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 Il était une fois, dans la poussière... [Otton]

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Lyssia Oskario
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MessageSujet: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Dim 29 Juil - 18:14

J’adore quand mes retours de missions se passent comme ça. En général, les jours qui suivent on me laisse tranquille et je n’ai pas d’impératifs particuliers. Je vais à l’entrainement, ça c’est sûr, j’en rate rarement un… mais le reste du temps, je bulle au soleil à bouquiner des trucs qui peuvent m’être utile pour ma prochaine mission, je me repose un peu et je trie les informations que j’ai glanées un peu partout, même celles qui peuvent paraître inutiles sur le coup. On ne sait jamais, ça peut toujours servir. Bref… j’aime ces jours tranquilles durant lesquels je peux me concentrer sur le travail sans pour autant être obligée de rendre des comptes. C’est reposant.

Mais là, j’ai passé la nuit à m’entrainer, alors le réveil est un peu difficile. Je m’extirpe de mes draps en ouvrant un œil prudent, je frémis quand mes pieds entrent en contact avec la pierre glaciale du sol de ma chambre, et je me traine, au radar, jusqu’aux biscuits secs que j’ai laissé sur ma chaise pour me servir de petit déjeuner. J’en ronge quelques-uns d’un air peu convaincu, puis je vais m’asperger le visage d’eau fraiche pour émerger plus facilement. J’enfile rapidement un pantalon un peu bouffant rouge et une tunique sans manches d’un rouge un peu plus délavé, moins neuf que le pantalon. C’est pas hyper règlementaire, mais c’est rouge et c’est juste pour l’entrainement. J’ai jamais eu de réflexion. Parfois on me dit encore que je devrais enfiler des bottes au lieu de m’entrainer pieds nus, mais j’aime ça… ça me donne l’impression d’avoir davantage d’adhérence… Enfin peu importe.

Je traverse différents couloirs, une cours, je croise des frères et des sœurs que je salue respectueusement avec mon sourire de fille moyenne, comme d’habitude, et j’arrive sur le terrain d’entrainement. Je suis pas la première, mais pas la dernière non plus. Même pour la ponctualité je suis dans la moyenne. Pas vraiment en avance mais jamais en retard non plus. Je commence à m’étirer avec les autres jusqu’à ce que Ziros me rejoigne. Après je m’échauffe avec lui. Ziros c’est un prieur un peu plus âgé que moi, d’un an ou deux je crois, pas plus. En combat on a à peu près le même niveau, il a dû prendre le dessus aussi souvent que moi et on gagne l’un sur l’autre plus ou moins à tour de rôle. C’est un super partenaire d’entrainement et je pense que je le considère comme l’ami d’à peu près mon âge le plus proche à l’heure actuelle. On ne passe pas des heures à discuter en se regardant dans le blanc des yeux, mais on se comprend et on apprécie la compagnie et les coups de l’autre. C’est déjà pas mal.

Le seul truc qui m’énerve chez-lui, c’est qu’il est très bon avec la Magie de la Douleur… alors que moi j’arrive à rien. Ça a tendance à m’énerver, du coup on évite le sujet en général.

On s’échauffe en échangeant quelques banalités, deux trois potins et des petites taquineries jusqu’à ce qu’un vicaire nous adresse un regard réprobateur. Les combats commencent. On en regarde quelques-uns ensembles, je le regarde écraser un novice et se faire aplatir par un frère, il me regarde faire plus ou moins le même genre de choses… bref, on est tous les deux moyens. Bons, mais sans plus… comme toujours. Jusqu’à ce qu’on se retrouve face à face.

Ziros est comme moi, il fait le moyen pour être moins visible. Mais comme on s’aime bien, qu’on a l’habitude de s’entrainer et de se battre ensembles et qu’on a quand même un esprit de compétition à satisfaire, quand on se retrouve l’un en face de l’autre on se bat vraiment. Avec toutes nos capacités. On oublie qu’on nous regarde et qu’on nous évalue, on oublie ce qui se passe autour de nous et on se donne à fond. Je ne remarque même pas qu’Otton est arrivé, je ne vois que Ziros.

On a des styles très différents, même si les dagues sont notre arme de prédilection à tous les deux. Mon style à moi est fluide, souple et rapide, on dirait presque que je suis en train de danser quand je tournoie autour de lui avec des mouvements félins. Son style à lui est plus brutal. Il est tout aussi rapide que moi, mais ne prend qu’une seule dague et se sert de sa main libre pour frapper. Quand mes coups portent, ça coupe, quand les siens portent… ça sonne.
Notre combat dure un moment, chacun prenant le dessus de temps en temps. A un moment donné, je lui ai même balancé un coup de genoux dans le menton qui lui a dérangé les idées pendant plusieurs secondes. Il a répondu à mon sourire triomphant par un coup de pied dans les mollets qui a bien failli me mettre hors-jeu. Ma tête est passée à un demi-centimètre de la tranche d’un bouclier qui trainait là. Mais finalement on finit par terre, à bout de souffle, couverts de sueur, de poussière et d’un peu de sang par endroits… Moi, allongée sur le dos, une dague au loin et la main de Ziros qui m’empêche de me servir de l’autre tandis qu’il presse son avant-bras sur ma gorge, me plaquant à terre de tout son poids. Il sourit, me lâche et m’aide à me redresser… cette fois il a gagné. Pas grave… la prochaine fois ça sera mon tour…

J’essuie la sueur de mon visage sur une serviette qu’un frère me tend et je repère enfin Otton. Je me retiens de sourire pour garder mon air moyen que j’ai vissé sur mon visage dès la fin du combat et je le salue discrètement. Ce n’est pas parce qu’il s’occupe de moi depuis onze ans que je dois lui sauter au cou quand je le vois non plus… c’est le Premier Prieur merde… un peu de respect quand même. Et puis y’a plein de gens en plus… Après les gens vont commencer à dire que je suis pistonnée dans tous les sens et ça serait désagréable…

Et puis… si ça se trouve il n’est pas venu pour moi du tout…
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Lun 30 Juil - 11:27

La Saison du Renouveau était pour Otton celle qui annonçait l'arrivée des grandes chaleurs. Chaque année, il se disait qu'il en profiterait pour entraîner son endurance pour mieux supporter la fournaise approchante de la Saison de la Forge. Et chaque année, les températures excelsiennes le mettaient à l'épreuve, sans qu'il ne puisse trouver le temps plus agréable ou même supportable. Les nuits et les matinées devenaient donc ses moments favoris des longues journées estivales.

La Fête de la Vie, il l'avait passée au Fort. Après les prières de l'après-midi, les rares prieurs qui n'avaient ni famille, ni le devoir d'assurer la sécurité des rues en effervescence, se réunissaient généralement pour un petit repas informel et bien arrosé. Otton fit l'effort de passer rapidement au Palais plus tard dans la nuit, mais retourna rapidement auprès de ses frères et sœurs.

Ensuite, ce fut le retour à la routine. Bénir les jours où le vent de l'Océan amenait de la fraîcheur, et maudire en silence ceux où le soleil impitoyable s'ajoutait à l'immobilité et l'humidité de l'air. D'autres devoirs l'attendaient, bien sûr. Rien que les rapports fragmentaires de Viminal, village proche de la frontière avec Trius étaient alarmants. Il n'avait pas encore toutes les informations en main, mais un petit escadron de Prieurs avait été dépêché sur place et l'enquête s'annonçait longue et délicate.

Raison de plus pour entretenir ses compétences martiales. Si la stratégie et la gestion des troupes demeurait une affaire courante et facile pour Otton, ses entraînements physiques étaient moins fréquents, ou en tout cas moins réguliers, que ceux de ses subalternes. Après les premiers devoirs administratifs du matin, le Prince quitta son bureau pour observer les défenseurs d'Excelsa depuis la galerie, un étage plus haut. Sous la supervision de frère Mathias et de ses officiers, les prieurs perfectionnaient leur technique de combat au corps à corps. C'était cette quête perpétuelle de perfection qui faisait d'eux les combattants les plus redoutés du Continent.

Le regard d'Otton s'attrarda sur la jeune Lyssia. Souple et fine, elle opposait une résistance honorable à son partenaire, plus costaud. Elle donna quelques coups très bien placés, n'en vit pas venir d'autres. En somme, de bonnes bases, avec des progrès à faire. De toute façon, il était devenu clair depuis longtemps qu'elle n'aurait pas à mener beaucoup de combats de front. Comme tout le monde, elle avait ses jours en uniforme et en patrouille. Il fallait battre le pavé aussi souvent que possible, histoire de s'imprégner de la Ville, de chaque ruelle, de chaque tournant. Mais son occupation première n'était pas de combattre. Ce qui n'allait pas empêcher le Premier Prieur de lui donner quelques petits conseils.

Lyssia finit par remarquer sa présence lorsqu'il descendit dans la cour, accueilli par les salut des soldats interrompant leur entraînement.

- Excellent travail. Un compliment sobre, mais sincère. Otton n'avait guère envie de se lancer dans un discours. Poursuivez. Sœur Lyssia, j'ai besoin de vous parler... et prenez votre arme.

Le Premier Prieur s'éloigna sans attendre ou sans donner plus d'explications. Il prit la direction d'une des salles d'entraînement réservées aux officiers, bien plus petite que la cour, mais d'autant plus pratique pour discuter tout en s'entraînant. Ce n'est qu'une fois seuls qu'il adressa à nouveau la parole à sa jeune protégée.

- Tu es rentrée hier soir, à ce qu'on m'a dit ? Pas de problèmes ?

Elle était en vie et pas à l'infirmerie, donc c'était au moins cela de succès. Tout en écoutant sa réponse, Otton détacha son arme de sa ceinture et la déposa sur une chaise, au pied du mur. Il déboutonna aussi sa veste, avant de la placer soigneusement sur le dossier de la même chaise, découvrant qu'une légère chemise blanche.

- Comme j'avais besoin de te parler, je me suis dit qu'on peut le faire en voyant ce que tu as appris. Il lui adressa un petit sourire. Il n'était pas question d'un combat loyal, bien sûr. Mais ils pouvaient tout de même profiter de cet entraînement. Tous deux avaient des choses à apprendre et tous deux devaient pratiquer la magie de la Douleur autant que possible. Otton avait négligé cela, malgré les excellents conseils du Frère Izei... Pour une fois, il allait pouvoir s'en servir.

Il relâcha sa nuque dans une profonde inspiration et laissa ses bras pendre le long du crops, les jambes écartées à la largeur d'épaules.

- Attaque-moi.

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Lyssia Oskario
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Mer 1 Aoû - 23:48

Au final il vient directement vers moi. Il félicite tout le monde et me surprend en me demandant de le suivre. Normalement quand il veut me parler, il me convoque là où il est et je me fais un devoir de le rejoindre le plus rapidement possible… Peut-être que c’est urgent, peut-être que c’est grave… peut-être qu’il va m’annoncer qu’il est gravement malade et qu’il ne lui reste plus que dix jours à vivre… Ou alors, pire encore, peut-être qu’il va m’annoncer qu’après ces onze années, il en a marre de moi !!!

Je glisse mes dagues à ma ceinture et le suit sans rien montrer de ce que je ressens. Comme toujours. Ziros essaye bien de me saluer au passage, mais je ne le vois même pas. Quand Otton est dans le coin, je ne pense pas à grand-chose d’autre. Je lui suis tellement reconnaissante pour tout ce qu’il a fait après la mort prématurée de mes parents… Et puis il incarne tout ce que je respecte le plus au monde ! C’est le Premier Prieur ! Je sais que je me crée des contes quand il est question de lui, comme cette histoire de maladie grave… mais je suis terrifiée à l’idée de le perdre. Heureusement, j’ai le temps du trajet jusqu’à une salle d’entrainement pour me reprendre. Je ne suis pas certaine que mes angoisses ridicules l’amusent beaucoup s’il se les prend en pleine figure alors qu’il n’a rien demandé à personne.

Quand il se tourne vers moi pour ouvrir à nouveau la bouche, je suis soulagée. Juste une discussion normale… parfait.


- Oui, hier soir… Pas de problème particulier à relever. Quelques nouvelles petites cicatrices c’est tout. Je vous ai fait parvenir une copie de mon rapport dans la nuit, comme d’habitude. Oh ! Et je vous ai ramené un petit souvenir… mais je n’ai pas pensé à le prendre avec moi. Je l’ai laissé dans mon armoire.

Faut dire aussi que je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il vienne me voir aujourd’hui. Sinon j’aurais un peu plus dormi cette nuit d’ailleurs.

Je lui raconte ma mission en me détendant progressivement. Il n’y a peut-être qu’avec Izei et Otton que je me laisse être moi-même, mais avec le Premier Prieur ça prend un peu plus de temps. Il m’impressionne… il m’impressionne beaucoup. Mais pendant que je parle, ça revient. Probablement parce que je lui ai déjà raconté bon nombre de mes missions, et que même si on est dans une pièce différente, la force de l’habitude reprend le dessus. Je le regarde se débarrasser de sa ceinture et de sa veste sans me poser de questions, trouvant même que sa chemise lui va très bien… ce n’est qu’une fois que j’ai terminé de tout raconter (et qu’il peut enfin en placer une), que je réalise.


- Oh, vous voulez qu’on… Avec joie !!!

Je lève sur lui un regard brillant de petite fille à qui on vient d’offrir une boutique de sucreries en entier. J’adore m’entrainer avec lui. Je suis affreusement nulle comparée au Premier Prieur, mais ça n’a pas d’importance… Il veut m’entrainer, moi ! Et puis j’apprends toujours des trucs supers avec lui, surtout.

Je prends mes dagues sans hésiter. La différence de niveau entre nous est telle, que je pourrais m’armer bien plus que ça, l’affronter alors qu’il ne porte qu’un pagne et un brin d’herbe en guise d’arme… il m’étalerait probablement avec une facilité remarquable.

Sans même marquer une seconde d’hésitation, je bondis dans sa direction, dagues en avant, un sourire ravi mais concentré sur les lèvres. Avec lui, ce n’est pas comme avec Ziros ou les autres Frères, je n’ai absolument pas peur de le blesser si je me donne à fond. Il serait sans doutes capable de m’arrêter à un doigt en regardant ailleurs et en rédigeant une lettre de sa main libre…

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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Jeu 2 Aoû - 12:27

L'opinion que Lyssia pouvait avoir d'Otton était largement exagérée, biaisée par l'affection qu'elle lui portait. Le Premier Prieur était, comme son titre l'indiquait si justement, un prieur. Un guerrier, dans un ordre guerrier pratiquement millénaire. Sa formation avait été rude et efficace, mais il n'était pas du tout le meilleur combattant parmi les siens. Sans oublier que ses jours (et ses nuits) dans les rues de la Ville étaient loin. Il n'avait pas assisté à une bagarre digne de ce nom depuis longtemps et n'a pas eu à défendre sa vie depuis plus longtemps encore.

Et les entraînements n'étaient que des entraînements. Pour certains vicaires, il était admis de se battre jusqu'aux blessures graves, parfois jusqu'à la mort lorsque l'usage de la magie dérapait. Les combattants ordinaires ne le faisaient pas entre frères et sœurs et c'était mieux ainsi.

Ceci étant dit, lorsqu'on s'attend à être attaqué, des réflexes reviennent. Il est même nécessaire de ne pas tous les laisser s'exprimer. La plupart du temps, les prieurs devaient ramener l'ordre rapidement et considérer les dommages collatéraux sous formes d'os brisés comme le juste châtiment. Pas question de faire ça aujourd'hui.

Otton se contenta de faire un pas sur le côté et entraîner Lyssia plus loin dans son propre mouvement lui faisant perdre l'équilibre et en profita pour l'allonger sur le dos, l'une de ses propres dagues sous sa gorge.

- Tu ne peux te permettre d'attaquer sans penser à ta garde que si tu as l'avantage de la surprise.

Experts du combat urbain, les prieurs profitaient souvent du terrain pour encercler ou surprendre leurs adversaires. Des vicaires se téléportant depuis leurs cachettes étaient la hantise des gangs, bien sûr. Mais les plus souples et les plus agiles des combattants n'hésitaient pas à profiter des toits ou autres éléments d'architecture pour tendre des embuscades au criminels, voire même intervenir en plein cœur d'une manifestation ou autre bagarre. Dans un affrontement frontal et prévu, il fallait s'assurer d'un autre avantage.

Otton s'écarta et aida Lyssia à se relever.

- Il faudra faire mieux que ça. Essaie de faire quelque chose de moins évident.

Elle était plus souple et plus vive que lui. S'il parvenait à mettre la main dessus, il n'aurait aucun mal à la maîtriser... Mais il fallait pour ça qu'elle le laisse faire. C'était à elle d'improviser de toute façon. Le Premier Prieur décida de poursuivre la conversation.

- Est-ce que tu as eu vent de ce qui s'est passé à Viminal ?

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Lyssia Oskario
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Ven 3 Aoû - 14:50

Ça s’est passé tellement vite que je me contente de le regarder en clignant des yeux surpris. Ma main est vide et je sens le métal froid de ma propre dague qui caresse doucement ma gorge. J’avale ma salive, moyennement ravie d’avoir été à ce point facile à contrer. Je sais qu’il est fort et tout et tout… mais c’est pour le principe. Il m’aide à me redresser et je laisse échapper un grognement douloureux en portant la main à mes côtes. Déjà bien malmenée pendant mes combats à l’entrainement, la blessure que m’a infligée Izei sans le vouloir cette nuit me signale qu’elle n’aime pas trop l’idée d’une nouvelle séance. Tant pis. Je me secoue légèrement pour me sortir cette brûlure de la tête, ainsi que la blessure de ma cuisse. Si je ne suis pas capable de m’entrainer juste à cause de ça, je ne mérite pas la place que j’occupe.

Je me remets en garde et me concentre sur lui. Cette fois, je veux réussir à le surprendre au moins un instant. Je n’y arrive jamais normalement. Mais aujourd’hui, j’y parviendrai ! C’est une certitude. Cette nuit j’ai avancé un peu avec Izei. Douloureusement, nébuleusement aussi… mais j’ai avancé. Donc, c’est les vingt-quatre heures de l’avancement !


- Oui, j’en ai entendu parler. Pas en détail, mais je sais qu’on a perdu quatre frères dans des circonstances étranges. Une histoire de poison si j’ai bien tout saisi… avec des témoins importants et haut-placés.

Je rougis très très légèrement. Je n’en sais pas beaucoup, mais c’est déjà plus que ce que la plupart des autres connaissent. Ma manie de récolter des informations se déclenche toute seule quand j’entends des choses qui ne me sont pas destinées. Ceci dit ça m’a déjà été très utile cette petite manie. Parfois, des informations vraiment importantes me tombent « malencontreusement » dans les oreilles, des potins de couloir qui vont trop loin, des infos qui restaient bloquées… des indices involontaires même des fois. En général, Otton aime bien que je lui raconte tout ça.

Je l’attaque méthodiquement, juste pour qu’on échange quelques passes.


- Cette histoire ne me plait pas… des frères sont morts et nous n’avons pas de coupable. Je sais que ça n’est qu’une question de temps… mais quand même… quatre frères… comme ça, pouf… Je ne sais pas grand-chose mais ça sent mauvais.

Des frères qui meurent, c’est jamais la fiesta… mais bon quand même… normalement on sait au moins pourquoi ils sont tombés, normalement on peut mettre de l’héroïsme dans les histoires de nos disparus… Là non. Rien. Sans être parfaitement effrayant, ça n’est pas non plus franchement rassurant. Et puis… j’aime pas ne pas savoir. C’est probablement pour ça que je me suis spécialisée dans une branche telle que la mienne.

J’essaye de passer sa garde mais il me bloque à chaque fois avec des gestes qui me donnent l’impression d’être plus prévisible encore que le lever du soleil après la nuit. Ça m’énerve… J’aime pas être mauvaise. Je sais que j’ai eu une nuit difficile et très peu d’heures de sommeil, je sais aussi que l’entrainement a été éprouvant… mais c’est pas une raison ! En pleine mission il peut se passer n’importe quoi, on peut aussi ne pas avoir le temps de se reposer pendant plusieurs jours ! Si je suis à ce point pathétique pour si peu, je suis pas prête d’être à la hauteur des espérances d’Otton.

Au final, en plein milieu de mon enchaînement, je fais mine de trébucher sur mon propre pied et je tombe en avant, m’agrippant à lui comme si j’allais lui fais un câlin pour me rattraper.


- Oups… pardon… Je suis si maladroite…

Normalement, si tout s’est passé comme je l’avais prévu, la pression de ma dague sur ses noix devrait avoir réussi à le surprendre au moins un peu…
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Sam 4 Aoû - 15:21

Otton hocha la tête. Lyssia était bien renseignée. Certaines personnes en Ville n'étaient toujours pas au courant. Lui-même avait reçu les premiers rapports en priorité. Enfin... Si on pouvait qualifier de rapport une Amirale assoiffée de sang et outrée par les événements de Viminal.

Si le Prieuré n'avait de cesse de renforcer les défenses d'Excelsa, la frontière nord avait longtemps était négligée. Ou, pour être précis, reléguée au second plan. En effet, Trius ne représentait pas une menace et la Flotte empêchait toute possibilité de débarquement sur les côtes de part et d'autre de la Péninsule. Les Prieurs stationnés dans les chapelles des villages tels que Viminal étaient là pour rappeler aux paysans que la Ville veillait sur eux et leur offrir du soutien spirituel ainsi que quelques personnes sachant lire et écrire. Les guerriers y étaient plus en tant que guides spirituels que soldats. Un attentat aussi sournois devait les prendre à revers. Ils n'avaient aucune chance et le Fort devait réagir en conséquence, après avoir offert à ses frères le repos éternel dans les flammes.

- Très mauvais. La confirmation du Premier Prieur vint sur un ton glacial. Ses yeux s'assombrirent. S'attaquer au Prieuré, c'est s'attaquer à la Ville.

Comme tous leurs semblables, Otton prononçait ce dernier mot comme d'autres peuples parlaient de "dieux", avec une déférence emplie de juste colère.

Il repoussa les attaques de la jeune fille avec moins de souplesse, cette fois. Ses gestes étaient plus secs, mais toujours efficaces. Sa colère, muette et maîtrisée, transparaissait. Il n'avait pas envie d'être vu comme ça, ni même d'aborder le sujet plus que nécessaire. Mais ils devaient en parler. Après tout, Lyssia avait besoin de savoir.

- Sœur Feriel se chargera de rassembler les témoignages des personnes que nous avons pu identifier. L'Amirale O'Fell notamment. Feriel Kiana était une experte avec un sens du devoir à toute épreuve et suivant chaque piste tel un chien de chasse. Mais il fallait l'aider pour accélérer les choses. Les notables ont été assez faciles à identifier. Je veux que tu te charges de retrouver un maximum de civils et de récolter leurs versions. Il se peut qu'ils aient aperçu quelque chose qui aurait échappé aux autres. Commence par Frère Izei. Il y était, en permission.

Ceux qui portaient l'uniforme à Viminal avaient connu une triste fin. Ce n'était pas le cas du vicaire Ingenoc et il était certainement un excellent témoin. Lyssia trébucha et parvint à brillamment surprendre son protecteur. Otton cligna des yeux et sourit très légèrement.

- Pas mal. Mais risqué. Ne tente pas ce genre de choses si l'adversaire est armé.

Même si l'effet de surprise pouvait jouer en sa faveur, cette manœuvre nécessitait de se rapprocher dangereusement de la cible. Celle-ci avait, potentiellement, le temps de planter une lame dans le cou de la prieuse... Mais Otton devait s'avouer surpris et vaincu, dans cette manche.

Ils s'écartèrent à nouveau, anticipant un nouvel engagement.

- Défends-toi maintenant.

Il se tourna vers son arme et la retira du fourreau avant de faire à nouveau face à Lyssia. Un léger hochement de la tête plus tard, il attaqua, sa rapière décrivant un large arc dans l'air et s'abattant sur la tête de la jeune femme. Un coup certes puissant, mais facile tant à esquiver qu'à parer, avec assez de souplesse ou de force. Bien sûr, Otton ne désirait pas réellement tuer sa protégée. Ainsi, il poursuivi, en effectuant une série d'attaques classiques, mais assez espacées pour lui laisser le temps de le voir venir.

Ils allaient augmenter la difficulté au fur et à mesure.

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Lyssia Oskario
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Jeu 9 Aoû - 21:29

Je l’écoute tout en parant ses coups, redevenant un peu plus sérieuse. Il me donne une mission. Et une mission sur un truc qui me tient à cœur en plus… cette histoire de meurtres de Frères ne me plaît pas du tout. Il a raison, ceux qui s’attaquent au Prieuré, s’attaquent à la Ville, à cette Cité que nous aimons et protégeons, que nous regardons prospérer… L’idée même que quelqu’un puisse tenter de s’en prendre aux Frères de cette manière me révulse. Au pire, si vraiment il faut se battre, autant le faire pour de vrai… avoir recours à des astuces de vieilles femmes ou de rival politique c’est lâche. Les Frères sont des combattants, on s’entraine tous toute notre vie en jurant de la donner pour protéger la Ville… pas pour crever comme des merdes, lâchement assassinés par des couards dépourvus de morale et de la moindre décence.

Je me contente de hocher la tête et je réfléchis un peu à tout ça tout en passant en position défensive. Rhalala mais quelle nouille… j’aurais dû écouter ma conscience professionnelle et dormir davantage cette nuit. Déjà que mon entrainement avec Izei a été éprouvant et que j’ai écopé de blessures diverses entre cette nuit et ma mission… davantage de repos aurait probablement été nettement plus efficace qu’un entrainement matinal avec les Frères… J’ai un peu de mal à me concentrer à la fois sur Otton qui m’attaque et sur cette histoire morbide.

Après plusieurs attaques esquivées ou contrées, je finis par foirer à cause d’une erreur d’inattention de débutante, et le mouvement que je dois faire pour esquiver sa lame me donne l’impression que quelqu’un applique du métal chauffé à blanc sur mes côtes en tapant dessus avec plein d’aiguilles en même temps. Je recule en laissant échapper un grognement de douleur, le front en sueur et le visage soudainement plus pâle. J’avale ma salive en levant la main le temps de reprendre mon souffle.


- Un… un instant… j’ai besoin d’une minute de… de pause…

Je m’appuie contre le mur en grimaçant et en respirant en profondeur. La douleur pulse mais elle est moins violente qu’à l’instant. Il faut que je remette de l’onguent dessus. Je me racle la gorge en fouillant dans la poche de ma tunique. J’en sors une petite boîte dans laquelle il y a le même onguent que celui que j’ai offert à Izei cette nuit. J’ai bien fait d’en prendre pour moi aussi…

- Hum… euh… et du coup, pour la mission… dois-je rendre des comptes à la Sœur en charge de l’affaire, ou directement à vous ? En quoi souhaitez-vous que je me transforme ? En civile ? En journaliste ? Oui tiens… une journaliste, pourquoi pas… les gens parlent plus facilement à ceux qui font un article pour le bien de leur chez-eux qu’aux prieurs qui peuvent parfois avoir l’air accusateurs même quand ils ne le sont pas…

Je retire ma tunique, clairement pas gênée par le fait de me retrouver en partie dénudée face à lui. Nous ne sommes pas très pudiques dans la profession, et même si ça fait plusieurs années que ça n’est pas arrivé, quand j’étais enfant il a bien dû me voir à poil de toute façon, non ? Je grimace en jetant un coup d’œil dans le miroir en direction de la blessure. Une grosse brûlure infectée qui n’a rien à foutre là… putain… la compresse que j’avais mise dessus ce matin a dû tomber pendant l’entrainement… c’est dégueulasse. Je soupire en ouvrant la petite boîte.

- Je ne dis pas ça pour être Insultante, Frère Otton, mais vous devez bien admettre que la plupart d’entre nous ne sont pas forcément avenants avec les civils quand ils posent des questions… et puis nous sommes le symbole de l’autorité… on fait peur…

J’étale généreusement mon onguent sur la blessure. Mon visage se détend et je me mordille la lèvre avec une expression de soulagement intense quand la fraicheur du produit calme instantanément les élancements brûlants de la blessure.


- Mmh… Putain ça fait du bien…

Lyss’… vocabulaire bordel, t’es pas avec un bouseux là !!!

- Oh pardon… c’est sorti tout seul… Je… euh… j’ai presque fini, on va pouvoir reprendre, désolée…
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Ven 10 Aoû - 14:27

La technique de Lyssia est encore celle d'un amateur. Courageuse, motivée, déterminée, elle ne peut pas suivre sur le plant physique ou technique. Ceci dit, personne n'attend cela d'elle. Le Prieuré se montre déjà assez impitoyable avec ses novices pour exiger de ses frères et sœurs les talents martiaux d'Otton. D'ailleurs, si beaucoup de gens s'imaginent le [i]Premier[/] Prieur comme le meilleur parmi les siens. Cela tenait plus du mythe que d'autre chose. Son rôle était de faire consensus sur le plan des compétences et de la politique interne du Prieuré. Pas d'être le plus fort ou le plus instruit. Un rôle qui convenait à Otton.

- D'accord.

Un véritable ennemi n'accorde pas de pauses. Mais le combat n'était pas réel, ni même au premier sang. Otton s'immobilisa brièvement, avant de baisser son arme. Lyssia se déshabilla partiellement pour révéler un pansement mal ajusté sur une brûlure des plus impressionnantes. D'autant plus que la jeune femme misait généralement sur la discrétion et la prudence. Ses missions ne l'exposaient pas tellement à ce genre de blessures.

- Je peux savoir comment tu as réussi à te faire ça ? C'est sa première question. Elle est forte. Elle poursuit la conversation comme si de rien n'était, tout en soignant sa blessure.

- Comme tu veux. Mais il serait bon de faire savoir sur nous agissons et qu'on n'oublie pas les gens. Tous les gens, je veux dire.

La mission fondamentale du Prieuré était d'assurer la sécurité des citoyens d'Excelsa. Même dans la campagne la plus éloignée de la lumière du Fort. Si un communiqué officiel devrait bientôt être émis, la véritable présence des prieurs dans les rues et auprès des victimes ne serait pas un luxe.

- Nous faisons notre devoir. Otton eut un geste de la main qu'il espérait illustrer sont agacement. Et nous attendons d'eux qu'ils fassent de même. Nous sommes là pour les protéger. Et s'ils peuvent nous y aider, c'est ce qu'ils ont à faire. Il haussa les épaules faisant un tourner sa rapière dans sa main. Je ne t'interdis pas d'être polie, bien sûr.

Elle jure et s'en veut immédiatement. Otton sourit. Ce n'est pas comme s'il avait lui-même grandi en bonne partie parmi les soldats... Il hoche la tête, amusé. En public, il serait obligé de la réprimander ou l'ignorer en feignant le dédain. Seuls, ils pouvaient être plus détendus.

- La vie de caserne, ça marque. Ne t'en fais pas.

Lorsqu'elle fut prête, ils reprirent leur entraînement. Cette fois, tous les prêts à attaquer et à se battre. Un combat aussi inégal que possible, mais le Prince n'avait aucune envie de faire subir ça à sa protégée. Une telle différence de niveau ne pouvait être bénéfique si chacun se donnait à fond. Non, cette fois, il souhaite pratiquer lui-même un domaine qu'il avait bien trop négligé au cours des dernières années.

Alors qu'ils se faisaient face, Otton s'entailla le pouce sur la lame de son épée et sentit la douleur le traverser. Une douleur infime, mais suffisante : il eut l'impression que ses pieds quittaient le sol. Mais au final, il se trouva derrière Lyssia, lui tournant le dos... Un peu trop loin pour la pousser ou la toucher de sa main. Pas pas de son arme. Il pivota aussi vite qu'il le put pour poser sa lame sur le cou de la jeune femme.

- Je n'ai pas encore tout oublié. Peux-tu m'attaquer encore une fois ?

Une coupure aussi légère s'avérait déjà insuffisante. Son bras gauche s'abattit sur le coin du râtelier d'armes le plus proche et son corps enregistra une nouvelle montée d'énergie. Il serait prêt. En espérant d'être assez rapide et précis pour éviter Lyssia et ne pas s'encastrer dans quelque chose.

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Lyssia Oskario
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Dim 12 Aoû - 16:49

Je hoche la tête quand il parle, notant bien dans un coin de ma tête tout ce qu’il dit. Je fais toujours ça… ben oui, tout ce que dit Otton est toujours important ! Quel que soit le sujet, quelle que soit la situation. Il y a toujours quelque chose à retirer de ses paroles. C’est un homme sage, avisé, expérimenté et brillant… Et gentil aussi. Alors oui, je sais que ça n’est pas franchement la première chose qui vous saute aux yeux quand vous le rencontrez pour la première fois… mais quand même ! Un type qui prend soin de la gamine d’un autre pendant onze ans juste parce que ses parents sont morts c’est quand même vachement sympa non ? En tout cas, moi, je trouve que oui. Enfin bref… peu importe.

On reprend l’entrainement une fois que j’ai terminé de m’occuper de cette maudite blessure à la con. A un moment donné, je sursaute brutalement en sentant sa lame dans mon cou… Il était sous mes yeux la seconde d’avant… je ne m’y attendais pas. Je m’insulte mentalement… bien sûr que j’aurais dû m’y attendre… pire encore, j’aurais dû m’y préparer. Je suis supposée être préparée à toute éventualité bordel… et là je ne peux pas tout mettre sur le dos de la fatigue, ça n’excuse pas tout. Je soupire, et je me remets en position.

Au lieu de l’attaquer d’un coup, comme il s’y attend sans doutes, je fais d’abord quelques passes histoire d’avoir le temps de répondre à la toute première question qu’il m’a posée… et que j’ai soigneusement éludée jusqu’à présent. Mais c’est vrai que cette histoire me travaille.

Une passe.


- C’est Frère Izei qui m’a fait cette blessure…


Une esquive.

- C’est un peu compliqué à expliquer…

Une grimace à cause d’un faux mouvement.

- Et puis vous n’allez pas aimer cette histoire…

Une hésitation. Otton est d’accord avec Izei sur un point d’habitude : je ne dois pas m’entrainer seule à la Magie de la Douleur pour le moment, et je ne dois pas « forcer les choses »… hors, pratiquement toute la nuit d’hier n’a été qu’une succession de « forçage de choses ». Il va être déçu par mon comportement… et je déteste quand il est déçu par mon comportement. Je déteste ça, autant que quand il est probablement déçu par mes résultats médiocres. Je veux qu’il soit fier de moi… pas déçu… la simple idée de le décevoir sincèrement me fait déjà une grosse boule dans la gorge… pire que quand j’ai dû avouer à Izei que je m’étais entrainée seule. Izei est quelqu’un qui compte énormément pour moi, pas de doutes là-dessus… mais Otton ? Otton c’est plus que ça… je ne peux pas dire que je le considère comme un père, ce n’est pas ça, mais il est la personne qui a le plus d’importance dans mon existence.

Je me lance.


- Je me suis entrainée seule, il m’a disputée, il a parlé d’une algue qui pourrait m’aider, j’en ai pris… et après tout s’est enchaîné…

Une esquive.

- D’un seul coup, j’ai eu très très mal aux côtes, mon professeur s’est évanoui, je crois que je suis subitement apparue au-dessus de Frère Izei au moment où il se redressait, je suis tombée sur lui, il m’a engueulée, il s’est excusé… et après c’est moi qui suis tombée dans les pommes…

Une parade.


- Ah et la brûlure que vous avez vu, avant tout ça elle était sur le corps de Frère Izei… je le sais parce que je venais juste de lui refaire son pansement…

C’est un résumé rapide, mais il y a l’essentiel. Là, peut-être pour ne pas me laisser le temps de voir la déception s’afficher dans ses yeux, j’obéis enfin et l’attaque comme il me l’a demandé.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Lun 13 Aoû - 13:53

Ils échangent quelques passes, quelques coups. Ils font une pause tous les cinq ou six mouvements, pour reprendre de la distance et repartir "à zéro". Otton est concentré, bien sûr. L'entraînement et le combat font partie des moyens essentiels du Prieuré pour assurer une défense sans faille à la Ville.

Mais son détachement et son impassibilité se fissurent rapidement, au fur et à mesure que Lyssia répond à sa question. Qu'il arrive aux vicaires de torturer des gens n'était un secret pour personne au Fort. Avec la bénédiction de tous les échelons hiérarchiques, ils s'en donnaient à cœur joie sur les prisonniers condamnés à mort. C'était une mort lente et affreuse, mais personne ne faisait long feu dans les cellules de la Douleur. Il pouvait arriver que des novices se prennent quelques coups... Mais une prieuse accomplie ?

Le Premier Prieur attendit d'avoir plus d'informations pour réagir. Peut-être avait-il mal compris ?

En fait non. La suite de l'histoire ne lui plait pas. Pas du tout. Si on peut appeler cela une histoire. C'est plus une confession. Pas de crimes véritables, bien sûr. Mais elle lui avoue tout de même d'être allée à l'encontre du bon sens, des règles de sécurité et, pire encore, d'ordres directs. Le Premier Prieur en vint à se poser la question si ce qu'il demandait à Lyssia était considéré comme des ordres ou plutôt la requête d'une figure vaguement paternelle qu'on pouvait ignorer au besoin.

Son mécontentement devint évident, le temps qu'elle ait fini de parler.

- Pourquoi ? Otton s'immobilisa, interrompant l'entraînement. Tu m'as désobéi. Et tu as désobéi à un officier, un vicaire. Sans oublier que tu te mets inutilement en danger, alors que ton corps n'est pas prêt pour ça.

Sa voix monta d'un cran. Il serra son poing gauche, encore endolori du coup contre le râtelier. Elle était sa protégée. Dans un sens, tous les prieurs étaient ses protégés, mais Lyssia était spéciale. Même leur relation civile était celle de tuteur et d'une pupille. Elle était forte et débrouillarde, mais il en gardait une responsabilité bien plus grande pour ses frères et sœurs.

Et surtout, tant elle entamait sa carrière dans la subtilité, Otton avait fait la sienne en grande partie dans la brutalité. Entre patrouilles, forces d'assaut et le Vicariat de la Douleur, son endurance était supérieure à ce que Lyssia pouvait espérer. La magie n'était pas à prendre à la légère. Tous les ans, des frères et des sœurs perdaient la raison à cause de leurs abus, de l'imprudence ou de l'usure physique et mentale qu'elle occasionnait. Nombreux étaient ceux qu'on encourageait à ne pas sonder les arcanes de la Douleur et de s'en tenir à ses bases ou carrément à l'écart. Les fonctions de Lyssia en faisaient une bonne candidate pour ce genre de pratiques, mais sa constitution la mettait en danger. Et ça, c'était inadmissible.

- Si tu veux aller plus vite que ce qu'on te demande, tu devrais au moins avoir la présence d'esprit de suivre le chemin le plus logique.

Si tous les prieurs n'étaient pas versés dans les secrets et les détails pratiques de la magie de la Douleur, il était clair que cet exercice était réservé aux plus endurants d'entre eux. Avant de pouvoir canaliser sa souffrance, il fallait apprendre à la supporter. Sans oublier les automutilations qui ne pouvaient être infligées sans un esprit aguerri. C'est une chose de risquer sa santé ou sa vie. S'en est une autre de se faire mal de sa propre initiative.

Toujours en colère, Otton se rapprocha de Lyssia et la pointa de son indexe.

- Je veux que tu arrêtes. C'est un ordre. Il la fixa dans les yeux, pendant plusieurs instants sans rien dire. Sa respiration était plus bruyante que d'habitude, plus encore signe d'énervement, peut-être aussi d'une forme d'angoisse, que de fatigue. La seule chose que tu va accomplir seule dans ce domaine, c'est te tuer. Ou pire.

Il soupira et s'éloigna en faisant les cent pas. Elle avait toujours été plus ambitieuse que lui. Au fond, son seul désir était certainement de s'améliorer en permanence. La Perseverance était une grande qualité. Mais elle s'y prenait si mal...

- Nous allons t'aider à te préparer. Otton soupira. Au moins voir si tu peux être préparée. Mais tu dois me promettre de ne plus rien tenter seule. Est-ce que c'est compris ?

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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Dim 19 Aoû - 16:12

Dire que je suis surprise par le fait qu’il m’engueule copieusement serait un mensonge… je le savais. En même temps c’est normal, je suis allée à l’encontre de ses désirs… pire encore… de ses ordres. Je sais que je ne dois pas faire d’essais toute seule, je le sais parfaitement… mais je veux y arriver, c’est plus fort que moi.

Je baisse les yeux. Je déteste le décevoir. Je déteste ça encore plus que de ne pas réussir à me téléporter d’un coin à l’autre de la Ville. En fait, c’est probablement ce que je déteste le plus au monde. Ses reproches me font encore plus souffrir que la blessure que m’a infligée Izei finalement… c’est dire. J’ai l’impression qu’on me compresse le cœur. J’ai comme une grosse boule dans la gorge et j’ai l’impression d’avoir des larmes juste derrière les yeux. Ça doit probablement se voir, même si je fais un effort de malade pour ne pas les laisser couler. Il ne manquerait plus qu’en plus du reste, il me prenne pour une gamine de douze ans incapable de gérer ses émotions. D’autant qu’en temps normal, je suis presque sûre que j’aurais réussi à rester presque impassible… mais là, entre la fatigue, la douleur, les divers chocs de la nuit dernière et le mélange de colère et de déception que je lis dans les yeux d’Otton, j’ai juste envie de retourner dans ma chambre, de me rouler en boule sous mes draps, et de pleurer pendant une semaine sans m’arrêter. C’est pathétique.

Quand je finis par ouvrir enfin la bouche, je me maudits en entendant ma voix. Elle est serrée. C’est la faute de cette maudite boule… on dirait presque que je suis enrouée. S’il n’avait pas compris avant que j’étais au bord des larmes, là il ne risque plus d’avoir le moindre doute. Il me connait, mais je déteste lui montrer mes faiblesses… je me dois d’être à la hauteur de ses espérances, et même encore plus ! Je dois devenir forte, bien plus forte que tout ce que qu’il peut espérer je moi.


- Je… je suis désolée…


Comme si des excuses allaient tout régler. Ridicule.

- C’est juste… ça fait plus de quatre ans que j’essaie avec la méthode de Frère Izei… et y’a rien, pas le moindre changement… il… c’est un bon professeur, mais sa technique de transmission de souffrance physique ne donne rien avec moi, c’est comme ça… et il ne veut pas que j’essaie autrement… je sais que c’est dangereux, je sais tout ça, mais ça me rend dingue !

Me justifier non plus ne sert à rien… c’est comme si un homme accusé de meurtre expliquait que oui, il a tué son frère, mais que bon, quand même… ce dernier lui avait tiré les cheveux. Mais je sais pas… j’en ai besoin. C’est des trucs que je dis souvent à Izei quand je râle et que je le harcèle pour qu’il m’entraine encore plus… mais je ne crois pas avoir déjà eu cette conversation avec Otton.


- Et quand… quand je me fais mal moi-même, ça ne change pas grand-chose, c’est vrai… mais je sens quelque chose de différent… Y’a un truc qui se passe et… Et quand j’ai hérité de la blessure de Frère Izei, j’ai réapparu au-dessus de lui… j’ai pas fait exprès, mais ça a marché quand même… Je dois avoir mal moi-même pour que ça fasse des trucs… Je…

Je baisse à nouveau la tête, vaincue par mon propre manque d’arguments.

- Je veux juste être à la hauteur des espoirs que vous placez en moi… et à la place je ne fais que vous décevoir… je suis désolée…
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Il était une fois, dans la poussière... [Otton]   Mar 21 Aoû - 11:21

La gestion des émotions fortes n'était pas le point fort d'Otton. Certains prieurs avaient le don de communiquer avec leur entourage. Frères, sœurs, citoyens,... ils trouvaient toujours les mots pour faire passer le message avec subtilité et délicatesse. D'autres se voyaient bien plus réduits à leur fonction première : combattre. Le Premier Prieur était de ceux-là. Sans être un monstre, il était émotionnellement maladroit.

Entre la colère d'avoir été désobéi et l'inquiétude pour la santé de la jeune femme qui comptait tant à ses yeux, il se retrouvait pris au piège. Conscient que cela ne servirait à rien d'exploser et de gueuler jusqu'à ce qu'elle rentre dans le rang, il serra les dents, le temps qu'elle s'excuse et s'explique au moins.

Comme toujours, elle était ambitieuse. Sa Persévérance était grande et louable... Mais l'Obéissance faisait défaut et mettait sa Sécurité en péril. Et ça, on ne pouvait pas se le permettre.

- Ca te rend dingue ? La question d'Otton était teintée d'une colère toute neuve. Tu sais ce qui arrive à ceux qui s'y prennent mal ? Ils perdent la tête et on doit mettre un terme à leurs souffrances. Leurs vies sont gâchées, sans qu'ils puissent d'accomplir quoi que ce soit pour la Ville.

La raison pour laquelle les vicaires se livraient à des exercices mentaux et physiques très intenses était toute simple. La Magie prélevé un lourd tribut sur le corps de son utilisateur. Bien sûr, les soldats réguliers en profitaient également, voyant leur endurance accrue par des versions... plus souples des rituels. Mais pour les vicaires, il était question avant tout de s'assurer de leur survie et de leur stabilité. Sinon, l'usure venait trop vite. Utiliser la magie de la Douleur sans y être préparé revenait à verser du métal en fusion dans un seau en bois et non dans une cuve de fonderie. Le résultat était désastreux.

- Je suis heureux que tu n'aies pas réussi. Les conséquences pourraient être catastrophiques.

Le fait qu'Izei soit parvenu à transférer l'une de ses blessures sur Lyssia était impressionnant. Ca signifiait aussi que les vicaires allaient se réunir prochainement pour en demander la preuve à leur frère. Même les plus grands amateurs de violence qu'on pouvait trouver dans certains établissements douteux ou dans les manoirs des notables décadents ne pouvaient pas rivaliser avec ce que les vicaires de la Douleur faisaient entre eux. Les prieurs ne désirant que durcir leur corps et renforcer leur esprit subissaient des épreuves qui étaient plus des cérémonies solennelles. Si par contre on souhaitait rejoindre leur cercle, il fallait se prêter et prendre part aux rituels qui frôlaient parfois la sauvagerie la moins civilisée.

- Tu n'as pas à être désolée. Tu dois connaître ta place. Si tu accomplis ton devoir, tu seras toujours à la hauteur de mes attentes, Lyssia. Je ne veux pas que tu te suicides en essayant d'impressionner qui que ce soit. Il aurait bien aimé lui faire réciter les Cinq Préceptes, mais elle les connaissait aussi bien que lui, même si elle ne voyait pas toujours leur application. Il se contenta donc d'insister sur ce qui était essentiel pour cette conversations.- Sécurité. Obéissance.

Le Prince attendit que son espionne hoche la tête et il l'imita, mettant un terme à cette déplaisante conversation.

- Je ne t'en veux pas. Mais tu n'es pas au-dessus des règles. Tu seras convoquée à la prochaine cérémonie à Saint Gabriel. Les vicaires devraient bientôt s'y réunir. Je préfère que ton potentiel y soit évalué. On mettra aussi ton endurance à l'épreuve. Comme ça, on verra si tu peux être un vicaire ou non.

Cette fois encore, Lyssia échappait à la punition. Si elle avait envie de magie, elle allait pouvoir y goûter ce qui serait un châtiment en soi. Les premières fois ne sont jamais faciles, même si on doit juste observer. C'est comme un second noviciat, mais bien plus sanglant.

Otton alla ranger son épée au fourreau, avant de soupirer encore une fois et d'adresser un regard plus clément à sa protégée.

- Ce sera tout pour aujourd'hui, va te reposer. Et soigne bien cette brûlure.

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