération.

« On a dû vous mentir au sujet de cet Opéra ! s'exclame-t-il, dans un hoquet. Je vous jure, j'ai vérifié chaque recoin dans les coulisses, et impossible de trouver une cour ou un jardin ! Il va falloir chercher un autre théâtre pour votre représentation, on n'aura jamais le temps de faire des travaux d'ici là !
… Calvin. »

Un silence pesant s'impose entre les deux hommes. Elikia s'efforce très péniblement de demeurer stoïque, et le colosse de ne pas se dandiner sur place. Le jeune homme bat des cils, puis passe une main derrière ses lunettes pour se frotter les yeux.

« Je vous ai déjà expliqué, vous vous souvenez ? rappelle-t-il, d'un ton aussi mesuré que possible. Il n'y a pas vraiment de cour et de jardin dans un théâtre, ce ne sont que des façons de parler. Comme bâbord et tribord, sur un bateau. On utilise ces termes pour parler de gauche... et de droite...
Moi, de toute façon, j'ai jamais rien compris à ces histoires,
gémit le blondinet. La gauche, la droite, selon comme on est tourné, ça change tout !
Mais c'est justement le principe de... Oh, et puis... ! »
Pris d'un élan d'irritation, Elikia lève ses deux mains en l'air avant de gonfler sa poitrine d'un souffle résigné et de ravaler sa salive, ainsi que sa colère. « Calvin, s'il vous plaît, mon invité a traversé la ville sous une chaleur accablante, j'aimerais que vous apportiez des rafraîchissements à la loge quatorze où nous allons nous installer.
Alors ça ne pose pas de problème, vous êtes sûr ?
Certain, Calvin. Soyez gentil... ne perdez pas de temps en chemin. »

Il serait bien capable de s'égarer dans l'Opéra, ce pauvre hère. Il hoche la tête d'un air coupable et fait demi-tour pour disparaître derrière une porte de service, dans les coulisses. Elikia, quant à lui, passe une main dans sa nuque et jette un regard embarrassé vers Gold. Ceci dit, le journaliste devra faire un peu preuve de patience, parce qu'il ne peut pas laisser non plus ses chanteurs en plan.
Il les rejoint, les félicite chaudement à grands renforts de sourires réjouis et se raccommode avec Elvira en l'entourant de compliments sur sa voix expressive, son medium chatoyant, son aigu saisissant et sa ligne de chant nuancée. Il achève en la prenant paisiblement dans ses bras et elle dodeline de la tête, rougissante et flattée. Puis, en effet, il convient de donner quelques directives et quelques pistes, enfin, pour travailler sur une meilleure osmose dans ce trio. Leurs échanges et leurs rires, très passionnés et très enthousiastes, doivent prendre fin quand les musiciens font leur entrée par le chemin qu'a emprunté le rédacteur du Vox un peu plus tôt. Il s'agit de saluer tout ce beau monde, alors qu'ils s'installent tout en bavardant dans la fosse et sortent leurs divers instruments de leurs étuis, et de mettre au jus le premier violon pour conduire l'orchestre en l'absence du compositeur. C'est une vieille pratique, mais en cas de nécessité, elle a toujours fait ses preuves. Ensuite, il faut aider le régisseur à ranger le piano dans les coulisses, pour laisser toute la scène aux comédiens, et la répétition intégrale de l'opéra peut enfin commencer.

Il s'est passé du temps avant que le Prince Compositeur n'en ait à accorder à Phineas Gold et celui-ci a dû se rasseoir dans le public pour laisser les musiciens manœuvrer, mais le voilà qui saute lestement de la scène à présent pour le retrouver. Le visage rougi par ses allées et venues de petite tornade à travers le plateau, il se poste devant le journaliste barbu et incline la tête en signe de respect :

« Mille excuses pour l'attente... Comme vous pouvez le constater, c'est la folie ici, je suis débordé. Mais peu importe : à nous, maintenant. Si vous voulez bien me suivre ! »

De son pas sautillant et énergique, Eli traverse déjà le parterre – sans vérifier que son invité est bien sur ses talons, car c'est une évidence – et il se dirige vers une discrète porte de service, entre deux colonnades. Il l'ouvre d'un geste vif et laisse courtoisement l'homme entrer, puis monter la volée de marches qui mènent aux loges. A l'étage, il reprend la tête de l'expédition qu'il mène dans un couloir, entre des statues de marbre et des peintures exquises, jusqu'à une autre porte marquée d'un « 14 » enluminé. Quand il la pousse, les deux compères retrouvent la rumeur folâtre de la salle de spectacle qu'ils surplombent depuis leur alcôve tapissée d'étoffes pourpres. Une table y a été installée, sur laquelle quantité d'exemplaires du Vox sont étalés, ainsi qu'un épais cahier de notes, un encrier et une paire de plumes.
Les fauteuils rembourrés en bois d'ébène attendent d'être occupés, auprès d'un chariot de rafraîchissements (et de sandwichs) que Calvin a su miraculeusement mener à bon port. Elikia, toujours aussi dynamique malgré la fatigue de ces dernières journées, qui commence à lui peser sur les épaules, louvoie entre les meubles pour atteindre la cohorte de boissons exposées aux yeux de son invité, et remplir son devoir d'hospitalité.

« Mettez-vous à l'aise. Je vous sers quelque chose ? »

Il y a là de l'eau bien sûr, du lait, diverses sortes de limonades, de thés et de cafés glacés, de jus froids, d'orangeades et de citronnades. Il n'a pas jugé nécessaire de commander des boissons chaudes. Certes, les murs de pierre de l'Opéra conservent admirablement la fraîcheur en ces lieux, mais Monsieur Gold a battu le pavé sous le cagnard et aurait sans doute besoin de se refroidir le gosier. Il prend sa commande très civilement et le sert, sans d'autre souci que de le satisfaire. Les convenances qui appartiennent à son rang lui sont bien éloignées, il n'y avait de toute façon jamais été initié.
Quand vient son tour, il néglige le café qui a tendance à décupler sévèrement son caractère électrique, et choisit comme d'ordinaire un matcha glacé dont les vertus stimulantes le rendent plus calmement productif. Il s'en sert une grande tasse, qu'il couronne de lait froid, et qu'il mélange à la cuillère. Son breuvage vert et onctueux en main, il en prend une longue gorgée et frémit de bien-être de la tête jusqu'aux pieds. Puis tandis qu'il s'essuie la bouche dans le coin d'une serviette, il gonfle ses poumons d'une profonde inspiration et s'assoit enfin dans son fauteuil, prêt à se remettre au travail.

« Bien. » Ses yeux noirs et brillants filent trouver ceux de Gold. Son visage est plus grave, soudain, sa voix aussi. « Pour être honnête avec vous, je me demande ce qui vous inquiète tant dans cette histoire de passation administrative. Parce que la censure s'exerçait bien avant que je n'arrive au pouvoir, je n'ai fait que récupérer la charge. Dans les faits, ce qui se passe, c'est une sorte de clarification bureaucratique qui facilite les démarches de tout un chacun. Mais... sentez-vous libre de vous exprimer. Qu'est-ce qui vous amène ici, exactement ? »

Il entoure sa tasse de ses mains délicatement gantées et laisse la parole au barbu. Pendant ce temps, il s'autorise à siroter doucement son thé. Si le journaliste était venu avec des soupçons réels sur l'avenir de sa profession et des arguments fondés, c'est le moment ou jamais de les exposer.
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Phineas Gold
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Lun 8 Oct - 18:41

Phineas laisse évidemment la répétition, ou du moins la séquence déjà entamée, se faire dans de bonnes conditions. Il a pris place au fond de la salle, dans l'un des confortables fauteuils de l'Opéra, et contemple les chanteurs d'un air indifférent. Ses connaissances en la matière ne lui permettent pas de dire si ce qu'il entend est exceptionnel ou pas. Son ami spécialiste de musique, Luther Owens, lui a si souvent vanté les mérites du Prince Compositeur, de Chandra Naidu ou de Catherina Damoroff, que le journaliste n'ose penser qu'il est le témoin d'un futur couac. Luther serait sans doute présent le soir de la grande première, impatient, comme à son habitude, de découvrir un nouvel Opéra.

C'était un passionné d'Art, avec un grand A, Luther. Un grand monsieur, plus d'1m90, naturellement large d'épaule. Le teint hâlé de ceux qui ont souvent vu la mer – ses parents travaillaient tout deux sur le port -, une longue chevelure de jais, constamment nouée en un chignon ou une tresse, et une barbe impeccablement entretenu. Un fin connaisseur qui ne vivait que pour l'Art et le journalisme. Alors, lorsque le Vox lui offrait la possibilité de mêler ses deux passions, il ne pouvait être plus heureux. Sans doute avait-il déjà croisé la route d'Elikia Lutyens, ou des chanteurs présents sur la scène. Peut-être avait-il même interviewé ces derniers, Phineas ne distinguait pas de qui il s'agissait, et était bien incapable de reconnaître à la voix.

Lorsque le silence se fit, après ce qui ressemblait fort – pour le profane qu'il était – à un final, il s'annonça. De loin, il lui sembla que les regards convergeaient vers lui, ce qui était somme toute logique lorsqu'un intrus faisait irruption là où il n'était pas attendu. La main gauche fourrée dans la poche de son pantalon de costume, Gold ne se rua pas sur le Prince. Il parcourut la distance qui le séparait de la fosse des musiciens à bon rythme, sans non plus se mettre à courir comme un dératé. Ce qu'il aimait à surnommer « l'enclos » des musiciens était bien plus grand que ce qu'il pouvait croire, depuis sa position précédente. Vide, bien sûr, mais à cette distance, il n'aura pas non plus besoin de hurler pour se faire entendre.

Il y a même une sorte de ponton, comme l'à-pic d'une falaise, dont le précipice mènerait tout droit aux premiers rangs du public. Elikia emprunte d'ailleurs cette allée, un sourire aux lèvres. Phineas fait de même, sourire poli de circonstance sur le visage. Alors que leurs mains se joignent, la plaisanterie princière fait immédiatement disparaître le sourire du journaliste. Roi des journalistes ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Gold ne voulait pas s'avancer, mais sa perception première fut que son interlocuteur le considérait comme un arrogant despote, avide de régner en seul maître sur son domaine de prédilection. Ce qui ne lui plaisait pas du tout. Il préfère malgré tout ne pas rétorquer.

Merci à vous de me recevoir, Altesse.

Il jette un regard par-dessus l'épaule de Lutyens. Sur les quatre chanteurs, l'une le salue élégamment, deux s'amusent de la plaisanterie, tandis que la dernière semble lancer des éclairs. Phineas adresse un signe de tête à la première, mais retiens surtout l'attitude de la dernière. Le ton sans appel de la dénommée Elvira Cavalieri – le nom lui semble familier, sans doute Luther lui a-t-il déjà parlé d'elle – informe le journaliste qu'il est bien mal tombé.

Bien entendu, le Vox attendra la grande première avant de révéler quoi que ce soit concernant vos travaux. Assura Phineas en inclinant la tête en signe d'excuse. Vous croiserez sans doute mon ami, Luther Owens.

Ajouter une petite pique concernant la déontologie de certains de ses concurrents lui traversa l'esprit, mais il jugea mal à-propos de l'exprimer à voix haute. D'autant plus que le Prince se penchait à son oreille, pour lui intimer de ne plus recommencer les révérences, ou autre marques trop appuyées de son respect. C'était... curieux, mais Phineas n'allait pas contester.

Très bien, comme il vous siéra. Par réflexe, il faillit conclure sa phrase par « Altesse », mais il se retint. Bien entendu, j'espère ne pas être trop mal tombé. Ne vous pressez pas pour moi, surtout !

Gold prononça ces mots d'un ton presque amical. Il avait bien compris, à l'attitude de Cavalieri, qu'il était arrivé à un moment bien peu opportun. Il était normal que Lutyens termine ses répétitions avant de s'occuper du reste. N'ayant nullement l'intention de s'imposer, Phineas pouvait bien attendre le temps qu'il faudrait.

L'apparition du dénommé Calvin arracha un demi-sourire au journaliste. C'était un sacré morceau, mais il n'avait pas l'air d'avoir la lumière à tout les étages. Pendant que le Prince donne ses consignes, Phineas s'éloigne de la scène, non sans avoir salué à nouveaux les talents présents. Il se demande si l'aide d'Elikia va le conduire à cette fameuse loge 14, auquel cas il ferait mieux de ne pas trop s'éloigner. Mais finalement, le colosse repart de là où il est arrivé, laissant le Prince adresser un léger sourire à Gold, qui lui rend celui-ci.

Le temps que la répétition se termine, le barbu décide de prendre place plus ou moins à mi-distance entre la scène et les portes de sortie. Assis sur un fauteuil, jambe droite croisée sur la gauche, il observe distraitement les discussions entre le Prince Compositeur et ses chanteurs, sans vraiment chercher à en saisir le sens. Les musiciens font ensuite leur entrée, remplissant rapidement l'enclos. Pendant toute la durée de son attente, Phineas a observé son interlocuteur, tentant de cerner le personnage. Il n'arrêtait jamais de bouger dans tous les sens, comme s'il avait besoin d'être absolument certain qu'il contrôlait tout. Il était peut-être maniaque sur le sujet, mais Gold trouvait cette attitude justifiée. Si Elikia était bien le compositeur de cet Opéra, il lui semblait logique qu'il supervise la totalité de la production, afin de s'assurer que le rendu final correspondrait à sa vision artistique.

Vint finalement, longtemps après son arrivée, le moment de l'entrevue. Anticipant la venue du Prince à sa rencontre, Phineas s'était levé. Rapidement, il balaya les excuses pour le temps d'attente.

Ce n'est rien, je constate bien que vous avez beaucoup de travail. C'est déjà très aimable à vous de m'accorder quelques minutes.

Dans sa carrière, Gold avait eu plusieurs fois l'occasion d'attendre pendant des heures, dans des conditions bien moins agréables. Le souvenir le plus récent concernait la journée de la Grande Course d'aviron. Toute la journée, il était resté debout pour bien voir les courses, puis pour entendre le discours princier. Alors il pouvait bien patienter dans les fauteuils confortables de l'Opéra. De plus, il avait tout intérêt à rester dans les bonnes grâces de Lutyens. L'homme avait littéralement droit de vie ou de mort sur son bébé, après tout.

Ils atteignent bien vite la loge 14, alcôve intimiste avec une vue imprenable sur la scène, et le murmure sourd des musiciens leur parvenant, comme un fond sonore. Prenant place avec Elikia dans des fauteuils luxueux, Phineas fut décontenancé de voir le Prince se livrer lui-même au service des boissons. Poussait-il un hypothétique besoin de tout contrôlé jusqu'à vérifier lui-même le dosage des différents breuvages qu'il proposait ? À moins que le gigantesque Calvin soit trop maladroit pour servir ? Qu'importe, après un moment d'hésitation, Gold demanda poliment une limonade. Il était vrai qu'elle ne serait pas de trop, après une bonne heure de marche sous le soleil de plomb de la Forge.

Ils entrèrent directement dans le vif du sujet, ce qui n'était pas pour déplaire à Phineas. Pour le journaliste, c'était encore une fois surprenant que le Prince ne comprenne pas son inquiétude. Après tout, son corps de métier passait sous la jurisprudence du Conservatoire pour la toute première fois. Bien qu'il décrivait cela comme une simple facilitation des procédés administratifs, pour Gold et ses collègues du Vox, ça représentait tout de même un gros changement.

Ce qui m'amène ici, c'est simplement les doutes collectifs qui règnent à la rédaction du Vox. Débuta calmement Phineas, d'un ton posé. Le fait que la presse se retrouve désormais sous l'autorité du Conservatoire représente, selon nous, un changement majeur. Car pour être tout à fait honnête avec vous, jusqu'ici, notre rédaction n'a pas vraiment eu de problèmes avec le service de censure du Palais.

Il s'offre une nouvelle gorgée de limonade, le temps également pour lui de mettre de l'ordre dans ses pensées. Lors de leurs débuts à plein temps, il était arrivé que le comité de censure bloque un de leurs articles. Ça n'avait jamais été Phineas lui-même, coup de chance sans doute. Mais il avait bien entendu aidé ses collaborateurs a apporter les modifications nécessaires pour contenter les autorités, tout en proposant malgré tout un article de bonne qualité, comportant avant tout la vérité.

Dans l'idée, le Vox n'a aucune raison d'être inquiet. Nous n'avons pas eu de problèmes avec la censure depuis belle lurette, et nous évitons de nous pencher sur des sujets sensibles sans bénéficier de sources officielles. Cependant, maintenant que la censure n'est plus une entité aussi abstraite que par le passé, certains de mes collègues et moi-même craignons pour nos libertés journalistiques.

Ce qui était, à son sens, une réaction parfaitement naturelle. Un changement majeur s'imposait à eux, et les journalistes du Vox souhaitaient simplement que la transition se fasse sans accroc.

Je suppose d'ailleurs que nous ne sommes pas les seuls à vous avoir contacté à ce sujet.
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Ven 12 Oct - 19:30

En réalité, à la réception du pli de Phineas Gold, quelques jours plus tôt, Elikia a immédiatement suspecté la raison pour laquelle ce Monsieur se rongeait autant les sangs. Elle est évidente, mais le journaliste refuse encore maintenant de l'énoncer clairement. Il contourne le problème avec une habileté de politicien – quelle ironie ! A la question de savoir quelles sont ses craintes exactes, il ne donne guère de réponse. Il parle du Conservatoire, comme si le pouvoir de censurer était venu aux artistes dans leur ensemble et non pas à une personne seule, un Prince aux idéaux politiques troublants.
Celui-ci l'écoute avec une attention respectueuse, tout au moins, même s'il lui coûte de ne pas se laisser distraire par les éclats musicaux de l'orchestre qui commence à s'accorder, en bas, dans des sifflements de trompette et des stridulations de cordes. Dans une poignée de minutes, ils se mettront à jouer l'ouverture de l'opéra sous la guidance du premier violon et Elikia, dans sa loge, aura l'oreille d'autant plus partagée. On ne remplace évidemment pas un chef d'orchestre ou un metteur en scène au pied levé, or ce sont aussi les fonctions d'un compositeur à l'heure des représentations. Il devra être attentif aux signes de son musicien qui attendra peut-être des indications de sa part d'un moment à l'autre, en même temps qu'il s'entretient avec le rédacteur du Vox.

Mais pour le moment, rien n'interrompt le petit barbu dans son exposé et sa supposition inspire même un sourire amusé au jeune homme, qui pouffe en faisant tinter les perles rondes de ses pendants d'oreilles.

« Les seuls ? Eh bien, en tout cas, je n'ai pas reçu deux lettres comme la vôtre, c'est une certitude. » Il plisse des yeux avec une espiègle indulgence derrière ses lunettes rondes. « Mais si le contenu de mon courrier vous intéresse tant, à vrai dire, j'ai surtout eu droit aux diverses félicitations de rédactions soucieuses de me passer de la pommade. Sans doute que leur souhait de me mettre en bonne disposition doit rejoindre vos craintes, mais ce n'est que spéculation de ma part. »

Il hausse des épaules, plutôt désintéressé par la question, au bout du compte. Il a toujours été sensible aux compliments, il est vrai, mais encore faut-il qu'ils soient inspirés. En attendant, il goûte fort peu aux flagorneries hypocrites, aussi subtiles soient-elles, et elles n'infléchiront définitivement pas son jugement. Au moins, malgré la désinvolture de sa lettre, Gold ne s'est pas abaissé à le croire comme tant d'autres.

Il est néanmoins curieux qu'il considère la censure telle qu'elle était employée par le passé comme une entité abstraite. Bien sûr, s'il se pliait au mot près aux déclarations du Conseil, la réalité où des journalistes se battent pour lever des affaires de corruption ou des scandales divers devait lui paraître bien fumeuse. Pourtant à l'époque, quand les Quatre avaient leur mot à dire concernant les publications journalistiques, la fameuse liberté du Vox souffrait de bien des obstacles. Faut-il parler de la Rectrice, Hanae Ibihn, et de la réputation de harpie véreuse qui la précède ? N'y avait-il rien qu'elle ait voulu cacher à la presse ? Aucune affaire qui n'aurait fini par l'éclabousser ? Aucun collaborateur à protéger ? Vraiment, rien ?
Vient ensuite Denvis Shah, un homme d'argent qui avait de son vivant la responsabilité de couvrir l'exploitation ouvrière orchestrée par son entière faction – un rôle qui invite fort peu à la transparence. Parlons encore d'Otton Egidio, qui passe pour un homme tempéré et modeste, mais qui détient les autorités exécutives, judiciaires et spirituelles d'Excelsa et qui pouvait faire taire la presse d'un claquement de doigt au nom des Cinq Préceptes. En ce qui concerne enfin Thalia Morlone, le jeune Prince ne saurait juger de son incorruptibilité financière que sur des ouï-dire et garde donc bien en tête qu'elle a derrière elle tout le Conseil d'Administration de la Maison des Navigateurs et que tout ce beau monde ne pourrait sans doute pas se vanter d'être blanc comme neige.

Phineas Gold craint pour sa liberté, dit-il, mais quand l'avait-il réellement exercée jusqu'à maintenant ? De quelle liberté parle-t-il, exactement...? C'est une question qu'Elikia se retient courtoisement de poser, malgré son sens pointu de la polémique, car le journaliste a d'abord réclamé cette entrevue pour obtenir des réponses et il ne voudrait pas le froisser inutilement en entamant un débat à brûle-pourpoint.
Tout en buvant quelques gorgées moelleuses de son matcha et en goûtant à son astringence végétale, Elikia réfléchit à la meilleure façon de présenter la nouvelle opportunité qui s'offre à la presse excelsienne à travers cette simple, mais intrigante passation administrative. Ses yeux noirs couvent affectueusement la fosse à orchestre où les musiciens achèvent leurs préparatifs. Le premier violon s'est posté à la place du chef d'orchestre et prend les choses en main avec efficacité, tandis que le régisseur fait fermer les lourds rideaux en velours sur la scène. Finalement, il enroule ses mains couvertes de dentelle autour de son verre glacé, dodeline songeusement de la tête et la penche sur le côté en fronçant des sourcils vers son barbu qui semble tout à fait conforté dans des positions pourtant très floues.

« En fait, je ne vois pas vraiment en quoi le fait que la censure soit désormais entre mes mains en particulier vous paraisse une telle menace pour votre liberté... Sincèrement, elle n'était pas au meilleur de sa forme avant que je n'arrive au pouvoir, de toute façon. » souligne-t-il avec regret, et d'une voix douce. Puis il se redresse dans son fauteuil et adopte une posture plus dynamique pour exposer les choses plus méthodiquement. « Votre travail était alors soumis au jugement des quatre Princes. Chacun avait sa propre façon d'envisager ce qu'il est bon ou non de faire savoir à la population, et tous étaient susceptibles de connaître des conflits d'intérêts spécifiques à leurs activités. Aujourd'hui, vous n'avez plus de compte à rendre qu'à moi. Même dans l'hypothèse où je serais un affreux propagandiste tyrannique et vénal, c'est tout de même un progrès, vous ne croyez pas ? »

Il est peu aisé pour la plupart des gens de voir en un changement autre chose qu'un bouleversement cataclysmique, surtout quand leurs habitudes leur sont devenues confortables, et par conséquent chères et aimables. Phineas Gold se comporte comme un enfant trop sage et aujourd'hui apeuré, qu'on oblige soudain à passer des bras d'un parent à un autre. Il a appris à satisfaire le premier, mais il ne connaît rien des règles du second et s'affole de ne les entendre ou de les voir écrites nulle part. Seulement, au risque de le détromper ou même de le décevoir, Elikia n'a pas l'intention d'être un parent pour sa profession. Les précautions que les journalistes prenaient autrefois pour ne pas fâcher le pouvoir en place ne sont plus d'usage, il ne compte pas continuer de les faire appliquer. Et si les autres Princes devaient s'insurger de ce qu'ils trouveraient demain dans le journal, c'est au maître du cabinet de censure qu'ils iraient parler, et à personne d'autre.

Il a bien quelques idées de réformes, évidemment, mais elles seront écrites et publiées en temps voulu. Pour le moment, Gold est libre de pratiquer son métier comme il l'a toujours fait, et même d'écouter sa passion et de poursuivre ses idéaux plus dignement qu'il ne lui était permis d'ordinaire. Quant à l'avenir, il ne saurait être bien sombre en considérant que les décrets seront rédigés de la main d'un Maître du Conservatoire – institution attachée à la liberté d'expression depuis son schisme d'avec l'Académie quelques siècles auparavant. Mais malgré tous ces signes de réconciliation entre le gouvernement et la parole journalistique, si quelque chose fait douter encore le rédacteur du Vox, Elikia n'a aucun doute sur la nature de son problème.

« Je vous demande pardon si je démystifie un peu le rôle de la censure, mais oui, c'est un outil de la propagande d’État. » affirme-t-il. C'est qu'on ne va pas tourner autour du pot pendant cent-sept ans, il a aussi une répétition sur le feu. « Et oui, quand elle passe des mains d'une personne à une autre, on est en droit de se poser des questions – surtout quand on n'a pas l'habitude de la brusquer et qu'on veut rester dans ses bonnes grâces. En vérité, Monsieur Gold, ce que vous n'osez pas me dire, c'est que vous avez peur de la direction que je suis maintenant le seul à pouvoir donner à ce cabinet. Et vous en avez peur parce que je suis socialiste. Est-ce que je me trompe ? »

Depuis son fauteuil, le jeune Prince fixe son regard sombre et intransigeant sur le journaliste. Sinon, quoi ?
Il a l'habitude qu'on crie au crime et à l'hérésie dès que l'hypothèse du socialisme ose avancer sans masque sur la scène publique – c'est d'ailleurs un sujet de scandale facile et franchement rentable pour la presse. Peut-être Gold s'attend-il en effet à devoir faire face à un affreux propagandiste tyrannique et vénal, en fin de compte. Autant lui proposer simplement d'aller droit au but.
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   Lun 15 Oct - 15:34

En contrebas, les musiciens se mettent petit à petit en place, accordant leurs instruments dans une dissonance pas vraiment agréable aux oreilles de Phineas. Il tente de ne pas se laisser distraire, de rester concentré sur son propos, mais lorsqu'il se tait, il ne peut retenir un regard légèrement agacé vers la fosse. D'ici quelques minutes, ce serait terminé et tout le monde jouerait la même partition, et ce serait beau à entendre. Mais forcément, toute la partie préparation est un peu irritante pour l'individu extérieur. Remarque, ça ne doit pas forcément être amusant non plus pour ceux qui se préparent. C'est un peu comme le journalisme – ou n'importe quel autre corps de métier –, la préparation d'une enquête, la rédaction des questions, la documentation, le long trajet à pied, ce n'est pas forcément très amusant, mais c'est une étape nécessaire pour exercer le métier dont Gold est tombé amoureux.

Le journaliste leva un sourcil circonspect lorsque le Prince lui annonça qu'aucune autre rédaction ne s'était montrée ouvertement inquiète des changements administratifs de la censure. Ça lui semblait impensable, surtout au sein de journaux avec une hiérarchie plus définie que celle du Vox, qu'aucun éditeur, mécène ou rédacteur-en-chef n'ai exprimé la moindre forme de doute concernant une nouveauté qui avait temps fait jaser au sein de la rédaction de son journal. Peut-être qu'ils étaient tous une sacré bande d'angoissés, ou bien, comme le suggérait Elikia, la concurrence préférait assurer ses arrières en tentant un périlleux exercice de lèche-botte.

C'est surprenant, de mon point de vue. Confia Phineas.

L'orchestre commence à s'accorder. D'ici quelques instants, le bruit sera sans doute assourdissant pour Phineas, qui n'est pas un habitué. Il reporte toute son attention sur le Prince, qui lui expose sa vision des choses. Son ascension au pouvoir et sa prise de contrôle de la censure n'est pas une menace pour ses libertés, et Gold est disposé à le croire. Il l'a dit lui-même, au fond, le Vox n'a pas vraiment de raison d'être inquiet. Le journal faisait très attention à sa déontologie, et ne s'attaquait aux sujets sensibles uniquement s'ils possédaient des preuves accablantes ou des témoignages officiels. Certains avaient déjà décrété que le Vox n'était ainsi qu'un torchon à la solde du pouvoir. Phineas préférait considérer qu'il faisait le nécessaire pour vivre et continuer à faire vivre toutes les personnes liées de près ou de loin à son bébé.

Était-ce vraiment une bonne chose que le pouvoir de la censure repose dans les mains d'un seul homme ? Gold était loin d'être convaincu. Même si, lorsque les publications dépendaient du bon vouloir des Quatre, il existait également la possibilité de voir l'un des Princes s'opposer à un autre concernant un contenu à censurer. Bien sûr, le journaliste ne pouvait pas appuyer cette théorie avec des exemples concrets, mais c'était selon lui quelque chose qui pouvait et avait sans doute dû arriver. Désormais, seul Elikia Lutyens avait le pouvoir de la censure. Ce qui signifiait que personne ne pourrait l'empêcher de censurer un article qui ne lui convenait pas.

Pour être honnête, je suis assez partagé. Je crois sincèrement qu'un pouvoir, qu'importe sa nature, ne devrait pas se trouver entre les mains d'une seule personne. C'est une politique que nous appliquons au Vox, tout comme la Ville l'applique au sommet de la hiérarchie, avec le Conseil.

Être le seul décisionnaire, qu'importe le domaine, c'était la porte ouverte à des abus que nul de pourrait contester, et cela n'enchantait pas du tout Phineas. Il ne connaissait pas Lutyens. Il ne pouvait pas dire si ce dernier serait un censeur tyrannique et vénal, ou au contraire un lecteur plus coulant. Si jamais une rédaction s'attaquait frontalement à l'un des trois autres Princes, laisserait-il passer l'article afin d'éventuellement fragiliser un adversaire politique et d'affirmer sa position ? Si jamais Luther trouvait le prochain opéra du Prince mauvais et rédigeait une critique négative, serait-elle censurée également ? Au fond, la question s'affinait pour Gold. Le problème, ce n'était pas que le pouvoir de la censure change de main. Ce qui l'inquiétait réellement, c'est qu'il ne savait pas quel genre de censeur serait le Prince Compositeur.

On en arrive au point qui fâche. Bien sûr, la censure est un outil de propagande, cela, Phineas l'a appris dès les balbutiements du Vox. De plus, le Prince met parfaitement le doigt sur son inquiétude. Le fait qu'il soit le seul homme au pouvoir de la censure l'inquiète, l'Artiste l'a bien compris.

En revanche, lorsqu'il l'accuse d'être inquiet sous prétexte que le Prince est socialiste, Gold écarquille les yeux, puis fronce les sourcils d'un air totalement incrédule. Quel rapport ? Quel rapport entre le fait qu'un seul homme soit au pouvoir et le fait que ce dernier soit socialiste ? Le journaliste ne comprenait pas le parallèle. Aussi, lorsque Elikia lui demanda s'il se trompait, le barbu ne pu que répliquer.

Et bien... oui. Du moins en partie. Il boit une gorgée de limonade, avant d'étayer son propos. En effet, je crains le fait que vous soyez le seul décisionnaire concernant la censure, comme je l'ai dit tantôt, je ne suis pas partisan du pouvoir dans les mains d'une seule personne. En revanche, je ne comprends pas pourquoi cette crainte serait lié à vos opinions politique.

Dans l'idée, Phineas était même plutôt favorable au socialisme. Si les richesses étaient équitablement réparties entre les différents citoyens, cela signifiait que plus de gens auraient les moyens pour acheter quotidiennement le Vox. Donc, économiquement, c'était intéressant pour lui. Toutefois, le journaliste avait toujours considéré ce courant de pensée comme un repère de doux rêveur. Selon lui, les plus fortunés de ce monde concentrent trop de pouvoirs pour laisser cette politique s'imposer. Si socialisme il devait y avoir, cela s'opérerait sans doute en douceur, sur des dizaines et des dizaines d'années. Le jour où chaque Excelsiens bénéficierait des mêmes ressources que son voisin, Phineas comme Elikia seraient déjà poussière depuis longtemps.

Ma seule crainte. Reprends Phineas. C'est que ce pouvoir, dont vous seul jouissez, vous montes à la tête et que vous en abusiez. C'est tout. Le fait que vous soyez socialiste, capitaliste ou que vous croyez aux esprits magiques des briques rouges n'a pas joué dans mes doutes, ni dans ceux de mes collaborateurs.
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MessageSujet: Re: Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas   

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Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée ♔ Phineas
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