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 Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]

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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Sam 11 Aoû - 12:07

Chaque fois qu’elle se lançait dans un nouveau sujet, elle le faisait entièrement. C’était comme si elle jouait sa vie à chaque enquête qui occupait presque entièrement ses pensées. Seul son narcissisme, son égoïsme diraient certains, lui sortait le travail de la tête et lui laissait des moments de repos. Mais depuis qu’elle avait publié son article sur l’agression du vicaire, toute mesure avait été dépassée. La visite dont elle avait été victime ne sortait pas de sa tête et son désir d’en venir à bout grandissait de jour en jour. Il ne serait pas dit que le masque aurait le dernier mot. Elle avait décidé qu’elle découvrirait qui se cachait derrière et si elle pouvait œuvrer à mise hors d’état de nuire, son plaisir ne serait que plus grand.

La tâche semblait démesurée tant sa proie était imprévisible, prenait de précautions, et ne laissait aucune trace derrière elle hormis des scènes de violences. C’était un peu comme si elle était partie à la chasse au tigre, même si c’était pour elle trop d’honneur de comparer ce meurtrier à cet animal si fier et si noble.

Il lui fallait trouver en elle les ressources pour arriver à ses fins. Elle avait écrit tout ce qu’elle pouvait, et avait gardé ses notes qu’elle n’avait pu exprimer dans son deuxième article. Elle avait été elle-même surprise de ce qu’elle y avait déniché comme petits détails sur son bourreau. Son portrait se dessinait petit à petit dans son esprit mais restait encore bien trop flou, lui interdisant toute identification. Parfois il lui semblait qu’il lui suffirait de rencontrer cet être d’obscurité et de parler avec lui pour le reconnaître, mais d’autres moments la plongeaient dans le doute et le vide de ses textes. Au lieu de la décourager, la rage la relançait dans sa quête.

Elle avait compris qu’elle devait trouver plus que ce sa rencontre lui avait apporté. Les méfaits du masque lui avaient sans doute attiré les foudres des autorités en particulier celles du prieuré et c’était sans doute dans cette direction qu’elle devait se tourner. En parallèle, elle s’était mise en tête que puisque le secret était l’arme principale de son adversaire, elle devait cultiver à son tour cet atout et ne rien lui livrer qu’elle n’ait accepté de lui donner. C’est pourquoi, lorsqu’elle avait décidé de porter plainte et de se rapprocher de l’enquête des hommes en rouge elle avait décidé de le faire de façon officieuse. Elle se doutait que la décision du prieuré d’accéder à cette demande insolite ne serait pas facile à arracher. L’institution la plus ancienne d’Excelsa n’était pas prompte aux fantaisies et aux innovations.

Elle ne savait pas ce qui avait convaincu et ça lui était pour le moment égal mais elle avait obtenu un rendez-vous aux thermes de la ville, l’Ideal. Elle savait qu’elle avait rendez-vous avec une Sœur, Sœur Feriel Kiana, signe particulier : bandeau sur l’œil. Point de rendez-vous bain à remous de l’établissement. Dans les souvenirs de la journaliste, c’était le bain le moins fréquenté, il massait agréablement sans le désagrément des oreilles indiscrètes des masseurs. Elle irait peut-être ensuite se soumettre à leurs mains expertes si le temps et l’humeur dont elle disposerait le lui permettaient.

Elle arriva en avance et regarda le fronton de l’Idéal presque malgré elle. En ce début de saison des forges, le soleil se faisait brûlant sur sa peau claire malgré le léger hale qu’elle avait fini inévitablement par prendre. Elle avait donc son inséparable ombrelle de coton blanc aux larges festons brodés au lacet. L’atmosphère déjà chaude et sa destination l’avait fait opter pour une tenue légère. Un corsage de mousseline dont les transparences auraient pu paraître impudiques sans les revers de tulle qui masquaient ses petits seins. La jupe taille basse était de la même mousseline légère dont seule la ceinture large et boutonnée sur la hanche reprenait les motifs de broderie du corsage Très évasé dans sa coupe, elle tombait droit en une multitude de plis que sa démarche faisait ondoyer et caresser ses jambes nues chaussé de spartiates de cuir blanc. Sa chevelure remontée en un chignon bouclé d’où s’échappaient de longues mèches le long de l’oreille permettait au vent de lui donner une impression de moindre chaleur et constituait la seule note flamboyante de sa personne.

Elle gravit les quelques marches qui menaient à l’entrée des bains tout en repliant son ombrelle et avec le sourire mais peu de mots, laissa les pièces de son aumônière contre la plaquette d’ivoire qui lui donnerait accès aux bains à remous. Elle ne demanda pas si quelqu’un l’attendait, c’était peu probable que la Prieuse l’ait devancée et elle n’avait pas dû crier sur les toits qu’elle attendait quelqu’un et la journaliste non plus. Les pierres de la construction préservaient la fraîcheur et elle se dirigea par les couloirs et les passages extérieurs vers son objectif. La signalétique des lieux était à la fois fonctionnelle et esthétique. La famille Desyad avait le souci du détail.

Payer les prestations n’était pas excessif, pour une femme qui avait appris à savourer les plaisirs de la vie et garantissait en outre de petites commodités qui n’avaient l’air de rien mais lui permettaient de ne pas se soucier de détails triviaux comme où ranger son ombrelle, car les casiers de rangement étaient assez vastes pour et bien conçus pour accueillir et les vêtements et les accessoires de ce type.

Elle se retrouva bientôt nue enroulée sous les bras dans une serviette numérotée afin de respecter la pudeur des autres usagers. Elle la laissa soigneusement pliée sur la table prévue à cet effet avant de descendre dans le bain où l’eau était agitée par les bulles et les courant créés par des pompes dont fort heureusement on n’entendait pas le fonctionnement, lovées quelque part dans les entrailles du sous-sol C’est en tout cas ce que la rouquine s’imaginait. Elle marcha lentement jusqu’au bord opposé afin d’avoir vue sur l’accès de ce petit atrium et repérer la femme borgne à qui elle devrait sourire en croisant les doigts derrière sa nuque. Elle n’était pas persuadée que ce cérémonial soit le plus sûr mais lorsqu’on complote on n’a pas forcément d’idée lumineuse.

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Feriel Kiana
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Lun 13 Aoû - 16:02

Ce n’était pas dans les habitudes de Feriel de rencontrer un témoin dans des lieux aussi insolites.

La prieuse avait déjà fréquenté l’Idéal plus d’une fois, elle appréciait l’endroit pour venir s’y détendre après de longues journées de travail, ou pour y retrouver des amis. Mais jamais encore son devoir ne l’y avait amené – Ysoé Desyad arrivait toujours à faire respecter l’ordre et la sérénité au sein de son établissement.

Feriel évitait de mélanger affaires et vie privée, cela lui avait déjà coûté par le passé, aussi prenait elle sa casquette de Sœur enquêtrice ce jour-là, et aucune autre, même si une fois dénudée dans les bains cela n’aurait plus aucune sorte d’importance, elle tenait à se fixer mentalement sur le comportement à adopter.

Elle enfila son pourpoint dans le petit appartement qu’elle occupait au sein du District Sainte Héléna, nouait sans longs cheveux dans cet habituel chignon sévère, qui étirait ses traits de rapace en un masque encore plus austère.

La femme qui l’avait conviée ce jour-là avait réussi à piquer sa curiosité au vif. Si elle évoquait bien le même homme masqué qui s’était rendu coupable d’un meurtre, de l’agression d’un prieur, et d’encore sûrement bien des choses dont les services de la cité n’avaient pas vent, alors toute information était bonne à prendre.

Quelque part, même si cela enlèverait un peu à l’effet de la Sœur, elle se réjouissait d’aller à l’Idéal plutôt que dans un bureau étriqué d’une Caserne, ou du Fort pour mener cette entrevue. Ses vieux os l’en remerciaient également.

Il était impensable de se rendre dans l’établissement armée, mais le travail était ce qu’il était, aussi Feriel glissa-t-elle, pour la forme, son épée à sa ceinture, avant de sortir dans les rues déjà animées dans la torpeur à l’approche de la prochaine Saison.

Finie la maille lourde et oppressante, la prieuse s’était même permis la fantaisie d’un pantalon bouffant de tissu, agrémentée de bottes qui claquaient à un rythme régulier sur les pavés. Il faisait trop chaud pour penser à sa protection quand on allait de toute façon ne plus en avoir aucune dans peu de temps.
Durant le trajet, Feriel s’interrogea sur ce que la femme pouvait bien avoir à lui apprendre, et ce qui l’avait poussée à lui donner rendez-vous dans un lieu si singulier. Avait-elle peur qu’on la voit venir à la Caserne, ou voulait elle demeurer loin de potentielles oreilles indiscrètes ?

L’enquêtrice était déjà assez occupée par les affres de l’affaire qui impliquaient une tentative d’assassinat contre l’Amirale, mais elle n’était pas du genre à la prioriser sous prétexte que cela pouvait apporter du galon, vu la gravité de la situation. Elle préfèrerait simplement renier encore davantage sur son temps libre pour continuer une partie du reste de ses activités : il fallait dire que sa rencontre avec le guignol au fleuret lui laissait un goût amer.

L’échec, alors que deux victimes qu’il avait reçu derrière lui n’avait pas reçue justice. Trop d’éléments encore échappaient à la compréhension du prieuré, tout était bon à prendre pour rectifier le tir.
La réflexion conduisit la Sœur jusqu’au seuil de l’Idéal, où elle prit grand soin de déposer son fourreau auprès du personnel, avant de se diriger vers les cabines pour se dévêtir.

La femme se mira un instant dans les glaces des vestiaires, en défaisant son pourpoint. Ses brûlures, au ventre, et au bras droit, étaient bien visibles malgré les multiples soins des médecins de l’Apothicariat.

Plusieurs éclats s’étaient fichés dans son corps à cause de l’explosion qui avait causé ces mêmes brûlures, de petits points blancs ou rosés, légèrement boursouflés, piquetaient le torse musculeux de Feriel. S’y ajoutaient diverses cicatrices, laissées là par la morsure des lames, et l’impact d’un tir au niveau de la jambe gauche.

Ce spectacle, elle y était relativement habituée, et se félicitait même plutôt de l’air intimidant que ces attributs qu’elle considérait comme des suites logiques de son devoir pouvaient lui conférer.

En dernier lieu, pour des raisons hygiéniques, la Sœur retira son bandeau. L’œil en dessous, le droit, était d’une couleur laiteuse, le brun de l’iris s’y discernait encore légèrement, mais la pupille avait disparu sous l’épaississement conséquent du cristallin.

Feriel ne rougissait pas de ce handicap, mais s’inspecta un peu plus longuement que de raison, comme à chaque fois qu’elle apercevait le globe borgne dans un miroir, le même mot revenait toujours au creux de son crâne « prothèse … ? ».

Ce n’était ni le moment ni le lieu pour avoir ces réflexions, aussi elle se drapa de la serviette, et se dirigea vers le rendez-vous : les bains à remous.

Si elle s’attira quelques regards en traversant les zones communes, elle n’y prêta pas attention, et repéra rapidement une rouquine immergée dans l’eau.

Retirant sa serviette, et la pliant avec une attention maniaque, Feriel s’immergea progressivement dans l’étreinte salvatrice de l’eau, rejoignant la jeune femme, attendant un signe de reconnaissance de sa part pour être sûre que ce soit bien elle.

Même son nom lui était encore relativement inconnu.
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Lun 13 Aoû - 19:41

Elle avait horreur d’attendre, mais là elle ne pouvait pas me plaindre. Premièrement, elle n’était pas obligée d’arriver si tôt et deuxièmement et c’était le plus agréable à considérer, l’endroit était tout ce qu’il lui fallait en ce moment. Elle avait beau faire ma crâneuse, la visite du masque chez elle l’avait quelque peu remuée et mis ses nerfs à rude épreuve. Maintenant qu’elle était sortie d’affaire elle ne pensait plus qu’à une chose mettre ce salaud hors d’état de nuire. Conclusion, elle était un peu tendue par rapport à l’accoutumée. Les remous du bain dans lequel elle trempait en attendant son contact lui massaient gentiment le corps et l’atmosphère feutrée malgré les murs et les sols durs la faisait comme passer dans un autre monde, un monde d’abandon qu’on ne devrait jamais quitter.

Mais la réalité ne vous laisse jamais tranquille bien longtemps et elle savait suffisamment pourquoi elle était là pour rester vigilante. Elle ne se voyait pas se faire surprendre en pleine béatitude à l’arrivée de Sœur Feriel. Ce titre avait quelque chose de doux qui ne seyait pas de son point de vue à des gens qui avait la possibilité d’infliger les pires sévices à ceux qu’ils pourchassaient. Elle n’avait jamais eu l’occasion d’assister à ce genre de débordement magique, la presse arrive le plus souvent après que les faits aient eu lieu. Elle aurait bien aimé pourtant se rendre compte des techniques que le prieuré employait. Elle eut un sourire cruel en pensant qu’en plus s’il le faisait sur un certain fleurettiste ce n’en serait que mieux. On dit que certains meurent de trop de douleur ou du retour de blessure…

Elle n’avait que très peu rencontré de prieurs et elle se demandait bien à quel genre de personnage elle aurait aujourd’hui à faire. Elle imaginait quelqu’un de sévère quoique sans uniforme, la sévérité devait être toute relative. Machinalement et presque à son insu elle baissa les yeux pour se contempler, chose presque impossible dans tous ces remous, mais se demanda surtout comment on la voyait dans ce plus simple appareil ? Vêtue elle savait qu’elle avait plutôt une réputation d’élégance même si ses tenues n’était pas d’un prix extravagant, elle ne pouvait pas se le permettre. Elle savait faire en sorte que l’emballage donne envie d’en savoir plus, mais une fois nue, que restait-il de tout cela et que dit de nous notre corps ? Sans doute que la vie avait somme toute gâté la journaliste, pas de cicatrice, pas de stigmates du temps encore à son âge et peu soumise au travail physiquement usant. Sa façon de se tenir devait dire aussi quelque chose, mais quoi ? Son port de tête plutôt fier voire insolent suivant l’expression du visage qui l’accompagnait avait-il la même signification ? Ses épaules bien écartées et la cambrure de ses reins étaient-ils mis sur le compte de la nature ou sur une certaine sensualité qu’elle ne pouvait nier ?

Elle se demanda soudain pourquoi elle se perdait dans ses conjectures parce qu’elle attendait une prieuse. Avait-elle peur de cette confrontation ? Certes non même si l’aura que les membres du prieuré ne pouvaient manquer d’irradier ne serait-ce qu’à cause de leur statut l’intimidait un peu. Pourtant elle n’était pas encore là…

Et puis elle apparut, donnant par là même une partie des réponses qu’elle se posait quelques minutes plus tôt. Le corps disait beaucoup de nous et celui de la femme qui venait de pénétrer dans l’atrium parlait peut-être plus que les autres. Une certaine raideur trahissait la discipline et la gravité de son visage encore accentuée par son œil mutilé faisait écho à ce corps visiblement rompu aux exercices physique. Même de loin on voyait sans distinguer nettement les blessures, qu’elle avait été plusieurs touchée dans sa chair. Au lieu d’amoindrir son impact sur la rouquine à la peau si lisse qu’elle ne racontait rien, elle en imposait encore plus et lui donnait une impression de puissance alors qu’objectivement, elle ne pouvait pas se prévaloir d’une corpulence impressionnante.

Elle regarda presqu’impoliment la femme entrer dans le bain, notant au passage l’absence d’un doigt à sa main gauche et les cicatrices qui se dessinaient à mesure qu’elle s’était approchée d’elle. L’eau allait bientôt masquer presqu’entièrement les marques qui disaient tous les services qu’elle avait rendus à son ordre. La journaliste se demanda quelle force pouvait pousser les gens à se donner à de tels engagements. Elle en oublia presque le signe de reconnaissance mais la voyant se diriger vers elle, elle eut le sourire attendu et croisa les doigts derrière sa nuque. Face à la sévérite et la force de la prieuse, elle ressentit le ridicule de ce cérémonial.

Cependant la femme ne semblait n’en avoir cure et approchait en la fixant de son unique œil. La journaliste combla les derniers mètres qui les séparaient et tendit une main blanche qui contrasta avec l’épiderme si sombre de la nouvelle venue.

« Salwa Hawabazzi. Feriel Kiana je présume ? Je suis heureuse que vous ayez pu venir. »


Elle sentait que la prieuse n’aurait as de temps à perdre et elles n’allaient pas s’encombrer ni l’une ni l’autre des Salamalecs d’usage lorsqu’on se rencontre régulièrement pour des affaires plus ou moins futiles.

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Dernière édition par Salwa Hawabazzi le Jeu 23 Aoû - 12:57, édité 1 fois
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Feriel Kiana
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Jeu 23 Aoû - 11:55

Ce fut d’une poigne ferme que Feriel serra la main de la jeune femme, essayant cependant de ne pas se laisser aller à trop de force, pas besoin de concours d’intimidation ici, elle était en terrain ami.

L’esprit légèrement paranoïaque de la prieuse avait énormément de mal à intégrer cette notion, et l’envie de tout le temps glisser un regard derrière elle pour vérifier que personne ne les épiait, pire, que personne ne s’avançait, armé, la prenait à la gorge sporadiquement – après tout, on n’était jamais assez prudent, non ?

La Sœur prit le temps de détailler Salwa avec attention avant de répondre.

Elle ne lui envia pas la pâleur de sa peau, surtout en cette saison, mais ne nota rien de particulier. Pour le moment. Si ce n’est peut-être qu’elle ne s’épanchait pas en longues et inutiles salutations alors qu’une affaire plus préoccupante les amenait toutes les deux, ce que l’enquêtrice apprécia.

- Madame Habazzi, je suis effectivement la Sœur Feriel.

Pas une criminelle, pas une incriminée… La prieuse tenta de se le répéter, pour garder un air relativement jovial. Le lieu ne se prêtait pas à un rentre dedans immédiat, il fallait tout de même mettre quelques formes pour que la jeune femme ne se sente pas trop mal à l’aise. Après tout, c’était une victime, elle venait témoigner, c’était tout à son honneur.

Après cette poignée de main, Feriel se laissa couler dans l’eau, afin de profiter, et de rendre l’atmosphère moins formelle. Un léger soupir de bien être lui échappa, mais elle enchaîna quasiment dans l’instant.

- Je ne vais pas aller par quatre chemins : vous avez dit avoir subi une agression, le coupable est il bien un homme, masqué, armé d’un fleuret ?

Inutile de s’épandre sur ce qu’il avait déjà fait par le passé, sur le fait qu’il échappait aux services du prieuré pour le moment. Pas besoin d’alimenter les ragots et les rumeurs, toutes les affaires ne se résolvaient pas en un jour. En plus, elles n’étaient pas là pour évoquer les échecs, mais pour envisager la réussite de la capture de cet énergumène.

Ainsi dévêtue dans l’eau, il manquait à la prieuse son carnet fétiche, rempli de tous un tas de symboles, de gribouillages, compris seulement par elle, dont elle usait toujours dès qu’elle interrogeait quelqu’un.

Si sa mémoire n’était pas trop rouillée, elle ferait l’affaire.

- Madame Habazzi, s’il s’agit bien de cet homme, alors je serai intéressée par savoir tous les détails de ce qu’il vous a dit, de ce que vous avez pu voir de lui. Si jamais une partie est trop infamante que vous ne souhaitez pas l’évoquer, je comprendrai. Prenez votre temps, n’omettez rien de ce qui vous paraît important.

Il n’était certainement pas question de la brusquer. Au vu des meurtres de sang froid dont le fleurettiste s’était déjà rendu coupable, Feriel ne pouvait qu’espérer que la jeune femme qui avait parlé « d’humiliation » dans leur correspondance n’avait pas trop fait les frais de ce malade.
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Jeu 23 Aoû - 13:49

Salwa apprécia à sa juste valeur la poigne ferme de la prieuse. Au moins, elle savait à qui elle avait à faire. Même si ce genre de chose se travaille pour donner l’illusion de ce qu’on n’est pas, la journaliste était persuadée que les choses ne traîneraient pas et qu’elle n’aurait pas à se méfier d’entourloupes de la part de cette femme qu’elle affublait bien volontiers du terme de «de caractère ». La rouquine préférait toujours ce genre de personne à celles qui louvoient, tournent autour du pot pour finalement vous planter un couteau dans le dos ou se dérober. Elle serait peut-être en grande partie prévisible et réserverait peu de surprises, mais cela leur promettait une relation saine. C’était assez rare par les temps qui couraient et aussi pour une journaliste de rencontrer de telles personnes. Même sa façon de la détailler était respectueuse parce que directe et sans arrière-pensée.

Sœur Feriel Kiana semblait devoir rester sur ses gardes l’œil toujours aux aguets, elle ne faisait rien pour rassurer son interlocutrice qui savait que le danger pouvait être présent n’importe où mais ne craignait pas plus que cela une intrusion, ici et maintenant. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’elle avait choisi l’endroit en plus du plaisir qu’elle avait à le fréquenter. Après tout, la journaliste se dit qu’elle devrait se sentir plus rassurée de sentit qu’une professionnelle se mettait en devoir de protéger leurs arrières.

Elle accueillit la confirmation de son identité d’un hochement de tête et d’un petit sourire satisfait. Evidemment, elle ne pouvait être totalement certaine qu’elle disait la vérité, mais elle n’avait pas trop les moyens de s’en assurer hormis de rester attentive et concentrée sur chacun de ses gestes et chacune de ses paroles. C’est sans doute ce que devait faire la femme en face d’elle à son propos.

Elle laissa la prieuse se couler dans l’eau et visiblement apprécier ce bain. Après tout, les prieurs cultivaient la douleur à ce qu’il se disait, mais pouvaient très bien apprécier les plaisirs. Peut-être même d’autant plus qu’ils étaient soumis à la souffrance plus que quiconque. Elle chassa d’un battement de cils et de son esprit le genre de considérations associées mais qui ne sont pas à l’ordre du jour. Elle pourrait toujours enquêter plus avant sur le sujet mais à une autre occasion.

De toute façon, son contact du jour ne semblait pas propice à dévier du but qui les avait conduites toute deux aux bains. Elle se fit confirmer le motif de cette entrevue.

« C’est tout à fait ça. »


La suite lui dessina un sourire satisfait et quelque peu carnassier. Si elle voulait tous les détails, elle les aurait, pourvu que cet individu se fasse capturer et châtier ! Elle était même disposée à mettre toute pudeur de côté afin que l’enquêtrice puisse se faire une idée précise des événements qu’elle avait vécus. Elle se sentait prête à payer de sa personne pour arriver à le mettre hors d’état

« Ce n’est sans doute pas aussi infamant que ce qu’ont subi ses autres victimes, mais je vais tenter de tout nous raconter sans rien omettre. »

Elle prit une profonde respiration comme si elle allait disparaître pour une apnée sous-marine, avant de commencer.

« A la suite de l’agression d’un de vos vicaires, et de la découverte d’un corps mutilé de façon similaire, j’ai écrit un papier, peut-être l’avez-vous lu… »

Elle fit un geste évasif de la main signifiant que ça n’avait pas vraiment d’importance que la prieuse soit ou non de ses lectrices.

« Cet article ne lui a pas plu et il est donc entré chez moi de nuit pour « rectifier » les faits et me dire sa façon de penser. Son but était sans doute aussi de m’effrayer et comme je résistai dans un premier temps à ses paroles et à ses attitudes, il m’a frappée. »

Elle indiqua brièvement le bleu qui verdissait « gentiment » sur sa pommette droite autour d’une petite cicatrice sans réelle gravité et qui disparaîtrait sans doute assez vite. Elle déglutit au souvenir de la violence de son visiteur et de la folie qui semblait l’habiter cette nuit-là mais poursuivit. Chaque instant de cette nuit était resté gravé dans sa mémoire, d’autant plus qu’elle les avait consignés par écrit immédiatement après. C’était à la fois un geste professionnel et une catharsis de ce qui restait un traumatisme mais dont elle se sortait plutôt bien grâce à sa volonté d’y répondre.

« Je suis restée tout le temps de sa visite sous la menace de son arme qui menaçait soit de me transpercer, soit de me dévêtir, sans possibilité de me défendre ni physiquement ni par la parole. Ses paroles étaient incohérentes et ses changements d’attitude pareillement. Il doit tenter ainsi de brouiller les pistes mais il exprime aussi une sorte de folie qui le rend imprévisible. »

Elle marqua une pause avant de poursuivre.

« Voilà pour le résumé des faits. J’ai pu noter au passage qu’il était blessé à l’épaule gauche et qu’il boîtait. Dans le noir, il n’était pas aisé d’identifier la jambe ou le pied touché. »

Elle prit de l’eau dans ses mains en coupe et s’en aspergea le visage comme pour mettre un terme à son récit.

« Si vous avez besoin de plus de détails je suis là aussi pour répondre à vos questions. »

Puis elle poursuivit. Elle brûlait sans doute les étapes mais au moins Sœur Feriel saurait qu’elle avait en elle une alliée déterminée.

« J’ai préparé un article sur cette rencontre et j’espère qu’il ne sera pas de son goût. Ce pourrait être une opportunité de lui mettre la main dessus… »


Ses yeux se mirent à pétiller d’amusement et de férocité. Après tout, le masque avait entamé un jeu qu’il croyait mener. Il était sans doute temps de lui montrer que chacun pouvait jouer avec ses propres règles.

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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Dim 26 Aoû - 19:28

Ce fut avec une grande attention que Feriel écouta le jeune femme parler, le regard braqué sur son visage, malgré les vapeurs de fumées qui sortaient du bain agréablement tiède.

Dès lors que Salwa évoqua les deux blessures, l’une à l’épaule, l’autre à la cheville, cela ne fit plus de doute, et l’intérêt de la sœur ne fit que grandir : on ne la semait pas deux fois, et il faudrait bien qu’à un moment ce fleurettiste se soumette à la justice.

L’attitude profondément vicelarde et basse de l’homme écœura la prieuse, lui tirant un grognement à ce passage. Trop habituée pour réellement être émue, cela ne fit que la renforcer dans l’idée de le coincer. Il semblait aimer jouer de sa cruauté, et fanfaronner même quand cela n’était pas à son avantage – elle ne pouvait qu’espérer qu’il en avait trop dit à la journaliste, poussé par ce vice.

La Ligne de Myre… Feriel lisait, quand elle avait le temps, à peu près tout ce qui se disait dans les journaux, de grande et petite importance, s’ils arrivaient à échouer sur son bureau ou dans un coin de son appartement.

Le travail des journalistes avait tendance à croiser le sien assez souvent pour qu’elle doive être au courant de qui exerçait dans la profession, et de qui disait quoi.

Si le Vox demeurait celui que la prieuse lisait le plus, il lui était arrivé de parcourir le journal de Salwa quelques fois, mais pas de souvenir précis quant à un article qu’elle aurait pu écrire sur le fleurettiste ; elle avait dû manquer ce numéro.

C’était sans aucun doute imprudent de la part de la jeune femme de provoquer un tel malade, et en même temps étrangement courageux de songer à recommencer comme revanche des actes infamants dont elle avait été la victime.

Un tempérament que Feriel ne pouvait qu’approuver. La vérité se devait de triompher, malgré la menace d’une lame.

Après avoir laissé planer un silence pour s’imprégner des différentes informations, la prieuse reprit la parole.

- Je me réjouis de voir que votre blessure se résorbe correctement, nonobstant le préjudice que vous avez subi. Si jamais vous réécrivez quelque chose à son sujet, permettez moi de vous assigner une surveillance, voire de l’effectuer moi-même, si mes affaires me le permettent. Il est essentiel pour la Ville que nous soyons à même d’empêcher cet individu de nuire, d’autant qu’il semble nourrir une perversion malsaine et cruelle. Bien entendu, cela ne sera pas ébruité, comme notre présente entrevue, je n’aimerais pas qu’il puisse être au courant…

Feriel dodelina de la tête. Ainsi dévêtue elle n’était pas forcément reconnaissable par rapport à l’austérité de sa tenue habituelle, et vu les circonstances dans lesquelles le fleurettiste l’avait aperçu, elle s’étonnerait qu’il la reconnaisse en habits civils. Mais la flamboyante chevelure rousse de Salwa était en revanche un signe assez distinctif, aussi distinctif que son œil borgne à elle.

Elle avait l’intime conviction qu’un type qui se baladait avec un fleuret, une arme d’entraînement à la base, et pas le genre de kriss et autre armes bâtardes qu’on utilisait dans les bas-fonds, ne devait pas être un petit criminel à la sauvette, ce qui la poussait encore plus à la discrétion.

- Il semble être assez grandiloquant, effronté, pourriez-vous me décrire un peu plus ses attitudes ? Le fait qu’il porte un masque le rend difficile à identifier, mais son corps aurait pu parler pour lui… D’autant que c’est un peu…

La Sœur se mordit l’intérieur de la joue, tentant de trouver une expression adéquate, mais son franc parler revint aussi vite que le vocabulaire soutenu qu’elle se tenait à employer, par égard pour son rang, voulut bien disparaître.

- … Une grande gueule.

Elle haussa les épaules, faisant s’agiter en remous l’eau.

- Il vous a fait l’impression d’un fou, de rien d’autre ?

Les ressentis des témoins, voilà quelque chose que Feriel ne négligeait jamais. Cela permettait toujours de voir s’ils étaient fiables ou non, sous le coup de leur trauma, trop avides de détails… Ou au contraire plus froids et rationnels.

L’important, ce n’était pas forcément ce qu’on disait. C’était pourquoi, et comment on le disait. Dans une enquête, c’était souvent le nœud de l’affaire.

- Et que comptez-vous dire dans votre nouvel article – je suis pas la censure, n’ayez crainte, mais s’il voit que vous cherchez trop à le faire mordre, c’est possible qu’il ne vienne pas- ?
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Lun 27 Aoû - 20:41

Quand elle eut fini son récit, la journaliste déglutit avec peine, preuve que les événements qu’elle décrivait n’étaient pas aussi bien digéré que ce qu’elle pensait. Cependant, elle fit bonne figure et en conçut une certaine assurance, propice à l’avenir à l’aider à prendre du recul. Elle ne pouvait ps non plus espérer surmonter cela en trois jours et le fait d’être capable d’en parler presque sereinement lui indiquait qu’elle était sur la bonne voie.

Elle soutint alors sans faillir le regard acéré de la prieuse. Elle espérait bien qu’elle la prendrait au sérieux et qu’elle aurait l’occasion de lui montrer qu’elle voulait vraiment participer à la capture de cet individu pour lequel elle manquait de qualificatifs autant parce qu’elle n’avait pas les compétences appropriées que parce qu’aucun ne lui paraissait assez fort.

Elle ne fut pas déçue car dès la première prise de parole de Feriel Kiana allait lui donner l’occasion d’avancer ses pions.

« Puisque vous en parlez, j’ai effectivement préparé un article que je peux vous montrer si vous le souhaitez et j’aimerais, même si cela peut vous paraître stupide, que cela fasse sortir le loup du bois. Si vous pensez pouvoir vous impliquer dans cette chasse, je veux bien tenir le rôle d’appât. »

C’était la première fois qu’elle se lançait dans cette sorte d’opération et elle ne savait pas si sa contacte du jour apprécierait cette proposition, mais si son agresseur était venu la trouver pour une simple histoire d’attribution de ses méfaits, il serait certainement furieux à la lecture de l’article qu’elle avait rédigé. Le tout était de savoir où cette manoeuvre aurait le plus de chance de réussir, chez elle ? Au journal ? En extérieur ? Dans son esprit, il s’agissait de verrouiller les options non retenues pour laisser penser à une faille à l’endroit où il serait attendu, mais cela seule la prieuse pouvait évaluer la stratégie à adopter. Elle attendit donc avec impatience sa réaction. Elle était de toute façon d’accord avec elle sur la discrétion qui serait indispensable pour avoir une chance de succès.

« Il va sans dire que je serai une vraie tombe. »

Elle espérait simplement que ce dernier mot n’était pas mal choisi, mais elle n’était pas du genre superstitieux et eut un petit sourire en coin à ce qui était devenue un mauvais jeu de mots, mais l’effaça bien vite car le moment n’était pas à la boutade. En face d’elle la femme ne semblait pas extrêmement convaincue par ce qu’elle proposait et semblait plus avoir envie d’en apprendre plus sur le fleurettiste ce qui était bien normal. Elle remisa sa petite déconvenue en arrière-plan pour se prêter à l’interrogatoire.

Elle fronça ses sourcils pour convoquer ses souvenirs. En fait elle avait plus à dire que son discours que sur les attitudes de son visiteur indélicat.

« Et bien, c’est un homme entre un mètre soixante quinze et un mètre quatre-vingt. Malgré ses blessures on sent qu’il se déplace avec aisance et que son corps est entraîné. Mais je suppose que vous le savez déjà. Il alterne les positions altière et ouverte comme pour montrer qu’il pourrait avoir un panache qu’il n’a pas, avec des position menaçantes et fermées voire étriquées un peu voutées sur sa victime. Il ne s’est jamais séparé de son fleuret et n’a jamais baissé sa garde ou sa position d’attaque ou de menace _je ne suis pas escrimeuse. Il a juste alterné sa cible. Au début il me visait au visage de la pointe, puis il a mis le fil de sa lame sur ma gorge avant de pointer ma poitrine. »

Elle ne savait pas si la prieuse trouverait cela déplacé, mais elle lui avait demandé le plus de précisions possibles alors elle allait s’exécuter.

« Je ne sais pas si ce n’est qu’une impression, mais son fleuret indiquait un désir ou l’expression d’érotisme mais je peux me tromper… Il se pourrait que dans le privé il détaille les femmes plus que la décence ne l’autorise. »

Une grande gueule ? Oui en effet c’était la première chose qui pouvait venir à l’esprit. Mais si peu crédible !

« Hum… D’un fou… C’est comme ça que la novice que je suis résume l’ensemble de sa prestation. Disons quelqu’un qui se présente sans unité, trop contrasté pour présenter une personnalité unique. »

La grimace de celle qui avait du mal à construire sa pensée se dessina brièvement sur son visage.

« Dans ses attitudes verbales il alternait la tyrannie, une fausse bienveillance, mais toujours avec le désir de maintenir la peur chez moi. »

Elle marqua une brève pose. Lui faire peur, il y était arrivé. Elle se souvenait de toutes les phrases dont elle pesait chaque mot avant de le prononcer de peur de déclencher une tempête de la part de celui qu’elle ne pouvait pas se permettre de penser qu’elle l’avait cerné sans prendre de risque létal.

« Dans le discours lui-même et sa façon de se présenter et de se mettre en scène. C’est quelqu’un de narcissique qui veut qu’on le regarde, qu’on le craigne et en même temps on sent quelqu’un de blessé et qui n‘agit pas de sa propre initiative. Pour moi il y avait quelqu’un qui le faisait agir. Le discours théorique qu’il propose n’est pas abouti et non maîtrisé, comme celui d’un enfant qui a entendu ses parents parler à table et qui ressort des phrases toutes faites. Le tout mis bout à bout, me fait penser qu’il a longtemps été considéré comme un raté et qu’il s’est trouvé une figure qui la remis en selle, mais pour s’en servir.»

Elle leva un sourcil. Elle se demandait si elle était allée aussi loin dans son analyse dans son article, mais en gros oui, les conclusions étaient les mêmes. Etrangement cet exposé l’avait épuisée et elle sentit ses yeux papillonner comme pour chasser un sommeil qu’elle ne ressentait pas, simplement une grande lassitude.

Heureusement la dernière question de Feriel Kiana lui redonna l’énergie qu’il lui avait semblait avoir perdue. Elle sourit de satisfaction en constatant son intérêt pour son article et se mit en devoir de le résumer.

« A peut près la même chose qu’à vous, relater les événements et proposer mon anlyse de mon agresseur. J’ai fait en sorte de me montrer provocatrice afin qu’il se manifeste une nouvelle fois et l’amener à commettre une erreur. J’espérais qu’en alliant nos forces nous pourrions en venir à bout. Si vous le voulez le peux vous en faire parvenir une copie… »

Elle hésita une seconde avant de poursuivre, les yeux dans le regard borgne de sa complice du moment. Elle ne voulait pas ternir la confiance qui semblait s’installer entre elles-deux mais elle était journaliste et se devait de tenter d’en savoir plus.

« Excusez ma présomption et le côté direct de ma demande, mais si vous avez des informations qui pourrait être utiles que ce soit pour finir de le provoquer mais de façon plus intéressée pour mes articles… Ce n’est certes pas donnant donnant, mais je suis journaliste et toujours en quête des information pour le peuple d’Excelsa.»


Sa demande était directe et la prieuse ne pourrait pas la soupçonner d’avancer masquée et elle pouvait toujours lui opposer un non catégorique si elle le jugeait bon. Salwa ne pourrait pas se reprocher de ne pas avoir essayer. Elle n’oubliait pas qu’elle avait encore bien des sujets et des questions à aborder avec elle.

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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Jeu 30 Aoû - 11:34

La journaliste avançant des pistes perspicaces, même si, malheureusement, elle n’en savait pas autant que ce que Feriel avait espéré en venant ici.

C’était un début, il fallait s’en contenter. Et Salwa possédait quelques idées prometteuses pour coincer le lascar.

Pour le moment, ce qu’elle disait recoupait en grande partie ce que la prieuse avait perçu de l’homme, même s’il n’avait pas beaucoup eu le temps de parler. La pique qu’il lui avait lancé avant de sauter de la fenêtre, par contre, confirmait cette impression de fanfaronnade.

Et comment ne pas remarquer le fleuret ? Se battre avec une telle arme était assez inédit, on l’utilisait pour les entraînements d’escrime, d’habitude, avec le masque, il y avait là un sens de la mise en scène, du raffinement, d’autant plus avec ce que décrivait la journaliste.

L’homme semblait ajouter dans ses attitudes une théâtralisation troublante.

Feriel mit un instant à réfléchir, faisant légèrement battre ses mains dans l’eau, incertaine à accéder à la requête de Salwa. Devait elle dire qu’elle l’avait affronté, mais n’avait pas réussi à la coincer ? Cela semblait contre-productif, mieux valait rester factuelle.

La limite entre ce qu’elle pouvait, et ne pouvait pas dire, était assez floue, et ses frères et sœurs avaient souvent reproché à Sœur Feriel sa trop grande loquacité devant les journalistes. Elle n’aimait pas laisser autrui dans le flou, quand il avait la même quête de vérité qu’elle-même. Cela lui aurait paru injuste.
Aussi elle décida de mettre carte sur table, au moins en grande partie.

- Je pense qu’il joue un rôle. Il incarne un personnage, comme au théâtre. Une sorte de jeu, franchement, il calcule mal les risques, il se base plus sur le style de son arme, que sur son efficacité, sur le panache de sa sortie, plutôt que sur le risque de se détruire les chevilles deux étages plus bas. Il perd du temps à fanfaronner. Je parierai qu’il n’a pas reçu d’entraînement militaire.

Ce fleurettiste n’en avait pas la rigueur, à la limite pouvait il se targuer d’avoir un style…

- … Propre. Il a un style propre. Pas de lames secrètes, de poisons, pas ces attitudes survivalistes de ceux qui ont dû vivre dans la rue, côtoyer les gangs. Je ne pense pas qu’il vienne des bas quartiers. Ou alors il tente de se prendre pour un type de la haute. Allez savoir…

Feriel déroulait aisément le fil de sa pensée. Elle se frotta la joue, tentant de ne rien omettre, d’être synthétique, comme durant un rapport où elle devrait faire étalage de toutes ses intuitions. Même si elle se fiait davantage à son expérience, l’instinct était souvent un bon moteur pour tabler sur une situation.

- Vous parlez du fait qu’il semblait agir pour le compte d’un tiers, je pense qu’il s’agit d’un mercenaire. Dans une précédente affaire, je suspecte une femme de l’avoir envoyé tuer son frère, pour une affaire d’héritage.

C’était en tout cas ce que pensait ledit frère avant de décéder de la main du fleurettiste.

- Mais là, il ne devait venir vous menacer que pour sa propre image. A moins qu’il ne fasse partie d’un réseau plus vaste, et qu’il ait peur qu’on commence à trop fouiner dans ses affaires. S’il a agi de son propre chef, il est en effet impulsif, malléable, facile à provoquer : beaucoup de mercenaires se passent de l’honneur pour se focaliser sur le côté pratique de leur fonction. Ils ne répondent pas aux provocations. Tout est une presse bonne à prendre. Là… Soit il couvre quelqu’un, mais si ce quelqu’un l’a envoyé, alors il n’a pas beaucoup de jugeotte, soit il est définitivement trop tête-brûlée, et cela lui coûtera cher.

Feriel soupira à la fin de son argumentaire, son souffle créant une onde à la surface de l’eau. La chaleur délassait en profondeur ses muscles tendus, mais son cerveau demeurait sur le qui-vive, quoi que la détente aidât à la réflexion.

- C’est tout ce que je peux vous fournir, de ce côté, si cela peut vous donner matière à écrire. Je prends bonne note de votre témoignage, et de votre signalement. N’ayez crainte, les agissements à votre encontre seront à la liste de ses charges une fois que nous auront mis la main dessus. D’ailleurs…

On arrivait au nœud de l’affaire, leur plan, parce qu’il leur en fallait bien un.

La prieuse répugnait à se servir d’autrui comme appât, surtout vu l’état de la dernière victime du fleurettiste, qui devait être dans un des tiroirs de la salle de dissection de Zolt, à l’heure où la Sœur et la journaliste discutaient.

Mais elle n’avait pas d’autres solutions. Il faudrait donc redoubler de prudence, et prier pour que ce soit suffisant.

- Je serai en effet curieuse que vous me fassiez lire votre article, et que nous puissions discuter de cette manœuvre.

Peaufiner les détails, sinon c’était peine perdue.

- Il faudrait que vous demeuriez dans un lieu que vous connaissez bien, pour que vous puissiez nous indiquer où nous dissimuler pour attendre, un endroit d’où nous pourrions intervenir vite quand le fleurettiste arrivera… S’il arrive. Peut-être à votre rédaction ? Tentons de lui offrir un lieu un peu différent pour jouer sa nouvelle scène, et puis si vous faites croire à un enfermement dans vos locaux, comme si vous craigniez sa visite après votre publication, peut-être sera-t-il encore plus enclin à mordre à l’hameçon ?
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Dim 2 Sep - 14:04

Salwa commençait à ressentir le froid sur ses épaules et réalisa qu’elle était restée immobile depuis un bon moment et que ses épaules qui émergeaient du bain commençaient à être transies et communiquait des frissons au reste de son corps en particulier à son dos. La différence de température entre l’atmosphère pourtant printanière et le celle de l’eau qui les massait la prieuse et elle en était certainement la cause. Elle fléchit donc les genoux pour avoir de l’eau jusque sous le menton, non sans maintenir son attention sur le Feriel Kiana qui s’avérait une interlocutrice au moins autant concentrée qu’elle sur leur affaire.

Son visage mutilé reflétait une intense réflexion qu’elle devait mener au fur et à mesure que la journaliste lui apportait les informations qu’elle avait en sa possession. Aucun mouvement de son visage cependant ne trahissait la nature de ses pensées. Ce fut seulement à la fin de l’intervention de la rouquine parut un instant mal à l’aise. Visiblement sa proposition de servir d’appât au criminel ne l’enchantait guère. D’ailleurs elle ne répondit pas tout de suite et se laissa sans doute le temps de la réflexion en répondant à la question de Salwa.

C’était à son tour de faire preuve de la plus grande attention et elle avait assez souvent en vain tenté d’obtenir des informations du prieuré pour apprécier le fait que Sœur Feriel accepte de lui dévoiler au moins une partie de ce qu’elle savait et de ce qu’elle pensait. La tradition voulait que l’institution écarlate se mure derrière un silence que chacun continuait à trouver normal, mais les temps changeaient et Salwa ne parvenait pas comprendre ce désir de rester muet sur des événements qui de toute façon n’étaient pas secret parce qu’ils se passaient dans les rues de la ville et que la plupart du temps il avaient des témoins. Evidemment elle concevait la nécessité de maintenir le silence sur d’autres aspects de leurs activités, sur même certaines informations dont la divulgation nuirait sans doute au travail des hommes et des femmes en rouge, mais elle jugeait que leur silence était dépassé. S’ils voulaient entretenir le mystère, les pratiques occultes qu’ils développaient pour le combat y suffisaient largement. Publier un article qui lèverait une partie du voile sur ses compétences magiques qui restait un des plus grands mystère d’Excelsa était un rêve qui paraissait inaccessible mais qui pourrait être l’aboutissement de toute une carrière. C’est donc avec un peu de fierté que la journaliste accueillit les confidences de la prieuse.

Les remarques complétaient à merveille celles que s’était faite la rouquine dans la mesure où elles ajoutaient un point de vue militaire et guerrier sur les compétences su fleurettiste et le elle buvait du petit lait en entendant son interlocutrice pointer son manque d’entraînement digne de ce nom que ce soit dans la préparation de ses méfaits que dans son escrime. Elle nota en particulier que tout comme elle, mais pas forcément pour les mêmes raisons elle pensait que cet escrimeur de pacotille venait sans doute des clases aisées et l’argument développé par la prieuse était assez convainquant. La rouquine ne put s’empêcher d’abonder dans son sens.

« Je suis tout à fait d’accord. Ses préoccupations de mise en scène son besoin d’être reconnu, son narcissisme ne sont pas des soucis des classes dont le principal souci est la survie.  Je pense qu’il nous faut vraiment le rechercher dans les classes aisées. »

Elle se souvenait qu’elle avait eu dans le un coin de sa tête durant toute sa visite la frustration de ne pas pouvoir le marque d’une façon quelconque pour le rendre reconnaissable. Elle s’ne était même voulu par la suite de l’avoir repoussé lorsqu’il était à sa portée. Mais les circonstances ne lui avaient pas forcément laissé le choix et à ce moment elle avait toujours l’espoir de pouvoir lui arracher un entretien digne de ce nom. Elle ne pouvait de toute façon pas réécrire l’histoire…

Le seul étonnement réel qu’elle ressenti ce fut le sentiment de Fériel Kiana qu’il s’agissait d’un mercenaire. Là encore son argumentaire se tenait mais elle ne parvenait pas en être convaincue. Était-il possible qu’il ait débuté en tant que tel et se soit fait récupérer par la personne qu’elle devinait derrière lui ? Sa tirade sur le but qu’il cherchait à atteindre et son soi-disant idéal qu’il possédait résonnait encore à ses oreilles. Elle avait déjà abordé le sujet et elle concevait que l’enquêtrice ait d’autres opinions à ce sujet. D’autant qu’elle se contredisait en partie par la suite. Visiblement elle était comme la journaliste. De vastes zones d’ombre persistaient encore et elle n’avait pas forcément d’avis tranché sur tout. Salwa espérait qu’en alliant leurs énergies, elle pourrait se faire une idée plus précise sur ce criminel et le mettre hors d’état de nuire une bonne fois pour toute. La rouquine était bien d’accord qu’il était capable de commettre des erreurs pour des principes ou des impulsions qui pouvaient le lui couter cher.

La fin de l’exposé de la prieuse arrivé, elle ne put que la remercier de sa confiance. Elle le fit sans sourire, le sujet de leur rencontre ne le justifiait pas particulièrement et la mine austère de la borgne n’incitait pas vraiment à des minauderies. En outre aborder le problème de la traque proprement dit était tout ce qu’il y avait de plus sérieux. Même si la rouquine était prête à prendre des risques, elle tenait à sa survie et mettre au point les moindres détails était essentiel.

« Merci de prendre mon cas personnel en compte et merci de votre franchise. Je ne sais pas si cela fera l’objet d’un article mais si c’est le cas je ferai en sorte d’être fidèle à vos propos. Je suppose que vous préférez ne pas être mentionnée… J’ai une copie de mon article au journal et une autre chez moi. Je n’ai pas osé l’apporter ici. J’ai peut-être eu tort, mais cela ne nous empêche pas de nous pencher sur notre stratégie. Et ne vous inquiétez pas il y a toutes les provocations possibles pour qu’il se sente dévalorisé et remis en cause dans tout ce qu’il est ou prétend être. »

Elle s’interrompit juste de reprendre le fil de la conversation au sujet du plan envisageable pour capturer le criminel au fleuret.

«  Votre idée est judicieuse. Et je peux en effet dormir à la rédaction. Je pense que cela ne posera pas de problème hormis le fait que les rotatives tournent toute la nuit pour imprimer le journal. Il y aura du monde en bas donc je resterai à l’étage. Comme il semble aimer les toits cela ne devrait pas poser de problème, je n’ai juste pas envie que quelqu’un d’autre fasse les frais de sa visite. »

Ce n’était pas la première chose qui lui était venue à l’esprit mais il était certain qu’il y avait toujours un ou deux techniciens qui se relayaient pour surveiller les machines à l’imprimerie du journal et cela ferai peut-être une différence pour ce qu’elles projetaient. Il y avait bien l’option de la chambre d’hôtel mais cela ne changeait pas le problème.

« Vous aurez sans doute besoin des plans du journal pour anticiper la position de vos hommes si vous venez à plusieurs. »

Mais elle ne pouvait sans doute pas organiser cela mieux que l’enquêtrice et elle lui laissait le soin de penser à tous les détails de l’embuscade.

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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Sam 22 Sep - 17:31

Se tenant le menton entre les doigts, Feriel avait le regard braqué sur le vide. Déballer toutes ses pensées l’avait replongé dans ses doutes, et voir la journaliste acquiescer était presque encore pire.

La paranoïa de la prieuse était titillée d’une manière désagréable. Si ce fleurettiste venait effectivement des classes les plus aisées, alors cela lui donnait beaucoup trop de pouvoirs, et de moyens pour échapper aux forces du prieuré… Encore.

Il était déplorable que quiconque arrive encore à se soustraire à la justice.

- C’est mon travail.

Répondit simplement Feriel après que la jeune femme l’ait remerciée, bien qu’elle lui adressât un léger sourire, pour atténuer l’impression bourrue de sa voix.

- Je préfère ne pas être citée nommément, en effet. Le pire, c’est que si ce gars lit votre article, et que vous évoquez une prieuse dedans, il saura peut-être que c’est moi. J’ai déjà eu affaire à lui… Cela étant, ce n’est pas bien difficile de me retrouver, et s’il lui prend l’envie de venir m’agiter son petit fleuret devant le nez je serai ravie de …

Elle se râcla la gorge. Il n’était pas très avisé de proférer toute sorte de menaces, même si elle avait l’habitude d’être brute de décoffrage, elle se trouvait en présence d’une journaliste.

Le « lui casser quelques dents », se transforma en un plus sage :

- … Le recevoir.

Puis, Feriel se donna un nouvel instant de réflexion, durant lequel elle évalua les scénarios possibles pour l’embuscade. Trop de prieurs et de prieuses attireraient l’attention, il faudrait emmener avec elle un ou deux hommes, au grand maximum.

Immédiatement, l’enquêtrice songea à Calion. Il était vigoureux, et serait un bon atout si les choses dégénéraient. Pas qu’elle ait envie de faire trainer le combat en longueur, cette fois-ci un bon coup de pommeau dans la tempe règlerait les choses. Ce fleurettiste était trop agile pour qu’on lui laisse la moindre chance de s’échapper, même si cela paraissait profondément déshonorable.

- Vous avez bien fait de ne pas apporter avec vous l’article, tout compte fait. Si ce fleurettiste est bien quelqu’un de la haute société …

Brièvement, Feriel croisa le regard de Salwa, fronçant imperceptiblement les sourcils ;

- … Et ce n’est pour le moment qu’une supposition, bien entendu, alors il pourrait avoir les capacités de vous faire suivre, de vous atteindre, mais je ne pense pas qu’il se risque à le faire hors de sa double identité. Quant à ladite identité… Toute la ville ne se fournit pas en fleuret, le sien accusait quelques modifications, peut être que ces blessures se retrouveront quelque part de manière significative, et que nous en apprendront plus par ce biais.

Zolt pourrait bien être utile sur ce point. Feriel pensa qu’il faudrait lui écrire très vite après tout cela, pour qu’il puisse passer en revue les cadavres à la morgue, et lui faire un rapport.

- Les plans seraient merveilleux, outre cela, Madame Hawabazzi.

Acheva la prieuse, en se sortant de ses réflexions à voix haute, ses pensées partant un peu sur chaque piste qu’ouvrait cette enquête, elle se força à se focaliser.

- Une pièce sans fenêtre, peut être un grand placard, qu’il ne puisse nous voir depuis son perchoir, pendant que vous demeurerez dans un lieu visible, mais pas trop, pour qu’il ne flaire pas le piège… Cela me semble judicieux. J’espère que cela ne mettra pas en danger les travailleurs au rez-de-chaussée.
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Salwa Hawabazzi
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MessageSujet: Re: Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]   Dim 23 Sep - 8:08

Salwa scrutait autant qu’elle le pouvait le visage et les attitudes de la prieuse ? Visiblement, elle était traversée par bien des pensées et les certitudes ne faisaient pas partie de ses compagnes, Sa mine songeuse en disait long sur les doutes et les interrogations qui la traversaient. En revanche elle semblait déterminée à mener cette affaire jusqu’au bout et Salwa en était pour le moins ravie. Elle avait devant elle une personne de poids bien décidée à s’occuper de l’homme masqué et cela la réjouissait au plus haut point, jusqu’à dessiner sur son visage le sourire satisfait et un peu cruel d’une tigresse qui serait à l’affut contre le vent d’une proie depuis longtemps convoitée. Feriel Kiana avait son travail comme elle le disait si bien et la rouquine le sien et elle espérait bien que les deux seraient complémentaires.

La remarque de l’enquêtrice était d’autant plus pertinente que le fait de savoir que Salwa avait contacté une prieuse pouvait être l’annonce d’un piège qui se tramait contre lui et dissuaderait le fleurettiste de se montrer. Elle pourrait toujours écrire un papier si la chance leur souriait sur la capture de l’assassin, mais il n’était pas temps de vendre la peau de l’ours avant qu’il ne soit collé au pilori et décapité en place publique. Sa mort importait peu à la journaliste mais imaginer son bourreau au pilori pour son plus grand déshonneur, livré à la vindicte populaire et sa déchéance rejaillir sur toute sa famille avait le parfum exquis d’un plat qui se déguste froid. Elle devait bien l’admettre, si les manigances qu’elles mettaient sur pied n’aboutissaient pas elle en serait par contre mortifiée, même si elle savait que cela n’arrêterait en rien ses recherches et qu’elle traquerait jusqu’au bout cette ordure et œuvrerait à sa capture autant qu’elle le pourrait.

Ces derniers temps, ses enquêtes l’avaient amenée à flirter avec la plus grande insécurité et elle avait dû envisager une mort violente. Sans plaisir aucun, mais sans terreur au point qu’elle s’était demandé si elle ne perdait pas un peu la mesure des choses. Elle n’était pas de ces philosophes qui apprennent toute leur vie à se familiariser avec la camarde et la vie était trop belle et palpitante pour souhaiter l’abréger, mais sa détermination dans ce qu’elle entreprenait pouvait lui faire envisager de décéder brutalement. Etait-ce la conclusion logique du plaisir qu’elle trouvait dans ses projets professionnels ? Allait-elle trop loin ? Cela en valait-il la peine ? Autant de questions qui revenaient depuis ces derniers jours et qui la faisait parfois douter de qui elle était, elle qui pensait se connaître si bien.

Mais pour l’heure, il n’était pas question d’introspection, mais de savourer la possibilité de mener un de ses projets à son terme ainsi que la détermination de sa complice qui se laissait aller soudain à des confidences presqu’à son insu et montraient qu’elle était sur la même longueur d’onde que la journaliste qui aimerait bien également « le recevoir ». Son rictus carnassier de toute à l’heure se mua en petit sourire amusé et complice qui disparut comme pour respecter la réflexion de Feriel Kiana. Elle n’entreprenait visiblement rien à la légère et cela plaisait à Salawa Hawabazzi qui pouvait évidemment prendre des risques pour mener la tâche qu’elle s’était fixée à bien, mais ne souhaitait pas que soit commises de grossières erreurs susceptibles de faciliter les dessins du fleurettiste narcissique.

Elle se contenta de hocher la tête aux premières réflexions de la prieuse. Elle était assez d’accord avec elle ce qui justifiait les précautions que la journaliste prenait lorsqu’elle sortait de chez elle et la paranoïa qi était la sienne lorsqu’elle arpentait les rues de la cité. Elle se trouvait parfois ridicule de tenter de semer les personnes qui restaient trop longtemps dans son sillage. Son humour et son gout du jeu suffisait pour le moment à lui faire garder la tête sue les épaules mais combien de temps cela allait-il durer de même qu’elle était persuadée que les nouveaux aménagements de son havre de paix était suffisant pour éviter de nouvelles intrusions.

Pour ce qui était du fleuret, elle devait l’admettre, elle ne savait pas ce qu’elle pouvait donner comme indication. Evidemment, contrairement aux fleurets des salles d’armes qui étaient munis d’une mouche pour éviter les blessures, celui qu’elles recherchaient avait une pointe effilée susceptible de perforer un corps sans protection et puis il y avait la garde et le panier de l’arme qu’elle avait eu un bon moment sous les yeux lorsqu’il s’était approché d’elle et lui avait mis sa lame carrée sous la gorge. Ce souvenir lui fit serrer des dents. Elle revivait régulièrement ce moment à la fois comme celui où son métier était passé avant le pragmatisme et celui où elle aurait pu tenter quelque chose capable de rendre ce connard reconnaissable. Elle n’était pourtant pas du genre angélique mais elle avait cru qu’elle pourrait amener son visiteur à lui parler comme à la journaliste qu’elle était et avait laissé passer sa chance de … mais les regrets n’arrangeraient rien et seul le futur comptait à présent. Elle se lança donc dans la description de cette partie de l’arme qu’elle n’avait pas encore pensé à exploiter et pour cause.

"Hélas de ce côté je n'ai rien pu noter de spécial ce qui d'"ailleurs étonnant pour quelqu'un qui aime les accessoires qu'il ne se laisse pas aller à des fioritures dans le panier la garde et le pommeau. Car il avait un pommeau et je ne sais pas si les fleureuts en ont un..."

Elle n'espérait pas que cette description apporterait beaucoup d’eau au moulin de l’enquêtrice borgne mais son visage n’en laissa rien paraître été elle passa à l’élaboration de leur piège. Salwa réfléchissait en même temps que son interlocutrice parlait.

"Par contre des fabricants de masques de ce genre ne doivent pas courir les rues. Il faudrait peut être se pencher sur la question..."

Pour ce qui était de la topologie de l'endroit où elles envisageaient de tendre leur piège, la rouquine doutait maintenant que le journal fût le meilleur endroit.

« Une pièce de ce type au journal, je n’en vois qu’une. Ce serait la salle des machines, mais ce n’est pas très plausible de passer ses nuits dans l’endroit le plus bruyant du journal… En outre, il faut passer par l’imprimerie qui tourne toute la nuit pour livrer le journal au matin. Les équipes de relaient dont en permanence, sans parler de la mécanicienne qui est d’une jalousie lorsqu’il s’agit de ses chaudières et de ses moteurs !... »

Elle poursuivit sa propre réflexion prenant à son tour son menton dans sa main gauche l’index sur la bouche.

« Par contre j’ai fait poser des moucharabiehs chez moi. En plus de m’apporter un peu plus de fraicheur, cela à l’avantage de ne pas laisser entrer n’importe qui mais aussi de ne dévoiler ma présence dans une pièce que si je passe près de mes fenêtres… Vous pourriez être chez moi sans que quelqu’un de l’extérieur ne s’en doute…»


Elle haussa les sourcils pour interroger en silence Feriel Kiana. Leur réflexion tournait un peu en rond, mais il fallait sans doute en passer par là pour que les options soient éliminées ou validées.

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Sous les plis épais de la pourpre onctueuse La lumière descend molle et voluptueuse [Feriel Kiana]
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