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 Leçons d'étiquette(s) (Izei)

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Jakab Tangara
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MessageSujet: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 7 Aoû - 1:51

La nuit est belle. Ça, je dois bien le reconnaître, malgré la migraine de la taille approximative du continent qui me cisaille la cervelle en deux. L’air est doux pour la saison, et le vent souffle à l’Est, ce qui veut dire que l’habituelle puanteur acide des entrailles du District Manufacturier ne me file pas l’envie de m’arracher la peau avec une brosse de crin. Pour la puanteur normale, celle des caniveaux et des clochards, j’ai amené des clopes. Un truc un peu infâme, avec des fleurs mélangées, le genre à me filer la chiasse si j’en fume de trop, mais qui me remplit le nez et les poumons d’odeurs d’incendie pastoral. Aussi, ça soulage un peu ma migraine.

Je n’ai pas mis de bijoux, ce soir-là. Cambriolage oblige. Bon, d’accord, juste une petite tourmaline verte à mon oreille, histoire de pas me sentir tout nu. Mais un truc discret. Spécialement réservé aux jours de boulots important. Et puis cette boucle-là elle tient plus du porte-bonheur que de l’accessoire, à ce stade, alors je décide que ça ne compte pas.

Surtout que du reste, j’ai fait un effort pour me foutre tout en noir, pour bien disparaître dans les coins d’ombre. Là, par exemple, pendant que je guette, à l’angle de l’entrepôt, pour être sûr que personne ne vient mettre du plomb dans le cul de mes hommes, je suis parfaitement discret. La seule chose qu’on peut éventuellement remarquer, c’est mon visage, parce que je ne suis pas le genre de type à m’enrouler des chaussettes autour de la face, mais c’est tout un autre débat. Je n’ai pas ce souci du détail, voilà tout.

Ah, et bon, il y a la fumée de ma cigarette, aussi. Mais dans ce district-là, tout finit par plus ou moins fumer en permanence. Les tuyaux, les machins qui flottent dans le fleuve, les cheminées, les clochards… Ma contribution personnelle au smog manufacturier saura probablement passer inaperçu.

A l’intérieur de l’entrepôt, j’ai trois gars. Deux à moi, et un que j’ai emprunté parce que le grand Sim a attrapé une morveuse, récemment, et que ledit gnome lui a refilé un sale virus du type gastro-gerbeux. Pas le genre de handicap très approprié pour une mission discrète et rapide.
Grand Sim écarté, donc, on se retrouve avec Nesrine, une grande brune au surin facile qui possède bien plus de ma confiance que les deux autres réunis, Dilek, plus crocheteuse que bagarreuse, du haut de son petit mètre quarante cinq (cinquante et un en comptant la touffe de cheveux crépus), et Ugur, mon emprunté, taillé un peu dans le même moule que celui qu’il remplace, et dont la petite tresse a l’air d’une queue de rat perdue au milieu de ses gigantesques épaules.

L’idée, ce soir, c’est que ces trois-là me ramènent quelques-uns des jolis petits lots de poudre noire, fraîchement assemblés du matin, qui attendaient sagement en entrepôt leur livraison au prieuré le lendemain. Mon client, un mec du métier avec des envies d’élévations sociales et financières, avait été formel ; à cette heure et pour une heure environ, l’endroit ne serait protégé qu’en son entrée principale, faute de budget sécurité. En évitant la ronde occasionnelle de celui des deux types plantés à la porte qui aura perdu à la courte paille, et en n’étant pas trop gourmands sur la quantité de poudre à embarquer, il y avait moyen de faire ça vite, bien, et sans s’attirer trop d’ennuis.

Sans compter la satisfaction profonde que l’idée de siphonner la poudre des prieurs pour qu’elle finisse par leur être réexpédiée dans le fion plus tard me procurerait.

Alors qu’il ne me reste plus qu’un petit tiers de clope, j’aperçoit trois ombres se faufiler hors de l’entrepôt en se glissant dans le petit entrebâillement du hangar de chargement. Nesrine en tête, Dilek sur ses talons (la gamine avait tendance à toujours plus ou moins lui traîner dans les jupes métaphoriques), et Ugur, plus pataud, qui les dépasse bientôt pour m’apporter un petit sac en toile, bien rond et bien lourd, avec sur le devant une inscription de quatre lettres que j’ai toutes les peines du monde à déchiffrer dans la pénombre.

Que j’ai toutes les peines du monde à déchiffrer tout court, en réalité, mais je ne suis pas prêt de l’admettre, ça c’est certain. Ceci dit, quatre lettres, c'est un peu court pour dire "poudre noire attention ça explose", et ça devrait probablement me mettre la puce à l'oreille.

C’est ça le problème avec les rassemblements d’illettrés : on est volontaire, on a beaucoup de motivation mais on n’est pas foutu de savoir lire les étiquettes. Avec un sourire de chat content de lui, néanmoins, j’écarte ma clope (ou ce qu’il en reste) de mes lèvres, la confiant aux mains de Nesrine, pour me saisir du sac et en inspecter le contenu.

Et soupirer.

Soupirer longuement.

« Ugur, mon grand.
- Oui patron ?
- Est-ce que tu réalises bien que… Quand un truc sent comme du café. Et qu’il ressemble à du café. Il y a… TRÈS peu de chance que ce soit de la poudre ! »

Bon, okay, ma voix s’est un peu barrée en couille sur la fin, là. Mais à ma décharge, s'énerver en chuchotant, ça a toujours plus ou moins l'air ridicule. Pis 'voyez le genre d’énergumènes avec lesquels je dois composer, parfois...

« Oui mais patron, on en a jamais vu nous, de la poudre…
- Ben vous avez bien déjà vu du café, nom d’une… couille de Myre ! Putain !! »

Le pauvre Ugur se prend son sac de grains dans la tête, mais il ne proteste pas. Forcément ça explose, ça s’éparpille partout, ça fait un bruit d’enfer, et tout le monde tire la tronche, mais à ce stade de l’opération je n’en ai plus rien à faire. Saisi par un mélange d’excuse et de panique, la grande barrique et sa foutue tresse pleine d’huile se jettent à moitié à genou sur le pavé pour essayer de rassembler son butin. Je vois rouge.

« Et il ramasse, en plus ! Non mais qui m’a foutu un gland pareil ! »

Sous les regards légèrement médusés de Nesrine et de Dilek, Ugur se prend mon pied au cul. Personne ne bronche, tout le monde regarde en l’air pour voir ce qu’il s’y passe. Quand il s’agit de se faire engueuler, le personnel, c’est pire que la marmaille. Y’a plus de solidarité.

Après quelques gros mots de plus, je renvoie tout le monde à l’intérieur, en les prévenant que celui qui essayait de se ramener avec un sac de gravier me ferait le plaisir de l’avaler caillou par caillou avant de sauter dans le fleuve. Moi, je retourne à mon poste, et je termine ce qu’il reste de ma clope en me cramant les doigts.
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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Mar 7 Aoû - 21:41

Je suis très très mal à l'aise à coté d'une usine de poudre. Globalement, tout ce qui est plein de chimie (oui, je n'y connais rien) fait doubler ma tension artérielle. Comment reconnaît on de la chimie tu vas me demander ? Hé bien c'est extrêmement simple pour celui qui manie des pistolets : ça lui explose à la gueule par surprise. Avec l'expérience, j'ai appris à ne pas tirer sur les bidons métalliques et les citernes. C'est souvent plein de chimie ces trucs là. Un piège à con. Les tonneaux en bois parfaitement honnêtes peuvent aussi en contenir, cela dit. Et moi, je fais attention à ne pas tout faire exploser ; ce n'est pas forcément le cas des autres gens autour. Dès qu'il y a de la chimie quelque part tu peux t'attendre à ce que l'univers s'embrase d'une seconde à l'autre. Boum. Et si tu as la chance, la chance incroyable, de tomber sur de chimie qui n'explose pas, elle peut se contenter de te faire fondre les poumons avec la vapeur, t'acidifier ou te rendre aveugle.

Le pire, c'est que tu ne sais jamais si tu rentres dans une manufacture d'ours en peluche ou de poudre noire. Pour des raisons de sécurité évidente, ce n'est pas écrit sur le fronton. Là je suis au courant parce que ma cousine vient de me le dire (pas celle qui est attardée et qui a six doigts à chaque main, une autre). Elle travaille ici, elle est une des deux gardes de l'entrée principale. J'ai une boule au ventre d'un seul coup.

Oui, le monde est petit. Moi je rentrais d'une faction qui se passait dans une caserne (parce que les événements de la Fête de la Vie ont foutu le bordel dans les plannings, enfin bref). Ça consistait à attendre dans une pièce tout seul qu'on ait besoin de moi (en général on laisse des petits coins bien à eux aux vicaires, d'une part pour le decorum, et aussi parce que personne n'a envie de traîner avec des sorciers maléfiques qui s'automutilent). Donc j'ai passé quelques heures à rien foutre au frais et puis là je rentrais. Et qui je croise ? Ma cousine Toto (je ne connais pas son vrai prénom tellement il n'a jamais servi, j'imagine que dans sa tête elle m'appelle Zizi aussi, mais je digresse beaucoup non ?).

Donc, j'étais dans un milieu vaguement hostile (la rue), il faisait nuit, je rentrai vite me replier dans ma coquille bien aimée et là je croise un membre de ma famille. Pas de bol. Et son nouveau boulot du moment c'est de garder une usine de poudre. Génial.
Donc ma cousine elle a deux ans de plus que moi, et elle sent fort l'alcool rance. Je marche à coté d'elle pendant qu'elle fait sa ronde, on parle en marchant. Comme c'est un membre de ma famille, elle est blonde et grosse (moi je suis pas gros mais crois moi que ça se fait pas tout seul). Dans son armure de seconde main on dirait un rouleau de cuir géant. Complètement cylindrique. J'dis armure de seconde main parce qu'on voit très bien les trous de balle qui ont tué son occupant précédent.
De mon coté, comme je ne suis pas le plus futé de la portée non plus, je commence direct par lui faire la moral après les bonjour comment ça va quelle surprise.

- Mais euh... il dit rien ton employeur que tu... enfin tu tiens à peine debout.

- Je tiens debout !

- Tu t'appuies de temps en temps sur le mur quand même.

- Oui bah t'es bien gentil mais tu monterais la garde debout pendant six heures, toi aussi tu boirais pour oublier tes lombaires hein.

Je me souviens plus précisément de ce que c'est les lombaires, mais tu peux crever pour que je demande.

- Tu dois pas aller te pincer les tétons et faire une 'tite prière là au lieu de me dire comment sucer les couilles de l'autre voleur ?

- Je-fais-pas-ça ! Puis j'ai pas parlé de voleur moi !

- Bah tu me dis que ça déplairaiiiit à mon emplôôôyeur. Donc l'autre enculé de chef à l'agence. Il fait que gratter des heures ce bâtard. J'vais quand même pas me geler le cul sobre pour ce gros taré. En plus il est complètement con il sait même pas claquer des doigts !

- Je ne vois pas le rapport.

Je sais pas le faire non plus cela dit.

- Et par dessus le marché il y a mon con de fils, niveau chieur. Bon déjà il reste à la maison il en fout pas une. Déjà, à dix neuf ans c'est pas mal. Mais en plus ! En plus ! Tu sais ce qu'il me fait ? Il arrête pas de faire des trucs avec le linge de ma go ! Enfin t'imagines ! Je fais semblant de rien voir. 'fin avec quelqu'un d'autre du même sexe qui lui explique ça serait plus...

- Mais... mais non ! Mais arrête ! Ça ne me regarde pas !

- Ouiiiii bah c'est la famille. Ça arrive à tout le monde. Enfin, tu te souviens de la fois au mariage de Poupette, t'avais huit ou dix ans, tu avais mis ton...

- Mais laisse moi tranquille ! Je te fais pas chier laisse moi tranquille putain !

Dis je d'une voix horrifiée. Y a des souvenirs tellement violent niveau honte, quand ça remonte t'as envie de te taillader les veines de façon non-professionnelle.

- Hé beh, t'es grognon. Ils ont oublié de te filer ton verre de lait après la fessée dans ton truc ?

- Mais ! Putain ! Arrêtez de me parler de pince téton, de bougies et je sais pas à chaque fois que vous me voyez ! Je-fais-pas-ça !

- Quoi les bougies ? Qu'est ce qu'il faut faire avec les bougies ? Et... hé... c'est quoi le truc par terre là bas ?

J'ai cru que c'était une technique pour que je tourne la tête et qu'elle me fasse une sale blague alors j'ai résisté. Mais en fait c'était pas une blague. Y a un sac chiffonné par terre. On voit pas bien il fait nuit.

- Oh non putain on dirait que c'est le café !

Toto court voir. Moi je reste sur place, toujours au bord de la crise d'anévrisme mais pas pour les mêmes raisons. Si c'est du café qui vient de l'usine, qui l'a sorti ? Il était pas là ce sac renversé quand je suis arrivé, ça fait bizarre, comme ça au milieu de la cour.

- Oh non oh non c'est le stock pour le mois ça ! Tout foutu en l'air ! Il va jamais vouloir le remplacer l'autre enculé.

Le garde débile va voir le bruit. Moi je regarde aux alentours si y a pas un type avec une arme qui se planque dans un coin. C'est une usine de poudre. Y a peut être un intrus. Danger.

- Tu veux pas m'aider à ramasser ?

- Euh... non je vais aller voir. Reste bien là dehors surtout.

Je me mords la langue pour me téléporter sur le toit. C'est chiant les usines, y a pas de balcon avec une porte fenêtre bien tranquille, bien confortable, pour rentrer. Je trouve seulement une trappe qui ne s'ouvre pas de l'extérieur. Merde. Le seul truc que je peux faire, c'est un vague petit tour pour regarder par dessus bord si il n'y a personne en vue. Je ne vois rien. 'fait nuit en même temps.
… et c'est une usine de poudre et je n'ai pas d'épée. J'espère que le mec qui a renversé le café est tout seul. Rien que marcher sur le toit ça me stresse, je tends l'oreille pour chercher le plus infime signe d'explosion. Pendant ce temps Toto gueule comme une truie pour me demander pourquoi je fais le kakou là haut. Putain de mercenaire du privé. 'foutent la merde. Je redescends.

- Mais boucle la ! Toi, peut être que tu en as rien à faire des voleurs, mais moi j'ai pas envie de voir des criminels avec des explosifs ! Passe moi la clef de la porte là bas. Ou du toit.

- Mais j'ai pas le droit, et puis c'était que du café...

- Je m'en fiche ! Moi je vais où je veux et je les emmerde tes chefs, voilà.

En plus je suis dans mon uniforme de sorcier maléfique là, j'aimerais bien voir le branle-couille qui m'empêcherait d'entrée là dedans. Toto me file un trousseau.

- Euh... t'arriveras à appeler une patrouille si je mets trop longtemps à sortir hein ?

Elle me fait signe que oui, sans oublier d'ajouter des vannes sur ma paranoïa et ma trouillardise. Je retourne sur le toit. La trappe. Ça donne sur une échelle métallique. J'ai entendu du bois craquer. Je sursaute. Ça explose ou ça explose pas ? Non, mes organes ne vont pas voler partout. Pas maintenant. Peut être plus tard.

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MessageSujet: Re: Leçons d'étiquette(s) (Izei)   Sam 11 Aoû - 1:27

Bon. Concrètement : c’est la merde, et en plus c’est ma faute, ce qui veut dire que je n’aurai même pas le loisir de pouvoir me défouler sur un sbire si jamais on se sort indemne de toute cette panade. Parce que se faire prendre la main dans le sac quand on est en train de voler des pommes à un honnête commerçant, c’est une chose. Se faire piquer en plein braquage organisé dans un entrepôt d’armement, c’en est une autre.

Vraiment, si je nous tire de là, je jure de faire quelque chose pour solutionner mes problèmes d’impulsivité. Genre… les électrochocs, ou bien me mettre à la tisane.

Berk.

Non puis finalement quand on y pense, ce n’est pas tellement ma faute. D’abord, les infos qu’on nous a donnés étaient visiblement pourries, étant donné qu’on se retrouve avec DEUX gardes qui font une ronde à la mauvaise heure, et que visiblement dans le tas il y en a au moins un qui sait faire des petits tours de magicien. Et par petit tours de magicien j’entends ‘putain de techniques de fourbasses de vicaire de mes couilles putain’. Avec deux fois putain, c’est important.
Parce que leurs saletés de prieurs sous stéroïdes, j’en ai jamais vu en vrai, mais on m’en a raconté de belles, et je peux vous dire que je trouve ça franchement antisportif.

Il parait qu’en plus de se faire des trucs chelous du genre disparaître et réapparaître, ils peuvent s’arracher les bras pour te taper avec, ou bien t’aveugler avec leur sang. J’ai aussi entendu qu’ils se greffaient des organes entre eux et qu’ils mangeaient des petits animaux vivants au déjeuner. Oh et Sylvio m’a dit un jour qu’ils avaient plusieurs bites, mais là je suis presque sûr qu’il se foutait de ma pomme. Qu’est-ce qu’ils en feraient, au juste, de toute façon, hein ?
Alors après, le mien, de vicaire, je ne l’ai pas spécialement examiné de près. J’ai juste vu ses pieds de démon disparaître en regardant vite fait sous la porte. Ça ne me sera pas très utile pour vérifier la théorie de Sylvio, mais à moi ça me suffit pour me flanquer sacrément la frousse. J’ai pas très envie qu’on me frappe avec mon propre bras.

Maintenant, la petite grosse est de nouveau toute seule dehors, et je n’ai aucune idée d’où a bien pu passer le sorcier. C’est flippant, mais au fond, peut-être bien que c’est notre seule chance de sortir de là. J’ai rassemblé tout le monde en tas pas très loin de la porte du hangar, et à présent ils attendent sagement dans l’obscurité que je prenne une décision. Le tout, ça va être de neutraliser la fille sans qu’elle ne fasse rappliquer tout une plâtrée de copains (parce que bon, s’il y a un vicaire imprévu dans la nature, rien n’empêche qu’il y en ait tout un tas d’autre) dans la minute avec ses couinements.

Il va falloir improviser, et sincèrement, je n’aime pas ça. Du tout.

Retirant ma boucle d’oreille, je viens me poster tout à côté de la porte, de manière à ce que l’on n’aperçoive pas mes pieds. Ensuite, et avec un douloureux pincement au cœur, je balance le petit caillou par terre, pour qu’il roule par l’ouverture avec un petit tintement métallique. C’est petit, mais bruyant, ces choses-là. Et ça brille. Avec un peu de chance…

Comme la vie aime à faire osciller mes journées entre la poisse la plus immonde et la veine la plus crasse, la brave petite saucisse mord à l’hameçon. Abandonnant son café, elle fait quelques pas en direction de la porte, remarquant d’abord l’ouverture, puis le petit machin qui brille par terre. Si elle fait mine d’appeler son collègue avant d’agir, elle n’en fait cependant rien. Probablement parce qu’un p’tit caillou comme celui qui trône innocemment sur la brique, c’est difficile à partager. Qu’avertir les copains peut bien attendre qu’elle s’assure un peu d’auto-compensation financière, ni vu ni connu, elle qui semblait se plaindre de son horrible patron. Heureusement, d’ailleurs, sans quoi je ne les aurais probablement pas entendu arriver, ces cons, tout pétri d’énervement que j’étais.

La blonde, donc, ravie de cette opportunité d’arrondir un peu sa retraite, se penche pour ramasser la boucle d’oreille, et en profite pour jeter un œil par-dessous cette ouverture qui n’est pas vraiment censée être là. C’est le moment que j’attendais.

Je plonge en avant à mon tour, agrippant une poignée de cheveux gras avant de lui foutre le pommeau de ma dague dans le pif. Y’a un truc qui craque, et un autre qui couine, faiblement, mais avant qu’elle ait eu le temps de rétorquer quoi que ce soit, je la tire à l’intérieur, en profitant qu’elle soit sonnée pour la jeter à terre. Nesrine se précipite pour m’aider, tandis que les deux autres restent en arrière, et tandis qu’elle attrape le col de la prieuse, je lui remets un coup de botte dans la tête, par sécurité. Et aussi parce que j’ai les nerfs de m’être aussi monumentalement plantée.

Elle gargouille encore un peu, mais ça devrait nous laisser quelques secondes de plus avant qu’elle de se réveille pour gueuler. En attendant, on la traîne à l’intérieur, Nesrine lui prend son arme, et pendant qu’elle lui pose sagement sur la nuque, je cherche désespérément un truc pour bâillonner la blonde.

Je vais quand même pas encore sacrifier une chaussette, si ?

« Ugur ! File moi une de tes chaussettes ! »

Voilà le retour des chuchotements énervés.

Nesrine lève au ciel ses jolis yeux noirs, et face à mon désarroi, prend l’initiative de changer son approche. S’asseyant sur le dos de la bonne femme, elle lui tire les cheveux en arrière, et lui colle sa lame entre les lèvres.

Oui effectivement, ça marche aussi, au niveau de l’intimidation. C’est pas mal. Et ça laisse le temps à l’autre débile de défaire sa botte. C’est pour ça qu’il est toujours utile (et agréable) de s’entourer de gens plus cruels et compétents que soi.

Tendant l’oreille, à l’affut du moindre indice sonore qui pourrait révéler une éventuelle alerte donnée dans les alentours, je m’accroupis à côté de notre pauvre bonne femme.

« Bon. Du calme Blondie. Tu fais pas un bruit et t’auras encore une bouche pour bécoter ta bonne femme demain matin. Compris ? Fais euh… Non ne hoche pas la tête. Cligne des yeux très lentement si t’as bien compris. »

A la réflexion, peut-être que je ferais bien d’attendre que sa tête arrête de résonner de mon coup de talon avant de lui exposer ce genre de consignes un peu techniques.

« Ugur, magne ton cul ! On la bâillonne et on se tire, tant pis pour la marchandise… »
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