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 Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis

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Elikia Lutyens
Prince Compositeur

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Fiche : Stay Focused & Extra Sparkly ★
Vice : Acharnement & Intransigeance
Faction : Conservatoire
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Occupation : Prince Compositeur. Premier Maître du Conservatoire et sorcier de la Cabale.

MessageSujet: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Mar 11 Sep - 15:39


Il est près de sept heures et demi du matin, déjà, mais la journée a démarré de bon train depuis l'aube pour le jeune Prince Compositeur. Ce n'est certes pas contre ses habitudes, mais plus que n'importe quelle autre période de l'année, la Saison de la Forge impose de s'activer avant que le soleil ne touche son zénith. Comme tout Excelsien frappé au coin du bon sens et du privilège, Elikia avait pris parti de se mettre au travail à quatre heures et de se ménager une pause vers dix ou onze heures, jusqu'à quinze ou seize heures. Parfois, cependant, ses responsabilités le contraignaient à ne pas quitter son office de l'après-midi, c'est pourquoi il avait fait installer des volets en moucharabieh qui préservaient son bureau comme l'ultime bastion de fraîcheur face à la fournaise urbaine. Que voilà un élégant petit miracle de l'existence pour un dispositif antique !
Bien sûr, outre le précieux atout naturel que représente ici le fait d'être noir, Elikia avait su glaner bien des combines, et même en inventer certaines (dont il n'était pas peu fier) pour lutter contre la chaleur. Il ne pousse pas encore l'excentricité jusqu'à porter de longues jupes fluides – pourtant si confortables – pendant des négociations d'une telle importance, mais dans d'autres circonstances, il ne se serait pas gêné. Pour l'instant, une connaissance précise et méticuleuse des variétés de textile le garde admirablement de ces taches de sueur fort disgracieuses qui ont la méchante habitude de venir se nicher sous les aisselles. Vraiment, quand on a les moyens, c'est une sérieuse faute de goût de ne pas commencer à se pencher sur le problème. Transpirer dans des habits si chers, vraiment, non, c'est une honte, c'est impensable.

Ce jour-là, il a revêtu un ensemble aux tons marins, alliant une chemise blanche aux coutures et aux ombrages bleu pastel, en mousseline de soie, avec un pantalon vert mousse en voile de coton. Le détail de cet habit qui fait la différence, c'est son col découpé et conçu comme des ailes de papillon, brodées en camaïeu bleu paon, noir et bleu fumé. La brise légère qui passe par la fenêtre entrouverte les soulève délicatement et fait comme frémir leurs écailles dans un poudroiement coloré. Son pantalon est parfaitement cintré, taillé sur mesure, et sa taille haute souligne la finesse de ses hanches et de ses jambes – dont on devine, à leur agilité et leur souplesse, qu'elles ont été sculptées pour l'art de la danse. Sa chemise, quant à elle, est légère et aérienne, elle adopte le même mouvement que le flot calme de la mer. Ses manches sont bouffantes, nouées par de petites manchettes bleues qui surmontent des mains sveltes et racées, que le travail à l'usine a néanmoins très cruellement usées. D'ordinaire, il dissimule ces blessures de guerre sous des gants à l'étoffe raffinée mais aujourd'hui, il a décidé de jouer cartes sur table. Nul besoin de faire oublier à ses invités qu'il venait du peuple et qu'il avait travaillé comme un esclave pour leurs semblables, par le passé. Personne ne serait assez hypocrite pour ignorer ici les enjeux de leur rencontre.
Ces vêtements épanchent un parfum aux accords végétaux et marins, un souffle frais où on décèle la présence du lotus, enrobée de freesia, de pivoine et de lys blanc, et relevée d'un œillet plus épicé. Un fard à paupières turquoise, très vif, presque effronté, rehausse l'intensité de ses yeux noirs derrière ses lunettes. Enfin, des pendants d'oreille en subtiles chaînes dorées complètent habilement sa parure, émaillés de pierres opaques aux reflets aquatiques, agates, jades et lapis.

Tout dans son apparence est à la fois impeccablement soigné et disposé à une certaine féerie, à la façon d'un philtre qu'on a concocté pour quelque exquis enchantement. C'est la première fois qu'il s'apprête à mener de réelles négociations dans ce bureau au Palais des Princes, et pour compenser l'austérité de son ameublement (la famille Shah s'était assurée qu'il ne lui reste pas même un bureau pour travailler, à la mort du vieux Denvis), il n'a négligé aucun de ses atouts. S'il fallait battre des cils pour distraire ses hôtes de la mauvaise facture de son mobilier, il le ferait plutôt deux fois qu'une. La pièce, d'ailleurs, a toujours l'air trop vaste pour son propriétaire notamment dans le fond, où elle s'élargit franchement, illuminée par de grandes fenêtres donnant sur une cour fleurie et ensoleillée. Le seul aménagement que sa bourse lui a autorisé pour le moment concerne le changement du papier peint que ces deux affreux siamois (Alexander et Amélia) n'avaient évidemment pas pu emmener avec eux – une tapisserie hideuse, couleur bistre ou marronnâtre, qui absorbait toute la lumière à la Saison du Repos  – ce n'était donc une perte pour personne. Elikia l'avait troquée contre une œuvre d'un de ses amis au Conservatoire, une grande fresque végétale sur un fond vert très pâle, agrémenté ça et là d'hibiscus incarnats et sur l'un d'un murs, d'étonnants flamants roses en groupe, au plumage velouté, qui paressent entre de somptueuses feuilles de palmier.
Il n'y a bien que le parquet qui a subsisté au grand chambardement de son élection : des boiseries à bâtons rompus, en chêne huilé, dont les contrastes parfois très foncés donnent un aspect moderne à la pièce. Pour le reste, le bureau a été trouvé chez un vieux brocanteur, et les fauteuils, au nombre de trois (deux, à l'origine, mais le maître de cérémonie a cédé le sien en faveur d'un de ses invités, car Monsieur Mac Alister viendrait accompagné de Mademoiselle sa fille) ne sont pas loin d'être inconfortables. En tout cas, ils sont usés jusqu'à la corde. Elikia se contenterait d'une chaise en bois, derrière le bureau. On compte également la présence vénérable d'une bibliothèque, où se bousculent des livres de droit, d'études sociales, d'économie, de philosophie et de théorie musicale – en plissant des yeux, il est possible de rencontrer un titre de recueil de poésie, de roman ou de pièce de théâtre, échoués là dans un océan de lectures sérieuses. Enfin, des plantes épanouies côtoient des piles de dossiers ficelés, amoncelés contre les murs comme autant de tours ambitieuses et branlantes, un petit meuble cabossé accueille un phonographe, fier bijou de la technologie, et, surtout, on trouve dans cette pièce un bon piano, un violon déposé sur sa caisse, et une harpe aux finitions en acajou, à laquelle le petit jeune homme est installé depuis deux bonnes heures maintenant.

Il avait pris pour habitude de tenir son esprit occupé, plutôt que de le laisser en proie à l'attente qui le réduisait souvent à une espèce d'insupportable petit paquet de nerfs gigotant sans but entre deux collègues à importuner. Ce n'est pas une mince affaire qu'il a à traiter, aujourd'hui, il est vrai. Il y a des décades qu'il prépare cette rencontre, qu'il descend régulièrement à Domus ou au District Manufacturier pour interroger des ouvriers, à l'heure où la cloche sonne la fin de leur labeur quotidien, et qu'il planche sur le droit excelsien aux archives du Palais, où il ne trouve que des bribes éparses, confuses, parfois inachevées de législation sur le travail. Tout reste encore à construire et Elikia ne poserait la première pierre de ce chantier titanesque qu'après avoir fait la paix avec les Industriels. Disons, avec certains industriels. Pas question d'avoir les yeux plus gros que le ventre quand on discute d'alliances, on risquerait fort de compromettre quelques idéaux en chemin. De toute façon, rien ne trouve grâce aux yeux de la plupart des grands magnats que la Machine, tenue en laisse par son petit roquet capricieux et braillard, le Profit, qui la traîne partout où il lui chantera de lever la patte. Et rien ne les rendra plus prolixes au monde que ce noble et glorieux tableau. Nul besoin de s'interroger plus longtemps sur les goûts du vieux Denvis en matière de tapisserie.
Toutefois, Elikia devra s'efforcer de laisser ses formules tapageuses au placard pour cette fois. Elles lui ont régulièrement valu la haine des patrons, rugissant au sommet de leurs fortunes fabuleuses, davantage que ses arguments sur lesquels ils ne prennent jamais la peine de se pencher. On aime ne retenir du socialisme qu'une caricature brutale, contre laquelle il est plus aisé de combattre. Aussi, les piques dont le scandaleux petit directeur du Conservatoire avait bardé ses écrits autrefois – pas plus de deux ans plus tôt, en vérité – lui desserviraient très probablement à l'heure des pourparlers. Il faudra polir soigneusement son langage pour ne heurter la sensibilité de personne, en ce jour, et s'interdire tout débat partisan en faveur d'un discours éminemment pratique. Sans quoi il ne convaincrait personne.

D'autant qu'il a su assez bien choisir ses interlocuteurs pour espérer que la discussion se déroule sans accroc. Artemis Fletcher, tout d'abord, propriétaire de la Verrerie Zarzycki, avait donné assez de son temps à tourner autour de la meule comme une bête de somme pour être considéré comme un partenaire potentiel, d'après ses informateurs. Les circonstances de son ascension sociale, en revanche, restent encore floues – et ce point noir, peut-être, faussera tous les pronostics. Edmont Mac Alister, de son côté, détient une manufacture d'armement sans grande prétention encore et aurait beaucoup à gagner d'une telle campagne publicitaire. Elikia les a tous deux convoqués là pour sept heures et demi et il tâchera de les chouchouter jusqu'à ce qu'à la façon de fruits trop mûrs, leurs signatures tombent d'elles-mêmes sur le Contrat qu'il leur a mijoté.
Quelques minutes plus tôt, un membre du personnel est d'ailleurs venu à sa demande glisser dans le bureau un chariot de rafraîchissements et de viennoiseries, qu'il a rangé à proximité des trois fauteuils.

Dans l'un d'entre eux repose Sœur Isabela, l'officier du Prieuré commandant à la garde personnelle d'Elikia, qui se repaît de musique comme une sirène profite du chant de ses semblables, allongée lascivement sous la caresse du soleil. A vrai dire, la jeune femme est plus affalée que lascive, à cet instant précis, écrasée sous le poids d'un chat énorme, ventripotent, mais superbe – un Maine Coon blanc et crème, aux oreilles cendrées et aux yeux bleu électrique, du nom de Cyrano. Balançant lentement dans les airs sa queue lourde et touffue, l'impressionnante créature ronronne de concert avec les cascades bondissantes que le Prince tire de son instrument et parfois, de plaisir, il sort ses griffes et laboure savamment l'uniforme d'Isabela. Elle le laisse faire, patiemment, et c'est sûrement ce pourquoi le redoutable animal la choisit régulièrement comme trône ou perchoir.

Elikia, de son côté, est trop concentré pour le gronder : ses doigts dansent avec une précision diabolique entre les cordes de sa harpe. Ses lunettes sont coincées dans ses cheveux et son visage juvénile n'exprime rien d'autre qu'une dévotion absolue à son jeu, à son morceau, ainsi qu'à l'instant présent. Seul le son que rend son instrument et les vibrations dont il frémit, entre ses bras, guident son esprit éperdu de sensations sur le fil ondoyant de sa mélodie. Des thèmes vont et viennent, comme la mer qui respire, la marée qui gonfle chaque jour et se retire, mais ils ne sonnent jamais à l'identique et surprennent parfois même l'oreille de son auteur, qui s'essaie à quelques expérimentations, extirpant parfois de sa harpe des envolées étrangement percussives. Les cordes claquent d'un bruit très inhabituel, qu'on ne s'attendrait pas à associer un jour à ce vieil instrument qui se mue magiquement en vaisseau pris dans la tourmente. Et puis, à nouveau, le flot s'apaise sous ses mains caressantes qui régissent à la douceur comme à la brutalité inattendue du tempo. Ses gestes sont tendres, amoureux, et pourtant c'est avec une application précise et méticuleuse qu'il maintient l'intensité. Le plan de cordes frémit longuement sous ses glissandos et soupire comme une fontaine jaillissante et chantant les accords les plus cristallins, tandis que le poing fermé du musicien s'abat de quelques petits coups secs sur la table d'harmonie, pour imprimer à la mélodie un rythme plus saccadé.
Par moments, il fait curieusement riper ses cordes, ou réalise un glissando du bout de ses ongles vernis, appelle des échos mystérieux en sourdine, et les sonorités qu'il découvre, au timbre très pur, semblent dériver d'un monde lointain, céleste et lunaire, où règnent des harmonies inentendues.

Quand il achève un de ces mouvements très inspirés, il s'interrompt quelques instants et attrape un petit carnet ou une feuille de partition pour griffonner hâtivement ses idées. Il avait achevé son dernier opéra la saison dernière, et chanteurs et musiciens étaient en répétition depuis lors. La première aurait lieu à sa prochaine fête d'investiture, qui approche à grands pas, et en attendant, l'esprit turbulent du compositeur vaque déjà à d'autres projets. Quelques jours plus tôt, il avait écrit cette pièce dédiée à la harpe – instrument qui le fascine depuis une bonne dizaine d'années, et pour lequel il expérimente sans cesse de nouvelles techniques. Il l'avait fait écouter à Maître Doherty, son collègue chorégraphe, qui lui avait immédiatement commandé de développer le morceau et de lui produire une entière musique de ballet. L'argument n'est pas encore tout à fait fixé, mais il serait à peu près question, sans doute, d'un voyage en mer. Eli n'a de toute façon pas besoin qu'on lui fournisse un thème pour composer.
Après avoir noté fébrilement des remarques sur l'utilisation possible d'un hautbois ou d'une trompette, il retourne à son jeu en suivant un vif élan d'enthousiasme. Les sonorités étroitement arrangées de sa harpe bondissent à nouveau dans son bureau et se répercutent dans les couloirs du Palais en se faufilant par la porte entrouverte.

Ses invités ne tarderont pas à faire leur entrée.
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Artemis Fletcher
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Mar 11 Sep - 19:08

Tu reçois toute sorte de missive, certaines n’ont aucune importance mais tu te plais dans la tâche simple des lires personnellement et de passer au travers chacune d’entre elles. Comme c’est un geste machinal que tu fais tous les matins, ça ne s’accumule pas sur le coin de ton bureau déjà très désordonné. Ce matin-ci l’unes d’entres elles étaient différente et particulière. Un beau papier, un doux parfum ainsi… que le sceau princier. Sur le coup, tu pensas qu’il s’agissait d’une blague ou même d’une arnaque. Mais tu te risquas à l’ouvrir. Il s’agit réellement d’une missive princière. Tu peux sans mal lire la convocation. Une très belle main d’écriture, du moins, toujours mieux que la tienne qui fait quasiment des fautes à tous les mots. C’est pratique une secrétaire.

C’est donc ainsi que quelques jours plus tard après avoir envoyer une réponse à la machine mais signé personnellement tu te retrouve à te rendre au palais. Au petit matin tu as bien veillé à faire raser cette barbe qui commence décidément à prendre trop d’ampleur. Tu as même demandé conseil à ta secrétaire en matière de vêtement, si bien qu’elle t’a trainé dans les boutiques pour remédier à la situation. Rien n’est trop beau ou trop chic pour une telle rencontre. De plus, la majorité de tes vêtements sont pas mal usés, excepté ceux que tu porte en réception qui commence plus à moins à gagner la poussière dans ton placard. La jeune femme qui t’accompagne prend d’ailleurs beaucoup trop plaisir à te taquiner quand tu essai les différentes chemises et vestons. Tu pense pratique avant tout mais elle semble vouloir que tu porte quelque chose de plus « officiel ».

Tu te présente donc en ce jour à l’entrée du palais princier avec l’invitation du prince compositeur à la main. Cette fois, ta secrétaire a jugé bon de t’empêcher de marcher jusqu’à là. Demandant un petit fiacre pour ton déplacement. Cette femme prend soin plus de toi que tu ne le fais toi-même. Prétextant que la poussière ne fait pas bon ménage avec la nouvelle paire de chaussure propre qu’elle t’a fait acheter la veille. Une chemise blanche propre, un veston sans manche gris foncé avec quelques reflets verts dans son imprimé lignée, un pantalon de la même couleur, ajusté, propre et repassé. Des tissus aussi naturels que possible pour éviter la suffocation de la température actuelle. Sous son conseil tu as aussi opté pour un parfum très subtile et masculin, une odeur boisée et épicée. Rien qui puisse te rendre mal à l’aise si l’on venait à fourrer son nez dans le creux de ton cou. Tu n’as d’extravagant que ton chapeau haut de forme et les boucles sombres qui orne ta tête. Ta seule crainte est que l’on ne remarque trop la touche féminine de ta secrétaire en termes de vêtements.

Tandis que tu passe les premières portes, tu ne peux pas t’empêcher d’entendre une mélodie. Sur le coup, tu pense que tu délire sous le stress mais tu comprends très vite qu’il ne s’agit pas de ton imagination. Guider par un membre du personnel, tu arrive enfin dans ce hall trop grand et beau pour être vrai. Qu’est-ce que tu fiche là ? Amélia aurait raison de vouloir t’arracher la tête, tout comme bon nombre d’industriel qui n’hésiterons sans doute pas à te lapider pour avoir rencontrer celui qui a pris la place qui aurait dû revenir à l’industrie. Le souci, est que tu tends à croire que tu pourras profiter d’une telle rencontre.

Ton arriver est donc annoncée lorsque l’employer du palais toqua à la porte et entra sous la permission.

« Monsieur de la verrerie Zarzycki est arrivé votre Altesse. »

Tu fais preuve de patience et de calme alors que ton chemin va croiser celui d’un prince. Machinalement, tu as retiré ton couvre-chef et tenter maladroitement de replacer quelques boucles sauvages du sommet de ton crâne bien garnis. Rien à faire, tu as eu un peu chaud sous le chapeau et la forme est resté. Une fois à l’intérieur du bureau, tu ne pus que dénoter les lieux. Tout se semble élégant et travailler à quelques détails près. Il ne reste quasiment rien de son prédécesseur, du moins c’est ce que tu suppose d’après les paroles d’Amélia sur le sujet, elle aurait vidé la place au maximum de sa capacité. Puis ton attention se tourna rapidement vers les individus déjà dans la pièce. Une femme, un chat et… le prince. Ce dernier est d’ailleurs très joliment vêtu. Tu ne saurais être aussi élégant que ce dernier. Ce genre d’accoutrement ne t’ira pas le moins du monde.

« Votre Altesse. »

La fierté ne faisant pas parti de tes priorités en ce moment, tu courbe l’échine en guise de salutation plus que poli. Tes semblables n’auraient peut-être pas fait autant en matière de courbette.

« Artemis Fletcher propriétaire de la Verrerie Zarzycki. »

De la gauche tu tiens ton haut de forme avec une certaine forme de nervosité. C’est un mauvais tique que tu as de jouer avec son rebord quand tu n’est pas à l’aise.
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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Sam 15 Sep - 19:15

Il était de plus en plus courant que son père l’associe aux longues discussions d’affaires qu’il était amené à avoir… Lyzie s’en était bien rendue compte car si, avant, elle avait le temps d’allier soirées mondaines et temps dans son précieux atelier, ce n’était presque plus le cas maintenant. Et ce n’était pas quelque chose qu’elle appréciait vraiment. Toute cette partie formelle, administratrice et guindée avait tendance à l’ennuyer. Elle préférait, et de bien loin, passer ses journées à l’usine, entourée par les ouvriers et la chaleur des forges. Cela n’avait peut-être rien de glamour mais c’était encore la vie qu’elle préférait mener.

Aujourd’hui, elle se retrouvait à devoir lutter contre une toute autre chaleur.  A l’usine elle pouvait parfaitement se permettre de suer à grosses gouttes dans sa tenue de travail, on en attendait pas moins d’elle après tout. Mais ici, en pleine attaque mondaine, elle se devait de présenter une apparence impeccable. Pas de transpiration, pas de cheveux qui dépasse, pas de trace de graisse étalée sur sa joue par inadvertance. Il lui avait suffit de voir l’invitation posée sur le bureau de son père pour comprendre qu’elle n’aurait pas le droit à l’erreur… Pendant un court instant elle avait même un peu paniqué à l’idée qu’il ne cherche à l’envoyer seule au Palais. Fort heureusement ce n’était pas le cas…

Profitant de l’ombre dispensée par son élégante ombrelle de dentelle noire, la jeune femme laissa son regard balayer le Palais. Dans son dos le claquement des sabots du cheval de la voiture que son père avait loué semblait s’éloigner en emportant ses derniers espoirs de pouvoir se soustraire à ses devoirs. Elle ravala déception et désespoir pour afficher le personnage plaisant et abordable qu’elle était lors des soirées auxquelles elle était obligée de participer. Elle n’avait même pas pu rester dans l’une de ses tenues quotidienne, devant troquer ses pantalons terriblement pratique contre jupons et corsets. La jeune femme ne doutait pas que cela devait mettre certains de ses atouts en valeur pour la gente masculine mais elle trouvait souvent la mode féminine bien peu pratique. Comme lorsqu’il fallait naviguer des escaliers, jupe dans une main, ombrelle dans une autre.

Peut-être que le nouveau Prince n’aurait pas été échaudé par son apparente frivolité si elle était venue avec son tablier de cuir et des traces de poudres un peu partout ? Cela aurait été un bon moyen de tester son caractère… Et peut-être que des observateurs extérieurs aurait pu le prendre contre une pique directe concernant son arrivée au pouvoir au détriment d’une certaine personne qui ne semblait pas l’avoir très bien vécu… Son arrivée au pouvoir n’avait pas été sans provoquer quelques vagues, surtout dans leur milieu. Lyzie ne s’intéressait pas suffisamment à la politique pour pouvoir affirmer qu’elle comprenait tous les tenants et les aboutissants de ces jeux de pouvoir. Cela ne la touchait qu’indirectement, au travers l’entreprise de son père. Du moins jusqu’à maintenant… Le fait qu’elle soit en train de gravir les marches du Palais Princier en prenant garde de ne pas trébucher sur ses jupons laissait sous-entendre que son père commençait à estimer qu’il était temps pour elle de prendre un peu plus de responsabilités. Même si elle n’en voulait pas…

Elisabeth était une bricoleuse dans l’âme, une bidouilleuse, une jeune femme qui n’était vraiment heureuse que lorsqu’elle était laissée seule dans son atelier à dessiner, créer, inventer. Travailler pour son père lui permettait, jusqu’à maintenant, de pleinement assouvir ces passions. Maintenant, elle commençait à comprendre qu’elle ne faisait pas vraiment partie de la fourmilière qu’était l’entreprise d’Edmond Mac Alister… Elle n’aurait jamais l’audace de se comparer à la reine de la colonie mais elle faisait partie du haut du panier. Plus une outsider qu’elle ne le pensait initialement puisqu’elle aurait peut-être à diriger la dite fourmilière un jour.

C’est sur cette dérangeante pensée que la famille Mac Alister fut accueillie puis dirigée vers le bureau du Prince Lutyens. Lyzie était heureuse d’avoir son ombrelle, cette dernière se transformant aisément en occupation pour ses mains, masquant ainsi parfaitement sa nervosité. Elle laissa l’employé les annoncer avant d’entrer et de découvrir qu’ils ne seraient finalement pas seul avec le Prince. Son père et elle ne laissèrent rien paraître de leur surprise, mais Lyzie sentit immédiatement que son père commençait à reconsidérer ses premières assomptions concernant cette rencontre.


-Votre Altesse, Edmont Mac Alister, pour vous servir.

La salut qu’il adressa au Prince était très formel et fort rigide, laissant entrapercevoir une nervosité qu’il cachait habituellement bien mieux. Nuls doutes que la présence surprise de Fletcher l’avait déstabilisé. Mais il parvint tant bien que mal à se rattraper aux bonnes manières, tenant son haut de forme avec poigne comme si cela pouvait l’aider à conserver sa contenance.

-Et voici ma fille Elisabeth.

La jeune femme, elle, se contenta d’une petite révérence… Lutyens était un Prince après tout, quelle que soit ses origines ou sa façon d’être arrivé là. Elle n’était certainement pas en mesure de juger si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Elle savait juste qu’il serait formidablement imprudent de lui manquer de respect maintenant…

-Votre Altesse… Monsieur…

L’homme au haut de forme lui disait quelque chose… Mais, elle n’étant pas certaine de son identité, elle avait préféré garder une attitude prudente plutôt que de lui manquer de respect par inadvertance en se trompant de nom ou, pire, en le saccageant. L’inclination qu’elle lui adressa n’en était pas moins respectueuse, juste un peu moins formelle… Elle n’en oublia pas pour autant la femme au chat qui eut droit à un sourire et un mouvement du chef. L’inconnue semblait être un membre du Prieuré et devait probablement là pour assurer la sécurité du Prince malgré l’énorme félin qui semblait presque l’immobiliser.
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Lun 17 Sep - 22:50

Quoi qu'on pense de l'humilité des gens du peuple qui ont accédé au pouvoir, il est drôlement plaisant pour Elikia de recevoir une profonde révérence de la part d'un grand propriétaire. Il jubile silencieusement, un grand sourire aux lèvres, sa harpe encore inclinée entre ses bras. Un enthousiasme flatté palpite dans sa poitrine, tandis qu'Artemis Fletcher se redresse, un peu raide, mais élégant, son chapeau haut-de-forme à la main. Il en gigoterait presque sur son tabouret de piano, mais par bonheur, il se maîtrise assez pour ne pas en arriver là. De toute façon, aussi agréable ce spectacle soit-il, il devra bientôt y mettre une halte : Excelsa n'est pas Atlas et les Princes ici n'exigent pas tant de flagorneries et de ronds-de-jambes. Du moins, il ne lui semble pas franchement raisonnable d'en exiger.
D'autant que le pauvre Artemis, dont le bout du nez a à peu près balayé toute la surface du sol pendant l'opération, n'a sans doute fait preuve de tout ce zèle que par inexpérience ou par appréhension. Un léger mouvement de son Empathie en direction du Verrier suffit à Elikia pour se rendre compte de l'étendue de sa nervosité. Aussi, fort déterminé à mettre son invité à l'aise, le Prince lui adresse son sourire le plus large et le plus sincère en se levant de son tabouret. Ses yeux noirs crépitent d'une énergie lumineuse, il s'avance vers lui d'un pas vif.

« Ah, Monsieur Fletcher ! »

Il lui tend la main et serre fermement la sienne, malgré la finesse de ses doigts, subtilement ciselés par ses activités artistiques. En face, Artemis arbore un regard inquiet dont la clarté ressort cependant très avantageusement, assortie à son costume. Le gris, c'est un choix prudent, très formel, mais les reflets verts donnent à l'ensemble une originalité quelque peu impertinente et à la fois de très bon goût qu'Elikia apprécie d'un coup d’œil. Sa gourmandise pour la mode vestimentaire se réjouit allègrement de ce petit spectacle, confortée surtout par le sentiment que l'Industriel s'est donné du mal pour lui faire bonne impression.
En effet, l'homme lui-même est un peu raide dans son habit qu'il étrenne aujourd'hui pour la première fois à l'évidence – il l'a probablement acheté pour l'occasion. Ces quelques maladresses, à la façon de ce chapeau haut-de-forme à chasser impérativement de sa garde-robe en pareille saison, sont somme toute pardonnables. Son costume fait tout à fait honneur à sa silhouette : une taille fine et de larges épaules, qui font oublier que l'âge pèse discrètement sur ses traits, et qui en d'autres circonstances auraient pu le laisser rêveur. Enfin, une poigne solide, un parfum chaleureux, assez de bonne volonté pour contrevenir aux caprices d'enfant gâtée de l'héritière Shah... C'est une ébauche prometteuse.

« Bonjour, ajoute Elikia de sa voix enjouée et chantante, c'est une joie de vous accueillir en ces lieux ! Mais, je vous en prie, ne... »

C'est alors que la porte du bureau s'entrebâille et que d'un toussotement respectueux, Cédric, le majordome, annonce les derniers invités. Edmont et Elisabeth Mac Alister font donc à leur tour leur entrée. Ils s'accordent tous deux sous le signe de l'austérité, dans des habits sombres qui pour la fille cèdent même le confort à la rigidité des mœurs. Elle a l'allure élégante et sévère d'une femme d'affaires, mais un corset, pendant la Saison de la Forge... c'est une torture qu'Elikia frissonne d'envisager. Quoi qu'il en soit, ces deux-là sont venus moins dans l'intention de plaire que de parler de choses sérieuses : autrement dit, ce seront peut-être des interlocuteurs plus intransigeants. Cela n'empêche pas le fabricant d'armes de s'incliner à son tour, avec la grâce d'un croque-mort.
Elikia lui offre un très large sourire en relâchant la main d'Artemis. Elisabeth, pendant ce temps, le salue également d'une révérence – c'est que décidément, ils se sont tous passé le mot. Il lui sourit à son tour, en trahissant finalement un peu de gêne pour tout ce cérémoniel. Mais il remarque aussi au passage que si les traits de son père sont très fermés, elle présente une figure plus avenante et il médite aussitôt sur les raisons pour lesquelles Edmont a sollicité de venir accompagné. La jeune femme a le visage étroit, délicat et rieur, un port altier et en même temps une taille imposante ainsi qu'une constitution robuste qui laisse penser qu'elle n'est pas étrangère aux travaux manuels. Voilà peut-être l'atout séduction de leur entreprise.

Néanmoins, s'ils prennent bien soin de cacher leur déconfiture, il n'échappera pas à un sorcier cabaliste que le père est gagné par un sentiment de méfiance et de déception face à Maître Fletcher, et que son héritière n'est pas ravie d'avoir été traînée ici. Leur mécontentement flotte mollement dans l'air et rejoint l'appréhension nerveuse d'Artemis pour peser sur les épaules d'Elikia, avec toutes les responsabilités qui lui incombent en cette heure. Il est temps de motiver les troupes !
Alors, il bombe le torse, lève le menton et leur serre la main à l'un et à l'autre avec un sourire d'une grande assurance.

« Enchanté, Monsieur Mac Alister. Mademoiselle... Mais comme je m'apprêtais à le dire à Monsieur Fletcher ici présent, nul besoin de révérence, vous ne me devez pas la dévotion. » Ses yeux pétillent d'un éclat complice. « Vous êtes ici en qualité de partenaires potentiels, et non par la volonté d'un despote ombrageux. S'il vous plaît, prenez place. »

Il leur désigne les trois fauteuils destinés à accueillir leurs heureux postérieurs. Sœur Isabela, pendant ce temps, a chassé le monstre qui trônait sur ses genoux et s'est relevée, dominant chaque occupant de la pièce de toute sa stature. S'approchant d'Eli, elle se penche à son oreille et lui fait entendre qu'elle va se poster à la porte, dans le couloir, pour écarter quiconque pourrait venir déranger leur réunion en cercle restreint. Il opine et la remercie aimablement, tandis qu'elle se retire.
Le Palais est suffisamment pourvu de gardes pour qu'il soit nécessaire à un Prince de s'entourer aussi de son escorte, mais la compagnie de cette géante au bon cœur met toujours le compositeur dans d'agréables dispositions.

Cyrano, l'énorme matou qui tenait autrefois la gente souricière sous un règne de terreur, quand Elikia vivait encore sous les combles, dans un appartement miteux, monte sur le tabouret de piano et s'y assoit pour toiser les invités d'un air impérial. En passant à grands pas, son maître le flatte légèrement le long de son échine et contourne son bureau pour faire front aux trois Industriels.

« Je voudrais à la fois vous remercier et vous féliciter d'avoir accepté mon invitation, même s'il n'est pas encore certain que nous tombions d'accord sur quoi que ce soit. Il est toujours plus judicieux de saisir les opportunités quand elles se présentent, comme vous le faites, plutôt que de prendre le train en marche. » Une reconnaissance sincère se peint sur son visage et il s'appuie à deux mains sur la table pour les regarder chacun dans les yeux. « Car certains changements s'amorcent et je suis heureux d'avoir deviné que vous, Messieurs – et Mademoiselle – auriez assez d'audace pour y faire face. »

Il se sent vaillant, Eli, devant ces puissants propriétaires qu'il surplombe pour le moment de sa courte taille. Vaillant et prêt à en découdre. Ces négociations, il les avait espérées, puis attendues toute sa vie, depuis que son jeune esprit avait conçu une indignation balbutiante, à l'usine, et peu à peu, dans le taudis où il habitait avec sa sœur et ses parents, dans les rues infâmes et puantes de Domus jusqu'à celles, magistrales et somptueuses, du District Virtua, sa révolte s'était élaborée et en se développant avait mûri en des théories pointues et en un plan, surtout, d'ambition colossale.
Ces changements qu'il veut apporter au monde de l'Industrie, c'est la raison essentielle pour laquelle il est devenu Prince. Et il est là, désormais, avec le pouvoir d'engendrer un monde neuf et plus juste. Il a l'air presque exalté en observant ses invités puis, il finit par leur sourire de nouveau avec une parfaite courtoisie.

« Navré de vous avoir fait lever aux aurores, cependant. Je vous offre un rafraîchissement ? »

Il semble incapable de s'asseoir ou même de tenir en place. Rapidement, il se détourne et se dirige vers le chariot de boissons pour leur présenter un choix assez étendu de jus froids, de citronnades, de limonades aux fruits variés, de thés et même une théière de café encore fumant, auprès des viennoiseries qu'ils sont invités à goûter. Après tout, à sept heures et demi du matin, pour beaucoup, c'est encore l'heure du déjeuner. Sans se préoccuper des convenances de son rang, il sert chacun selon leur souhait, très civilement, avant de se verser quant à lui un grand vert moussant de limonade à la menthe. Il y fait tomber un peu de glace pilée, puis, enfin, il va s'installer sur son inconfortable chaise en bois depuis laquelle il scrute tout ce beau monde avec intérêt.

« Bien, avant toute chose, je tiens à m'assurer que nous partons sur de bonnes bases. » Il prend une longue gorgée de limonade, que son corps accueille dans un frisson de bien-être. Un peu d'air passe à travers le moucharabieh. Il sourit, s'accoude à sa table et croisant les doigts sous son menton, il demande d'un ton conciliant : « C'est pourquoi je serai direct, quoique j'ai tâché de m'informer préalablement : comment vont vos affaires ? »

La question peut sembler purement protocolaire, mais elle a en réalité plus de portée qu'il n'y paraît. Il a choisi ses interlocuteurs en grande partie pour la stabilité de leurs recettes et pour le renouvellement moyennement dynamique des capitaux de leurs entreprises. Il aurait pu s'adresser à de grands magnats de l'industrie, mais ils n'auraient pas eu grand-chose à gagner à collaborer avec un socialiste de son espèce. En ce qui les concerne, Artemis Fletcher et Edmont Mac Alister peuvent encore trouver du profit à signer un contrat avec lui, tout en restant à l'abri de la banqueroute, dans le cas où le pari qu'il veut leur proposer devait mal tourner. Et Elikia serait, par la même occasion, à l'abri d'un scandale financier d'où il ne pourrait jamais revenir. Il imagine déjà les gros titres dans les journaux : « Une expérience socialiste liquide la productivité de deux entrepreneurs honnêtes et travailleurs et les met sur la paille ! »
C'est hors de question.
Autant s'assurer en bonne et due forme qu'ils ont les moyens de s'engager dans cette aventure.
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Artemis Fletcher
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Lun 24 Sep - 19:49

Enfin le prince s’approche de toi. Tu reste bien droit et honorable. Ce n’est pas comme si cet homme allait te faire peur bien que tu ne sois toi-même pas un homme imposant tu avait le sentiment de l’être physiquement plus que ce dernier… mais peut-être n’est-ce qu’une simple impression aussi. Quoi qu’il en soit, tu serre cette main qui t’es tendu avec beaucoup d’enthousiasme (?). Ce fut pour toi le moment de montrer que malgré les apparences tu es prêt à saisir les opportunités. Ta main n’est pas moite ou humide, elle est ferme sans pour autant écraser les doigts du prince. Une poigne de travaillant.

Vous êtes alors interrompu par de nouveaux arrivés à laquelle tu reste aussi stoïque que possible. Était-ce inscrit dans la missive et tu l’aurais oublié ? Quoi qu’il en soit, tu les saluas d’un geste poli de la tête. Ignorer leurs arriver serait inconvenables et totalement irrespectueux, ce que tu n’es pas et tu n’es pas non plus dérangé par leurs présences comme semble l’être le monsieur. Tu ne dénote pas tant leurs styles vestimentaires que leurs visages respectifs. Sans doute as-tu du mal à les replacer mais tu as dû en avoir croisé l’un ou l’autre ou peut-être les deux en fait… Quoi qu’il en soit, tu te tiens tranquille et sage, prenant ton trou et attendant ton moment pour briller.

Le prince précisa qu’il n’était pas nécessaire d’être aussi révérencieux envers sa propre personne. Ce qui dans ta tête pouvais ressembler à une forme de modestie de la part du jeune homme. Ou bien est-ce une façon de faire baisser la tension ? Tu jettes un coup d’œil aux deux autres quand Elikia propose de s’asseoir. Oui, tu veux voir ce qu’ils vont faire dans un premier temps, puis tu emboiteras le pas. Tu ne veux pas donner une image docile ou être en position de faiblesse.

« Je suis curieux de ce que vous avez à nous proposer. »

Car tu suppose que les parts sont égaux et que ce dernier vous pose sur le même tableau, sinon pourquoi vous avoir convoquer en même temps ? Voilà que l’on vous propose à boire, ce que tu ne refuseras pas avec la chaleur étouffante de ton costume. Ça te fait quand même un peu étrange d’être servis ainsi par un prince, tu pourrais y prendre goût. Tu demande une simple citronnade bien fraiche. Ce sera parfait pour te refroidir et te réveiller un peu par le goût acide du citron. Cependant, ce n’est pas ce qui est le plus important en ce moment, il y a le jeune prince qui fini enfin par en venir aux faits et sa question ne manque pas de te surprendre.

N’est-ce pas un peu personnel comme question ? C’est comme demander la couleur des sous-vêtements d’une jeune pucelle. Tu te retiens d’aller scruter le regard des deux autres, tu n’as pas besoin de confirmation ou même d’autorisation de leurs parts pour prendre la parole.

« Les affaires se portent très bien. Merci. »

Et c’est effectivement le cas, car tu as su ouvrir certaines portes de commerce que ton prédécesseur n’avait pas eu le courage ou la volonté d’ouvrir. À ton sens, depuis ta venue au pouvoir la verrerie ne se porte que de mieux en mieux et les chiffres d’affaires sont là pour appuyer tout le reste. Prochainement tu as même le projet de faire changer le nom pour lui donner le tiens, tu attends encore un peu pour t’assurer de ne pas trop choquer les clients concernant le changement de propriétaire. Tu prends une gorgée ou deux de ton breuvage avant de le poser sur le bureau à coté de ton haut de forme légèrement usé.
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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Mar 25 Sep - 11:09

C’était la première fois qu’elle voyait le nouveau prince d’aussi près. Il avait un certain charme naturel et un sens de la mode que la jeune femme n’avait pas vraiment. En tous cas, il avait l’art et la manière de mettre les gens à l’aise, du moins en temps normal. Si la jeune femme fut soulagée, en quelque sorte, de ne pas avoir à suivre une étiquette protocolaire stricte durant leur entrevue, ce n’était pas vraiment le cas de son père qui ne semblait pas parvenir à se relaxer. Techniquement parlant, Lyzie pouvait difficilement se laisser aller étant donnée la façon dont elle était accoutrée mais il y avait une certaine décontraction dans son regard qui pouvait laisser penser à Elikia que sa façon de faire était la bienvenue…

De toute façon, les enjeux pour Elisabeth n’étaient certainement pas les mêmes que pour son père ou Artemis. Certes, elle avait l’entreprise Mac Alister à coeur mais le profit pour le profit n’était pas une ambition qu’elle poursuivait. En un sens, elle était plus une employée qu’une dirigeante. Une employée un peu étrange qui avait tendance à se perdre dans sa tête si elle ne faisait pas attention. D’ailleurs il était toujours amusant pour elle lorsqu’elle se retrouvait à serrer des mains. Les gens étaient souvent surpris par la poigne qu’elle avait mais aussi les nombreuses traces caleuses qu’ils pouvaient sentir dans ses mains. Des traces qu’elle arborerait toujours fièrement et qui montraient qu’elle n’hésitait jamais à mettre la main à la pâte.

Désormais installée dans un fauteuil confortable, et maudissant la mode féminine actuelle, la jeune femme jeta un rapide regard vers le chat, un peu déçue qu’il ne lui offre pas l’occasion de laisser courir ses doigts dans sa fourrure. Lyzie aimait les animaux mais ces derniers avaient tendance à prendre leurs distances avec elle, probablement à cause des odeurs qui restaient attachées à elle, poudre, forge et autres détails désagréables… Si les humains ne sentaient certainement rien sur elle hormis le léger parfum qu’elle mettait pour sortir, il n’en allait pas de même pour les créatures à l’odorat plus délicat. Au final, la jeune femme savait qu’elle n’avait aucune chance pour que l’auguste félin vienne se poser sur ses genoux. Dommage… Elle aurait certainement apprécié de pouvoir la cajoler sous le regard vaguement outré de son père.

Elle reporta rapidement son attention sur le Prince qui, décidément, se mettait en quatre pour les mettre à l’aise et dans de bonnes dispositions pour écouter ce qu’il avait à dire. Edmont avait l’air vaguement mal à l’aise d’être ainsi directement servi par lui alors que Lyzie s’adapta rapidement et jeta son dévolu sur une tasse de café fumant dont les arômes avaient le mérite de maintenir quiconque solidement éveillé. Elle dédaigna par contre les viennoiseries, non pas par minauderie ou souci pour sa ligne mais plus parce qu’elle n’avait jamais eu la dent sucrée. Et puis elle comptait bien pouvoir pleinement profiter du breuvage amer sans le polluer avec d’autres goûts…


-Merci...

Elle réceptionna sa tasse avec un sourire avant de fermer fugacement les yeux alors qu’elle en inhalait le fumet. Cela ne l’empêcha pas de rapidement se concentrer sur ce qu’avait à dire le Prince. Visiblement il avait soigneusement choisi ses interlocuteurs et ce qu’il allait leur dire. Il les avait mis à l’aise et s’était efforcé à ce qu’ils se sentent sur un certain pied d’égalité avec lui… C’était une démarche qu’elle ne pouvait que saluer surtout après les différentes tensions qu’avaient créées son ascension au pouvoir.

La question ne la prit pas vraiment au dépourvu mais elle réalisa rapidement qu’elle ne pouvait pas y répondre avec toute la précision que le sérieux de leur rencontre demandait. Elle se tourna donc légèrement vers son père, sachant que ce dernier prendrait la parole pour eux. Jusqu’à maintenant elle n’avait pas eu son mot à dire concernant leurs finances ni la façon dont l’entreprise tournait. Plus ou moins volontairement d’ailleurs puisqu’elle n’éprouvait pas encore le besoin de s’y intéresser.


-Quoi que l’on puisse dire sur les armes, ces dernières se vendront toujours bien. En période de guerre comme de paix…

Ce qui était une triste vérité. L’homme chercherait toujours de nouveaux moyens de se défendre. Ou d’acquérir de nouvelles possessions sans pour autant l’assentiment de son voisin… Du coup, le commerce des Mac Alister n’était pas spécialement à plaindre… Il y aurait toujours une demande pour pouvoir trucider son voisin. À la posture qu’avait pris son père, verre de citronnade dans sa main crispée, la jeune femme comprit rapidement qu’il n’allait pas vraiment développer sa réponse.

Ce qui était logique en un sens… Parler de ses affaires, des rouages secrets de son entreprise, avec de parfaits inconnus, dans un environnement dont on était pas entièrement maître, n’était pas ce qui venait le plus naturellement du monde. Une parole de travers et c’était tout une économie, tout un équilibre, qui pouvait en pâtir. Certains pouvaient tirer avantages de rumeurs ainsi créées, voir pire, de vérités. Difficile, donc, de faire un bilan de leurs comptes précis au débotté… D’ailleurs Artémis semblait partager l’avis de son père si elle se basait sur sa réponse courte et succincte. Lui aussi ne devait pas se sentir terriblement à l’aise pour parler ouvertement en face de parfaits inconnus et, donc, de potentiels rivaux. Pour autant, Lyzie sentit bien qu’il s’agissait là d’une forme d’ouverture de la part du Prince et qu’il attendait peut-être de leur part une certaine honnêteté… En tous cas, un peu plus de précisions.


-Nous cherchons toujours à nous améliorer, à développer des nouveautés, et, fort heureusement, nous avons les reins assez solides pour cela.

Ce n’était pas grand-chose… Mais la jeune femme n’était pas en mesure de rentrer plus dans les détails. Et le regard discret, mais courroucé, que lui jeta son père lui rappela qu’elle n’était peut-être là qu’en temps que spectatrice… Pour l’instant.
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Ven 28 Sep - 0:05

« Hmm... D'accord... Eh bien. Tant mieux. »

Qu'ils sont frileux, ces gens d'argent ! Ils radinent aux réunions dès qu'on agite un titre, un nom important ou la perspective d'un partenariat juteux, mais quand il s'agit de jouer cartes sur table, toutes les langues s'engluent à leur palais. C'est extraordinaire, ils ne sont pourtant pas concurrents directs, ces deux-là, mais ils se dandinent en se regardant en biais comme deux adolescents rougissants au bal des débutantes. Le jeune Prince se figurait tout de même que lorsqu'on lui donne le moyen de briller, un entrepreneur habile sait faire preuve d'assez d'éloquence pour vanter ses atouts. Enfin, il doit sans doute se faire à l'idée que le culte du secret est aussi vigoureux chez les Vicaires du Fort que chez les Industriels... C'est à se demander ce qu'ils ont vraiment à cacher, entre cet ancien ouvrier aux yeux pâles et soupçonneux, et cet armurier aux cheveux poivre et sel engoncé dans son costume.
Elikia les observe en silence pendant quelques secondes, le menton appuyé dans le creux de sa main, l'air de rien. La nervosité imprègne encore l'atmosphère, malgré leurs réponses positives, et autant dire que cela ne le met pas franchement en confiance. Des partenaires commerciaux aussi peu expansifs sur l'état de leurs affaires, ce n'est jamais bon signe. Vivent-ils quelque embarras financier ? Que craignent-ils à ce point de révéler ? Et surtout, dans l'immédiat, ces négociations aboutiront vite à une impasse, si ni l'un ni l'autre ne décide de s'y engager. Il avait peut-être parlé un peu vite en louant leur audace et devrait songer à employer d'autres tactiques...

Toutefois, entre ces deux gaillards craintifs, une étincelle de vaillance et de bonne volonté jaillit en la personne de Mademoiselle Elisabeth Mac Alister qu'Elikia couve aussitôt d'un regard plein d'intérêt. Finalement, malgré la mine bougonne de son paternel, le compositeur, lui, retrouve son enthousiasme et sourit très largement à la jeune femme.

« C'est ce que j'espérais entendre, acquiesce-t-il, sans pouvoir cacher sa reconnaissance. En vérité, je n'ai pas besoin de tant de détails que de cette assurance. »

C'est comme reconnaître une alliée sur le champ de bataille, tout à coup. Quelque chose dans l'assurance et la spontanéité de l'héritière lui fait croire qu'il pourra compter sur elle au cœur de la tempête qui agitera sans doute bientôt ce bureau. C'est un soulagement, mais il doit relâcher rapidement cet instant fugace de complicité pour relancer la discussion.

« Vous voyez juste, Mademoiselle Mac Alister, le motif de cette réunion consiste pour nous trois à ouvrir la voie à un nouveau progrès. Ce n'est pas un vain mot à Excelsa, mais il en est toujours un qu'on a négligé par crainte de retombées économiques. Pourtant toute innovation est l'objet d'un pari, je ne vous l'apprends pas, et on n'engage pas de pari quand on n'a pas les moyens de miser. N'est-ce pas ? »

Reprenant son verre glacé entre ses doigts, il en boit une longue gorgée et observe son duo de grands propriétaires d'un air matois. Voilà une façon détournée de les avertir que sa première question n'était pas superflue. Néanmoins, il a déjà passé assez de temps sur son entrée en matière et il ne gagne rien à faire durer ce suspense qui n'en est pas un – du moins, il l'espère. Aussi, sans plus d'arabesques, posant ses mains à plat sur son bureau, il choisit soigneusement ses mots et tranche immédiatement dans le vif :

« Vous ne tomberez pas des nues si je vous annonce maintenant que ce progrès doit être social, sans quoi c'est moi qui m'étonnerais fort de la raison de votre venue. Je vous ai invités pour que nous élaborions ensemble une nouvelle façon de produire, qui soit à la fois plus morale et plus efficace – en d'autres termes, un modèle pour les usines de demain, que vos industries pourraient incarner. »

Il leur sourit, à tous les trois, cette fois-ci, les yeux luisants d'espoir et noirs de détermination. Désormais qu'il a placé tous ces jolis mots très glorifiants dans l'ordre, et que les troupes sont tout à fait assurées de devenir des personnalités de premier plan dans l'opération, il est temps de leur délier la langue une fois pour toutes et de passer aux choses sérieuses. Si la courtoisie et l'honnêteté les plus élémentaires se révèlent insuffisantes, une stratégie s'est toujours révélée payante dans son parcours de politicien et de polémiste : l'alliance d'un argument à la logique affûtée et d'un esprit provocateur.
Rehaussant ses lunettes rondes sur son nez, Elikia pose sa main sur un ouvrage parmi d'autres sur sa table, et celui-ci, ses interlocuteurs le connaissent probablement, car c'est sans doute l'un des papiers les plus intéressants parus ces dernières années dans le monde industriel. Il s'intitule Principes d'organisation scientifique des usines. Écrit par un ingénieur métallurgiste très astucieux, il présente des thèses qui laissent Elikia mal à l'aise, pour la plupart, mais cède au socialisme un de ses thèmes de prédilection en admettant que la prospérité du patron ne va pas sans celle de ses salariés. Il y avait là un intéressant réquisitoire contre les chefs d'entreprise qui maltraitent leurs ouvriers, dont le jeune Prince, en reprenant la parole, compte subtilement s'inspirer.

« En effet, une question se pose parmi les économistes de notre temps, elle est de savoir d'où vient l'immense hausse de productivité que nous vivons depuis plusieurs décennies, introduit-il, d'un ton docte, avant de pincer des lèvres et d'esquisser une moue ennuyée. Si nous devions répondre qu'elle a sa seule origine dans l'exploitation de la masse ouvrière, vous conviendrez que ce serait un affront terrible à votre travail.
Alors, en admettant que le dynamisme de vos entreprises repose sur des critères plus scientifiques et plus respectables, vous ne devez pas voir de problème à ne pas opposer vos intérêts à ceux de vos employés et à accepter de mieux répartir les fruits de votre production.
»

Il ne cille pas. Ses yeux sombres sont rivés sur les figures blêmes de ses invités. Il n'accuse personne ici, bien sûr, mais une mise à l'épreuve s'annonce où Messieurs Fletcher et Mac Alister devront se montrer plus futés que la plupart de leurs congénères. Ce silence est finalement troublé par le bruit sourd du chat qui descend lourdement de son promontoire, aux côtés du piano. Il s'étire pendant que son maître reprend une gorgée de sa limonade et croise élégamment ses jambes, puis vient flâner près du chariot de rafraîchissements avec intérêt.

« Si je me trompe, arrêtez-moi, bien sûr, reprend Elikia, en souriant finement. Ceci étant dit, j'aimerais connaître votre avis sur la question. Qu'est-ce qui, dans vos usines, contribue à ce fol emballement productif, si ce n'est pas, ou pas uniquement l'utilisation abusive d'une main-d’œuvre à bas prix ? Pourquoi vos affaires marchent-elles si bien, en fin de compte ? Et je ne parle pas des lois du marché, bien sûr, car un artisan pourrait aussi bien me répondre, Monsieur Mac Alister, qu'il y a toujours de la demande, relève-t-il, en se souvenant de la brève formule que lui avait servie le patriarche. La différence pour vous, Industriels, c'est que vous produisez en masse et très rapidement, ce qui vous permet d'accumuler des capitaux. De quels moyens disposez-vous réellement pour accomplir de telles prouesses ? Comment vous organisez-vous, comment travaillez-vous ? »

Il n'y a pas de piège, évidemment. Sous ses dehors espiègles, Elikia brûle d'un sérieux très intense. Si à la fin de ces négociations, le verrier et le fabricant d'armes acceptent d'augmenter le seuil minimum des salaires de leurs ouvriers, il faudrait pouvoir compter sur leurs autres ressources pour tenir la distance et les développer plus loin que leurs vrais concurrents ne l'ont encore imaginé. Et quelles sont ces ressources ? D'une usine à l'autre, la recette n'est pas la même. Tel patron ne compte que sur ses légions d'employés sous-payés, un autre mise sur le progrès technique et la mécanisation intensive, certains savent organiser très ingénieusement le travail de leurs petits soldats, en alliant spécialisation et coordination des tâches, ou en faisant fonctionner une sociabilité particulière au sein de leurs usines.

En tout cas, Elikia a besoin d'en savoir plus sur leurs manières de procéder pour pouvoir adapter cet entretien à leurs cas particuliers. A ces fins, il ne pourra s'en remettre à une simple provocation rhétorique, alors, il décide de mettre les choses à plat.

« Sur ce point, j'aimerais que vous m'éclairiez, parce qu'il est essentiel. Après tout, vous n'êtes pas concurrents, tous les deux, vous ne courez pas de risque à discuter aimablement de ces sujets, si ? » Il les interroge d'un regard éloquent, un peu perplexe au fond de lui-même. Quelque chose lui échappe peut-être, et il commence à craindre d'avoir fait une bêtise en les invitant à s'asseoir côte à côte dans son bureau. « Quant à moi, enchaîne-t-il, avec sincérité, je n'ai aucun intérêt à vous nuire, j'ai même souci de ne pas commettre d'ânerie car si ce projet devait échouer, je coulerais très probablement avec vous. C'est pourquoi ce qui sera dit dans ce bureau restera dans ce bureau, jusqu'à ce que nous arrivions à un accord. »

Il incline sagement la tête vers eux et réprimant un petit soupir, il déficelle un de ses énormes dossiers amoncelés à ses pieds. Il en tire soigneusement quelques feuillets dactylographiés, reliés ensemble avec de simples fils de lin – ce n'est à l'évidence pas un document passé par une maison d'édition. Il le parcourt très vite, une dernière fois, les sourcils froncés, avant de le pousser vers ses invités.

« Mais je voudrais également vous transmettre ceci. Ce sont des statistiques recueillies par le département de sciences sociales du Conservatoire depuis plusieurs années. »

Et cela n'avait pas été une sinécure, mais il se retient bien de le dire. Depuis son arrivée à la direction de l'école, il avait pressé ses collègues d'affiliation socialiste à rassembler des données sur le terrain, en interrogeant en catimini des ouvriers sur leur lieu de travail ou à la sortie de l'usine, ou en obtenant des entrevues avec les industriels les plus commodes. Sur la copie qu'Elikia offre à l'examen des Mac Alister et d'Artemis, les noms des entreprises concernées ont été noircis, et parmi de longues listes de chiffres, de pourcentages et de graphiques, les bilans sont encadrés à l'encre rouge.

Citation :

Temps de travail (tout ouvrier confondu).

Moyenne : 14 heures par jour. 126 heures par décade (à raison d'un jour moyen de congé par décade), soit environ 91 heures par semaine. 270 jours travaillés par an, 30 jours non-travaillés (et non payés).
Les relevés varient de 12 à 17 heures travaillées par jour d'une usine à l'autre.

Salaires moyens.

Ouvrier adulte moyen : environ 5 ducats et 7 pièces de bronze par jour.
Ouvrier de moins de 16 ans : environ 2 ducats et 3 pièces de bronze par jour.

Annexe. Budget d'une famille ouvrière de 3 personnes (mère, père, enfant) sur un an.
Salaire moyen : 1537,5 ducats par an
Deux parents : 3075 ducats par an.
L'enfant : 615 ducats par an.
Total : 3690 ducats.

Loyer moyen (pour un logement d'une pièce) : 10 ducats pour 15 jours, 200 ducats par an.
Nourriture : environ 3012 ducats par an.
Entretien du mobilier, du linge, des habits, des ustensiles de la profession, blanchissage, feu, lumière : 478 ducats.
Total : 3690 ducats.

Note : Ne sont pas comprises dans ces estimations les dépenses relatives à la scolarité des enfants, à la santé (maladies et accidents), aux transports et aux loisirs.

Accidents du travail.

Moyenne en un an : 20 accidents entraînant une incapacité provisoire au travail, pour mille ouvriers (entreprise moyenne). 2% d'ouvriers touchés en moyenne dans chaque usine tous les ans.
Un cinquième de ces accidents sont mortels ou mutilants (entraînant une incapacité permanente au travail) : soit 4 ouvriers mis hors circuit pour 1000, ou 0,4% tous les ans.

Note. L'espérance de vie dans les milieux ouvriers est estimée à environ 33 ans.

Travail des enfants.

Présence de jeunes enfants à l'usine dans 84% des cas répertoriés.
Ouvriers âgés de 6 à 20 ans par rapport au nombre total des ouvriers, en moyenne, par usine : 53%.
Ouvriers âgés de 6 à 15 ans par rapport au nombre total des ouvriers : 31%. Dans les filatures, cela peut monter de 40 à 60%.

Tout à coup, le jeune Prince a tout perdu de sa facétie. Il déglutit avec amertume en contemplant furtivement ses mains balafrées dont les doigts tapotent avec une certaine nervosité sur le bois de son bureau. Sa gorge est sèche quand il reprend la parole.

« A vue de nez, pourriez-vous me dire où vos entreprises se situent par rapport à ces moyennes ? Mon idée n'est pas de condamner vos activités, mais d'observer quelle marge de progrès est possible. Aussi je compte sur votre honnêteté. »


Dernière édition par Elikia Lutyens le Jeu 4 Oct - 12:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Mer 3 Oct - 19:28

Il va de soi que l’art de la production d’armes et celle du verre n’était pas en concurrence. Du moins, pas à ta connaissance. Mais il y a toujours quelque chose de malaisant à se faire demander si le business va bon train en face d’une autre personne. Surtout si l’on considère celui qui pose la question comme l’usurpateur du trône qui aurait dû revenir à un industriel. Oui, Elikia fais tout son possible pour vous mettre à l’aise et semble visiblement convaincue d’avoir une bonne idée et d’être de bonne foi. Sans doute es-tu un brin trop prudent ou méfiant dû ton affiliation à mademoiselle Shah. Déjà, rien que d’être ici sans lui en avoir glissé un mot, tu as l’impression d’une trahison, alors non, ton esprit n’est pas très tranquille même si tu es un homme d’opportunité.

Ton égal te sembla d’ailleurs être sur le même sentiment. D’après sa réponse peu élaborée, tu juges avoir fait le bon choix d’être aussi peu démonstratif. Sans doute aurais-tu pu en rajouter un peu à la manière de la jeune femme qui ne manque décidément pas de courage, mais tu préfère observer et juger encore la situation. On n’est jamais trop prudent lorsqu’il s’agit de notre entreprise. Bien que discret, tu as su comprendre que le père aurait préférer que sa fille se taise, ce que tu trouve légèrement étrange vu que ce dernier a fait venir sa progéniture avec lui… quoi qu’il en soit, ce petit lien t’arrache un petit sourire. Tu aurais sans doute apprécié avoir un père comme celui-ci.

Voilà que le prince en vient finalement aux faits de votre présence. Ce qui ne manque pas de te faire redresser le dos sur ton fauteuil, démontrant ainsi une certaine curiosité et donc, d’ouverture. Le mot « pari » sonne bien à tes oreilles, bien qu’ayant perdu celui des Avirons tu suppose pouvoir tenter ta chance sur un autre terrain. C’est alors que la proposition semble devenir curieusement intriguante. Un changement social pour les usines de demain ? Pour ta part, depuis ton ascension il faut dire que tu es un propriétaire plutôt attentionné bien qu’intransigeant. Ayant été de longues années sur le plancher, tu as longtemps été à même de comprendre ce que ressent les ouvriers que tu diriges.

Tes yeux suivent les mains du prince qui se pose effectivement sur un ouvrage que tu connais assez bien. N’ayant pas eu d’éducation particulière sur la question, tu as énormément lu et t’es référer plus d’une fois à cet ouvrage en question. Elikia à analyser et fait beaucoup de devoir avant de vous rencontrer aujourd’hui. Tu ne peux que lui démontrer un certain respect pour son attention aux détails. De plus, ce dernier choisi avec un certain soin chacun de ses mots, ce que tu ferrais aussi si tu étais à sa place. Tu as un petit sourire sur les lèvres quand ce dernier évoque de la répartition des fruits de la production. C’est ainsi que tu constate que tu es un bon employeur même si tu n’es certainement pas encore au point et qu’il y a encore beaucoup de lacunes, tu as à cœur le bien-être de tes employés. C’est surement ce qui fait la différence entre ton expérience sur le plancher et celui qui n’a jamais mis les pieds dans la chaleur des fourneaux.

Soudainement, ton attention est dirigée ailleurs. Le chat, le bruit qu’il a fait en se déplaçant à su te distraire un court instant. Tu n’es pas fan de ses bestioles mais tu dois bien avouer que ce dernier est impressionnant par sa taille et sa présence. Tu reviens bien assez vite sur votre hôte qui a reprit parole sans se laisser distraire contrairement à toi… En voilà une question ! Tu n’y décèle rien de compromettant et tu n’as aucun embarras à répondre en premier cette fois ;

« Je crois savoir où vous voulez en venir… L’entreprise n’est rien sans les employés, et un bon ouvrier est un ouvrier satisfait et heureux dans son travail, n’est-ce pas ? Depuis mon ascension, je m’affère précisément à un certain bien-être de ma main d’œuvre. »

Tu jettes un coup d’œil vers tes semblables avant de revenir sur le prince.

« Ayant été moi-même très longtemps au cœur même de mon entreprise, je sais reconnaitre ce qui ne fonctionne pas. J’ai quelques employés de confiance, qui représente les autres et viennes me voir en cas de problème. Un peu à la façon d’un syndicat.»

Tu admets plus ou moins aisément que tu n’es pas né avec les privilèges de beaucoup de tes semblables. Certes, tu as su remarquer que la demoiselle est surement du même gabarit que toi dans le domaine, elle ne semble pas être une fille qui gratte le papier mais plutôt de celle qui touche au terrain. C’est surement ce qui l’a poussée quelques moments plus tôt à prendre la parole. Pas comme une petite fille sage dans l’ombre du père.

Vous n’êtes en effet pas conçurent, c’est pourquoi tu n’as pas eu de gêne à exposer ta façon de faire. Elikia est décidément quelqu’un de très expressif et qui bouge beaucoup contrairement à toi qui s’efforce de ne pas détruire le rebord de ton veston avec tes mains. Si ce n’est pas ton haut de forme c’est autre chose mais cette fois ce n’est plus de la nervosité mais bien une simple tique qui démontre que tu réfléchis, que tu restes bien concentré sur la rencontre. Aussi remarque tu le document que le prince fini par vous tendres. Sans hésiter, tu ouvre et étudie attentivement les informations qui s’y trouve. Tu reconnais beaucoup de ses chiffres car ils correspondent assez bien à la réalité actuelle.

Cette fois, tu laisseras au Mac Alister le soin de prendre la parole en premier. Car tu aime bien prendre le temps d’analyser les chiffres et d’en comprendre tous les mots et enjeux. C’est bien là que ton éducation sommaire flanche un peu malgré tous les enseignements de ton prédécesseur tu as encore à apprendre. L’espérance de vie moyenne te fais légèrement grimacer. Il est vrai qu’on ne fait pas de vieux os dans le domaine. Tu peux au moins te vanter d’avoir une entreprise assez sécuritaire ! Après tout, tu ne fabrique que du verre, par des armes à feu. Une fois qu’ils auront pris paroles, tu te lanceras toi aussi.

« C’est pour ma part… assez exacte. J’ai cependant un salaire légèrement plus haut et un maximum de 12 heurs de travail par jour…. Il est inutile d’épuiser quiconque et de risquer d’un accident. J’ai aussi quelques jeunes à mon service pour les tâches plus minutieuse et moins dangereuse. »

Tu as toi-même été l’un d’eux, forcé par ton père pour subvenir aux besoins de la famille. Aussi peux tu voir les mains du prince, alors que tu y porte enfin un intérêt. Tu comprends donc que ce dernier a un passé aussi complexe que le tiens. Sans doute faisait-il partie de ses chiffres à l’époque.
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Elisabeth Mac Alister
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Ven 5 Oct - 23:58

La jeune femme ne s’était pas trompée et fut récompensée de son petit écart de conduite par le regard qu’elle échangea avec le Prince. Elle esquissa un rapide sourire, essayant de lui communiquer un certain soutien. Visiblement, les réponses succinctes, voir un peu sèches, de ses deux principaux interlocuteurs n’avaient rien fait pour le rassurer et le pousser à développer ce qu’il cherchait à leur présenter. Ce qu’elle avait dit n’avait rien de véritablement pertinent mais cela dénotait, au moins, une certaine volonté d’ouverture et de communication. Donc d’écoute. Elle ne pouvait pas encore affirmer qu’elle serait d’accord avec ce qu’il allait leur exposer mais elle pouvait au moins lui assurer qu’il aurait une oreille attentive et, relativement, neutre…

Effectivement, les polémiques entourant son arrivée au pouvoir et sa « spécialité » qui le faisait paraître un peu décalé dans son approche de deux chefs d’entreprises, pouvaient très bien tuer dans l’oeuf sa tentative… Lyzie savait que son père pouvait se montrer raisonnable et patient, elle l’avait suffisamment testé au fil des années avec la présentation de projets plus ou moins aboutis et viables, mais elle ne savait pas trop ce qu’il en était avec Artemis. De plus, même si Elikia avait tout fait pour les mettre à l’aise, la situation était plutôt anxiogène. On ne se faisait pas si souvent convoquer au Palais Princier, encore moins à plusieurs, avec d’autres industriels que l’on connaissait peu ou presque. Personnellement, la situation éveillait en grande partie la curiosité d’Elisabeth, mais les pensées qui traversaient l’esprit de son père étaient bien plus graves et sombres.

Après tout le jeune homme n’était pas vraiment connu pour son génie financier… Et ce qui se disait sur ses richesses personnelles n’avait rien de véritablement rassurant si l’on prenait le point de vue d’un entrepreneur. Cela dit, Lyzie n’était pas de cette espèce là et, elle serait certainement la première à le reconnaître, l’argent n’avait que peu d’importance à ses yeux. Cela venait probablement du fait qu’elle n’en avait jamais véritablement manqué grâce à son père et qu’elle n’avait pas à jongler avec une quelconque comptabilité jusqu’à maintenant. Elle avait conscience qu’il fallait faire attention et que chaque chose avait une valeur mais elle était moins encline à garder ses deniers dans ses poches…

Ce fut peut-être pour cela qu’elle eut la sensation d’être noyée par les chiffres et les informations que le Prince leur fournit. Elle comprenait le sujet, le principe général dont il était question, mais tous les détails qu’il avait accumulés pour soutenir sa cause ne faisait que lui faire tourner la tête. Elle se retrouva avec le dossier qu’il avait soigneusement préparé entre les mains et ne fut pas en mesure de faire autre chose que de regarder rapidement les pages, sachant qu'elle aurait besoin de bien plus de temps et de calme pour tout assimiler. Heureusement, elle doutait qu’Artemis ou son père soient aussi facilement submergés par ces données et elle essaya de ne rien montrer de ce qu’elle ressentait. D'ailleurs le directeur de la verrerie n'hésita pas à répondre clairement...

Si elle ne comprenait pas tous les tenants et les aboutissants comme les deux hommes d’affaires, elle appréhendait tout de même le principe de fond. Jusqu’à maintenant, elle ne s’était pas vraiment inquiétée de la façon dont ils traitaient leurs employés. L’entreprise des Mac Alister était encore relativement petite et elle connaissait presque tous les ouvriers qui y travaillaient. Elle avait grandi parmi eux, au milieu du métal encore brûlant et des coups de marteaux… La jeune femme était devenue une sorte de mascotte, adoptée par les employés et traitée comme leur propre enfant. En un sens, cela l’avait épargnée d’une certaine réalité et maintenu des rapports suffisamment cordiaux entre son père et ses employés pour qu’elle n’ait jamais réalisé les difficultés qu’ils rencontraient au jour le jour.


-Nous ne sommes pas des monstres…

Lyzie releva la tête de sa lecture pour constater que son père ne s'adressait pas vraiment au Prince mais plus à elle. Non… Ils n’étaient pas des monstres et traitaient, elle supposait, bien leurs employés. Même si des accidents étaient inévitables, un maximum de précautions pour leur sécurité étaient prises et elle n’avait jamais vu d’enfants trop jeunes travailler pour eux. De jeunes adolescents, certes, mais pas en-dessous de 16 ans. C’était plus une petite famille qu’une machinerie sans âme destinée à user et abuser de ses rouages… Toutefois cela n’enlevait rien de la réalité de leur époque. Ils les payaient certainement pour une modique somme finalement, pour beaucoup trop d’heures dans une journée. Edmont lança un dernier regard vers sa fille, sentant probablement son trouble et cherchant à la rassurer...

-Je pense que nous sommes organisés comme n’importe quelle autre usine nécessitant la fabrication de plusieurs éléments identiques en masse. Toutefois j'utilise le terme masse avec probablement bien trop d'emphase par rapport à un autre bien. Peut-être serait-il plus pertinent que vous veniez en personne visiter les lieux pour mieux appréhender notre façon de faire… ? Notre fonctionnement repose actuellement sur de petites équipes spécialisées dirigées par un ouvrier suffisamment ancien et expérimenté pour qu’il soit libre d’organiser ses hommes selon les besoins du moment. Quant au reste… Je suppose que nous sommes dans la moyenne haute aussi. En quelque sorte… Nous n’employons personne en dessous de 16 ans et les quarts font 12 heures avec aménagement de pauses car il est inutile de les épuiser. Pour ce qui est du salaire nous nous situons dans la moyenne nécessitant l'emploi d'un personnel qualifié.

S’il avait rougi des implications que pouvaient avoir une telle question de la part du Prince, l’industriel répondit sans fléchir, le menton haut. Il n’avait pas à avoir honte de la façon dont son usine tournait ni de la façon dont il traitait ses ouvriers… Lyzie, elle, se trouva un peu rassurée par la confirmation de ce qu’elle pensait, notamment par rapport au travail des enfants. En un sens, cela avait une certaine logique. Il aurait été inutile d’embaucher des ouvriers plus jeunes dans leur domaine d’activité...

-Notre secteur n’est malheureusement pas sans risques par contre. Je n’ai pas de chiffre précis en tête mais les accidents ne sont pas rares malgré toutes les précautions que nous pouvons prendre. Le système de pauses régulières a déjà permis de limiter les fautes d’inattentions ou d'épuisement qui sont souvent fatales...

Être ouvrier n’était certainement pas une sinécure et il n’était pas rare que des accidents arrivent. Tous n’étaient pas graves et ne menaient pas à la mort ou la mutilation, mais tout le monde pouvait exhiber les traces de son travail quotidien sous la forme de bleus, d’os brisés ou de brûlures. Même Lyzie avait eu son lot de mésaventure. Après tout, avec ce qu’elle manipulait pour créer de nouvelles armes, elle pouvait s’estimer chanceuse d’être encore en un seul morceau et présentable en bonne société… Et, visiblement, Artemis devait faire face à la même problématique, sa verrerie devant probablement être aussi accidentogène que leurs forges.

-Nous sommes une petite entreprise, plutôt familiale… Ils n’ont pas l’air de souffrir comme ceux que vous décrivez...

Elle interrogea son père du regard. Elle n’avait pas l’impression qu’il ait bâti son modeste succès par le sang de ceux qu’il embauchait… Non? Et puis elle avait vraiment du mal à reconnaître leur entreprise dans ce que venait de décrire le Prince. Un peu comme s’il s’était trompé de cible, les prenant pour beaucoup plus gros qu’ils ne l’étaient vraiment. En tous cas l'idée de Fetcher concernant des employés désignés par leurs camarades pour mieux communiquer avec eux lui semblait intéressante quand leur nombre grandissait. Elle comptait bien la garder en tête...


Dernière édition par Elisabeth Mac Alister le Mer 10 Oct - 6:18, édité 1 fois
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Jeu 11 Oct - 15:26

S'il n'avait eu aucune considération à l'égard des bons usages en société, Elikia aurait probablement sauté dans les bras d'Artemis dès l'instant où celui-ci s'est résolu à parler. Jamais de toute son existence il n'avait imaginé entendre un Industriel tenir si volontiers un tel discours, et l'émotion qui l'étreint est difficile à contenir tandis que les mots du verrier résonnent encore à ses oreilles. Candidement, tout d'abord, il avait brûlé de lui demander si la simple considération du bien-être de ses employés suffisait à maintenir sa productivité, mais il s'était bien vite souvenu que le théoricien des Principes d'organisation scientifique des usines n'avait considéré cet élément comme un paramètre essentiel parmi d'autres. La spécialisation et la coordination des tâches – en d'autres termes, le travail à la chaîne intensif, mécanisé au millimètre, qui assimile l'humain à la machine en oblitérant tout esprit créatif, tout savoir théorico-pratique et de façon générale toute réflexion – en font aussi partie. Ce rappel l'avait un peu refroidi, mais il n'aura pas pu échapper à l'ancien ouvrier quel enthousiasme avait brillé sur le visage du jeune Prince et combien son regard s'était arrondi sur lui, le temps de son court exposé.

Parce qu'enfin, un syndicat ?? Il avait cru s'étouffer dans sa limonade à la menthe, en l'entendant prononcer ce terme honni de la bonne société excelsienne, avec tant d'optimisme et d'assurance. Et dire qu'il craignait d'aborder la question de ses affaires, un peu plus tôt ! Le voilà soudain qui hisse le pavillon socialiste sans crier gare ! En revenant de sa surprise initiale, Elikia avait eu grand-peine de ne pas éclater de rire – d'un rire franc, joyeux, encore incrédule – mais il s'était contenté de sourire bien fort, à s'en craquer les zygomatiques.
Ce type-là, il ne paie pas forcément de mine avec sa coiffure aplatie et ses grands yeux bleus luisants de soucis, mais c'est un sacré phénomène ! Il faudra lui payer plus qu'une simple citronnade, à l'avenir !

Quant aux Mac Alister, à présent, ils font sombre mine de leur côté du bureau et leur angoisse ne s'est pas levée. Du moins, si Edmont répond à la provocation du Prince comme un gentilhomme dont on aurait remis l'honneur en question, sa fille, elle, s'est plongée dans la lecture du rapport depuis quelques minutes et son teint se fait grisâtre. Elikia ressent une tension secrète, insidieuse, presque méfiante qui les relie tous les deux et qui l'intrigue, lui, comme si quelque duperie ou trahison avait été percée à jour par la demoiselle et qu'elle en accusait son père sans trop y croire. Un mystère se brise en silence, encore qu'Elikia s'étonne que la situation ouvrière en ait jamais été un pour quiconque à Excelsa. Et puis, il se rappelle que certains citoyens se gardent bien de sillonner d'autres quartiers que les leurs, de peur de tomber nez à nez avec la misère sociale, d'attraper la peste bubonique ou de revoir leur jugement sur la Ville à l'aune des faits plutôt qu'à celle de la propagande d’État. Une triste naïveté naissait de ce cloisonnement et affectait jusqu'aux meilleures cervelles et aux cœurs les plus nobles, dont l'ignorance coupait bras et jambes quand il s'agissait de vouloir faire quelque chose pour les hommes.
Mais cela changerait peut-être. Cela changera nécessairement – car aujourd'hui, c'est Elikia qui a la main sur la presse et l'information. Personne n'aura plus la chance de fermer les yeux sur ce qui se passe au-delà des barrières blanches de sa jolie maison.
Elisabeth Mac Alister, qui semble sombrer au milieu de ces chiffres effroyables sans bouée miséricordieuse à laquelle se raccrocher que la voix calme de son père, en est sans doute la première victime.

Il est difficile pour Elikia de compatir à cette affreuse épiphanie, quand il a conscience qu'une grande partie de sa vie est passée inaperçue aux yeux de la jeune femme, ainsi que l'existence de tous les travailleurs de Domus, du District Manufacturier et de la Borée. Il éprouve une indulgence fatiguée à cet égard, et préfère finalement se concentrer sur le détail des explications d'Edmont, qu'il note au crayon de graphite sur un calepin, comme il l'a fait pour son collègue, Monsieur Fletcher.

Cela réclame plus de concentration de sa part, cependant, car la description que l'armurier propose de son entreprise ne fait signe vers aucune des figures que le jeune Prince se représente de l'Usine en cette ère dédiée au culte de la productivité. Pas de travail à la chaîne. Un personnel exclusivement qualifié, pas de main-d’œuvre bon marché. Le garçon fronce soucieusement des sourcils.
Cela aura-t-il une quelconque pertinence de proposer un marché à Mac Alister & Co, si leur fabrique d'armes ne peut être prise comme modèle pour la plupart des industries excelsiennes ? Évidemment, il sera plus facile de négocier avec eux qu'avec les autres grands propriétaires, mais Elikia pressent que la forme singulière de leur petit univers, s'il réussit à s'en faire des partenaires, lui coûtera plus tard dans son argumentaire face à ses détracteurs ou d'autres adversaires. Seulement, il ne peut pas se permettre de faire la fine bouche aujourd'hui. Il devra faire feu de tout bois.

C'est pourquoi son crayon empressé quitte brièvement sa page de notes, quand Elisabeth prend la parole, et il lui répond alors avec patience avec les conclusions qu'il a pu tirer des propos d'Edmont :

« Cela n'a sans doute rien de surprenant, en vérité, Mademoiselle, puisque d'après ce que je comprends, votre entreprise n'est pas à proprement parler une usine. En tout cas, elle n'en partage pas tous les caractères... Disons que cela ressemble à un hybride curieux entre une industrie et une coopérative d'artisans... ? » Il adresse un regard interrogateur à son père, puis il reprend délicatement le rapport dactylographié des mains de l'héritière pour lui pointer du bout de son crayon d'autres statistiques, qu'il n'avait pas jugé bon d'encadrer en rouge. « Comme vous pouvez le voir, les salaires moyens des ouvriers qualifiés sont plus élevés et ces gens peuvent subvenir à certaines nécessités de leur existence au-delà des besoins biologiques. Ils ont passé le stade de la survie, en somme. Il faudrait encore pousser un peu le seuil moyen, d'après moi, parce que les frais d'éducation à accorder à leurs enfants, ainsi que l'accès aux soins plus lourds ne sont pas toujours à leur portée... Mais oui, en général, leur niveau de vie est plus décent que le commun des ouvriers. »

Il lui sourit avec douceur, tandis qu'elle peut retrouver un peu de tranquillité d'esprit (en tout cas, en ce qui concerne les agissements de son paternel). Toutefois, son esprit méticuleux est tenu en alerte par le bourdonnement insistant d'une clochette soupçonneuse parmi ses pensées, et il ne se satisfait pas tout à fait de cet exposé. Il scrute Monsieur Mac Alister avec le plus grand sérieux et tient un instant son crayon en suspens.

« Ceci dit, quelque chose m'interpelle dans ce que vous me dites. Je suppose qu'un jeune employé de seize ans n'est pas considéré à son arrivée chez vous comme un ouvrier qualifié ? interroge-t-il, d'un ton toujours neutre. Est-il cependant rémunéré comme tel ? Sinon, quel statut obtient-il à ce moment-là, et pour quel salaire ? Et enfin, ces employés, qui arrivent donc sans qualification, bénéficient-ils chez vous d'une formation systématique ? »

Attentif à sa réponse, il envoie de nouveau son crayon trotter sur son calepin, qu'il couvre d'une écriture fine et serrée, jusqu'à tourner la page. A la fin, il relève la tête et sourit cette fois au patron aux cheveux gris, très poliment, avec une pointe de curiosité.

« Je retiens votre proposition, Monsieur Mac Alister, et je visiterais volontiers vos locaux pour me faire une idée exacte de votre fonctionnement si particulier. En attendant, j'espère que cette lacune de ma part ne nous empêchera pas de mener à bien cette discussion. »

Mais à peine a-t-il prononcé ces mots, avec une modestie de circonstance, qu'il est surpris tout à coup par le bruit du chat qui s'est levé de tout son long pour s'appuyer des deux pattes avant sur le chariot de rafraîchissements. D'un geste vif, il pique entre sa mâchoire un gâteau au miel et à la pistache, et avant que son maître n'ait pu esquisser le moindre geste pour l'en empêcher, la crapule file ventre à terre se réfugier sous le piano pour profiter du fruit de son méfait en le croquant à pleines dents. Particulièrement décontenancé, le jeune compositeur reste stupide un bon moment avant de grimacer d'embarras et de glisser un coup d’œil navré vers ses invités.

Néanmoins, il s'éclaircit la gorge et croisant ses doigts au-dessus de son bureau, il poursuit en s'efforçant de faire comme si de rien n'était.  

« Bien, en somme, si vous êtes des cas à part parmi la grande famille des Industriels, vous êtes également de très bons élèves au regard du progrès social. » Il couve cette fois-ci Artemis du regard, son visage juvénile rayonnant d'une pure sincérité. « Je n'aurais jamais pensé qu'un syndicat naisse de l'initiative d'un patron, par exemple, quelle chose extraordinaire... ! L'opinion majoritaire en ville concernant les syndicalistes les rapproche au mieux des Oisillons, au pire de terroristes anarco-révolutionnaires. »

Cette fois-ci, un rire très court lui échappe, comme un léger chant d'oiseau qu'il s'empresse d'éteindre d'un raclement de gorge. Il a l'air brièvement gêné, mais hausse des épaules avant de noyer les quelques rougissements de son visage dans la fraîcheur de son verre. Une gorgée mentholée plus tard, il reprend avec sérieux :

« Bref, incroyable. Vous êtes un précurseur, Monsieur. Ensuite tous les deux, vous êtes également assez bien placés avec vos plafonds d'heures travaillées, votre politique concernant le travail des enfants, Monsieur Mac Alister, et vos minima salariaux, Monsieur Fletcher. Je ne me suis pas trompé en m'adressant à vous, et j'en suis heureux. Mais je crois aussi qu'il est possible de faire mieux. »

Cette fois-ci, c'est le grand saut, le moment de vérité. Le jeune Prince prend une grande inspiration, la figure plus grave que jamais face aux deux Industriels et à l'héritière. Quand il aura fini sa diatribe, Fletcher et Mac Alister seront fixés et pourront prendre la décision de lui claquer la porte au nez sans tarder, ou bien de rester négocier et s'enfoncer avec lui plus loin dans l'hérésie socialiste.
Discrètement, sous la table, tandis qu'il garde un visage de marbre, les chaussures d'Elikia se frottent nerveusement l'une contre l'autre. Allez. Il relève fièrement le menton.

« Concrètement, voilà mon objectif, lance-t-il, d'une voix ferme. Montrer avec vous à la Ville, au monde industriel et au Conseil des Princes qu'entretenir ces souffroirs que sont nos quartiers ouvriers, juste assez pour en tirer de la main-d’œuvre, n'est pas nécessaire pour assurer la productivité et la richesse d'Excelsa. Leur faire voir qu'on ne réduira pas l'économie à peau de chagrin, en rémunérant ces personnes à la hauteur de leurs besoins biologiques, pour commencer, pour qu'elles puissent vivre à l'abri de la faim, en bonne santé, dans des logements salubres, et ensuite pour qu'elles sachent donner à leurs enfants d'autres perspectives d'avenir que de perpétuer un cycle générationnel de pauvreté. Leur témoigner que la Ville pourrait sortir grandie, plus belle et plus digne de certains changements qui s'imposent maintenant. »

Il reprend son souffle au bout de cet élan inspiré, mais sa bonne paire de poumons ne l'abandonne pas et il enchaîne sans faillir :

« Je voudrais que nous prouvions ensemble que c'est possible. Que vous avez assez de jugeote, d'ingéniosité, de moyens pour faire autrement – qu'une organisation rationnelle de vos usines, ainsi que de bons investissements, assureront leur croissance si nous recalculons des minima salariaux à la hausse, des plafonds d'heures travaillées à la baisse ou si nous envisageons de donner une plus grande liberté de parole à vos employés. »

Et tout à coup, il lance son pavé dans la mare.

« C'est un Contrat que j'aimerais négocier et signer avec vous, Messieurs, Mademoiselle. » Il se ménage une petite pause, pour laisser le temps à ses interlocuteurs d'apprécier la majuscule qui rend ce mot si peu anodin, à Excelsa, et de ravaler sa salive. Il espère ne pas avoir l'air trop pâle ou trop implorant dans ce moment fatidique, où il finit d'argumenter d'un ton moins emporté : « Un tel document, suivi de résultats convaincants, me permettrait de faire valoir sans rougir aux autres Princes la possibilité de fonder une législation du travail qui vaille pour tous. »

Il tremble, il tremble en dedans, tout au fond de lui-même. Il a l'impression de jouer sa vie. Pourtant il a aussi conscience que cette rencontre qu'il a préparée pendant des années n'est qu'un exercice – un drôle d'exercice d'acrobatie – s'il faut la comparer à ce que sera plus tard le Conseil des Princes. Bien entendu, cette pensée-là ne l'aide pas à relativiser.
Mais elle le pousse néanmoins à faire miroiter quelques avantages aux Industriels, qui auront peut-être la vertu de les garder assis dans leurs fauteuils quelques minutes de plus. Sa chaise en bois, à lui, lui semble de plus en plus inconfortable et il aimerait pouvoir se lever pour s'agiter de tout son saoul... ce qui est absolument hors de question. Il enlace fébrilement ses mains l'une avec l'autre et il ajoute :

« Bien sûr, ce Contrat n'existera pas sans que je ne vous offre quelque contrepartie, j'en ai conscience. Tout d'abord, je peux vous garantir une excellente couverture médiatique si vous participez à cette expérience. Vous aurez de la publicité à foison, vous pourriez même faire les gros titres des journaux, si cela vous chante. Sitôt la fin des négociations, j'organiserais une conférence de presse, je vous traiterais comme de grandes vedettes. Et croyez-moi, je suis plutôt doué à ce genre d'exercice... »

Un sourire de connivence se glisse presque malicieusement sur ses lèvres. La réputation d'Elikia souffre de beaucoup d'équivoques pour la plupart du monde : on ne fait pas grand-cas, d'ordinaire, d'un enfant de prolétaire socialiste dont le train de vie et les finances font jaser. Mais en tant qu'artiste – si tant est que cette profession ne répugne pas ses invités – il avait su mener sa barque avec brio, et à l'Opéra, on ne parle plus que de lui, de ses chanteurs et de ses musiciens depuis quelques années. Il connaît à merveille les moyens de briller en société et de faire naître d'autres étoiles, cela, c'est une certitude.
En tout cas, leur promettre de la publicité, c'est très bien. Leur offrir une association d'argent, c'est encore mieux.

« Ensuite, j'aimerais vous proposer de solides partenariats financiers avec le Conservatoire – je dirais même des monopoles commerciaux, pour chacun de vous, car je n'aurais plus aucun intérêt d'approvisionner le District Virtua chez des usines aux standards moins élevés que les vôtres. » Il hausse des sourcils et dessine une moue royale sur ses lèvres, avant de se tourner en premier lieu vers Artemis. « En ce qui vous concerne, Monsieur Fletcher, l'accord serait assez évident. L'architecture de mon école parle d'elle-même : nous achetons du verre sans cesse et en grande quantité pour des constructions massives et des rénovations de toute sorte. Mais nos artistes travaillent également le verre en classe, que ce soit pour des sculptures, des bijoux, des récipients esthétiques, des œuvres de sérigraphie... Nous pourrions aussi envisager de partager avec vous certains concepts que vous seriez autorisé à produire en masse. »

Souriant à cette dernière suggestion, qui n'est pas des moindres, puisque des brevets sont en jeu, il laisse à Artemis un délai pour y méditer tout à son aise – à peu près certain que son offre le vaille. Puis, il se tourne vers Edmont Mac Alister. Il a la gorge un peu sèche, mais il n'est pas question de faire attendre son homme et de lui faire penser une seconde qu'il sera oublié des négociations.

« Quant à vous, Monsieur Mac Alister, évidemment, c'est une autre paire de manches. Je suis ouvert à la discussion si vous avez la moindre idée de produits que vous seriez en mesure de me fournir. Mais en attendant, j'ai pris moi-même le temps de la réflexion, plutôt que de vous faire l'insulte de vous convoquer ici sans égard pour vos intérêts. » Il incline la tête vers l'homme en signe de respect. « Voilà. Je suis en relation avec un ingénieur de talent, mais méconnu. Il serait capable de concevoir des plans pour produire en série un bien qui pour l'instant n'est encore qu'une marchandise de luxe. Ce bien n'a rien à voir avec l'industrie de l'armement, mais je pourrais vous mettre en relation avec cet homme, si l'idée ne vous rebute pas, et vous assurer qu'une longue et fructueuse coopération naîtra de ce nouveau marché, entre Mac Alister & Co et le Conservatoire. C'est-à-dire l'école, ses élèves et sa clientèle déjà existante. Bien sûr, le brevet de ce concept appartiendrait à cet ami ingénieur dont je vous parle et il récupérera sans doute un certain pourcentage sur les ventes, mais le jeu en vaut largement la chandelle, je vous en fais la promesse. »

Ses yeux portent jusqu'à l'armurier l'entière confiance qu'il a acquise pour cet artisan atlasi – Hei Huoyao – avec qui il est en affaire depuis la Saison du Renouveau, et pour la vision fulgurante qui avait fini par lui traverser l'esprit au terme de longues nuits d'insomnie.

« Je vous expliquerais bien plus en détails de quoi il s'agit, mais il faut encore que vous soyez d'accord sur le principe. Un tel Contrat serait-il de nature à vous intéresser ? »

Voilà, les dés en sont jetés. La main du compositeur se referme sur son grand verre glacé et il se désaltère enfin en surveillant ses invités d'un œil attentif.
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Artemis Fletcher
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MessageSujet: Re: Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis   Mar 13 Nov - 19:45

Visiblement, tes paroles avaient plu au jeune prince compositeur. Ce que tu avais un peu de mal à comprendre car tu n’avais pas tant idée que ton fonctionnement puisse bousculer tant les normes sociales. C’est seulement que tu apprécie de savoir que tes employer aiment ce qu’ils font et la façon dont ils sont traités. Tu doute qu’ils soient intéressés par une diminution du nombre d’heures par le simple fait qu’ils ont besoin de cet argent afin de nourrir leurs familles ou simplement payer leurs loyers. C’est pourquoi tu aime bien les chiffres de douze heures, ça te semble juste. Quoi qu’il en soit, tu ne pouvais vraiment expliquer l’expression de ton homologue face à tes mots, ce dernier semblait à la fois surpris et heureux de t’entendre… Impossible pour toi de voir autre chose qu’un étrange petit bonhomme. Tu envie sa façon d’exprimer son enthousiasme.

Au bout d’un instant tu te rends compte aussi que tu use le bas de son veston en le triturant du bout des doigts dans tes réflexions. Tu viens donc dégager ton visage d’une mèche de cheveux rebelle afin de te concentrer sur autre chose. Ce fut au tour du père MacAlister de répondre et faire un petit rapport au prince. Étrangement, tu observas davantage la fille de ce dernier. Elle sembla de pas être au parfum de la gestion de l’entreprise et de son fonctionnement ? Ou bien est-elle simplement surprise de constater certains faits ? Tu ne doute pas qu’il soit complexe pour une personne bien née de voir ce genre de détail.

Elikia viens d’ailleurs répondre à la demoiselle qui évoque un esprit plutôt conviviable et familiale de son entreprise. Tu comprends aussi un peu mieux la différence entre vos commerces respectifs. Les oreilles grandes ouvertes sur les explications du prince, tu en profite pour en apprendre plus, toujours plus. Entre temps, tu as fini de lire le document que tu repose sur le bureau du prince en venant prendre une bonne gorgée de ton breuvage que tu es sur le point de terminer. En gros, tes semblables pouvaient se permettre des conditions différentes au vue de la main d’œuvre plus qualifiée. Alors que toi, la formation se fait sur place au fil du temps et de l’expérience. Personne ne fait d’étude dans le verre, on le devient sur le terrain. Lorsque la conversation se fait davantage sur Edmont, tu tends à perdre ton attention sur le mobilier et la décoration de la pièce, non sans garder quand même une oreille sur leurs conversations, tu en perds un bout ici et là, ne gardant que les informations importantes ou te concernant.

Le bruit du chat te fait revenir sur terre, ton regard passant de l’animal au maitre de ce dernier qui semblait désoler du dérangement produit par l’animal. Puis, le regard du prince se posa sur ta personne, ce qui te laissa un léger sursaut car tu n’aurais pas imaginé être regarder avec tant de… bienveillance ? Il va de soi que tu n’avais pas vu l’instauration d’un syndicat de cette œil-là. Pour toi, ce n’était qu’un système qui permettait un échange entre l’employeur et ses employer. Un moyen de communication efficace qui évite l’anarchie et la discorde dans l’usine. Tu évitas de prendre la parole, soulignant les mots du prince ainsi que son petit rire par un bref signe de tête assez réservé comme toujours. Tu n’as pas cette facilité d’expression comme Elikia. C’est d’ailleurs assez charmant une personne qui se permet d’être aussi… transparent ? Dans le sens, qu’il est aisé à comprendre et qu’il ne semble pas cacher ses émotions. Sans doute es-tu trop coutumier a l’inverse lorsqu’il s’agit de business.

Finalement, on en vint à l’idée du prince, a ses projets, a sont point dans l’histoire. Sur le coup, tu pince les lèvres… Monter les salaires et baisser les heurs de travail ?! N’est-ce pas complètement stupide ? La production se ferra moins rapidement, tes clients ne seront pas ravis d’en subir les conséquences. Oui, là, Elikia viens de te faire reculer. Car c’est bien beau de vouloir prendre soin de ses employer, tu n’es cependant pas prêt à perdre ton business aussi irrationnellement. Il est très louable de la part du prince que de prendre à cœur la situation du petit peuple ouvrier et tu n’es pas homme très attacher à l’argent et aux possessions mais c’est un concept très audacieux et terrifiant que de bousculer les normes actuelles. Il ne s’en fut que de quelques secondes pour que tu désire lever tes fesses de son fauteuil, heureusement que le prince reprit parole sinon tu aurais déjà pris la porte. Une contrepartie. Heureusement ! Parce que sans ça, la réponse aurait été négative. Il va de soi que tu travail aussi l’image de ton entreprise ainsi que la publicité de cette dernière. Alors, là, le prince tient quelque chose d’intéressant. La visibilité. Tu n’as aucun doute que ce dernier soit doué dans le domaine.

Les fesses sur le bout du siège, tu écoute encore ce qu’il as a dire. Il s’adresse aussi directement à toi, te proposant clairement un monopole financier qui certainement empêchera ton usine de sombrer dans la folie. Tu prends très certainement le temps d’y réfléchir alors qu’il se retourne vers tes semblables. Perdu dans tes penser, dans les pour et les contres, tu n’entends quasiment qu’un bourdonnement de la conversation entre Elikia et les Mac Alister. On te sort finalement de tes réflexions en posant une question assez directe. Dois-tu te prononcer immédiatement ? Qu’en dirais mademoiselle Shah si tu venais à conclure quelque chose avec son ennemi ? Serait-elle d’accord ? Te lancerais t’elle des roches à la gueule si jamais tu venais à accepter ? Il y a certains désavantages avec le fait d’avoir vendu son âme a cette femme.

« Je suis intéressé, oui. »

Tu inspire un bon coup avant de reprendre.

« Mais il va de soi que ce n’est pas une décision que je peux prendre dans l’immédiat sans y avoir réfléchi plus longuement. »

Tu ne prendras jamais une décision sans d’abord prendre tout le temps nécessaire pour y réfléchir. De plus, cela te permettrait d’en discuter avec Amélia Shah. Ne tenant plus du tout sur ton siège tu te lève pour faire quelques pas et dégourdir tes jambes, faire circuler le sang jusqu’à tes pieds et dans le reste de ton corps et aussi faire craquer quelques os de ton corps un peu engourdit. Tu reviens rapidement te pencher vers le prince compositeur.

« Avons-nous le temps d’y réfléchir votre altesse ? »

Peut-être est-ce une offre a prendre ou a laisser, le genre d’offre qui ne présente qu’une seul fois et qui peux vous passer sous le nez avec vitesse grand V.
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Exercice d'acrobatie ♔ Elisabeth & Artemis
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