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 Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton

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Elikia Lutyens
Prince Compositeur

Elikia Lutyens

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MessageSujet: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyMar 4 Sep - 23:56

D'ordinaire, à cette heure de la journée, le jeune et turbulent Prince Compositeur est encore occupé à tourner partout comme une tornade entre le Palais et le Conservatoire, fusant, volant, bondissant d'une tâche à l'autre avec un appétit d'ogre. Mais aujourd'hui, il n'est pas encore midi qu'il a déjà quitté ses diverses préparations pour sa prochaine fête d'investiture, et pris le chemin du District Balnéaire et de son chez lui. Il n'y déjeune pas souvent, faute de temps pour rentrer, au milieu de son affolant quotidien. C'est donc quelque extraordinaire circonstance qui l'a autorisé à rallier ses quartiers de si bonne heure : autrement dit, un immense et accablant surcroît de fatigue qui l'avait pris par surprise, un peu comme un coup de bâton dans les jambes.
Sentiment d'aspect futile et à ses yeux oubliable, il n'a pas coutume de s'y intéresser quand il survient ou même d'y prendre garde, et il faut généralement que l'épuisement le happe tout entier et l'assomme d'un coup net et brusque pour le séparer de l'urgence de son travail et du train bourdonnant de ses pensées. Il n'est d'ailleurs pas rare de le trouver endormi sur des piles éparses de dossiers ou de partitions, à son bureau, à l'aube d'une nuit blanche – encore une, la toute dernière !

Mais voilà, cette fois-ci, la brèche était trop sensible, il n'avait pas pu l'ignorer. D'abord, c'est la faute de cette stupide, stupide épaule – la gauche, fragile et boiteuse – qui le fait souffrir depuis ce non moins stupide, stupide accident de voiture à la Borée. On avait dû l'immobiliser pour quelques temps et il supportait très mal de garder son bras en écharpe du matin au soir : ça lui portait sur les nerfs, ça le rendait chèvre. Tous ses mouvements sont sans cesse empêchés, ce qui le pique d'une agitation plus féroce, et de gesticulations en gesticulations, il est bientôt convaincu de ne plus ressembler qu'à une sorte de manchot très énervé et très ridicule. Il perd patience, enlève son attelle, croit se mettre définitivement au travail mais se blesse plus sévèrement, s'agace de la douleur et reperd tout moyen de se concentrer sur son ouvrage. C'est un cycle sans fin. Et une fois pour toutes, c'est exténuant.
En somme, les mésaventures de ces derniers jours l'avaient puissamment ébranlé. Perdre son escorte dans une émeute et passer la nuit dans un trou moisi des bas-fonds, c'est une chose, ce n'est pas un drame – il n'est pas si aisément impressionnable, en vérité. Il connaissait mille et une façons de louvoyer entre les embûches de coupe-jarrets et divers autres ennuis qu'on rencontrait là-bas à toute occasion et qui donnaient tant d'effroi aux bons bourgeois. Lui, il est habitué depuis bien longtemps à passer comme un petit poisson entre les mailles de ces filets. Néanmoins, la violence et la colère des insurgés, ronds comme des barriques après une bagarre de taverne, puis l'accident, son cocher plongé dans le coma depuis lors, et la conscience douloureuse d'être en partie responsable de ce désastre, lui empoisonnent l'existence plus efficacement que tous les médiocres quolibets de ses opposants politiques.

Il a besoin de prendre l'air. De se reposer quelques heures, d'écouter un peu de musique, de prendre un bain – de se remettre en jambe. Et puis, tout finira par revenir à la normale.

A travers les fenêtres entrouvertes de son bureau, une odeur subtile s'était immiscée, électrique, un peu iodée, plaisante à respirer. Une odeur d'averse ou d'orage, qui l'avait résolu à sortir. L'atmosphère avait été pesante toute la journée, fiévreuse, saturée du grain toxique des fumées du District Manufacturier qu'un mauvais vent marin avait poussées jusqu'au centre-ville. Alors, la pluie, c'était une aubaine, une délivrance.
Il avait envoyé balader son attelle d'un geste trop enthousiaste, elle avait fait un vol plané à travers la pièce et s'était écrasée sans grâce aucune sur le clavier de son piano qui avait protesté d'une voix vibrante et grave. Puis, en s'élançant d'un pas hâtif au milieu des foules d'élèves et de professeurs, trois Prieurs sur les talons, il s'était sauvé et avait laissé tout le Conservatoire en plan derrière lui. Dehors, sous une ondée qui mouchetait le sol de gouttes douces et légères, son escorte avait déployé les parapluies et il avait enfilé son manteau, un sourire jusqu'aux oreilles. C'est un bel ouvrage, que ce manteau qui lui tombe jusqu'au genou, très ajusté en haut et élégamment évasé en bas, comme une fleur qui s'ouvre sur ses jambes galbées dans un pantalon taupe, très près du corps. Il l'avait fait faire sur mesure chez un excellent tailleur, expert en brocart : ses larges manches qui laissent s'épanouir les dentelles de sa chemise autour de ses mains, ainsi que les bordures de sa veste, sont cousues dans une étoffe de soie très riche, tissée de fil d'or. Les motifs entremêlent des camélias, des roses et de papillonnants cyclamens, qui étincellent sur fond de velours vert lichen. Le reste du manteau est en drap de couleur prune et avec son pantalon, il rappelle des tons sylvestres.

Cependant, il avait catégoriquement refusé de s'abriter sous un des parapluies qu'on bousculait autour de sa tête et comme à son habitude, il avait bondi bien en avant, échappé à leur maladroit entourage d'un pas vif et d'une démarche acérée, franchi le premier boulevard. Les Prieurs le poursuivaient avec leur bataillon de petits parapluies. Ils étaient tous très attachants, ses gentils gardes du corps en uniforme de parade, mais dans les moments où il recherchait l'intimité ou la solitude, ils l'encombraient comme un troupeau d'éléphants coincés dans une alcôve.
Peu importe.

Les parcs du District Balnéaire sont splendides à cette période de l'année. Et Eli a toujours aimé les longues promenades dans les jardins, quelle que soit la saison. Il s'y sent toujours comme un môme, probablement parce qu'il n'y avait jamais mis les pieds avant quelque chose comme ses quinze ans – on se lasse vite de la ville en quinze ans, et plus encore des bidonvilles sordides où on jette encore ses pots de chambre par les fenêtres. Alors qu'un jardin... Qu'y a-t-il de plus aimable, de plus délicat et de plus généreux qu'un jardin ? C'est un lieu de beauté, de paix et de curiosité, qui fait le bonheur des sens en jouant artistiquement des parfums, des formes et des couleurs.
Sous la pluie, c'est un enchantement. Elikia respire à pleine poitrine, entièrement accaparé par le plaisir. Ses cheveux sont trempés, désormais, ainsi que ses vêtements, mais il se sent bien, il se sent mieux, et la douleur de son épaule passe presque inaperçue au milieu de la profusion de millepertuis, de lauriers roses, d'hibiscus et d'orangers en fleurs. Il longe un étang aménagé où flottent des nénuphars géants, dont la folle apparence l'ont toujours fait pouffer d'incrédulité. La pluie clapote sur l'eau d'un son feutré et la trouble de mille rides lumineuses, qui s'agrandissent, se chevauchent et se réverbèrent sans fin.

Il n'y a plus personne pour fouler les jolis sentiers du parc, avec ce déluge. Ce sont de larges gouttes qui tombent désormais, comme des torrents de gros sous. Et c'est tout aussi bien. Pas non plus un bruit d'oiseau dans la charmille, si ce n'est quelques grattements et friselis parfois, qui laissent percevoir l'impatience d'une fauvette dans son abri d'infortune. Les Prieurs trottent toujours en retrait, bien à l'abri au moins sous leurs parapluies. On ne les aperçoit pas immédiatement, mais ils sont bien là dans une de ces formations dont ils ont le secret qui leur permet de couvrir autant de périmètre que possible autour de leur impétueux protégé.
Celui-ci précipite soudain ses pas dans un grand escalier qui le mène sur une terrasse en hauteur, qui surplombe les villas du District ainsi que sa maison, tout près, et offre une vue imprenable sur la mer. Une collection de mandariniers en pots est disposée géométriquement sur le dallage en grès, où les petites chaussures cirées d'Elikia claquent avec empressement.

Il s'accoude à la balustrade, avec un immense soupir d'aise. Ses gants sont gorgés d'eau comme des éponges et il les ôte en gloussant d'ivresse, pour les essorer et les ranger dans sa poche. Et puis, il plisse les yeux, derrière les verres mouillés de ses lunettes, intrigué par un mouvement à l'horizon. Ses mains nues se serrent contre la barrière en ferraille et il se mord la lèvre.
Il y a une tempête qui se forme, lourde et menaçante, en mer. Aucun tonnerre ne gronde encore, mais les flots frissonnent d'une terreur sourde et des esquifs de pêcheurs se hâtent de rejoindre le port. Une lueur sinistre, effrayante, inconnue, emplit silencieusement les cieux et illumine la voûte céleste d'un reflet de cuivre, par intervalles. Elikia retient son souffle, les cils plissés, immobile comme un félin à l'affût. Son museau farouche et marbré de bleus, sur la pommette, à la tempe et sur la mâchoire, est levé vers les vastes formes qui remuent mystérieusement là-haut, derrière la brume et les nuages de plomb. C'est comme une étrange créature qui fait rouler ses anneaux de flammes et ses écailles de feu, qui nage, colossale et monstrueuse, dans les flots sombres des cieux et se laisse par instants vaguement entrevoir.
Et tout à coup, le vent de la mer mugit dans sa trompe.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyLun 10 Sep - 21:30

Cette Saison était difficile. La Fête de la Vie s'était transformée en Fête de la Mort, dans l'un des recoins les plus joyeux des terres d'Excelsa. Le Prieuré pleurait quatre des siens, empoisonnés par un ennemi dont on ne savait encore rien. On avait pas pu leur rendre un digne hommage avant plusieurs semaines, temps nécessaire au rapatriement des corps et leur examen humiliant par l'Apothicariat. Ils étaient morts en uniforme, certes, mais pas l'arme à la main. Ils furent lâchement assassinés, sans pouvoir donner leur vie pour la Ville. Otton était navré pour eux.

La Presse s'amusait à parler d'un criminel quelconque qui s'amusait à exécuter ses victimes avec créativité. Le bruit courait qu'il agressait également les prieurs. Lyssia insistait pour apprendre la Magie de la Douleur à son jeune âge et refusait d'entendre raison à ce sujet. Et le Prince Compositeur avait été porté disparu pendant plusieurs heures. On ne lui rapporta les événements qu'après-coup, mais le Premier Prieur n'en était pas moins en colère. Il ne savait pas très bien lui-même contre qui. Elikia Lutyens ? Isabela ? Lui-même ? Ou peut-être les ivrognes qui avaient décidé de provoquer le désordre à l'origine des événements ?

La pluie ne semblait pas se calmer au moins. La Saison de la Forge approchant, un peu de fraîcheur était plus que bienvenue. Le balcon du bureau des Premiers Prieurs donnait sur la mer, dominant la falaise sur laquelle le Fort avait été bâti par Gabriel de Myre lui-même. La double porte était ouverte. Seul un oiseau pourrait attaquer la forteresse de ce côté. Quelques gouttes mouillaient les bottes noires du Prince. Seul avec ses devoirs et ses pensées, Otton Egidio se gratta l'intérieur de la narine droite. Les saisons chaudes ne faisaient jamais du bien à son corps et ses voies respiratoires. Il envoya sa trouvaille dehors d'une pichenette et soupira. Après avoir ajusté le col de sa chemise, puis la veste de son uniforme, il quitta son bureau.

- Frère Anselm, qu'on fasse seller mon cheval.

Le jeune prieur courut devant le Prince, histoire que sa monture soit prête avant qu'il n'ait le temps de descendre dans la cour du Fort. Otton fit un détour par l'une des réserves d'équipement pour y prendre une cape de patrouille. Solide et lourde, faite de cuir teint de rouge et de coton huilé de la même couleur, c'était là la meilleure protection de la pluie qu'on frère pouvait espérer. De toute manière, le trajet qui l'attendait était court et serait certainement rafraîchissant.

Les gardes de la Villa Lutyens ne posèrent aucune question et il ne fournit aucune explication. Il confia son cheval à l'un d'eux et entra, refusant de se séparer de sa cape. Le maître des lieux était dehors, trempé, méditant sous la pluie. Otton prit un parapluie et le rejoignit sur la terrasse, sans se préoccuper de l'intérieur. Il ordonna cependant qu'on fasse chauffer de l'eau pour le Directeur du Conservatoire. Son ton ne souffrait aucune discussion.

Le Prieur déploya le parapluie au-dessus du Compositeur.

- Vous n'allez pas pouvoir me semer, moi.

Pas de salutations. Otton regardait devant lui, partiellement caché par sa capuche dégoulinante. Il laissa le temps passer, prenant de profondes respirations, le moment n'était pas désagréable en soi, mais quelque chose de grave semblait se profiler à l'horizon de cette pluvieuse journée.

- Je propose qu'on rentre. Un café vous fera du bien, votre Altesse. Le Premier Prieur tourna la tête vers son confrère et sourit légèrement. A moins que vous préfériez un bain. Ne m'obligez pas à vous traîner à l'intérieur...

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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyVen 14 Sep - 21:49

Au loin, la mer boursoufle ses flots comme des montagnes sous la face terrible et gémissante du ciel. Tantôt ils s’épanouissent en écumes et en étincelles, tantôt ils n’offrent qu’une surface huileuse et vitreuse, marbrée de taches noires, cuivrées, verdâtres, selon la couleur des bas-fonds sur lesquels ils mugissent. Le souffle suspendu, Elikia demeure figé à sa balustrade, fasciné, subjugué, aspiré par la tempête qui gronde comme un monstre rutilant et affamé à travers la masse obscure et compacte des nuages. Ses yeux se remplissent de la même électricité, de la même noirceur d'encre et bouillonnent avec avidité, pendant qu'un hymne à la fureur explose dans l'atmosphère pour son plus grand bonhomme.
D'abord, les vagissements de l’abîme et ceux du vent sont confondus, et l’instant d’après, il distingue le détaler des courants, le sifflement des récifs, la voix de la lame lointaine. Le vent porte jusqu'au parc des bruits à faire battre le cœur des matelots les plus intrépides, et au milieu de ce fracas, rien n'est aussi alarmant qu’un certain murmure sourd et profond, qui couvre tous les autres, pareil à celui d’un vase qui se remplit.

Au même moment, le regard écarquillé, le jeune Prince gonfle profondément ses poumons de cet air enflammé, comme prêt à se faire frapper lui-même par la foudre. C'est alors qu'un claquement sec retentit au-dessus de sa tête et le fait bondir d'un ou deux centimètres sur ses petites talonnettes.

« AH ! »

Il porte une main à son propre cœur, les oreilles bourdonnantes de terreur, mais en levant la tête, il n'aperçoit nul dragon, nulle gueule garnie de crocs, seulement l'abri d'un parapluie, sur lequel la pluie commence à tambouriner comme on bat la fanfare. Surpris et encore frissonnant de panique, Eli se tourne vers l'intrus qui s'est glissé à ses côtés sans se faire remarquer.

« Oh, c'est vous... Eh bien, encore un peu et hm, vous m'auriez fait peur... »

Ses mains tremblent toujours, tandis qu'il reconnaît le profil dur et anguleux d'Otton Egidio, mais il préférerait sauter du balcon plutôt que de l'avouer. Cet homme est sorti comme un diable de sa boîte, avec son parapluie. Trop absorbé par sa contemplation, Elikia n'avait même pas pris garde à son arrivée à cheval, en contrebas dans la rue, ni à son entrée sur sa propriété alors que la vue sur sa villa et sur sa plage privée, depuis la terrasse du parc, ne souffre d'aucun rempart. Mais à présent, il discerne de l'agitation parmi les gardes à sa porte et la silhouette de Frère Joseph qui tourne en rond en tirant un canasson par la bride, bien embarrassé que la maison ne dispose pas d'écurie. Il fronce des sourcils et offre à son homologue un regard perplexe en ébouriffant d'une main distraite son afro mouillée.
Eh bien, que lui vaut donc tout ce ramdam, tout à coup ?

Le Premier Prieur s'était-il pointé en personne pour lui reprocher les conséquences désastreuses de sa dernière expédition à la Borée... ?
Cette pensée le tétanise quelques instants, tout dégoulinant sous le parapluie d'Otton qu'il fixe comme un animal aux abois. Il est en très mauvaise disposition aujourd'hui pour les leçons de morale : beaucoup de culpabilité, plus encore de fatigue, et peu de patience. Il ne tient en aucune façon à montrer de quelconque faiblesse à cet homme. Hors de question. Ce serait intolérable. Seulement, si cette affaire lamentable devait venir soudain sur le tapis, il ignore encore comment il parviendra à lui tenir tête dignement – il le faudra bien, cependant, car sa fierté lui interdit de lui laisser gagner seulement un cheveu d'emprise sur lui. Les dernières bribes d'émotions que son Empathie avait relevées chez ce Prince très... licencieux, l'ont invité à la plus grande prudence et au détachement le plus calculateur. Il convient de se livrer à lui aussi peu que possible et de réfléchir à chacun de ses coups, s'il veut s'en faire un allié fiable tout en préservant ce qu'il a regagné de respect pour lui-même, depuis les frasques de son adolescence.
Il gardera le contrôle. C'est indispensable.

D'autant plus que le militaire ne tarde pas à lui réassurer l'étendue de son pouvoir en le clouant sur place d'une menace en bonne et due forme, au détour de quelques propositions invasives, mais jusqu'ici attentionnées. Elikia ouvre des yeux ronds.

« Pardon ?? »

Comment ça, « ne m'obligez pas à vous traîner à l'intérieur » ?? Qu'est-ce qui lui passe par la cafetière, à celui-là ? A-t-il seulement le droit de lever la main sur lui ? Et si c'est le cas... non mais vraiment ? Qu'est-ce que c'est encore que ce passe-droit révoltant ? On ne saurait décidément évaluer jusqu'où se déploie la puissance du Premier Prieur ! Bien sûr, même si la loi ne l'y autorisait pas, Otton a assez de stature et de force pour gagner une bagarre contre un petit jeune homme estropié et le plier à n'importe quelle de ses volontés. Elikia frissonne et serre ses bras autour de lui en tiquant légèrement. Son visage reste de marbre, cependant, jusqu'à ce qu'un mince sourire d'incompréhension ne cisèle ses lèvres.
A moins que ce ne soit qu'une plaisanterie... ? Divine Excelsa, faites que ce ne soit qu'une énième maladresse de langage, il n'y a rien au monde qu'il haïrait plus que d'être forcé à quoi que ce soit par une personnalité dont il est censé être l'égal. Il a déjà assez enduré d'individus qui avaient la supériorité sociale pour eux, à l'époque, ce serait trop humiliant de faire un pas en arrière.

Au delà de ces quelques détails, il commence à en avoir plus qu'assez d'être traité comme un petit garçon fragile, écervelé et irresponsable par une bonne partie de son entourage. S'il a envie de s'offrir une promenade sous la pluie, c'est bien son affaire ! En quoi cela va-t-il jusqu'à concerner l'autorité suprême du Fort ? Que Sainte Héléna le pardonne, mais cela prend des proportions franchement exagérées !
Remonté comme un coucou par l'indignation, Elikia se redresse sans plus trembler et en faisant face au grand blond, les bras fermement croisés, il étire son sourire avec toute la courtoisie dont il est capable.

« Écoutez, je suis... flatté des attentions dont vous m'entourez, Frère Otton, mais... je ne suis pas fait de sucre et ne compte pas me dissoudre sous une simple pluie. » Sa voix est calme, le ton amusé, presque léger. Ses yeux pétillent d'un feu secret, entre ses cils charbonneux. « En fait, je suis très bien ici pour le moment, alors ne vous sentez obligé de rien. »

Le message est assez clair, il lui semble. Poli, mais efficace. Il ne perd pas son sourire pendant qu'il couve finalement le Prieur d'un regard d'ensemble. Difficile de déterminer quelles sont ses exactes intentions, en vérité, il se tient toujours campé avec la même discipline ferme et stoïque, et ses pensées conservent cette stabilité irréprochable qui lui a certainement valu d'accéder à de si hautes fonctions. Inamovible comme le Fort sur ses antiques fondations, le Premier Prieur lui tient galamment son parapluie et s'efforce également de sourire. Malgré son autorité déplaisante, son inquiétude semble sincère et son intervention menée par le désir de bien faire. Elikia secoue la tête et le contemple par-dessus ses lunettes avec une moue moitié réprobatrice, moitié conciliante, toujours un peu rieuse, au fond, tandis que son énervement se tasse au fond de son cœur.
Peut-être bien, après tout, que sa déconcertante entrée en matière était vouée à l'humour. Il ne s'était pas montré beaucoup plus habile avec les mots, la fois dernière, au Palais. En tout cas, par indulgence pour lui et par esprit stratégique, il est temps d'adoucir le ton de cette conversation et de lui donner un tour plus agréable. Sa meilleure chance de continuer à faire comme il lui plaît reste encore d'ôter toute envie à Otton de lui faire prendre d'autres chemins.

Alors, ni une, ni deux, le musicien esquisse un pas souple et gracieux pour se rapprocher du militaire, et passe une de ses mains fines, mais abîmées, autour de ce bras solide qui tient leur parapluie commun. Son visage se fait plus lumineux tandis qu'il lui fait face au plus près et le détaille d'une œillade curieuse et enthousiaste.

« Mais je ne vous fausserai pas compagnie pour autant, n'ayez crainte, murmure-t-il, mélodieusement, j'ai trop de plaisir à vous revoir ! Il y avait longtemps... Et cette cape est du plus bel effet sur vous, permettez-moi de vous le dire... »

Il n'est guère besoin de mentir à ce sujet : s'il y a une chose qu'Elikia peut accorder à Otton, c'est qu'il a su tout de même rester très bel bel homme, la quarantaine approchant. Cette cape ajustée à ses larges épaules lui donne un panache auquel il est difficile de rester insensible. Ses doigts se resserrent avec affection autour de son bras, et ses ongles vernis d'or griffonnent sur le tissu rêche de son uniforme. Il aime trouver ce soldat robuste si empressé à son égard, quoi qu'il faille inévitablement l'apprivoiser pour continuer à le fréquenter. Un dompteur averti n'entre pas sans prudence dans l'enclos d'un fauve.
Soudain, un éclair aveuglant crève la chape de nuages au loin et presque aussitôt, un puissant coup de tonnerre ébranle l'océan. Elikia tourne immédiatement la tête vers le spectacle dont Otton l'a détourné et une exaltation sauvage illumine la figure du jeune homme.

« Oh, mais il est vraiment exceptionnel, cet orage ! » s'exclame-t-il avec fougue, en secouant hardiment son poing en l'air.

Il y a là de quoi lui inspirer tout un poème symphonique et faire naître des sonorités jamais entendues d'oreille humaine ! Un essaim d'idées à expérimenter se débat dans son esprit et il tente d'en attraper et d'en fixer une ou deux au passage, priant pour qu'elles lui restent en tête le temps de trouver une plume et une partition pour les noter. La mine intense de concentration et la cervelle grisée de sensations, Elikia se mord les lèvres en scrutant le cataclysme.
Puis, tout à coup, quelque chose lui rappelle la présence du Prince à ses côtés et il reprend une courte inspiration au moment de se retourner vers lui. Il grimace, navré de s'être montré subitement distrait, et s'intéresse de nouveau à son compagnon dont il remarque les yeux rougis et le nez douloureusement irrité.

« Ça n'a pas l'air d'aller fort de votre côté. Vous me feriez quelque allergie respiratoire que cela ne m'étonnerait pas. »

Il reste silencieux quelques secondes, en peignant sur son visage une moue de mère préoccupée. Puis, d'un geste tranquille mais résolu, il attire Otton à lui pour l'entraîner à sa suite tandis qu'il se met en marche. Cela l'ennuie de quitter si vite son formidable panorama, mais il n'est pas barbare au point de laisser les bronches fragiles d'un homme à la merci du pollen des jardins publics. Quant à lui, il le supporte très bien, même par jour de pluie et avec une épaule meurtrie, et au fond, il se sent aussi la fibre revancharde après s'être fait rabrouer comme un môme qui n'est pas rentré à l'heure pour le dîner.

« Bon. Je vais vous offrir un thé, d'accord ? On ne dira pas que j'ai laissé le Premier Prieur tomber malade à ma porte. » Il s'arrête devant les escaliers qui mènent au reste du parc, un sourire malicieux aux lèvres. « Alors voici un compromis : nous prenons encore un peu l'air en suivant ce chemin d'orchidées, là-bas, dont j'ai très envie d'observer la floraison, et puis nous rentrons tranquillement. Après tout, si vous êtes ici, c'est qu'aucun devoir plus important ne vous appelle aujourd'hui, n'est-ce pas ? »

Alors, d'un pas vif, sans souffrir lui non plus de contestation, il emporte avec lui le Premier Prieur, dévale les escaliers quatre à quatre et le conduit sur une promenade sinueuse et fleurie en ricanant très espièglement au fond de lui-même. La pluie clapote agréablement sur leur parapluie et il gonfle ses poumons de son odeur terrestre. Décidément, ce n'est peut-être pas une si mauvaise journée.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyDim 16 Sep - 21:25

- Vous allez être malade, Directeur.

Qui dirait au Premier Prieur qu'il n'avait pas le droit d'assurer la sécurité de qui que ce soit à Excelsa ? Ou, dans un cas extrême, qui aurait la force de pression suffisante pour l'empêcher de le faire ? Enfin, la question ne se posait pas à voix haute, alors inutile d'en débattre.

Elikia avait sursauté, mais la surprise ne l'empêcha pas de parler. Il parlait beaucoup, comme d'habitude.

- Je suis venu m'assurer que vous alliez bien. C'est rare que l'un d'entre nous soit en danger. La patience d'Otton était mise à l'épreuve, mais il fallait faire un effort. Et je vous trouve seul, sous la pluie, trempé. Mettez-vous à ma place.

Aucun des deux hommes ne pouvait vraiment se mettre à la place de l'autre. Malgré un certain nombre de points communs, ils avaient pris des chemins très différents et chacun avait d'autres responsabilités, trop éloignées et obscures pour l'autre.

Suivent des compliments, Elikia redevient charmant et délicat. Bien sûr, Otton ressent la chaleur monter dans son corps. Son esprit a beau être empreint de l'inflexibilité de ceux qui ont la Foi, ses plaisirs favoris le trahissent bien trop souvent. Il reste immobile, maintenant le parapluie au-dessus du Compositeur. Ce dernier se prend d'ailleurs pour l'un de ses propres personnages épiques, criant sous l'orage, le poing en l'air. Oui, le rafraîchissement que la nature leur apporte là est bienvenu et spectaculaire. Pas de quoi se rendre malade cependant.

- Rien d'urgent. Mais puisque je vois que vous êtes en vie et bien portant, je ne risque pas de m'ennuyer, si je pars d'ici.

Inutile de discuter. Il n'est pas non plus en train de vouloir se jeter du haut du pont... Juste une excentricité de plus qui lui coûtera peut-être un détour par l'Hôpital de l'Apothicariat, dans le pire des cas. C'était son problème. Otton ne souhaitait pas s'imposer, maintenant que l'autre Prince était de retour à sa villa (ou à ses environs, au moins) il risquait bien moins.

- Je vous suis.

Peut-être la conversation autour du thé en vaudrait la peine ? En attendant, la beauté des espaces verts déserts et sous la pluie ne laissait pas Otton totalement indifférent. La Ville était belle, même par un temps pareil. Elle se douchait au grand plaisir du Prince qui avait toujours trop chaud. Il inspira plus profondément et emboîta le pas à Elikia, essayant de le suivre avec le parapluie. Sa cape allait encore tenir un moment, avant que l'eau n'attaque son uniforme. Puis les chances qu'il tombe malade étaient extrêmement réduites.

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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyJeu 27 Sep - 0:42

Secrètement, car sa figure n'en trahit rien, Elikia a l'immense soulagement de constater qu'Otton a abandonné son intention de le traîner jusqu'à chez lui pour le Bien de la Ville – si du moins il avait été sérieux sur ce point, ce qui restera un mystère. Malgré toute sa fierté et son éloquence, il n'aurait pas pu lui opposer de résistance assez efficace, surtout en ces circonstances. Or, en dépit de sa mine qui en dit long sur l'exaspération qui lui pèse sur le cœur, le Premier Prieur lui a emboîté le pas avec docilité et son laconisme ordinaire. La main toujours serrée autour de son bras robuste, avançant d'un pas vif à ses côtés dans les escaliers, le jeune compositeur s'y sent plus en sécurité ou plus en contrôle, aussi absurde que cela puisse paraître. Il a l'impression d'être écouté, à peu près, assez en tout cas pour ne plus craindre la menace de cet homme, et pourtant, il y a un trouble encore qu'il ne parvient pas à dissiper.
Le visage fermé, le silence et les yeux froids d'Otton ne l'aident en aucune manière et il est contraint de rester dans l'incertitude. Un fond de colère palpite sous les boutons lustrés de cet uniforme pourpre et quelques sursauts d'agacement les ébranlent parfois, insensiblement, sauf pour Elikia lui-même dont l'Empathie est aux aguets, pareille aux oreilles dressées d'un renard inquiet. Est-ce bien lui qui lui inspire tant d'irritation ? Oh, certes, il avait voulu le remettre à sa place tout à l'heure, mais il ne lui semblait pas pour autant avoir manqué de courtoisie. Quelque chose, cependant, déplaît au militaire, comme tant de détails qu'une personnalité excessive comme celle d'Eli sait en produire pour importuner le monde. Son exubérance, tout ce diable au corps qui l'empêche de rester en place plus d'une poignée de secondes, son optimisme, son entêtement, sa rétivité, son indépendance, son émerveillement, enfin, pour les lieux communs et les futilités que sont les jardins fleuris, les promenades sous la pluie, les tempêtes en haute-mer et mille et unes petites broutilles de l'existence.

Il a l'habitude de ne pas faire l'unanimité, c'est certain, mais voilà, ici tout particulièrement, cela le chagrine. D'abord, bien sûr, parce qu'il a besoin de lui plaire, à Otton, quoique ce ne soit pas à n'importe quel prix. Personne ne peut se permettre de se mettre à dos l'autorité exécutive et judiciaire de la Ville, et Elikia ne manque pas à ce point de jugeote. Mais d'un point de vue plus personnel, il est toujours fâcheux de devoir se mettre devant le fait accompli qu'on ne vous aime pas. Déjà, c'est un coup à la fierté, et ensuite, pourquoi ? Ils n'ont même pas encore pris la peine de se connaître.
Cela n'avait évidemment pas empêché le jeune homme de tirer un certain nombre de jugements sur son homologue, il n'est pas de ces sceptiques frileux de se faire des opinions. Pour sa part, il avait trouvé Otton peu sensible, parfois jusqu'à la brusquerie, ignorant, grandiloquent et frappé de cet aveuglement religieux qui consiste à acquiescer à tout sans méditer plus loin que ses cinq Préceptes. Oh, et puis, depuis qu'il avait mis son grain de sel dans ses affaires, il ne pouvait plus faire un pas hors du Palais sans avoir ses sbires sur les talons jusqu'à la porte des latrines – dire qu'il l'éprouvait comme une atteinte à sa liberté et à son intimité allongeait la liste de ses griefs. Tout compte fait, il est manifeste qu'il ne le porte pas non plus tout à fait dans son cœur. Mais il le connaît si mal, en vérité...
Et en apprenant à le fréquenter, son sentiment changerait peut-être. Si d'apparence, tout semble les opposer, il a également eu des élans de sympathie pour cet homme aux sourires rares mais honnêtes, aux attentions sincères et à l'humilité touchante qui parfois lui rappelle l'âme d'un personnage de roman ou d'opéra. Tout à l'heure, il a même cru percevoir un peu de détresse dans ses yeux gris, quand il l'avait imploré de se mettre à sa place, et cela n'avait pas manqué d'éveiller à nouveau la compassion d'Elikia. Il savait bien qu'Otton n'avait pas la vie facile ces derniers temps, et il lui rajoutait du souci sans vergogne. Cela, c'est vrai, sa mésaventure à la Borée avait dû causer bien des angoisses au Premier Prieur, et le jeune homme se reproche assez d'avoir manqué de vigilance ce soir-là pour ne pas baisser la tête honteusement, en suivant le chemin des orchidées.

L'inquiétude de son compagnon, il la comprend et la respecte. Alors, tandis qu'il pose son autre main sur leurs deux bras enlacés, avec douceur, il décide de se montrer moins espiègle à son égard et lui offre une mine plus soucieuse.

« Pardonnez-moi, murmure-t-il, je ne voulais pas vous offenser. »

Un soupir lui échappe et il a le regret de se sentir moins léger tout à coup, comme chaque fois qu'il retombe entre les griffes de la culpabilité – cette sale bête. Il a l'air plus fatigué, momentanément, plus pâle à mesure qu'il laisse errer son regard dans les parterres fleuris sans en admirer le détail. La douleur de son épaule irradie à nouveau, maintenant que plus rien ne le distrait des souvenirs oppressants de cette nuit-là : l'émeute, l'accident, la longue agonie de son cocher. Un silence grave et gêné pèse entre Otton et lui.
Enfin, au bout d'une bonne paire de minutes, Elikia papillonne des cils et gonfle puissamment sa poitrine pour reprendre contenance. Il se concentre sur l'odeur de la pluie, le lointain bruit de l'orage et le chahut des oiseaux dans les feuillages. Son enthousiasme est un peu redescendu, mais il retrouve peu à peu de la curiosité pour le parfum capiteux des orchidées, l'éclat extravagant de leurs coloris et leurs formes élégantes et invraisemblables qui supportent le poids de l'averse. Elles sont attirantes comme des sirènes, mortelles comme des poisons – charmé par cette pensée, le compositeur esquisse un sourire discret. Les jardins ont sur lui un pouvoir mystérieux qui l'invite à l'admiration et à la joie. Il se laisse persuader par la magie des lieux et en observant Otton du coin de l’œil, projette de lui faire goûter lui aussi à un peu d'allégresse.

« C'est aimable à vous d'être venu aux nouvelles. » ajoute-t-il, enfin, d'un ton plus clair, tandis que son sourire se fait mutin. « Enfin, vous savez comme moi que lorsqu'on a survécu aux pestilences de Domus, il n'y a plus grand chose qui puisse nous abattre. A part une allergie à l'air propre, peut-être, plaisante-t-il d'une voix douce. Je m'inquiéterais davantage de retrouver la Princesse Ibihn paralysée par la rouille sur sa propre prothèse, si j'étais vous. » Il soulève un sourcil, surpris par sa propre audace, et se retient de pouffer en tournant la tête vers Otton. Il grimace, la mine encore marquée par un rire à peine éclos. « Mhhh, elle était peut-être un peu rude, celle-là, désolé... »

Non, vraiment, se moquer des handicapés, ce n'est pas de très bon goût. Il se mord les lèvres en roulant des yeux vers des massifs de lauriers roses. Ce n'est pas forcément facile de détendre l'atmosphère : la plupart du temps, on fait sur le vif, selon les ressources de notre fantaisie. S'il faut être honnête, il y a quelque chose au fond d'Elikia qui trouve hilarante l'image de cette vieille femme acariâtre, si rigide et monolithique qu'on doit la faire rouler pour la sortir du lit, les matins de grande humidité. Mais, tout de même, c'est mal, il ne devrait pas se figurer des choses pareilles, n'est-ce pas ?
Sauf, à la rigueur, si cela doit faire rire Otton – cette noble quête, cet important défi autorise évidemment l'emploi des grands moyens.

Leur promenade bucolique se poursuit tranquillement, néanmoins, et le jeune compositeur s'emploie à la fois à informer le Prieur inquiet de son état et à le rassurer d'un ton calme :

« Je vais assez bien, malgré tout. Mon épaule est fragilisée et douloureuse, ce qui occasionne un peu de fatigue, mais... eh bien, considérant qu'elle est dans un état déplorable depuis mon accident à l'usine, cela n'a rien d'extraordinaire. Elle s'en remettra à sa façon. Comme toujours. »

Ce genre de confidence est rare de la bouche d'Elikia, tout comme il est insolite de pouvoir contempler ses mains labourées de cicatrices, qui tiennent toujours gracieusement le bras d'Otton. Mais enfin, quitte à tenter de faire connaissance aujourd'hui, il n'a de toute façon rien à cacher de son passé d'ouvrier à ce confrère en particulier. Il tire un petit sourire d'autodérision complice, en même temps qu'il lui destine un clin d’œil.

« En attendant, c'est très appréciable de pouvoir compter sur un homme solide comme vous quand j'ai besoin d'une canne de vieillesse ! »

Et dire qu'il se drapait dans sa dignité, une saison plus tôt, quand Catherina se gaussait de sa constitution et lui faisait remarquer qu'il ne tenait parfois même pas sur ses jambes. Comme il les hait, ces moments de vulnérabilité, où son corps lui rappelle qu'on ne peut pas passer plus de la moitié d'une vie à patauger dans la misère sans en payer le prix. Il a survécu à bien des maladies et ne craint certes plus d'attraper un rhume sous une petite pluie, mais ses os, eux, ne l'entendent pas de cette oreille. Sans parler de l'arthrose qui menace déjà d'attaquer son épaule – qui sait combien de temps encore il exercerait son art, avant de ne plus pouvoir lever le bras ? Et il trouvait la foi de tourner Hanae au ridicule.
Ravalant sa salive avec amertume, il s'efforce de chasser cette idée de son esprit, ou en tout cas d'en rire, plutôt que d'en pleurer, et lève un air préoccupé vers son voisin.

« Ceci dit, je m'en voudrais de vous retenir à mes côtés, si vous souhaitez être ailleurs, prononce-t-il, avec beaucoup de précaution. La pluie et la fraîcheur me soulagent, mais je peux concevoir qu'il ne soit pas au goût de tout le monde de flâner dans un jardin par ce temps... Qu'y a-t-il qui sache vous distraire ou vous remonter le moral, lorsque vous avez du tracas, vous ? »

Il lui sourit largement, cette fois, avec un intérêt entier et une pure sincérité. Une éventuelle amitié, après tout, exige que l'un d'entre eux fasse un premier pas.
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyMer 17 Oct - 20:18

Elikia rattrapait plutôt bien le coup, même si Otton n'écoutait qu'à moitié. Qu'y avait-il à dire ? Le Premier Maître du Conservatoire avait toujours quelque chose en stock, bien sûr. De ces deux hommes, le Premier Prieur serait toujours le plus taciturne.

Les plaisanteries suivirent les excuses. Sans être déplaisantes, elles n'amusaient pas autant qu'elles le pourraient. Ils venaient du même endroit, mais ils étaient loin de se ressembler. Domus n'avait pas forgé le corps et la volonté du prieur. Ca, il le devait au Prieuré, à la Ville. Et la Princesse Rectrice était certainement assez prévoyante pour que sa jambe ne rouille pas... Enfin, Otton voit tout cela comme une main tendue et ne peut ignorer qu'Elikia fait de son mieux, à sa façon, comme son épaule. Les prieurs n'entendaient pas souvent le mot "fragilisée" mais il saisit l'idée.

- Arrêtez de parler comme un vieil homme. Même Hanae ne se plaint pas autant.

La Princesse était certainement la doyenne du Conseil mais aussi celle qui laissait le moins paraître ses défauts physiques. La faiblesse dans son milieu aurait pu se solder pour elle de la même façon que pour son ancien concurrent à ce poste : par un affreux accident.

Le guerrier ne pouvait rester grognon trop longtemps. Le compositeur avait beau être pénible, il était aussi plus jeune et autrement idéaliste. Puis, comme tant d'artistes, il avait ce penchant pour le dramatique... Vraiment, cette balade sous la pluie était-elle nécessaire ? Otton, elle le rafraîchissait. Mais Elikia cherchait certainement davantage la contemplation poétique et la solitude que quoique ce soit. Et certainement pas la bonne santé.

- Je serais ailleurs, si je le souhaitais, vous ne pensez pas ? Il sourit légèrement. - Et il faut reconnaître que l'air est enfin devenu respirable. Pendant la Forge, même en haut, il n'y a pas assez de vent à mon goût.

Il fit un geste en direction du Fort qui dominait la Ville du haut de sa falaise. Bien sûr, la partie souterraine, creusée dans la roche, de ses installations demeurait fraîche toute l'année. Mais le bureau du Premier Prieur ainsi que d'autres salles où il passait du temps étaient bien exposés aux rayons du soleil. Et la Saison actuelle portait fort bien son nom... Sauf aujourd'hui. Les agriculteurs seront sans doute reconnaissants pour toute cette eau...

La question d'Elikia, même posée de façon aussi cordiale, appelle une réponse simple.

- L'entraînement... Et la prière.

On pouvait aussi y ajouter le sexe, l'alcool et, éventuellement, le sucre, même si ce dernier était moins bien classé. Les prieurs devaient avant tout trouver du réconfort dans leur travail. L'exercice physique perfectionnait le corps et l'épuisait assez pour qu'il n'ait pas à subir de tracas. La méditation et la prière permettaient de renforcer l'esprit et d'endurer plus de souffrances pour la Ville.

Ses occupations ou hobbies moins nobles étaient-ils à mentionner ? L'autre Prince était déjà au courant au moins pour la Maison des Sélénites... Alors il devait se douter qu'Otton n'y buvait pas que de l'eau. Il était beaucoup moins conscient de sa propre réputation concernant ses penchants pour la chair. Mais devaient-ils en parler en ce moment ? Tant il appréciait la fraîcheur, tant l'eau ruisselant sur sa cape lui pesait, même s'il était globalement sec en-dessous.

- Se focaliser sur son devoir aide généralement. Et l'exercice physique permet de se libérer des tensions ou de colères. Après, si le service le permet, je n'hésites pas à sortir du Fort pour prendre un verre ou deux.

Le fait qu'il ait un amant pratiquement attitré à L'Octo pouvait être passé sous silence. Tout comme le fait que, dans les moments durs, le Maître Artificier du Prieuré était également d'un grand secours. Mais ça, c'était privé.

Le Premier Prieur continua de suivre son collègue jusqu'à ce que celui-ci finisse ses enfantillages et décide de rentrer pour se réchauffer.

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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyLun 12 Nov - 22:45

Cette fois-ci, le ton réprobateur d'Otton suit une modulation infime qui autorise Elikia à croire que son reproche de bougon est bien une plaisanterie. Aussitôt, ses réflexes de comédien sautent sur l'occasion et le garçon se compose une mine faussement outrée en levant les yeux vers son compagnon. L'exagération de ses traits ne doit pas faire illusion bien longtemps, aussi il laisse monter un grand éclat de rire dans sa gorge et se marre à pleine voix. En même temps, il prend le Prieur par surprise en lui flanquant un coup dans le bras, de son épaule valide, pour le pousser sur le côté avec entrain.

« Mais je ne me plains pas, s'exclame-t-il en s'esclaffant encore, j'essaie de vous rassurer, espèce de goujat ! C'était bien la peine de me faire ces yeux de chien de battu... ! »

Il secoue encore la tête, incrédule. Ce grognon s'est vraiment rétracté à la vitesse de la lumière. Ah, ces gens qui s'affolent d'être pris sur le fait lorsqu'ils éprouvent une émotion quelconque, même s'agissant d'une inquiétude sincère ! C'est bien un complexe de militaire que celui-là. Mais il est déjà trop tard pour ce masque de marbre que ce cher homme s'efforce de revêtir en toute circonstance : une seule petite fissure a suffi à Elikia pour voir en travers. Toujours appuyé à son bras, il y pianote du bout des doigts, savourant comme un triomphe l'idée que le soldat semble spécialement tenir à lui, même s'il ignore exactement pourquoi.
Il est rassurant aussi de savoir qu'Otton partage son plaisir pour cette ballade au milieu de la végétation apprivoisée d'un jardin public. C'est une joie simple qui, même pour un intellectuel survolté, invite à l'apaisement de l'esprit. Après tout, Elikia n'est pas un spécialiste de l'art délicat du paysage, de ses règles et de ses symboliques complexes – il n'est qu'un dilettante avide de connaissances nouvelles lorsqu'il accompagne Maître Arbogast au cœur des aménagements les plus grandioses, les plus inventifs et les plus riches d'interprétations de la Ville. En attendant, quand il s'y promène seul, c'est moins l'enthousiasme intellectuel qui le cueille qu'une joie purement hédoniste. A la belle saison, les jardins offrent de divines orgies pour les sens, où chaque perception, même infime, est comme une fête délicieuse à l'intérieur d'une fête. Elikia les collectionne avec avidité, les sensations, et les chérie toutes dès qu'elles lui inspirent du plaisir. Sa curiosité naturelle, qui s'apparente parfois à une sorte de folie douce, le mène même à explorer les désagréments les plus vifs – le froid, la chaleur torride, l'épuisement physique extrême, voire certaines douleurs bénignes – pour savoir ce que cela fait et se souvenir qu'il les a expérimentés. Car dans le mal aussi, les sens expriment la singularité et l'infinie multiplicité du monde dans lequel on vit – et par lesquelles on sent qu'on y vit.

Mais aujourd'hui, il n'est question que de plaisir. Pas vraiment de santé, certes, c'est pourquoi l'idée peut sembler douteuse à Otton, mais pas tellement de contemplation poétique non plus. Ce qu'Elikia recherche dans les jardins comme dans les bras accueillants d'un amant (quoique dans une mesure différente), c'est l'abandon et le bonheur. Ses nerfs l'en remercient d'ailleurs, car passer des journées entières à porter des responsabilités énormes, à rester sur le qui-vive pour saisir chaque opportunité, à planifier, inventer, rationaliser, compter, maîtriser... ce serait une tâche impossible sans se permettre des relâchements de ce genre.
Difficile de dire si le Premier Prieur défendrait également cette opinion, même en connaissant son penchant pour les affaires érotiques. On peut aimer le sexe pour bien des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec le plaisir.

En tout cas, Elikia écoute sa réponse avec attention – et peu d'étonnement, il faut en convenir. Otton n'a visiblement pas la prétention de le surprendre, ce sont les paroles qu'on attend du guide spirituel d'Excelsa, rien de plus. Il en respecte l'humilité, la tempérance et la discipline, évidemment, et il y trouve d'admirables conseils, mais il sait aussi son propre esprit trop impétueux, trop inquiet et trop remuant pour être en mesure de se plier à une existence de pareille austérité.
Car c'est un quotidien d'une rigueur absolue, même dans les moments difficiles, que ce soldat irréprochable lui dépeint. Le jeune compositeur en vient presque à lui envier cette parfaite discipline de l'âme dont il semble maître. Sur ses lèvres se dessine une petite moue à la fois pensive et boudeuse.

« A croire que vous destinez votre vie entière à constituer un modèle de vertu pour vos concitoyens... » murmure-t-il.

Et puis un éclat mutin s'allume soudain dans le noir de ses yeux et il sourit très subtilement. Et s'il parvenait à sortir Otton de son train-train mécanique de petit engrenage, que se passerait-il... ? Elikia, encore une fois, adore mener toute sorte d'expériences, même les plus improbables. C'est en particulier ce pourquoi il est connu et respecté dans le monde artistique, et qu'il mène si bien sa barque en société.
Inspiré par un désir joueur, il penche doucement la tête vers son compagnon, levant le menton et battant des cils avec lenteur pour attirer son regard bleu dans le sien.

« Je dois dire que ce professionnalisme à toute épreuve vous rend un brin mystérieux, Prince Egidio – sans doute bien malgré vous. Quel homme se cache-t-il donc sous la carapace de vos fonctions et de votre conduite exemplaire... ? » Il se mordille la lèvre, caressant au passage la manche d'uniforme qui lui est offerte. « J'aimerais bien le savoir. C'est très mal de tenter un garçon curieux comme moi par son vice, vous savez. »

Il ignore quel effet causera sa petite provocation mais son imagination s'empare déjà du sujet et il s'en amuse beaucoup.

L’œil vif et malin, il se tourne par hasard vers un superbe parterre de glaïeuls et immédiatement, il y voit l'occasion de commettre un de ces mauvais coups dont il a le secret. Il se détache doucement du bras d'Otton et s'approche de ces gerbes de fleurs qui jaillissent de la verdure comme de grands oriflammes, tout en laissant fléchir leurs glaives avec un abandon royal sous les intempéries. Leurs feuilles pointues leur ont valu cette métaphore si évocatrice qu'elles portent jusque dans leur nom et qui rappelle providentiellement à Elikia un certain symbole du Prieuré. Après un instant de réflexion où il se tapote les lèvres du bout des doigts et où il inspecte furtivement la silhouette du Prince, derrière lui, il tend la main et détache délicatement de ses congénères une fleur assez petite, couleur corail. Puis, levant son nez en l'air avec entrain, il repère plus loin un parterre luxuriant où se démarquent les inflorescences curieuses des célosies dont l'aspect rappelle quelques crêtes de coq, cousues dans un velours épais. Sans craindre d'être houspillé pour sa conduite d'enfant turbulent, il bondit audacieusement sur une planche de bois qui sert de pont de pacotille aux jardiniers, entre leurs délicieuses plantations, et cavale dans le gazon mouillé jusqu'aux plantes qui l'intéressent.
Il en cueille quelques plumes rouge vif et les associe avec son petit glaïeul, en réfléchissant en même temps à la meilleure façon de donner du contraste à sa composition. Derrière ses verres mouchetés d'eau, il remarque très bientôt un buisson de pivoines alanguies qui le percute de surprise et de contentement. Un léger gloussement lui échappe et il s'élance en avant pour rechercher parmi ses grosses fleurs parfumées un bouton timidement éclos, dont la taille ne choquera pas au milieu de son minuscule bouquet. Il casse une tige très précautionneusement et contemple son œuvre entre ses doigts. Les pétales blancs ornés de liserés rouges de la pivoine complètent les couleurs chaudes du glaïeul et de la célosie dans un élégant camaïeu qui le ravit et lui donne même une entière satisfaction.

D'un pas allègre, mais plus tranquille, il revient vers Otton, se mordant les lèvres, très concentré sur l'assemblage de ses brins fragiles. Il emprunte le même pont glissant que tout à l'heure, sans faillir, en équilibre sur ses chaussures à talonnettes maculées de boue. (L'exercice, de loin, peut sembler périlleux, mais le jeune homme s'essaie encore régulièrement à de plus folles acrobaties en talons aiguilles – alors autant dire qu'il s'en tire avec plus de grâce que de maladresse.)
Retrouvant l'abri de leur parapluie, ainsi que de la stature imposante du Premier Prieur, il lui décoche un sourire très fin. Arrêté au milieu du chemin, il se permet sans ambages de tirer la lourde cape de son compagnon sur le côté pour admirer son impeccable uniforme écarlate brodé d'or. En l'absence de boutonnière où fixer ses fleurs, il choisit de les disposer dans une petite pochette destinée à un mouchoir, sur sa poitrine. Bien sûr, il néglige avec sa légèreté habituelle de demander la permission et se concentre plutôt sur sa tâche, emmêlant le glaïeul et la pivoine et les rehaussant au milieu avec les brins de la célosie. C'est du meilleur effet sur le tissu écarlate et il s'en félicite chaudement, tout en levant des regards joueurs vers Otton et en soufflant quelques paroles d'une voix secrète :

« En attendant, nous sommes entre nous, vous pouvez vous laisser aller. Si un mot que vous n'auriez jamais prononcé au cours d'un prêche devait vous échapper... je le garderais pour moi. C'est promis. »

Il lui lance un léger clin d’œil, en retenant un rire derrière ses lèvres réjouies. Lorsque ses doigts finissent de manipuler les fleurs contre le cœur du Premier Prieur, il contemple le résultat en gardant sa cape entrouverte et en prenant une légère distance d'un pas en arrière. Il prend une profonde inspiration, le visage rayonnant, et interroge Otton d'un battement de cils amusé.
Bien sûr, il ne connaît certainement rien au langage des fleurs, le pauvre chéri, mais il suffit au bonheur d'Elikia de comprendre seul toute la signification de son geste. D'ailleurs, s'il venait à l'esprit du grand blond de le questionner à ce sujet, la tendresse espiègle du jeune compositeur le mettrait sûrement dans l'embarras. Non, il est tout de même beaucoup plus amusant de le voir arborer ces symboles en ignorant innocemment leur message.
Le glaïeul, sans surprise, renvoie à la force du soldat, à son panache et son héroïsme, mais associé à la pivoine qui parle de pudeur, de modestie, de timidité même, il brosse un portrait plus gauche (mais aussi plus touchant) de son porteur. Quant à la célosie, triomphante au milieu des deux autres fleurs, elle encourage le Prieur à faire preuve de plus d'audace et d'abandonner pour le moment sa rigidité protocolaire. C'est comme un charme que le cabaliste a déposé sur la personne d'Otton et il espère presque, du fond de son âme romanesque, qu'il agira bel et bien et rendra cette sage conversation plus piquante.
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyMer 21 Nov - 9:35

La provenance de la bonne humeur d’Elikia Lutyens était un mystère. Otton n’avait pas l’impression de faire des yeux de chien battu et n’était pas certains qu’ils soient tous les deux assez intimes pour se faire traiter de goujat, combien même le ton de la conversation soit léger. Il fallait cependant assumer ses propres choix et le Premier Maître du Conservatoire en était un.

Le murmure du Compositeur lui échappa, emporté par le battement régulier des gouttes de pluie, mais le Prieur entendit la suite. Et, surtout, il eut le temps de voir le léger geste d’Elikia… Même s’il s’efforçait de faire de son mieux pour ne pas couvrir la Ville de honte ou de ne pas laisser ses vices influer sur ses choix politiques et professionnels, Otton devait reconnaître qu’il s’était sans doute laissé emporter à certains moments. Il ne pouvait honnêtement affirmer que son vote n’avait pas du tout été influencé par le physique de son interlocuteur. De même, il était impossible de croire que l’artiste soit assez ignorant, sourd ou aveugle pour ne pas avoir au moins entendu parler de ce que le Premier Prieur faisait de son temps libre. Le secret n’en était pas un. Pas pour les hautes sphères en tout cas.

- J’ai décidé de dédier ma vie à la Ville. Ce n’est pas mystérieux, c’est ma vocation et mon métier. C’est ce qui importe le plus. On ne devenait pas prieur pour faire fortune et les chances d’être célèbre étaient minces. Sans oublier l’entraînement draconien qu’il fallait subir même pour patrouiller dans les rues. Si la flamme de la foi ne brûlait pas au fond de votre coeur, vous ne choisissiez pas cette voix. En-dessous, il y a un homme imparfait mais persévérant, comme pour nous tous.

C’était là toute la simplicité de ce que le Prieuré demandait aux siens. Servir et se perfectionner sans cesse afin de pouvoir encore mieux servir.

La décoration florale dont le prieur se retrouva victime n’était pas déplaisante. Il appréciait davantage le fait que le jeune homme veuille à ce point interagir avec lui plutôt que les fleurs elles-mêmes. La signification des différentes couleurs et espèces lui passa complètement au-dessus de la tête. Les gouttes d’eau sur les lunettes d’Elikia, et la pluie en général, n’aidaient pas nécessairement à y voir plus clair dans cette situation. Mais assez de gens avaient déjà fait des avances au Premier Prieur et il en fit sa bonne part également.

- On dirait que vous attendez une confession, votre altesse. Il s’en rapprocha, la main sur son épaule. Vous espérez entendre des mots que vous allez pouvoir garder secrets… Mais qu’en est-il des gestes ?

De l’épaule, la main glissa vers le dos, puis la nuque. Le regard d’Otton se verrouilla sur celui d’Elikia, avant de rapprocher le cadet des Princes de lui. Cette fois, leurs visages se touchaient presque. S’il le voulait, Elikia pouvait toujours glisser hors de la poigne du prieur. S’il le voulait.

Savourant ce moment de proximité, d’isolation du reste de la Ville et du Monde, le Premier Prieur attendit le moindre signe en faveur de ce qui allait suivre. Un baiser sous la pluie, c’est poétique, n’est-ce pas ? Les artistes devraient apprécier… A moins que le souhait d’Elikia ne soit justement de faire durer les choses et de se séparer à nouveau ?  Même si ça pouvait rendre les choses plus intéressantes, Otton Egidio avait décidé qu’ils avaient assez fait durer leurs petits jeux et leurs conversations futiles. Sa main guida la tête d’Elikia, lui offrant un soutien ferme et attentionné, protecteur, alors qu’il l’embrassait avec force. Lorsque leurs bouches se séparèrent enfin, Otton mordilla la lèvre inférieure d’Elikia, considérant un bref instant de lui laisser une petite cicatrice en souvenir… Mais finit par se résigner à rester dans les limites de la courtoisie.

Il sourit.

- Je comprends que je peux compter sur votre silence, Altesse ?

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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyJeu 22 Nov - 23:33

C'est arrivé plus rapidement qu'il ne l'avait prévu. A vrai dire, il ne pensait pas que quelques fleurs et une invitation à se détendre auraient produit un effet si considérable et si immédiat. Ils avaient à peine survolé une conversation cordiale et Elikia n'avait qu'introduit facétieusement un moment de badinage qu'Otton était déjà tout autour de lui, immense et presque intimidant malgré toute la précaution dont ses gestes sont enrobés. Ses grandes mains ont glissé dans son dos, autour de sa nuque, son souffle chaud s'écoule sur son visage, son regard d'aigle, barré d'une fine cicatrice, s'est ancré profondément dans le sien.
C'est rapide. Trop rapide. Ce n'était pas calculé pour être si rapide.
Elikia respire un peu fort. La panique cogne douloureusement dans sa poitrine, elle répand un poison paralysant dans ses veines et pulse contre ses tempes. Il sent qu'il pourrait échapper facilement à l'étreinte du Prieur : ses bras sont forts, mais encore assez souples et coulants, comme s'il voulait s'assurer que le jeune homme consente à cette intrusion soudaine dans ses frontières personnelles. Alors pourquoi le prendre ainsi au dépourvu ? Pourquoi n'avoir pas fourni un seul signe avant-coureur avant d'en arriver là ? Sidéré, Elikia est comme spectateur de la léthargie qui s'empare de son corps et du geste inexplicable qu'Otton s'apprête à accomplir. Il ignore tout à fait comment réagir, et le temps de réfléchir à la question, c'est déjà trop tard. Qu'aurait-il pu faire de toute façon ? S'arracher aux bras du Premier Prieur, vraiment ? Risquer de flanquer par terre tous ses efforts pour s'en rapprocher et obtenir son soutien au Conseil ? Ni Hanae Ibihn, ni Thalia Morlone n'accepteraient d'écouter ce qu'il a à dire sans l'appui de cet homme ! Il n'est à leurs yeux qu'un stupide petit pantin arriviste. Sa seule chance réside en Otton, il le sait – pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'il le désire ? C'est le seul sentiment qui irradie de ses lèvres quand elles se pressent sur les siennes, écrasant peut-être tous les autres au passage.

Faut-il lui donner ce qu'il veut ?

Trop tard.
La question résonne encore dans les enchevêtrements tortueux et fébriles de sa cervelle, tandis que le grand blond approfondit leur baiser. Il n'y a pas de réponse.
La mécanique inintelligente de la chair succède à l'incompréhension et à la stupeur et le visage d'Elikia s'embrase. Son cœur s'écrase violemment contre ses côtes, comme un animal affolé qui voudrait défoncer la grille de sa cage. Il enrage de sentir cette étincelle imbécile et mille fois maudite s'animer au fond de son ventre, alors que l'odeur musquée de son envahissant compagnon l'enveloppe inexorablement. Il enrage aussi, de toutes ses forces, de s'être fait voler l'initiative alors qu'il était le mieux engagé des deux dans une démarche de séduction ! C'est si injuste !
Et cependant, il se laisse faire sans broncher. Sa nuque est souple, elle se laisse manipuler sagement, et sa bouche s'offre langoureusement à l'envie du soldat. Mais pendant ce temps, sa main, toujours accrochée à sa cape, tremble et se crispe de fureur jusqu'à faire blanchir ses phalanges. Son échine frémit lorsqu'en relâchant ses lèvres, les dents d'Otton cisaillent précautionneusement leur pulpe. S'il avait été plus loin, cela aurait été sans doute au-delà de ce qu'Elikia peut tolérer.

Mais tout s'arrête, finalement. Il échoue, comme assommé ou ivre, entre les bras du Prieur et pose son menton sur son épaule. Quelques secondes passent. Les mots de l'homme lui parviennent confusément, chevauchant quelques calmes et profondes vibrations dans sa gorge. Il perçoit leur écho dans le coffre de sa poitrine. Sa respiration s'apaise peu à peu. Son esprit s'éveille à nouveau et range chaque information bien à sa place, il compartimente, analyse, planifie. Les rougeurs de son visage s'estompent doucement, il réprime tout autre frisson qui voudrait bien galoper le long de ses muscles et lui causer un coup de sang indésirable. Il relève lentement la tête et croise le regard bleu d'Otton.

« Mon silence, mh... ? » souffle-t-il d'une voix veloutée, tout au bord de son oreille. Ses cils noirs se plissent félinement derrière la buée tremblante qui se forme sur les verres de ses lunettes. Un sourire matois serpente sur ses lèvres, tandis qu'il enlace la nuque puissante de l'homme et qu'il fait remonter ses doigts dans ses cheveux humides, avec lesquels il joue paresseusement. Il poursuit, mélodieusement, en feignant l'innocence : « Parce que... Les gens pourraient penser que vous ne m'avez élu que pour satisfaire vos sombres penchants... ? A vrai dire, dès la fin de notre premier entretien, je me le suis demandé aussi... »

Il ne semble pas s'effaroucher de cette conclusion honteuse qui délégitime pourtant considérablement son arrivée au pouvoir. Il le considère, simplement, et pourrait donner l'illusion au si vertueux Premier Prieur qu'il se complaît dans cette position comme un ingénu un peu coquin. Les yeux luisants, il se mord lui-même la lèvre avec langueur, là où les dents d'Otton avaient hésité à laisser une trace. Sa deuxième main s'est posée tout contre cette large poitrine, sur la poche où sont délicatement rangées un glaïeul, une pivoine et une célosie. Il lève la tête et sa bouche aventureuse suit la ligne de sa mâchoire, effleurant à peine sa peau glabre, un peu rêche, et coulant quelques soupirs tranquilles dans son cou. Il fait mine d'y déposer un baiser, observant chacun des frissons qui anime l'épiderme du Prince avec une venimeuse satisfaction. Sa langue pointe à peine entre ses lèvres qu'il se ravise et redresse sa nuque, puis hausse son menton, en prenant un air fier et ouvertement moqueur.

« Mais je crains que vous ne sachiez pas dans quoi vous vous engagez. »

Sa main posée sur la poitrine du Prieur le repousse avec une entière volonté et la plus ferme des intransigeances. Il se retrouve de nouveau sous la petite pluie fine qui continue cependant de tambouriner sur le parapluie de son compagnon. Oh, non, il ne sait pas dans quoi il s'engage. Le flirt, c'est une chose, on peut s'amuser et se taquiner tant qu'on le souhaite et ne pas se soucier des conséquences. On ne se fait pas de promesse, on ne se considère obligé de rien, en temps normal, dans le flirt. C'est un plaisir gratuit dont Elikia aime singulièrement profiter.

Toutefois, quand on signe par exemple d'un baiser l'envie d'aller plus loin, les règles changent et celles du jeune homme prévoient qu'une fois admis dans son intimité, aucun de ses partenaires ne peut avoir d'ascendant sur lui ou prétendre un jour qu'il leur est acquis. Oh, ça, non ! Il en a fini avec cette époque où il fallait se résigner docilement à répondre au désir du plus offrant. Quand il est maintenant question de sexe, il ne céderait pas même les rênes au plus attentionné, au plus protecteur, au plus vaillant ou au plus séduisant des hommes qui pourrait rêver de le mettre dans son lit. Il avait développé un goût prononcé pour des affrontements de draps froissés face à des amants puissants ou à d'alléchants modèles de virilité. Ces gens-là, évidemment, ne se laissent pas facilement soumettre, ce n'est pas dans leur nature. Mais au fond, qu'importe. Le jeune Elikia se délecte autant du triomphe que de la conquête.
On peut croire qu'à l'instar de ses autres ambitions, c'est vanité pour un môme taillé comme un moustique de vouloir bâtir un empire absolu dans son lit. Mais malgré les apparences, ce drôle de petit bonhomme-là est un impitoyable guérillero. Il a ses propres stratégies et des faits d'armes plus discrets que ceux d'Otton qu'on entend crier sur tous les toits, mais non moins éclatants. Il n'a certes pas à en rougir.

Mais par-dessus tout, en l'occurrence, la question est infiniment plus importante que celle de sa fierté et de ses inclinations dans les parties de jambes en l'air. Aujourd'hui, il est Prince et cet homme en uniforme n'incarne rien d'autre que la plus haute autorité de la Ville. C'est loin d'être anodin et la domination que l'un exercerait sur l'autre ne saurait être seulement personnelle, elle deviendrait un jour ou l'autre politique. Et en cette matière plus qu'en aucune autre, Elikia n'a pas le droit à l'erreur.

Une main sur la hanche, la tête levée d'un port royal, le Maître Compositeur lance un de ses rires d'oiseau haut dans le ciel et sourit au Premier Prieur avec superbe.

« Je ne compte absolument pas figurer parmi vos trophées de chasse, Otton, c'est hors de question. » annonce-t-il, très hardiment, mais d'une voix toujours caressante. Ses yeux luisent d'une tendresse acide, presque cruelle. C'est toujours adorable de les voir se fier aux apparences et croire qu'il n'est rien d'autre qu'un doux agneau sentimental. « Avec moi, ça ne marche pas comme ça, je regrette. Il faudra reconsidérer le rôle que vous aurez à jouer dans cette histoire, car je ne jouerai pas celui que vous voulez me prêter. En tout cas, si vous souhaitez obtenir quelque chose de moi. »

Il remonte ses lunettes mouillées sur son nez avec un sourire amusé. Il n'est pas non plus stupide. Ce baiser-là, de la part d'Otton Egidio, c'est l'aveu d'un homme assez outrageusement intéressé pour faire passer son désir sexuel avant son intégrité politique. D'une part, il s'en doutait depuis quelques temps, et d'autre part, l'homme n'a pas assez pris soin de lui faire la cour ou de lui démontrer une réelle affection pour le faire douter de l'origine de son élan. La chair.
Et quel ogre. On ne compte plus le nombre de garçons passés entre ses dents. Ce qu'Elikia avait de particulier pour avoir le privilège d'être élu Prince, il l'ignore tout bonnement. Peut-être le Premier Prieur avait-il passé de longues heures à fantasmer aux Sélénites, devant le spectacle lubrique d'un adolescent dansant en porte-jarretelles. Ils n'avaient guère eu d'autres contacts, alors il est illusoire d'en espérer davantage.

Et tout à coup : ce baiser sous la pluie, comme s'ils étaient au terme d'une longue histoire passionnée où a germé l'amour... Ha, ha ! Pitié. Qu'on lui épargne ces sottises, il n'est plus un enfant. Il n'a même pas le souvenir d'avoir été assez mièvre pour croire à une charlatanerie comme celle-là de toute sa vie. En fait, il est si peu familier aux affaires du cœur qu'il n'a jamais osé en aborder une seule sérieusement dans un opéra. Il donne toujours à ces récits un aspect caricatural qui ne lui plaît guère, quand il n'en fait pas simplement de légers badinages ou des contes cruels mettant en scène des gens égoïstes. L'amour, c'est trop violent, c'est trop féroce, c'est trop invasif. C'est trop cher payé.
De toute façon, il n'en est pas question ici, de près ou de loin. Il ne sait même pas si Otton lui trouve quelque chose, en dehors de ses jolies fesses et de ses lèvres pulpeuses.

Il hausse des épaules.
Cela lui importe peu, que le Prieur ne ressente rien pour lui. Ils pourraient partager un moment de luxure tout de même – il se sait capable de mettre une pareille opportunité à profit pour servir de plus grands intérêts. Mais si cet homme est tant en appétit, eh bien, cela se passera selon les règles d'Elikia parce qu'il y a des expériences qu'il ne reproduira jamais et à aucun prix. Aucun. Il n'est pas – il n'est plus un bout de viande offert au vice des riches et des puissants.
Une ombre amère palpite sur son visage, malgré son sourire aimable.

« Vous ne me trouvez peut-être pas aussi romantique que vous l'attendiez, admet-il, en basculant légèrement la tête en arrière, une moue sur les lèvres. Mais au fond, à quoi cela sert-il de faire semblant ? Vous n'avez guère d'autres intentions que celle de coucher avec moi. » Il pouffe brièvement. « Oh, ne vous en faites pas, vous n'êtes pas le premier, vous pouvez être honnête. A moins que je ne me trompe, peut-être ? »
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton   Dialogue du vent et de la mer ♔ Otton EmptyVen 30 Nov - 11:00

Est-ce que rien ne pouvait être simple? Même en politique, Otton préférait les approches directes, les arguments honnêtes et s’il fallait voiler quelque chose, il choisissait généralement à peine de le faire. Pour ce qui était des coucheries, il faisait ses avances assez ouvertement pour éviter les problèmes. L’objectif était simple : prendre du plaisir et, bien sûr, en donner. Selon lui, il n’était pas nécessaire de se lancer dans de grands discours et sous-entendus obscurs. En respect des traditions et lois excelsiennes, le Premier Prieur acceptait toujours un refus. Parfois, cela l’obligeait à débarquer en trombe dans un bordel (ou à l’Octo s’il en avait la possibilité) mais il ne s’embarassait pas de tractations interminables en chemin.

Si un prix devait être payé, il était pertinent de l’énoncer de suite, se mettre d’accord et conclure l’affaire sans traîner. Non ? Apparemment, non, en effet.

- Les gens le pensent déjà. Il ne fallait pas être officier dans la police religieuse d’Excelsa pour savoir que le vice d’Otton était connu assez largement. Un beau jeune homme qui rejoignait le gouvernement, cela devait impérativement susciter des doutes et des ragots. J’avais essayé de faire une plaisanterie avec ce que vous disiez sur les mots que vous pouviez garder pour vous. J’ai proposé qu’on fasse pareil pour les gestes.

Il fit un geste de la main, comme pour tenter de soutenir ses propos, mais finit par abandonner, secouant la tête. Si lui-même avait compris, un homme éduqué devait aussi… Ils étaient loin d’avoir à organiser un concours de “qui a couché plus de fois ou avec plus de gens”. Prétendre que le Premier Prieur ne savait pas dans quoi il s’engageait était à la fois horriblement prétentieux et partiellement exact. Otton voulait de la simplicité, satisfaire un besoin, un plaisir, un caprice, ici et maintenant. Sans conséquences, manigances et, par-dessus tout le reste, sans longs discours. L’Acte n’avait pas besoin de commentaires, il y avait des courses d’avirons et les journaux pour ça. Ils pouvaient s’envoyer en l’air entre Princes et attendre demain pour s’asseoir et négocier les affaires d’Etat. C’était son idée de la chose, en tout cas.

Le sexe était un jeu, un divertissement entre deux devoirs. Bien sûr, pour le prieur, il était aussi addictif et indispensable que les jeux d’argent pour d’autres. Mais il devait servir à décompresser, pas à se prendre la tête. Otton roula des yeux.

- Vous l’ignorez peut-être mais je partage la vie de quelqu’un. Je n’attends pas de vous que vous soyiez romantique. Puisqu’il faut dire les choses clairement, allons-y. Il jeta tout de même un coup d’oeil aux alentours, mais la pluie continuait d’entretenir leur solitude. - Je suis venu vérifier que vous alliez bien. Vous m’avez fait des avances, j’y ai répondu. Je comptais donc partager votre lit ce soir, si vous en avez envie. Si vous souhaitez quelque chose en retour, dites-le-moi sans détour.

Le Premier Prieur était déjà en train de se demander si sa bourse lui permettrait d’aller à l’Octo ce soir… peut-être s’il faisait l’impasse sur le verre qu’il avait l’habitude de prendre. Vu son excitation du moment et la frustration d’avoir à s’expliquer aussi directement, Opthimus avait l’intérêt à être en forme… Dans le pire des cas, l’un ou l’autre établissement de Domus ferait l’affaire également. Mais le bar de Winifred Cooper était plus proche ce qui constituait un sérieux avantage, en ce moment. Otton fit un pas en arrière, laissant la décision entre les mains d’Elikia. Qu’il dise ce qu’il veut ou ce qu’il ne veut pas et qu’un accord soit fait.

Il n’était pas question d’être un jouet pour les puissants. Ils étaient deux hommes, certes puissants, mais a priori ouverts aux plaisirs de la chair. S’ils ne pouvaient se les offrir l’un à l’autre, alors il fallait gérer cette affaire chacun de son côté et les pensées d’Otton dérivaient déjà vers les autres possibilités de ce soir...

- Je ne compte pas m’imposer, Premier Maître. Mais ayez au moins la pitié de parler clairement.

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