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 Leçons d'étiquette(s) (Izei)

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Jakab Tangara
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MessageSujet: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 7 Aoû - 1:51

La nuit est belle. Ça, je dois bien le reconnaître, malgré la migraine de la taille approximative du continent qui me cisaille la cervelle en deux. L’air est doux pour la saison, et le vent souffle à l’Est, ce qui veut dire que l’habituelle puanteur acide des entrailles du District Manufacturier ne me file pas l’envie de m’arracher la peau avec une brosse de crin. Pour la puanteur normale, celle des caniveaux et des clochards, j’ai amené des clopes. Un truc un peu infâme, avec des fleurs mélangées, le genre à me filer la chiasse si j’en fume de trop, mais qui me remplit le nez et les poumons d’odeurs d’incendie pastoral. Aussi, ça soulage un peu ma migraine.

Je n’ai pas mis de bijoux, ce soir-là. Cambriolage oblige. Bon, d’accord, juste une petite tourmaline verte à mon oreille, histoire de pas me sentir tout nu. Mais un truc discret. Spécialement réservé aux jours de boulots important. Et puis cette boucle-là elle tient plus du porte-bonheur que de l’accessoire, à ce stade, alors je décide que ça ne compte pas.

Surtout que du reste, j’ai fait un effort pour me foutre tout en noir, pour bien disparaître dans les coins d’ombre. Là, par exemple, pendant que je guette, à l’angle de l’entrepôt, pour être sûr que personne ne vient mettre du plomb dans le cul de mes hommes, je suis parfaitement discret. La seule chose qu’on peut éventuellement remarquer, c’est mon visage, parce que je ne suis pas le genre de type à m’enrouler des chaussettes autour de la face, mais c’est tout un autre débat. Je n’ai pas ce souci du détail, voilà tout.

Ah, et bon, il y a la fumée de ma cigarette, aussi. Mais dans ce district-là, tout finit par plus ou moins fumer en permanence. Les tuyaux, les machins qui flottent dans le fleuve, les cheminées, les clochards… Ma contribution personnelle au smog manufacturier saura probablement passer inaperçu.

A l’intérieur de l’entrepôt, j’ai trois gars. Deux à moi, et un que j’ai emprunté parce que le grand Sim a attrapé une morveuse, récemment, et que ledit gnome lui a refilé un sale virus du type gastro-gerbeux. Pas le genre de handicap très approprié pour une mission discrète et rapide.
Grand Sim écarté, donc, on se retrouve avec Nesrine, une grande brune au surin facile qui possède bien plus de ma confiance que les deux autres réunis, Dilek, plus crocheteuse que bagarreuse, du haut de son petit mètre quarante cinq (cinquante et un en comptant la touffe de cheveux crépus), et Ugur, mon emprunté, taillé un peu dans le même moule que celui qu’il remplace, et dont la petite tresse a l’air d’une queue de rat perdue au milieu de ses gigantesques épaules.

L’idée, ce soir, c’est que ces trois-là me ramènent quelques-uns des jolis petits lots de poudre noire, fraîchement assemblés du matin, qui attendaient sagement en entrepôt leur livraison au prieuré le lendemain. Mon client, un mec du métier avec des envies d’élévations sociales et financières, avait été formel ; à cette heure et pour une heure environ, l’endroit ne serait protégé qu’en son entrée principale, faute de budget sécurité. En évitant la ronde occasionnelle de celui des deux types plantés à la porte qui aura perdu à la courte paille, et en n’étant pas trop gourmands sur la quantité de poudre à embarquer, il y avait moyen de faire ça vite, bien, et sans s’attirer trop d’ennuis.

Sans compter la satisfaction profonde que l’idée de siphonner la poudre des prieurs pour qu’elle finisse par leur être réexpédiée dans le fion plus tard me procurerait.

Alors qu’il ne me reste plus qu’un petit tiers de clope, j’aperçoit trois ombres se faufiler hors de l’entrepôt en se glissant dans le petit entrebâillement du hangar de chargement. Nesrine en tête, Dilek sur ses talons (la gamine avait tendance à toujours plus ou moins lui traîner dans les jupes métaphoriques), et Ugur, plus pataud, qui les dépasse bientôt pour m’apporter un petit sac en toile, bien rond et bien lourd, avec sur le devant une inscription de quatre lettres que j’ai toutes les peines du monde à déchiffrer dans la pénombre.

Que j’ai toutes les peines du monde à déchiffrer tout court, en réalité, mais je ne suis pas prêt de l’admettre, ça c’est certain. Ceci dit, quatre lettres, c'est un peu court pour dire "poudre noire attention ça explose", et ça devrait probablement me mettre la puce à l'oreille.

C’est ça le problème avec les rassemblements d’illettrés : on est volontaire, on a beaucoup de motivation mais on n’est pas foutu de savoir lire les étiquettes. Avec un sourire de chat content de lui, néanmoins, j’écarte ma clope (ou ce qu’il en reste) de mes lèvres, la confiant aux mains de Nesrine, pour me saisir du sac et en inspecter le contenu.

Et soupirer.

Soupirer longuement.

« Ugur, mon grand.
- Oui patron ?
- Est-ce que tu réalises bien que… Quand un truc sent comme du café. Et qu’il ressemble à du café. Il y a… TRÈS peu de chance que ce soit de la poudre ! »

Bon, okay, ma voix s’est un peu barrée en couille sur la fin, là. Mais à ma décharge, s'énerver en chuchotant, ça a toujours plus ou moins l'air ridicule. Pis 'voyez le genre d’énergumènes avec lesquels je dois composer, parfois...

« Oui mais patron, on en a jamais vu nous, de la poudre…
- Ben vous avez bien déjà vu du café, nom d’une… couille de Myre ! Putain !! »

Le pauvre Ugur se prend son sac de grains dans la tête, mais il ne proteste pas. Forcément ça explose, ça s’éparpille partout, ça fait un bruit d’enfer, et tout le monde tire la tronche, mais à ce stade de l’opération je n’en ai plus rien à faire. Saisi par un mélange d’excuse et de panique, la grande barrique et sa foutue tresse pleine d’huile se jettent à moitié à genou sur le pavé pour essayer de rassembler son butin. Je vois rouge.

« Et il ramasse, en plus ! Non mais qui m’a foutu un gland pareil ! »

Sous les regards légèrement médusés de Nesrine et de Dilek, Ugur se prend mon pied au cul. Personne ne bronche, tout le monde regarde en l’air pour voir ce qu’il s’y passe. Quand il s’agit de se faire engueuler, le personnel, c’est pire que la marmaille. Y’a plus de solidarité.

Après quelques gros mots de plus, je renvoie tout le monde à l’intérieur, en les prévenant que celui qui essayait de se ramener avec un sac de gravier me ferait le plaisir de l’avaler caillou par caillou avant de sauter dans le fleuve. Moi, je retourne à mon poste, et je termine ce qu’il reste de ma clope en me cramant les doigts.
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 7 Aoû - 21:41

Je suis très très mal à l'aise à coté d'une usine de poudre. Globalement, tout ce qui est plein de chimie (oui, je n'y connais rien) fait doubler ma tension artérielle. Comment reconnaît on de la chimie tu vas me demander ? Hé bien c'est extrêmement simple pour celui qui manie des pistolets : ça lui explose à la gueule par surprise. Avec l'expérience, j'ai appris à ne pas tirer sur les bidons métalliques et les citernes. C'est souvent plein de chimie ces trucs là. Un piège à con. Les tonneaux en bois parfaitement honnêtes peuvent aussi en contenir, cela dit. Et moi, je fais attention à ne pas tout faire exploser ; ce n'est pas forcément le cas des autres gens autour. Dès qu'il y a de la chimie quelque part tu peux t'attendre à ce que l'univers s'embrase d'une seconde à l'autre. Boum. Et si tu as la chance, la chance incroyable, de tomber sur de chimie qui n'explose pas, elle peut se contenter de te faire fondre les poumons avec la vapeur, t'acidifier ou te rendre aveugle.

Le pire, c'est que tu ne sais jamais si tu rentres dans une manufacture d'ours en peluche ou de poudre noire. Pour des raisons de sécurité évidente, ce n'est pas écrit sur le fronton. Là je suis au courant parce que ma cousine vient de me le dire (pas celle qui est attardée et qui a six doigts à chaque main, une autre). Elle travaille ici, elle est une des deux gardes de l'entrée principale. J'ai une boule au ventre d'un seul coup.

Oui, le monde est petit. Moi je rentrais d'une faction qui se passait dans une caserne (parce que les événements de la Fête de la Vie ont foutu le bordel dans les plannings, enfin bref). Ça consistait à attendre dans une pièce tout seul qu'on ait besoin de moi (en général on laisse des petits coins bien à eux aux vicaires, d'une part pour le decorum, et aussi parce que personne n'a envie de traîner avec des sorciers maléfiques qui s'automutilent). Donc j'ai passé quelques heures à rien foutre au frais et puis là je rentrais. Et qui je croise ? Ma cousine Toto (je ne connais pas son vrai prénom tellement il n'a jamais servi, j'imagine que dans sa tête elle m'appelle Zizi aussi, mais je digresse beaucoup non ?).

Donc, j'étais dans un milieu vaguement hostile (la rue), il faisait nuit, je rentrai vite me replier dans ma coquille bien aimée et là je croise un membre de ma famille. Pas de bol. Et son nouveau boulot du moment c'est de garder une usine de poudre. Génial.
Donc ma cousine elle a deux ans de plus que moi, et elle sent fort l'alcool rance. Je marche à coté d'elle pendant qu'elle fait sa ronde, on parle en marchant. Comme c'est un membre de ma famille, elle est blonde et grosse (moi je suis pas gros mais crois moi que ça se fait pas tout seul). Dans son armure de seconde main on dirait un rouleau de cuir géant. Complètement cylindrique. J'dis armure de seconde main parce qu'on voit très bien les trous de balle qui ont tué son occupant précédent.
De mon coté, comme je ne suis pas le plus futé de la portée non plus, je commence direct par lui faire la moral après les bonjour comment ça va quelle surprise.

- Mais euh... il dit rien ton employeur que tu... enfin tu tiens à peine debout.

- Je tiens debout !

- Tu t'appuies de temps en temps sur le mur quand même.

- Oui bah t'es bien gentil mais tu monterais la garde debout pendant six heures, toi aussi tu boirais pour oublier tes lombaires hein.

Je me souviens plus précisément de ce que c'est les lombaires, mais tu peux crever pour que je demande.

- Tu dois pas aller te pincer les tétons et faire une 'tite prière là au lieu de me dire comment sucer les couilles de l'autre voleur ?

- Je-fais-pas-ça ! Puis j'ai pas parlé de voleur moi !

- Bah tu me dis que ça déplairaiiiit à mon emplôôôyeur. Donc l'autre enculé de chef à l'agence. Il fait que gratter des heures ce bâtard. J'vais quand même pas me geler le cul sobre pour ce gros taré. En plus il est complètement con il sait même pas claquer des doigts !

- Je ne vois pas le rapport.

Je sais pas le faire non plus cela dit.

- Et par dessus le marché il y a mon con de fils, niveau chieur. Bon déjà il reste à la maison il en fout pas une. Déjà, à dix neuf ans c'est pas mal. Mais en plus ! En plus ! Tu sais ce qu'il me fait ? Il arrête pas de faire des trucs avec le linge de ma go ! Enfin t'imagines ! Je fais semblant de rien voir. 'fin avec quelqu'un d'autre du même sexe qui lui explique ça serait plus...

- Mais... mais non ! Mais arrête ! Ça ne me regarde pas !

- Ouiiiii bah c'est la famille. Ça arrive à tout le monde. Enfin, tu te souviens de la fois au mariage de Poupette, t'avais huit ou dix ans, tu avais mis ton...

- Mais laisse moi tranquille ! Je te fais pas chier laisse moi tranquille putain !

Dis je d'une voix horrifiée. Y a des souvenirs tellement violent niveau honte, quand ça remonte t'as envie de te taillader les veines de façon non-professionnelle.

- Hé beh, t'es grognon. Ils ont oublié de te filer ton verre de lait après la fessée dans ton truc ?

- Mais ! Putain ! Arrêtez de me parler de pince téton, de bougies et je sais pas à chaque fois que vous me voyez ! Je-fais-pas-ça !

- Quoi les bougies ? Qu'est ce qu'il faut faire avec les bougies ? Et... hé... c'est quoi le truc par terre là bas ?

J'ai cru que c'était une technique pour que je tourne la tête et qu'elle me fasse une sale blague alors j'ai résisté. Mais en fait c'était pas une blague. Y a un sac chiffonné par terre. On voit pas bien il fait nuit.

- Oh non putain on dirait que c'est le café !

Toto court voir. Moi je reste sur place, toujours au bord de la crise d'anévrisme mais pas pour les mêmes raisons. Si c'est du café qui vient de l'usine, qui l'a sorti ? Il était pas là ce sac renversé quand je suis arrivé, ça fait bizarre, comme ça au milieu de la cour.

- Oh non oh non c'est le stock pour le mois ça ! Tout foutu en l'air ! Il va jamais vouloir le remplacer l'autre enculé.

Le garde débile va voir le bruit. Moi je regarde aux alentours si y a pas un type avec une arme qui se planque dans un coin. C'est une usine de poudre. Y a peut être un intrus. Danger.

- Tu veux pas m'aider à ramasser ?

- Euh... non je vais aller voir. Reste bien là dehors surtout.

Je me mords la langue pour me téléporter sur le toit. C'est chiant les usines, y a pas de balcon avec une porte fenêtre bien tranquille, bien confortable, pour rentrer. Je trouve seulement une trappe qui ne s'ouvre pas de l'extérieur. Merde. Le seul truc que je peux faire, c'est un vague petit tour pour regarder par dessus bord si il n'y a personne en vue. Je ne vois rien. 'fait nuit en même temps.
… et c'est une usine de poudre et je n'ai pas d'épée. J'espère que le mec qui a renversé le café est tout seul. Rien que marcher sur le toit ça me stresse, je tends l'oreille pour chercher le plus infime signe d'explosion. Pendant ce temps Toto gueule comme une truie pour me demander pourquoi je fais le kakou là haut. Putain de mercenaire du privé. 'foutent la merde. Je redescends.

- Mais boucle la ! Toi, peut être que tu en as rien à faire des voleurs, mais moi j'ai pas envie de voir des criminels avec des explosifs ! Passe moi la clef de la porte là bas. Ou du toit.

- Mais j'ai pas le droit, et puis c'était que du café...

- Je m'en fiche ! Moi je vais où je veux et je les emmerde tes chefs, voilà.

En plus je suis dans mon uniforme de sorcier maléfique là, j'aimerais bien voir le branle-couille qui m'empêcherait d'entrée là dedans. Toto me file un trousseau.

- Euh... t'arriveras à appeler une patrouille si je mets trop longtemps à sortir hein ?

Elle me fait signe que oui, sans oublier d'ajouter des vannes sur ma paranoïa et ma trouillardise. Je retourne sur le toit. La trappe. Ça donne sur une échelle métallique. J'ai entendu du bois craquer. Je sursaute. Ça explose ou ça explose pas ? Non, mes organes ne vont pas voler partout. Pas maintenant. Peut être plus tard.

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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Sam 11 Aoû - 1:27

Bon. Concrètement : c’est la merde, et en plus c’est ma faute, ce qui veut dire que je n’aurai même pas le loisir de pouvoir me défouler sur un sbire si jamais on se sort indemne de toute cette panade. Parce que se faire prendre la main dans le sac quand on est en train de voler des pommes à un honnête commerçant, c’est une chose. Se faire piquer en plein braquage organisé dans un entrepôt d’armement, c’en est une autre.

Vraiment, si je nous tire de là, je jure de faire quelque chose pour solutionner mes problèmes d’impulsivité. Genre… les électrochocs, ou bien me mettre à la tisane.

Berk.

Non puis finalement quand on y pense, ce n’est pas tellement ma faute. D’abord, les infos qu’on nous a donnés étaient visiblement pourries, étant donné qu’on se retrouve avec DEUX gardes qui font une ronde à la mauvaise heure, et que visiblement dans le tas il y en a au moins un qui sait faire des petits tours de magicien. Et par petit tours de magicien j’entends ‘putain de techniques de fourbasses de vicaire de mes couilles putain’. Avec deux fois putain, c’est important.
Parce que leurs saletés de prieurs sous stéroïdes, j’en ai jamais vu en vrai, mais on m’en a raconté de belles, et je peux vous dire que je trouve ça franchement antisportif.

Il parait qu’en plus de se faire des trucs chelous du genre disparaître et réapparaître, ils peuvent s’arracher les bras pour te taper avec, ou bien t’aveugler avec leur sang. J’ai aussi entendu qu’ils se greffaient des organes entre eux et qu’ils mangeaient des petits animaux vivants au déjeuner. Oh et Sylvio m’a dit un jour qu’ils avaient plusieurs bites, mais là je suis presque sûr qu’il se foutait de ma pomme. Qu’est-ce qu’ils en feraient, au juste, de toute façon, hein ?
Alors après, le mien, de vicaire, je ne l’ai pas spécialement examiné de près. J’ai juste vu ses pieds de démon disparaître en regardant vite fait sous la porte. Ça ne me sera pas très utile pour vérifier la théorie de Sylvio, mais à moi ça me suffit pour me flanquer sacrément la frousse. J’ai pas très envie qu’on me frappe avec mon propre bras.

Maintenant, la petite grosse est de nouveau toute seule dehors, et je n’ai aucune idée d’où a bien pu passer le sorcier. C’est flippant, mais au fond, peut-être bien que c’est notre seule chance de sortir de là. J’ai rassemblé tout le monde en tas pas très loin de la porte du hangar, et à présent ils attendent sagement dans l’obscurité que je prenne une décision. Le tout, ça va être de neutraliser la fille sans qu’elle ne fasse rappliquer tout une plâtrée de copains (parce que bon, s’il y a un vicaire imprévu dans la nature, rien n’empêche qu’il y en ait tout un tas d’autre) dans la minute avec ses couinements.

Il va falloir improviser, et sincèrement, je n’aime pas ça. Du tout.

Retirant ma boucle d’oreille, je viens me poster tout à côté de la porte, de manière à ce que l’on n’aperçoive pas mes pieds. Ensuite, et avec un douloureux pincement au cœur, je balance le petit caillou par terre, pour qu’il roule par l’ouverture avec un petit tintement métallique. C’est petit, mais bruyant, ces choses-là. Et ça brille. Avec un peu de chance…

Comme la vie aime à faire osciller mes journées entre la poisse la plus immonde et la veine la plus crasse, la brave petite saucisse mord à l’hameçon. Abandonnant son café, elle fait quelques pas en direction de la porte, remarquant d’abord l’ouverture, puis le petit machin qui brille par terre. Si elle fait mine d’appeler son collègue avant d’agir, elle n’en fait cependant rien. Probablement parce qu’un p’tit caillou comme celui qui trône innocemment sur la brique, c’est difficile à partager. Qu’avertir les copains peut bien attendre qu’elle s’assure un peu d’auto-compensation financière, ni vu ni connu, elle qui semblait se plaindre de son horrible patron. Heureusement, d’ailleurs, sans quoi je ne les aurais probablement pas entendu arriver, ces cons, tout pétri d’énervement que j’étais.

La blonde, donc, ravie de cette opportunité d’arrondir un peu sa retraite, se penche pour ramasser la boucle d’oreille, et en profite pour jeter un œil par-dessous cette ouverture qui n’est pas vraiment censée être là. C’est le moment que j’attendais.

Je plonge en avant à mon tour, agrippant une poignée de cheveux gras avant de lui foutre le pommeau de ma dague dans le pif. Y’a un truc qui craque, et un autre qui couine, faiblement, mais avant qu’elle ait eu le temps de rétorquer quoi que ce soit, je la tire à l’intérieur, en profitant qu’elle soit sonnée pour la jeter à terre. Nesrine se précipite pour m’aider, tandis que les deux autres restent en arrière, et tandis qu’elle attrape le col de la prieuse, je lui remets un coup de botte dans la tête, par sécurité. Et aussi parce que j’ai les nerfs de m’être aussi monumentalement plantée.

Elle gargouille encore un peu, mais ça devrait nous laisser quelques secondes de plus avant qu’elle de se réveille pour gueuler. En attendant, on la traîne à l’intérieur, Nesrine lui prend son arme, et pendant qu’elle lui pose sagement sur la nuque, je cherche désespérément un truc pour bâillonner la blonde.

Je vais quand même pas encore sacrifier une chaussette, si ?

« Ugur ! File moi une de tes chaussettes ! »

Voilà le retour des chuchotements énervés.

Nesrine lève au ciel ses jolis yeux noirs, et face à mon désarroi, prend l’initiative de changer son approche. S’asseyant sur le dos de la bonne femme, elle lui tire les cheveux en arrière, et lui colle sa lame entre les lèvres.

Oui effectivement, ça marche aussi, au niveau de l’intimidation. C’est pas mal. Et ça laisse le temps à l’autre débile de défaire sa botte. C’est pour ça qu’il est toujours utile (et agréable) de s’entourer de gens plus cruels et compétents que soi.

Tendant l’oreille, à l’affut du moindre indice sonore qui pourrait révéler une éventuelle alerte donnée dans les alentours, je m’accroupis à côté de notre pauvre bonne femme.

« Bon. Du calme Blondie. Tu fais pas un bruit et t’auras encore une bouche pour bécoter ta bonne femme demain matin. Compris ? Fais euh… Non ne hoche pas la tête. Cligne des yeux très lentement si t’as bien compris. »

A la réflexion, peut-être que je ferais bien d’attendre que sa tête arrête de résonner de mon coup de talon avant de lui exposer ce genre de consignes un peu techniques.

« Ugur, magne ton cul ! On la bâillonne et on se tire, tant pis pour la marchandise… »
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Sam 25 Aoû - 9:11

Je me suis accroupi derrière un bureau, dans le noir. Je suis en train de me taillader à la jambe et de mettre du sel dessus (pour que ça dure). Le problème c'est qu'il y a du bruit. Des gens. Ils ne sont pas censés être là. Et moi je ne sais pas si ils ont des armes à feu, est ce qu'ils comptent voler ou est ce que c'est déjà fait ? Combien sont ils ? Si ils peuvent faire exploser tout le bâtiment il va falloir réfléchir à une stratégie (une plus subtile que « cassez leur la gueule »). Donc, j'aimerais les voir avant que eux me voient. Comprendre sur quoi je suis tombé.

Je me trouve sur une espèce d'immense mezzanine au dessus de l'usine proprement dite. Ça a l'air d'être la partie paperasse, plein de bureaux et d'étagères remplies dossiers. Derrière la rambarde j'aperçois le haut des cuves. La chimie est en bas. Les voix aussi. Je me téléporte au plus près de ce que j'estime discret, toujours accroupi.

Le problème c'est que je porte un chouette uniforme rouge pétant tu vois. Comme j'ai pris du galon niveau magie, y a même un peu de dorure (en quantité discrète quand même, parce que je finis souvent brûlé ou avec des trous et c'est pas gratuit hein). Y a aussi les bottes, d'une légèreté toute militaire, conçues pour défoncer des portes à coup de pied. Les pistolets, le couteau de cérémonie, toutes les parties métalliques qui tintent quand je marche. La furtivité c'est pas tellement ma spécialité quoi.
En résumé, j'ai l'air d'un con qui, pourtant caché un étage au dessus dans la pénombre, est obligé de s'allonger pour ne pas être vu. De toute façon, les criminels en contrebas ont l'air occupé avec autre chose. Depuis mon point d'observation éloigné, il n'y a pas grand chose à dire sur eux. Ils ont l'air de sales déchets, voilà. Toutes les silhouettes sont tournées vers une porte ouverte. Et puis quelqu'un rentre et ils se précipitent tous dessus.
Quelqu'un avec des cheveux blonds.

Oh merde ! Ils l'ont jeté au sol. Est ce qu'elle est morte ? Il n'y a pas eu de coup de feu, mais pas besoin quand ta victime rentre comme un sanglier. J'arrive pas à voir si il y a du sang par terre. Est ce qu'il y a du sang par terre ? Est ce qu'on vient d'égorger ma cousine sous mes yeux ? Je vais me rapprocher. Je sers à rien ici.
Bon, il faut descendre j'imagine. Le seul spot qui me semble sûr, il a l'air loin. C'est derrière un tas de sacs. Je ne me téléporte pas à toutes les distances que je veux, une dizaine de mètres c'est ma limite. Et là... et là c'est juste quoi. Je ne sais pas si ça passe. Mais y a une silhouette qui domine Toto, et elle n'est pas rassurante. Ils parlent mais je ne comprends rien. On va tenter. Au pire je me casse la gueule à un mètre de ma destination.

Ouh, c'est passé ! Mais ce n'était pas agréable. J'ai l'impression d'avoir été balancé dans quelque chose de très très froid (la neige et tout ça c'est un peu mythologique dans le coin). Ça fait des trucs bizarres la magie. Je mets les mains sous mes aisselles pour les réchauffer.
Mais maintenant j'entends ce que les sales criminels disent. Ils ont l'air de menacer Toto. On ne menace pas un cadavre, alors elle est encore vivante.

La situation aurait été limite meilleure si elle avait été égorgée. Là je suis tiraillé entre l'envie de protéger la poudre et celle de récupérer ma cousine. La poudre ben... c'est simple. Moi avoir droit à poudre. Eux non. Quant à Toto... oui elle est chiante. Mais il y a une nuance entre la trouver chiante et la vouloir morte à mes pieds. C'est compliqué la famille, tout ça. Et j'ai peur de ne pas parvenir à préserver les deux.
Je suis tout seul et très mal armé déjà. J'ai un couteau mais il est conçu pour me faire du mal à moi, pas aux autres. La garde est décorée et la lame très courte. Aucun intérêt pour tuer les gens. Et tu vois les gros sacs derrière lesquels je suis caché ? Bah c'est écrit « soufre » dessus. Je suis à peu près sûr que c'est du genre à exploser ce machin. Au moins à être toxique. Regarde le nom ! Si tes poumons te coulent pas par les oreilles quand tu te prends une giclée de ça sur la truffe, c'est qu'on est plus dans le monde merdique que je connais.

Je passe discrètement la tête pour regarder. Je n'ai pas vu d'arme à feu, mais ils sont habillés en couleurs sombres, il fait nuit, qu'est ce que tu veux faire ? Il y a un espèce d'adolescent très moche qui tient un couteau près du visage de Toto, un costaud, un mec qui a l'air d'être le chef parce que j'ai quasiment entendu que sa voix et une autre gamine. Peut être qu'il y en a d'autres dehors ? C'est très pénible les gens qui savent comment vous emmerder.
Bon, comment je fais ?

Parler semble quand même s'imposer. La méthode de négociation habituelle, par chez nous, c'est « faites ce qu'on dit ou on vous tuera plus lentement ». Et souvent ça marche, parce qu'on est nombreux et convaincant. Je sais aussi que les criminels sont très cons. Ce n'est pas parce que l'explosion de tout le bâtiment les tuerait qu'ils ne vont pas se mettre à jongler avec de la dynamite. Je vais pas sous estimer la bêtise d'un Oisillon dénutri et défoncé à la colle. Si ils ont des armes à feu, ils vont tirer partout comme des mongoliens. Sûr et certain. Je me sens très mal à l'aise d'être caché derrière un truc qui s'appelle « soufre » d'ailleurs. Si ils avaient des sacs où c'est écrit « mousse à usage pédiatrique » à la limite, je me sentirais beaucoup mieux.

J'ai pas trop de choix. Je ne vois pas comment leur défoncer la gueuler efficacement sans que ma cousine y passe. Bon. Et je fais quoi ? … je sors ? Comment ça ? En mode « coucou j'étais caché » ?

- On doit vraiment se tirer ? J'ai rien vu moi. Et puis si l'autre garde se pointe on peut pas se le faire à quatre sérieux ? On a toute la marchandise sous le nez là. En deux minutes on a les bras rempli et on se tire tout pareil.

C'est la plus petite, celle avec plein de cheveux, qui a parlé. Que... hein ? Enfin si les terroristes pouvaient tous partir dans une direction chacun en laissant Toto seule ça m'arrangerait beaucoup. Qu'ils ne me fassent pas le coup de l'otage, ces sales petits connards. Néanmoins, comme dans ma famille on a un patrimoine génétique très resserré, ma cousine me ressemble beaucoup. C'est moi avec des seins et dix kilos en plus en fait. Puis ça court pas les rues les blonds aux yeux bleus... oui, il faudrait vraiment qu'ils partent chacun d'un coté.

- Ça se voit que c'est pas toi qui a des dettes jusqu'au plafond. Trouve moi un coup qui paye aussi bien qu'une gros cargaison de poudre, va y, j'te regarde.

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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 4 Sep - 22:03

« Dilek qu’est-ce que tu fous ?! »

Manquait plus que ça.

Ma voix siffle, entre mes dents, coincée entre une quantité raisonnable de décibels et une espèce de chuintement de rongeur exaspéré.

J’ai à peine eu le temps de relever la tête de ce que j’étais en train de faire (à savoir essayer de récupérer ma boucle d’oreille des gros doigts contrariés de blondie, là en bas) que la gamine avait déjà fait deux mètres à l’intérieur de l’entrepôt, en s’enfonçant dans l’obscurité. Cette abrutie. On ne distingue déjà presque plus les traits de son visage, mais à l’instinct, je les imagine crâneurs. Elle a toujours plus ou moins eu un problème avec le bon sens, la petite. Quant à l’autorité, n’en parlons pas. Il n’y a que Nesrine qui parvient à la canaliser, d’ordinaire. Là, visiblement, même ça c’est raté.

Je la regarde un moment, le cœur battant, en me demandant ce que je suis censé faire. Ça n’est jamais très agréable de rentrer chez soi les mains vides, surtout aussi près du but, et je suis le premier à le concéder. Mais là le risque est réel. Et Dilek n’est qu’une gamine. Trop jeune pour avoir tout à fait conscience de sa propre mortalité.  En regardant dans sa bouche je suis sûr qu’on doit encore pouvoir trouver des dents de lait. Comment voulez-vous qu’elle ait conscience de ce qui peut potentiellement nous tomber dessus en face.
Moi, par contre, je visualise assez bien. Dans ma tête y’a un petit théâtre, avec un vicaire dedans, et un guignol qui se fait arracher les bras, et de l’hémoglobine qui gicle partout sur un public de petits enfants terrifiés. Et je peux vous le dire : au fond de mon bide, ça danse la java. Et même si j’essaie de garder un minimum de contenance parce que c’est ce qu’on doit faire quand on est le chef, j’vous jure, j’me tirerai bien en courant en laissant tout le monde ici.

En revanche, j’ai toujours pas abandonné l’idée de récupérer ma boucle d’oreille. Dès fois que les sorciers mutants dégueulasses se soient découverts des pouvoirs de doberman et qu’on soit pas au courant, on sait jamais, j’ai pas envie de leur laisser des trucs à moi. Mais avec le stress et puis le fait qu’en même temps je dois gérer les insolences de la jeunesse, j’ai un peu de mal à la dégager de la poigne de la prieuse. C’est que, même par terre, bâillonnée et salement sonnée, elle a encore de la force dans ses gros doigts, la saucisse.

« Allez… rend moi ça, connasse… Dilek ! Hé ! Morveuse de mes deux !
- Jak…
- Ta gueule Nes. »

J’aboie, maintenant. Au point où on en est, mes chuchotements n’ont plus rien de discret, et si renforts il y a ça m’étonnerait qu’ils aient des doutes sur l’endroit où on se trouve, dans ce grand entrepôt parfaitement silencieux. En plus à force d’insister pour rien je vais finir par m’estropier les cordes vocales.

« Ramène ton cul maintenant où tu peux t’asseoir sur ton boulot, tu m’entends ?!
- T’es vraiment une poularde, chef ! Regarde, c’est juste là y’a qu’à… »

Peut-être que je ne saurais jamais ce qu’il suffit de faire. La petite a complètement disparu dans l’obscurité, et ses geignements avec elle. Plus rien du tout ne nous parviens, à part quelques raclements et des sons de tambours. Ah non. Pardon. Ça c’est juste moi qui suis sur le point de faire un infarctus.

« Dilek… ? »

Ça y est. C’est la fin. On va tous se faire matraquer à coups d’organes d’ex-orpheline, et ça sera la faute de mon orgueil à la con. ‘Oh, un jeu d’enfant, cet entrepôt ! Ça va être le coup de notre vie, tu verras, sœurette !’ Quel enfoiré de merdeux j’peux être, quand on m’agite du fric sous le nez ! Il faut vraiment que je travaille là-dessus.

Enfin si je sors d’ici.

« Rah et merde ! »

Abandonnant le sauvetage de ma stupide boucle d’oreille (ce qu’à la réflexion j’aurais probablement dû faire beaucoup plus tôt) je laisse blondie aux mains de ce qu’il me reste d’employés, et je m’élance sur les traces de la petite. Si je la laisse crever ici, c’est Nesrine elle-même qui me fera la peau une fois dehors, de toute façon.

Et aussi probablement que je dormirais beaucoup moins bien cette nuit.

Alors que si je fonce dans le tas et que je me fais buter, là, au moins, la qualité du sommeil sera garantie…

L’avantage, c’est qu’on ne voit rien, dans cette partie de l’entrepôt. Je dis avantage parce que ça veut surtout dire que le type, en face, il ne doit pas faire le malin non plus. Par-dessus mon épaule, au niveau de la porte, ça va encore, parce que la lumière rentre par l’ouverture de la porte. Mais là, plus j’avance, et moins je vois mes pieds. Alors pour ce qui est de Dilek…
J’essaie de ne pas calquer ma trajectoire sur la sienne, contournant légèrement par la droite en essayant de ne pas garder le peu de luminosité dans mon dos, et histoire de donner un peu de contenance à ma mission suicide, je vais chercher le petit couteau qui sommeille habituellement dans un étui à ma cheville. C’est un peu comme attaquer un tigre armé d’un cure dent, et j’en suis parfaitement conscient, mais sur un malentendu…

Et puis je me sens moins tout nu, comme ça. C’est l’essentiel.

Au passage je manque de me prendre une grosse poutre en métal dans les dents, mais je l’aperçois au dernier moment et je la contourne, en dérapant à moitié, avant de m’y accrocher comme un môme à la jambe de sa mère.

Autour de moi, y’a des bruissements, des trucs qui pourraient ressembler à des pas, sur un sol un peu crado. Des p’tits cailloux qui crissent. Mais c’est léger, et difficile de dire d’où ça provient. Je jette un œil en arrière, où m’attendent toujours sagement Ugur et Nesrine, avec notre otage. Moi, je profite qu’on ne me voie plus pour laisser mes genoux trembler un peu, et quand j’entend un bruit bizarre j’agite mon petit couteau dans tous les sens.

C’est pas humiliant si personne me voit faire.

Allez, Sainte Héléna, idole nationale de mes deux, je promets de plus jamais jurer par tes fesses si tu nous sors de ce merdier.

Promis.
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mer 5 Sep - 18:35

Y a la petite qui vient vers moi ! Qu'est ce que je fais ? Qu'est ce que je fais ?!
Je l'ai tuée. Dans le doute.

Ce sont des choses qui arrivent. En fait si j'avais eu une meilleure option je lui aurais seulement cassé le bras ou quelque chose de ce style. Mais sur le coup... sans arme... ben je me suis dit qu'elle serait bruyante, qu'ils allaient faire du mal à Toto si ils entendaient... j'avais seulement la ficelle des sacs sous la main...
Je l'ai étranglée.

Je sais pas ! Réflexe con. Me fallait du silence. Et elle m'a quasiment marché dessus ! Je la voyais même pas en plus. J'ai eu du bol de lui enrouler la corde autour du cou si vite. Au début j'ai cru que je l'avais eu sous le nez mais non. Elle a essayé de me crever les yeux à tâtons. Pour qu'elle ne fasse pas de bruit en se débattant je l'ai jetée sur mon dos. Je tiens la corde devant mon épaule et elle se pend derrière sans pouvoir rien faire. Quelques coups de talons sur l'arrière de mes tibia à la rigueur. C'est le genre de truc que tu apprends en cours de respect de la dignité humaine, évidemment.

Pas un souffle d'air, pas un bruit de morve, pas un reniflement. Y a rien qui peut remonter des poumons là. J'ai une bonne prise. On entend le bruissement de ses vêtements pendant qu'elle bat des jambes, à la rigueur. J'essaye de bien la coincer en montant mon épaule et en penchant la tête, je tire sur la corde. Ça gigote beaucoup moins derrière.
Bon, maintenant on attend. Faut être patient avec la strangulation. Ça sert à rien si c'est mal fait. On a déjà vu des types avec toutes les veines des yeux explosées se relever d'entre les morts pour faire chier. En plus elle est pas lourde, plus petite que moi. C'est parfait.

Mais il y en a un autre maintenant ! Je ne le vois pas mais je l'entends. Il se casse la gueule. Je reste parfaitement immobile. Je retiens même ma respiration (une idée qui m'est venue comme ça). On entend seulement le vent dehors, la charpente en métal qui grince... le type dans le noir a l'air de faire quelque chose de bizarre. J'entends des glissements dans l'air. Comme si il agitait quelque chose. Je sais pas ce que c'est mais c'est stressant. Ils ont de ces techniques, les gamins d'ici. Ils naissent avec un tesson de bouteille entre les dents et ils peuvent t'égorger et te piquer ton fric en un clin d'oeil. J'ai pris un coup de couteau dans le ventre une fois. Un petit. J'ai mis beaucoup de temps à m'en remettre, et ça m'a fait très mal (enfin je sais que je ne devrais pas être douillet, mais il y a une nuance entre une petite coupure à la jambe de rien du tout et avoir la rate qui coule dans les boyaux). J'ai beaucoup progressé depuis, mais en étant méfiant. Je voudrais finir de tuer celle là et lui piquer sa machette, sa planche avec un clou ou je sais pas quoi pour avoir de l'allonge. Deux de moins sans donner l'alerte, ce serait un très bon score.

La fille sur mon dos lâche une énorme caisse.
Au moins je perds pas de temps à faire du déni, à hésiter, à réfléchir à un plan. Y a pas de plan. Ce type là, il a entendu un être humain donc il va me foncer dessus pour me tuer. Ils font tous ça.

Comme arme j'ai... ben de la ficelle, un sac, mon couteau de cérémonie avec sa lame de trois centimètres. C'est tout. Il reste une autre option, mais elle ne me fait pas très plaisir.
Si je me prends un sale coup, je peux renvoyer la blessure sur quelqu'un. Techniquement ça fait que je peux me prendre une lame dans le bide en rigolant et tuer triomphalement l'ennemi. Mais quand même. Sur pièce, t'as comme une hésitation. Mais j'ai pensé à des brigands en train d'égorger un membre de ma famille ça m'a secoué.
Je vais lui balance le corps flasque de sa pote à la gueule. Ça coincera le tesson de bouteille ou l'autre truc de cinglé qu'il utilise. De toute façon je le vois pas, avec mes petits poings je vais seulement frapper le décor et me casser la main comme une andouille. Si il tombe par terre à cause du choc je lui mets des coups de pied c'est mieux.

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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mer 12 Sep - 16:01

A ma décharge, paniquer tout seule dans le noir, ça peut faire faire des trucs stupides. Des trucs comme foncer tout droit sur un pet. Alors avant de me juger, essayez de vous mettre un peu à ma place, vous voulez bien ?

Tenez : si vous vous êtes déjà mangé la face dans une bonne grosse toile d’araignée en tâtonnant à l’aveugle dans la cave de votre mamie, vous savez exactement ce que je ressens à cet instant précis.

Le truc me tombe dessus, lourd, inerte, sorti brutalement de l’obscurité comme un gros nœud de chair molle, et le hurlement qui s’avorte à moitié dans ma gorge ressemble plus à l’agonie d’un petit volatile qu’à un véritable cri de mec qui sait avoir peur dignement.
D’ailleurs, tant que j’y suis, je vais clarifier quelque chose : c’est un mythe, le hurlement viril. Quand on a une vraie frousse on est tous à genoux, égaux devant les gargouillis suraigus et les petites grimaces d’enfant terrifié. Les kilos de muscles, les grosses barbes et tout l’entraînement du monde n’y font rien. Quand on flippe : on flippe.

Et là moi je flippe puissance mille, à peu de choses près. Tout le maigre élan de roquet hargneux que j’avais réussi à catalyser se retourne contre moi, et tandis que je plante deux trois fois mon couteau dans un côté du truc (qui ne réagit pas) mes jambes, elles, décident de s’emmêler l’une avec l’autre et je m’effondre lamentablement dans la poussière.
Encore tout transi d’angoisse, j’essaie de me dégager, en filant des coups de pieds et en me tortillant comme un ver, tandis qu’un flot d’insultes toutes plus infâmes et grossières que les autres se déverse de mes lèvres. Plus personne n’est à l’abri : ni les mamans, ni les animaux, ni les fluides corporels divers et variés de tout ce petit monde réuni.

Je finis par me dérober au poids de… la chose, haletant, le poignard encore brandi dans l’obscurité tandis que je peine à entendre quoi que ce soit par-dessus les battements assourdissants de mon cœur. Je crois qu’on m’appelle, de l’autre côté du hangar. Peut-être aussi qu’il y a du mouvement. Je sens qu’on se précipite dans ma direction, mais j’ai du mal à déterminer s’il s’agit de la cavalerie où de l’ennemi. Ma main désarmée tâtonne sur le sol, à la recherche d’un appui, car j’ai besoin d’urgence de me remettre sur mes cannes avant que celui qui m’a lancé le machin ne réalise que je suis par terre comme une petite tortue.

Mais ce que ma main trouve, là où il devrait y avoir du sol, me paralyse aussitôt sur place.

C’est une main. Une petite main. Une toute, toute petite main de gamine, avec un bracelet de pierres au poignet. Un hoquet de dégoût vient me nouer aussitôt la gorge. Oh putain…

« Oh bordel ! Oh putain ! Oh bordel de putain de chié de la mère d'ses morts… »

J’ai l’estomac rempli de bile, mais pas le temps de l’évacuer. Pareil pour les intestins. Se chier dans le froc, ça prend de précieuses secondes dont je n’ai pas le luxe de disposer, parce qu’il apparaît évident que l’univers tout entier me déteste, et qu’il a décidé de me déclarer sa flamme précisément ce soir. Il y a un truc en face de moi. Au-dessus de moi. Un truc qui me cache vaguement la lumière de l’entrée, et c’est le seul indice qui me permet de réaliser sa présence avant qu’il ne me tombe dessus.

Du coup je fais le seul truc qui m’apparaît à peu près censé, dans cette situation : je lève les deux jambes, je vise la hauteur approximative des genoux et je balance mes pieds là en d’dans comme si ma vie en dépendait. Ce qui est assez facile à visualiser à cet instant précis. S’il y a bel et bien un âne dans la longue liste de mes réincarnations (ce que ma sœur a passé un certain nombre d’années à me répéter, chaque fois que je l’emmerdais) alors qu’il se manifeste. Qu’il me prête sa force et me permettent d’atomiser une rotule ou un tibia, ou une couille, peu importe ce qui passera à ma portée.

Ce qu’il me faut, c’est de quoi faire reculer le grand machin, et gagner quelques secondes pour retourner d’où je viens et/ou permettre à Ugur de venir sauver mes petites fesses. Et si j’arrive à traîner le corps de Dilek avec moi sur le chemin c’est encore mieux.

« Aaaaaaah ! »

Bon, l’impact était bon. Je sais pas exactement ce que j’ai touché mais ça a eu l’air suffisant pour interrompre ce qui était sur le point de se produire. Sans réfléchir d’avantage, je roule, glissant sur mes genoux pour essayer de me redresser, la main toujours lestée du petit bras inerte de mon ancienne employée. C’est lourd, et inutile, et idiot, et je m’insulte de tous les noms tandis que je peine à me remettre sur mes jambes, et de m’éloigner sans trop me casser la gueule, mais je ne peux pas me résoudre à lâcher la gamine.

« J’veux dire… héé… euh… p-pas d’blague ! On a ta… euh… ta blonde ! »

Y’a du bruit, derrière moi. Je sais pas si Ugur l’a trouvé, si il a trouvé Ugur, si Ugur s’est pris une colonne et que l’autre se tient toujours les burnes, en tout cas moi j’ai l’impression d’avoir les hordes de l’enfer qui me soufflent dans la nuque, et j’ai toujours pas réussi à me traîner jusqu’à la lumière.

« Jak ?! Chef ! Hé ! Le touchez pas où je l’égorge ! Cheef ! »

Ça y est. C’est officiel. On va tous crever ici.
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 18 Sep - 10:52

Les coques, ça existe. Moi j'en mets pas parce que je trouve ça dégueulasse. Ça rend beaucoup trop flagrant l'existence de mes organes génitaux. Oui je sais c'est très con, c'est le genre de timidité qu'on regrette trop tard. Mais la seule présence de l'objet me dégoûte. Les gens ont mis leurs couilles là dedans ! Même en nettoyant très très bien c'est obligé qu'il reste un atome, une peau morte, un truc immonde dans ce goût là. Et puis je sais pas comment ça se met, et tu peux crever pour que je demande à quelqu'un. Donc voilà j'en ai pas.

Mais là j'ai senti le souffle glacé de la mort. Une grosse chaussure m'a heurté sur l'intérieur de la cuisse (j'étais en train de prendre mon élan pour un magistral coup de pied), et l'autre le bas ventre. Niveau vessie, haut du pelvis, ces zones là. Il y avait de la puissance dans ce coup, j'ai chuté. J'étais déjà déséquilibré pour frapper, donc maintenant je suis au sol. Mais j'ai quand même eu beaucoup de chance. Au lieu de pleurer de toute mes forces en me tenant l'entrejambe, j'ai juste lâché deux gouttes de pipi en tombant. Je pense que je vais me pencher sur cette histoire de coque quand même. C'est passé près. Les criminels n'ont vraiment aucune classe de nos jours. Moi je frappe jamais niveau génital, même dans le noir (parce que j'ai trop peur que le gars ait pas mis de slip et qu'un atome de couille atteigne ma botte, mais quand même). Je crache ma haine (parce que c'est plus viril que de supplier "ne me tuez pas pitié") :

- Viens là sale petite merde !

Je roule sur le ventre. La présence mystérieuse à qui j'ai lancé la gamine essaye de s'enfuir. Il n'a pas d'arme à feu. Je ressens le besoin urgent de le mettre en pièce. Avec mes mains, mes ongles, mes dents. Je peux l'étrangler, je peux lui foutre mes phalanges dans la gueule jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer avec la pulpe qui lui sert de visage. Usine de poudre. Cousine. Sale petit criminel avec un tesson de bouteille à la place du cerveau. Je dois le détruire.
Il se lève plus vite que moi. Plus jeune, plus souple, moins pulvérisé niveau muscles abdominaux. Jusqu'ici je ne voyais rien, mais là je distingue sa silhouette en contrejour à cause de la lumière qui vient de l'entrée. C'est tout ce qu'il me fallait.

Je me téléporte sur lui. Un peu au dessus. Je lui tombe très lourdement sur les épaules en fait, il en lâche la gamine. Je n'ai pas prévu une réception confortable sur mes pieds, je veux juste le massacrer. J'arrive à attraper une touffe de cheveux dans ma main pour lui tirer la tête en arrière. A ce moment là, si j'avais eu ne serait qu'une fourchette ou une enveloppe avec un bord coupant, je l'aurais égorgé. J'ai la cervelle comme un petit pois quand j'ai vraiment très peur. Là je me suis senti con parce que j'avais seulement mes petites paluches. Alors je suis parti pour lui mordre le visage et lui arracher le nez avec les dents. En plus, cet effort masticatoire va me défouler. J'ai une tension musculaire de fou là.

Mais ce n'est pas arrivé. Le mec qui gueulait des trucs genre « chef » de temps en temps m'a attrapé à bras-le-corps pour me soulever de terre. Je l'avais pas vu venir celui là, j'étais trop concentré sur l'autre. Ugur il s'appelle ? En tout cas il est beaucoup plus costaud que moi. Physiquement je suis très moyen. Moyen en taille, en masse. Mais les criminels que je croise sont souvent sélectionnés sur la base « bœufs aux stéroïdes » et c'est pas pour rien : je peux jouer des poings autant que je veux, faire trois têtes de plus et deux fois mon poids est un avantage considérable.

J'ai hurlé de rage, en emportant des cheveux dans mon poing serré. Déjà, de base, je ne suis pas tactile du tout. Du genre à m'essuyer la paume sur la cuisse quand je serre la main à quelqu'un. T'imagine ce que je peux penser d'un contact aussi intrusif de la part d'un criminel dégoûtant, probablement étranger, et peut être même un peu violeur sur les bords. Je me suis téléporté dans les plus brefs délais, non sans avoir envoyé mon crâne en arrière de toute mes forces juste avant (mais je n'ai pas réussi à lui casser le nez, hélas, je suis trop petit).

Après c'est devenu euh... encore plus confus. Le grand monsieur me met la branlée de ma vie, mais comme je me téléporte ça compense pas mal. A un moment j'ai réussi à le choper par les cheveux et lui éclater le visage plusieurs fois par terre, j'étais content. J'ai essayé de l'étrangler mais ce n'est pas du tout aussi simple qu'avec la gamine, question de format. Il a qu'à se secouer un peu pour que je vole dans tous les sens, comme ces attractions qui ressemblent à des objets de torture à la foire. Je lui ai balancé une caisse en métal de je sais pas quoi dans la gueule ça ne l'a même pas ralentit. A un moment il m'a chopé par le tibia et il m'a balancé contre un mur, je peux au moins me consoler en me disant que comme c'était dans le noir, personne ne m'a vu voler dans le décor comme une petite fille. Ce truc là m'a pas mal sonné d'ailleurs, j'ai mis une seconde de trop à lui sauter dessus à nouveau, ça lui a laissé le temps de prendre un couteau à sa ceinture.

Je sais que je peux annuler les blessures, pourtant en entendant le sifflement d'une lame j'ai roulé sur le coté pour fuir. L'arme m'a simplement rebondit sur les côtes, sous l'omoplate, pour finir en glissant par une belle entaille sur le triceps. Du sang partout évidemment. Ça a fait très mal. Je ne vois pas pourquoi je garderai une telle blessure, alors même que j'ai l'oreille de son auteur entre les dents (c'est plus facile de faire de la magie quand on a un contact physique). Je fais des trucs de sorcier maléfique pendant deux secondes, genre être un peu flasque et révulser les yeux. Ugur m'envoie voler dans le décor mais c'est trop tard. Il est blessé, et bien blessé. Moi j'ai des trous dans mes vêtements, du sang partout, et une peau de pêche ('fin de pêche peut être pas, une peau pleine de cicatrices d'automutilation serait plus réaliste). Mais c'est un pouvoir tout neuf et il me fatigue beaucoup. Je mets de longues secondes à me remettre debout.

Mais je lui ai piqué son surin à ce con ! Je l'ai ! Je l'ai ! Je serre mes doigts autour à m'en faire exploser les articulations. Je vois rien, je sais plus où j'habite mais il m'approchera plus ce con ! Bordel ! Je titube vers la lumière, là où se trouvait ma cousine tout à l'heure.

- Zé le couteau 'f'ale bâtaaard.

Je me suis trop mordu la langue à un moment, et j'ai le coté droit du visage qui gonfle. Ça m'arrive tout le temps, j'ai l'habitude de parler avec un quart de bouche valide t'inquiète pas.

- 'f'ous me rendez la garde ou j'f'ous bute tou'fff. TOU'F.

J'ai du mal à me calmer quand j'ai vraiment très peur. Là j'aimerais que tous les protagonistes se mettent debout dans la lumière, les mains bien visible, mais sans bouger (ça fait trop peur quand ils bougent). Peut être qu'ils pourraient aussi avoir la politesse de tomber raide mort, pour que je me sens moins en danger et que mon cœur arrête de battre trop fort pour moi. Je m'appuie le dos contre une colonne. C'est la magie, ça fatigue beaucoup, j'ai du mal à trouver la force de tenir debout maintenant.
Je marche en crabe très doucement vers ma cousine, là où il y a de la lumière qui rentre. Je les vois pas, j'ai peur qu'il y en ait un qui me saute dessus dans le noir.

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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Lun 1 Oct - 22:55

C’est le bordel. Le vrai bordel. Celui qui vous vrille la cervelle et vous fait faire n’importe quoi, comme un papillon de nuit qui se fracasse, fou et aveuglé, contre les parois d’une lampe. Du chaos pur et simple comme seule peut en engendrer la partie encore animale d’un cerveau d’humain. A cet instant précis, on redevient tous des grosses bêtes pataudes, affolées par les grands bruits et par l’obscurité. On se cogne, on gueule, on se blesse tout seul dans notre propre panique, ou bien on se rue sur les autres dans l’espoir de les bouffer avant qu’ils ne nous bouffent.

Il n’y a plus grand-chose de civilisé dans ce qui se passe, ce soir, au milieu de la poudre et de la ferraille.

J’ai le cuir chevelu en feu, derrière l’oreille gauche, et mon front a cogné méchamment sur le sol poussiéreux. Il y a encore quelques cloches qui résonnent, entre mes tempes, mais je m’efforce de les ignorer. Tout comme je fais de mon mieux pour ignorer les grognements d’Ugur, un peu plus loin dans le noir, et la façon dont ils se mettent à gargouiller un peu plus à chaque seconde qui passe.

J’ai du mal à déterminer si ça se passe bien pour lui, ou si il est simplement vraiment très doué pour encaisser les coups de fourchette rouillée dans les testicules sans hurler à la lune. Au fond je crois que je préfère ne pas savoir. Ça m’évite de culpabiliser sur le fait qu’il soit en train de manger à ma place.

Il est pas vraiment de ma meute, le petit, alors ça me ferait probablement un peu moins mal au cœur qu’il y passe, mais au fond ce n’est pas un mauvais bougre. Il mérite pas non plus de clamser comme un chien dans un recoin d’entrepôt, surtout après avoir sauvé ma couenne. Ça me contrarierait fort quand même. Du coup, dans ma retraite hasardeuse, je serre les miches pour qu’il ne se fasse pas coucher tout de suite par ce psychopathe vicaire.

Cela étant dit, je n’ai pas cent cinquante mille neurones de disponibles à lui accorder, d’autant que la majorité de ceux qui tiennent le choc, au milieu de tout ce merdier, sont monopolisés ailleurs.

Mon objectif à moi, il est clair : atteindre cette putain de lumière, au risque de me beugner dans une grosse vitre ou de me cramer la tronche sur une flamme de chandelle. J’ai réussi à hisser la gamine (ou du moins ce qu’il en reste) sur mes épaules, et mon pas, quoique chancelant, a retrouvé un bon rythme.

Le hasard des choses veut que l’instant où j’arrive enfin à la hauteur de Nesrine, toujours plus ou moins agenouillée sur notre prisonnière, soit également celui que choisit un mugissement de douleur particulièrement glaçant pour résonner entre les parois de l’entrepôt. C’est Ugur. Ou en tout cas ça y ressemble beaucoup. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de l’écouter meugler, durant les quelques heures où j’ai pu faire sa connaissance, mais ça correspond à son gabarit.

Cette fois c’est sûr, c’est la fourchette.

L’avantage, pour moi, à cette exacte minute, c’est que toute l’attention de mon lieutenant est focalisée sur le cri, alors que ses petits yeux verts tentent en vain de percer l’obscurité. Ce qui veut dire qu’elle n’examine pas assez attentivement le petit corps que je transporte pour se rendre compte qu’il va probablement rester inanimé pour toujours.
Elle va me haïr, de tout son être, quand elle l’apprendra (à compter qu’on s’en sorte, évidemment), mais tant pis. Si elle perd son sang froid maintenant, on est tous foutus. C’est la seule qui a l’air de fonctionner encore à peu près correctement.

Alors qu’une quinte de toux me traverse la cage thoracique, elle vient chercher mon regard, visiblement incapable de déterminer ce qu’elle doit faire à présent. Je secoue vivement la tête, reprenant mon souffle.

« C’un… putain de vicaire… ha… »

Elle pâlit, et je me sens un peu moins seul. Peut-être que si j’avais commencé par là, tout à l’heure, Dilek serait encore en vie à cette heure, mais ce n’est pas le propos. Ce n’est pas en me fouettant le dos que ça la fera revenir, et il en reste d’autre encore en vie que je me dois de tirer de ce merdier sans fond.

« ‘Faut qu’on s’arrache… et vite, putain… »

La jeune femme hoche la tête, et je peux voir la sueur rouler sur son front, en petites gouttes brillantes, tandis qu’elle réajuste sa position sur la prieuse pour être prête à bondir. Sa voix, quand elle me répond enfin, est toute criblée de tension.

« Ugur ? »

Je pince mes lèvres. Elle en a de bonnes, elle, aussi.

En me basant uniquement sur les cris que j’ai entendu, ça ne s’annonce pas très bien pour le pauvre Ugur. A l’heure qu’il est il pourrait être en plusieurs morceaux que ça m’étonnerait pas, alors il est hors de question que j’y retourne. D’une part parce que ça ne mènerait probablement à rien de plus que notre mort certaine à tous les deux, et d’autre part parce que c’est peut-être même déjà trop tard pour ça.

A la place, je réajuste le poids du corps sur mes épaules, et je beugle de toutes mes forces, en direction de l’obscurité.

« HÉ ! UGUR ! SI T’ES EN VIE QUE T’AS ENCORE TES DEUX JAMBES ATTACHÉES IL FAUT QUE TU RAPPLIQUES ! ON DECOLLES ! »

Je ne vois pas vraiment ce que je peux faire de mieux que ça, à ce stade. D’autant que le cinglé avec son couteau il ne va pas tarder à venir dessiner des rébus sur la peau de nos fesses, et qu’on ne peut pas se permettre de passer une seconde de plus dans ce foutu entrepôt.

D’un bref coup de menton, je désigne la prieuse, toujours otage de mon lieutenant.

« Nes. Elle va… elle va nous ralentir. Plante-là… mais la tue pas. Ouais. Avec un peu de chance… »

Avec un peu de chance il tiendra plus à l’idée de sauver sa sauc… euh sa cousine, qu’à celle de nous courir après pour achever ceux qui peuvent l’être.

Par miracle, Nesrine hoche la tête : elle voit où je veux en venir avec mon histoire. Ce qui est idéal, je dois bien vous l’avouer, parce que j’arrivais à court de souffle et que le reste de ma tirade risquait fort de ressembler d’avantage à des crachotements de vieillard tuberculeux qu’à quoi que ce soit de cohérent.
Reprenant le poignard qu’elle avait coincé entre les lèvres de la blondinette (et dans un geste si vif et précis qu’on pouvait deviner les heures qu’elle avait passé à le répéter avec application) elle vient enfoncer toute la longueur de sa lame par le côté, en plein dans le creux en dessous des côtes. Par-là, et je le savais d’expérience, bien que ce ne soit pas mon passe-temps premier, l’uniforme ne protégeait généralement pas bien, et peu importe l’angle d’entrée, on était sûr de toucher des trucs sympathiques. Que ce soit les machins qui schlinguent, ou ceux qui pissent le sang, en général ça donnait du travail à ceux qui passaient derrière pour essayer de réparer.

Encore fallait-il qu’ils aient envie de se casser le cul à réparer.

Pour le coup, je joue assez gros sur la vague impression que le type en avait pas rien du tout à foutre de sa cousine (vu qu’il gueule pour la récupérer tout n’est peut-être pas perdu), mais je n’ai pas vraiment d’autres options, au point où j’en suis.

Les lombaires en feu sous le poids, même léger, du corps de la petite, je me mets à courir, emboîtant le pas à mon lieutenant. Ugur, derrière nous, semble faire mine de nous suivre, quoi qu’il semble avoir considérablement plus de mal que nous. Je ne sais pas s’il parviendra à tenir le rythme, mais quelque part dans les recoins les moins sympathique de ma conscience, il y a une petite voix qui se réjouit de sa présence, même temporaire, entre nous et l’espèce de caniche enragé de concours qui nous fait office d’adversaire ce soir.

Voire de poursuivant.

Malgré ma charge, et la douleur qui joue au xylophone un peu partout sur mes os, je crois bien que je n’ai jamais détallé aussi vite de ma vie.
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Izei Ingenoc
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Sam 6 Oct - 3:28

J'ai un couteau. Ça change tout. Le gros costaud va le sentir passer.

Je fais comme d'habitude pour me téléporter et... ça marche pas. Plus de jus. J'ai trop joué avec la magie pour ce soir. Je suis encore un grand débutant pour faire la poupée vaudou humaine, alors ça m'a fini de refiler une pauvre estafilade à l'autre grand con. Ben... ben merde quoi. Je peux pas me téléporter. Bordel.

Du coup je reste sur place comme un faon qui aurait perdu sa mère. Autant y aller avec les mains attachées dans le dos non ? Je te jure c'est la première fois que ça m'arrive, je comprends pas. La tête me tourne un peu. Je crache le sang que j'ai dans la bouche. Bon si je me détends et que je pense à autre chose... Râh merde hein !

Les sales criminels sont en train de se barrer et il n'y a rien à faire. C'est pas l'envie qui me manque, pourtant. Je titube vers les bruits. L'agilité en a pris un coup dans l'aile après mon entrevue avec le gros costaud. Augur. Ongur. Merde. Si seulement j'avais eu le couteau dès le départ... Ils ont peut être que senti que j'étais diminué et ils vont venir me tuer ? Nan, les voix s'éloignent de moi. Du coup je dois les poursuivre. Non ? Attends, c'était quoi le but à la base ? Pas voler de poudre. Bon, est ce qu'ils ont des grands sacs sur le dos avec écrit « poudre » dessus ? Aucune idée, j'ai perdu mes lunettes. Dans le doute, mon instinct me dit qu'il faudrait vraiment que je les tue.

« Plante-la... » ? Ah oui c'est vrai. Toto. Ça me remet les idées en place et je fonce en avant. Et quand j'arrive c'est évidemment déjà fait. Avec mes sales jambes, pas magiques du tout, je cours/cloche-pied – c'est l'allure naturelle de l'être humain qui vient de se faire balancer sur les murs par un grand bœuf sous stéroïde – vers la porte, la lumière extérieure. J'enjambe ma cousine pour voir si les voleurs nous attendent à la sortie avec des armes. Ils s'enfuient. Mais on est plus dans l'usine.

Il y a peut être des stocks de poudre dans la cour. On sait pas. Un mec qui a renversé un sac, et ça forme une ligne jusqu'à un truc qui explose. Scénario complètement probable. Sur le coup j'en ai un peu eu rien à branler. Je voyais des silhouettes en train de cavaler au loin. J'ai tiré dessus. Quatre balles. J'ai rechargé. Tous disparus. Même pas un seul cadavre sanguinolent sur le trottoir. Mais comment tu veux viser dans des conditions pareilles aussi ?

Mais voilà, même si ça me file un ulcère, c'est fini. Ils sont partis. Je n'ai même pas vu à quoi ils ressemblaient. J'ai envie de... d'étrangler des trucs, je sais pas. Au moins mettre un coup de pied dans quelque chose de vivant.
Enfin j'ai autre chose à foutre. Je fonce sur Toto. Je l'ai pas oubliée, mais il fallait « sécuriser la zone ». Je le fais tout le temps je sais ce que c'est t'inquiète pas. Donc je la balance sur mon épaule...

Euh, non. Elle hurle de douleur à cause de mon échec. Donc, je disais : je la traîne en la tirant sous les aisselles. Et déjà, rien que ça... ça va être long jusqu'au Grand Hôpital, d'autant que ma cousine n'apprécie pas vraiment le transport. Sans doute ces horribles gémissements de souffrance qu'elle n'arrête pas de pousser qui m'ont mis la puce à l'oreille. Je me rends compte que c'était bien plus agréable de l'écouter bavasser sur la vie sexuelle de son entourage.

Heureusement, j'ai d'autres talents que la téléportation. Intercepteur de charrette par exemple. Comme je suis évidemment pas très transport équestre, ce genre de situation merdique avec un passager-boulet m'arrive souvent. C'était très gênant au début. Tout un cirque. J'écrivais le nom de la personne sur un bout de papier si jamais je lui dégueulassais un truc avec du sang, j'essayais d'être poli. Une fois j'ai failli me faire piétiner j'en ai eu marre. Enfin voilà. Si on te parle d'un gros cinglé qui attaque les conducteurs solitaires dans la rue pour leur gratter un voyage en taxi, c'est moi. Ça fait vingt ans que je fais comme ça on m'a jamais rien dit.

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