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 [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier

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Maeva O'Fell
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MessageSujet: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mar 29 Mai - 8:33

Les derniers rayons de l'astre solaire étendent les ombres de la Ville dans les profondeurs de ses ruelles. Loin, au delà de la voute céleste, la lune surplombe déjà des astres invisibles, commère parmi les corps célestes dont l'oeil unique est tourné vers une Excelsa en mouvement perpétuel, animée ce soir par un événement qui sera la cible de bien des ragots. Face aux lueurs industrielles de l'une des plus grandes cités du monde se distingue exceptionnellement une créature étrangement formée, épaisse, caparaçonnée, plus grande qu'une cathédrale, à l'appétit insatiable. Ses yeux éclairent l'Océan autour de ses ailes, et son dos, avide de prouesses, semble se targuer, rien que ce soir, de porter le monde. Viennent et vont ses enfants, créatures non-moins terribles originairement engendrés pour le chaos et la dévastation, qui l'abreuvent de quidams à foison, déchargés sur ses flancs massifs et envoyés jusque dans sa gueule béante pour n'être plus revus jusqu'au lendemain. Tous ses appendices sont au repos, pourtant, un ronflement régulier, presque doux, indique que la bête, vigilante, est prête à bondir. Excelsa sacrifie ses gens pour un soir à un terrible monstre de métal, et ce dernier, arborant les couleurs de l'amirauté à côté de celles de la Cité, rayonne.

Le Saint-Virgile est à la fête.

Voila plus d'une semaine que Maeva O'Fell, Amirale des forces navales d'Excelsa et mère du vaisseau de guerre le plus puissant de l'Océan à ce jour, prépare une soirée qu'elle espère à la hauteur des plus grandes réunions mondaines. Le Saint-Virgile est réquisitionné et décoré pour l'occasion afin d'avoir une allure moins terrifiante qu'à l'accoutumée et se prêter à la fête. Son équipage, ainsi que celui d'autres navires servant de navettes entre le quartier Balnéaire et l'appareil ancré au large de ce dernier, est également sur son trente et un. Uniformes de cérémonie de rigueur pour des hommes plus habitués à charger des torpilles qu'à tenir le bras de dames et demoiselles, ces derniers s'occupent de la sécurité, de l'information, et, pour les plus débrouillards, du service. Pour le reste, des maîtres d'hôtel et serveurs de profession ont été embauchés pour s'assurer que les invités, une fois le pied posé au dessus de l'eau, ne manquent de rien. Eux aussi revêtent des uniformes d'apparât militaires.

Faire entendre parler de l'événement avait été un véritable jeu d'enfant pour la dame blanche. Une volée d'invitations était partie aux plus grands noms d'Excelsa, chaque membre du Conseil avait été personnellemment mis au courant par coursier plutôt que par courrier afin de s'assurer que la nouvelle leur était arrivée. Les autres grands noms -- parmi lesquels Shah, Thorn et Palmer ne sont que des occurrences -- avaient reçu leurs invitations de manière plus orthodoxe. Du reste, la presse avait été le moyen le plus efficace de faire circuler l'information afin que tout un chacun sache pourquoi le Saint-Virgile et d'autres navires de la flotte d'Excelsa manoeuvraient près des côtes ce fameux soir. Si l'idée d'ouvrir l'événement au public déplaisait quelque peu à l'Amirale, elle en reconnaissait l'intérêt afin de ne s'attirer les foudres de personne, l'événement avait pour objectif d'illuminer les visages, pas d'assombrir son image.

Non contente d'organiser un repas dans un cadre hors du commun, Maeva avait décidé de s'octroyer les services des meilleurs musiciens du Conservatoire pour animer son Navire. Si l'idée de proposer un cachet à la pianiste d'exception Catherina Damoroff lui semblait irréalisable, elle était parvenue à entrer en contact avec elle par le biais de son frère, le quartier-maître Damoroff, en service sur son navire. Mais comme tout diamant se doit d'être mis en valeur par son quota d'or, l'Amirale avait également engagé Sérafine de Saint-Juste, violoncelliste et compositrice renommée dont les manières et la musique évoquaient un archaisme raffiné, et Chandra Naidu, un bon vivant à la voix d'une puissance sans pareil dont les talents contrasteraient harmonieusement avec ceux de sa consoeur. Ces engagements pris, les traiteurs contactés et la logistique mise en place, Maeva n'eut plus qu'à laisser les jours venir en déléguant à ses subordonnés les plus qualifiés des tâches secondaires.

L'Amirale est placée de sorte à ce que tous la voient surplomber la scène à leur arrivée sur le navire. Son regard d'or balaye chaque nouvelle vague d'invités avec une rigueur à peine exagérée alors que son uniforme impeccable rehausse la pression exercée par sa présence. Droite, les mains croisées dans le bas du dos, elle se dresse de toute la prestance de son rang et de sa légende sur le pont supérieur, l'espace l'environnant rarement dérangé par quelque officier venant lui glisser à l'oreille une information ou demander son aval pour s'occuper d'un problème de dernière minute. Consciente que les premières impressions sont toujours d'une importance capitale, elle préfère ne pas se mêler aux prémisces de la fête et les superviser de son promontoire. D'abord, afin de maintenir l'image qu'elle s'est efforcée de construire d'une Amirale stricte et autoritaire, ensuite, afin de renforcer ce thème militaire quoique dilué par l'absence de tout signe ostentatoire de la profession. Enfin, pour la simple et bonne raison que malgré le fait que l'idée d'organiser cette fête soit originellement sienne...

Maeva déteste les réunions mondaines.

Voir autant de visages, de personnes, défiler sous ses yeux lui fait se rendre compte de l'ampleur de la tâche. Et cette fois, pas question de se contenter de salutations d'usages et de rester à discuter avec d'autres militaires ou ingénieurs de choses qui font souvent fuir les oreilles traînantes, elle sait qu'elle devra être à tout instant disponible le moment venu.

Alors elle profite de ces minutes de calme relatif, la vue du gris métallique dominant le bleu océanique sous ses pieds lui procure encore ce zeste d'excitation et de bonheur qui ne concerne qu'elle. Le brouhaha des conversations tait le bruit des vagues, et le vent ne porte plus des exquis murmures de son appareil que les martèlements de pas des invités. Invités parmi lesquels l'Amirale a déjà reconnu quelques visages. Elle n'avait répondu aux salutations de certains que d'un regard plus appuyé pendant quelques instants, incapable de faire de signe ostentatoire dans cette pose restrictive qu'elle s'était donnée pour l'instant. Elle rendrait ces salutations plus tard, ayant mémorisé ceux qui avaient tenté d'attirer son attention ou, plus simplement, de faire preuve de la politesse la plus élémentaire.

Les derniers rayons de soleil disparaissent enfin, laissant place à une nuit guère si noire car éclairée d'un autre petit astre sous les pieds de la Dame Blanche. Un nouveau rapport à son oreille, bref, lui indique qu'il sera bientôt l'heure de faire son entrée dans la salle principale. Elle congédie l'officier avec un hochement bref de la tête sans que ses lèvres ne soufflent la moindre réponse. Il est temps, se dit-elle intérieurement. Son devoir d'hôtesse l'appelle auprès des hordes d'Excelsiens, des bonnes et des grandes gens, et, peut-être, des Ambassadeurs d'autres nations. Son dernier regard balaie la foule étendue en dessous d'elle, tentant de reconnaître des traits familiers. Puis, d'un pas calculé, elle recule lentement jusqu'à disparaître totalement aux yeux des invités. Un escalier à sa droite la mènera vers la salle principale, dans laquelle son entrée signifiera, dans les quelques minutes séparant le monde de l'heure pile, le début officiel des festivités.
Description du Saint-Virgile:
 


Dernière édition par Maeva O'Fell le Lun 4 Juin - 6:59, édité 1 fois
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mar 29 Mai - 23:18

Cela s'annonçait comme l'une des meilleures, sinon la meilleure, soirées de l'année. Pour que le Prince Prieur Otton ait cette impression, elle devait être vraiment exceptionnelle. Les soirées mondaines n'avaient que peu d'intérêt pour lui. Elles étaient une bonne occasion de faire des rencontres qui finiraient de façon plus... intime. Ça, il devait le leur accorder. Mais souvent le plaisir ne pouvait être obtenu qu'aux prix d'innombrables poignées de mains, banalités et silences gênants, échangés avec plein de gens ennuyeux ou, pour être plus honnête, des gens qui vivaient dans un autre monde que celui d'Egidio.

Par contre, la glorieuse hôtesse de ce soir vivait dans un monde bien plus proche. Des prieurs ayant le temps et les ressources pour organiser une réception se comptaient sur les doigts de deux mains. Mais les combattants excelsiens partageaient la lourde tâche de protéger la Ville avec un autre corps armé, beaucoup plus fortuné. La marine militaire d'Excelsa bénéficiait de la fortune colossale de la Maison des Navigateurs et la plupart de ses officiers étaient issus de cette caste marchande qui croulait sous l'argent et multipliait les relations utiles. Rien ne leur était impossible.

Au sommet de cette pyramide se trouvait l'Amirale Maeva O'Fell. Amie personnelle du dirigeant du Prieuré, elle pouvait compter sur la présence d'Otton à bord du Saint Virgile. L'immense forteresse flottante sur l'Océan disposait bien sûr d'un détachement de prieurs. Inutiles pour la navigations, les frères et soeurs en rouge n'avaient pas leurs pareils pour l'abordage. Des combattants capables de se téléporter et habitués aux combats dans les espaces exigus ne pouvaient avoir d'égaux sur des navires.

Ce soir, à l'instar de leur maître, ils portaient tous leurs uniformes d’apparat. Otton monta à bord du vaisseau Amiral en compagnie de plusieurs officiers hauts placés. Plusieurs autres prieurs n'étaient jamais loin de lui. Eux seuls, à l'exception des officiers de la flotte bien sûr, avaient pu garder leurs armes. Invités parmi d'autres, ils étaient toujours en service : prêts à assurer la sécurité des convives.

Otton leva les yeux vers la passerelle où se tenait la silhouette en uniforme blanc. Il croisa le regard d'or et hocha la tête, avant de rejoindre les autres officiers. Bénédikt n'avait pu venir mais espérait pouvoir rejoindre la fête en cours de route. Maeva avait certainement une place d'honneur réservée à son ami de toute façon. En attendant, Otton devait être aussi princier que cela était possible. Après tout, la moitié de la Ville allait être là et le regarder. Enfin, tous les regarder. Aucun doute que les trois autres Princes avaient reçu une invitation identique à la sienne.

Entouré de ses hommes, Otton se plaça à l'écart des autres convives, tentant de ne pas donner l'impression d'avoir été puni et mis au coin. Un verre de vin à la main, il se préparait, révisant silencieusement les formules de politesses et autres platitudes.

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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mar 29 Mai - 23:26

Il avait longuement hésité à faire le déplacement. Les soirées mondaines, très peu pour lui, il en avait eu sa claque, et plutôt deux fois qu'une. Les inconnus en costume, avec leurs sourires forcés, qui sont plus à l'affût d'un faux-pas pour leur prochain ragot que réellement intéressé par ce qu'on leur raconte... insupportables. Du genre à s'extasier a posteriori d'une attaque sauvage et d'un meurtre. Forcément, ça ferait de quoi parler pour au moins trois réceptions. Que ces gens l'ennuyaient.

Alexander avait d'ailleurs songé a se déplacer sous les traits de L'As. Revêtir son plus beau masque et massacrer sans pitié quelques péons, la bouche pleines de petits fours, l'idée était tentante. Mais le jeune Shah y avait vite renoncé pour de nombreuses raisons évidentes. Tout d'abord, la soirée se déroulerait sur un navire de guerre, ce qui rendait tout échappatoire impossible, sans compter le fait que la sécurité serait probablement présente. Entrer sur un tel navire armé de son fleuret aurait également été proche de l'impossible. Et puis personne ne payait pour ça. Par conséquent, malgré ses pulsions, Alexander savait qu'il valait mieux se tenir.

Et puis, un concert de Catherina Damoroff, c'était toujours une occasion spéciale. Peut-être l'artiste la plus connue d'Excelsa serait présente sur le Saint-Virgile, et il aurait été bien impoli de remplacer sa prestation par un bain de sang. Amateur de musique, Alexander l'était un petit peu, sans réellement être fin connaisseur. Ses goûts variaient avec ses humeurs, mais aussi selon le masque qu'il portait. Son masque de petit-fils de Prince, solitaire et énigmatique, appréciait les mélodies mélancoliques et aérienne. Mais lorsque sa chair était masquée, L'As préférait les ambiances plus sombres et les teintes métalliques. C'était très Culte de la Machine, ça collait bien au personnage. Et l'image était importante.

De plus, la présence de Maeva O'Fell, hôte de la soirée, était une bonne raison de faire l'effort de se déplacer. Leur dernière rencontre avait été très instructive et très enrichissante. Dans un contexte différente, le jeune fleurettiste était curieux de savoir si leur échange pouvait être aussi cordial. Les Princes d'Excelsa devrait également être de la partie. Une opportunité en or d'observer ces derniers. Les scruter pour mieux déceler une faiblesse, voilà qui valait également le déplacement.

Alors Alexander avait enfilé son plus beau costume. Trois-pièces, sur-mesure, bleu nuit et noir, avec un nœud papillon. Il avait passé beaucoup de temps à se coiffer, ajustant la mèche qui cachait son oeil droit. Pas de chignon ce soir. Pas de fleuret non plus, le jeune homme se doutait bien que les armes ne seraient pas tolérées à bord. Il se mit en route de façon à arriver dans les temps. L'idée d'une entrée tardive mais remarquée n'était clairement pas faite pour lui, et il aurait l'air bien stupide si le Saint-Virgile quittait le port avant qu'il n'arrive.

Alors qu'il montait à bord, le mercenaire remarqua sans peine l'Amirale, qui surplombait la scène, figée dans une pose à l'apparence stricte et maîtrisée. L'avait-elle vu, peut-être, mais de là où elle se trouvait, il était peu probable qu'elle ait perçu le sourire discret que lui offrait Alexander. Ce dernier récupéra rapidement une coupe de champagne, tout en observant les autres convives autour de lui. Un peu à l'écart, un petit groupe de Prieur en uniforme d'apparat. Parmi eux, Otton Egidio. Guère surprenant de le voir présent, les Princes étaient évidemment attendus à ce genre de soirée. Mais la présence d'un nombre relativement importants d'hommes en rouge autour du Prince dissuada Alexander de s'approcher. Pour l'instant.
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Zaïra Pichardo
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Jeu 31 Mai - 22:39

Une fois le garde-fou ou plutôt le bastingage du pont inférieur du navire passé, je descendis lestement les trois marches qui permettaient aux convives de poser le pied sur un pont briqué sur lequel se reflétaient les éclairages que la fête de ce soir imposait pour faire l’effet escompté aux invités. La violoniste que j’avais accompagnée jusque-là, était déjà sur le pont. Son aura justifiait amplement la préséance dont elle avait bénéficié et dont je ne me formalisais en aucune sorte, trop heureuse d’avoir pu parvenir au milieu du gotha d’Excelsa pour un événement dont la nouvelle seul avait suffi à en faire celui de l’année.

D’ailleurs pour moi tout avait commencé à la réception des invitations. Bien sûr je n’étais destinataire d’aucune et les raisons à cela étaient légion, à commencer par le fait qu’on invite pas personnellement une fille de petit pêcheur, fût-elle élève au conservatoire. Non mais le prince Compositeur avait eu cette chance évidemment. Cependant le travail qui lui était tombé sur les épaules depuis son élection allait le tenir loin de l’événement. D’autres membres du Conservatoire, à commencer par l’une des plus illustres en la personne de Catherina Damoroff y ferait excellente figure, mais cette dernière serait amenée à se produire pour l’assistance et guère en mesure de se montrer disponible.

Je ne comprenais pas vraiment quelle idée avait germé dans son esprit mais j’avais été convoqué auprès de lui pour me voir proposée de me rendre à la réception que l’Amirale donnait sur son vaisseau éponyme. J’étais restée interdite devant cette invitation, mais le Directeur du Conservatoire savait convaincre et je rendis bien vite les armes. J’avais pourtant argué de mes origines de ma position plus que modeste au Conservatoire, de la jalousie que cela pourrait provoquer… Rien n’y fit hormis ma tenue pour l’occasion.

A cette objection, il avait fait une petite grimace de reddition en me détaillant de pied en cap, avant de prendre un air amusé. Je comprenais maintenant comment un homme aussi jeune avait pu gravir aussi vite les échelons de la société. Rien ne semblait devoir être un obstacle à ses projets ou à ceux qu’il s’était mis en tête d’assigner aux gens. Je devais avouer que depuis notre conversation dans lez jardin du conservatoire, je lui vouais une reconnaissance qui laissait la plupart de mes objections derrière mes lèvres. C’est ainsi que je m’étais retrouvée dans un dressing digne des contes pour enfant dans lesquels les petites filles imaginent la garde-robe de la princesse à laquelle elle s’identifie. Moi-même était passée par là grâce au talent de conteuse de Tia. Pour cela il avait fallu passer parle porte de service avec une allure de pauvresse qui cherche un nouvel emploi, châle sur la tête, regard baissé et allure un peu voutée. Depuis qu’Elikia Lutyens m’avait rendu mon courage, ce genre de péripétie m’amusaient énormément et pour tout dire j’étais assez flattée d’avoir un peu de la confiance de cet homme, même si je ne pouvais prétendre le connaître et forcément ma méfiance à l’égard des puissants demeurait encore un peu à son égard.

Il avait fait glisser sur leurs rails les deux ventaux d’acajou qui veillaient sur cette salle aux trésors avec un geste théâtral qui lui allait à merveille, je devais bien l’avouer. Pour ma part en réalisant l’état de stupéfaction dans lequel j’étais restée durant des secondes interminables, je me tournai vers lui. Il avait gardé le silence sans doute pour laisser l’effet se faire. Sa main vola devant lui en direction des profondeurs des rayonnages et autres portants et m’invita à pénétrer à l’intérieur.

« Nous allons bien trouver une tenue pour l’occasion… Quelques essayages et je suis certain que nous ne serons pas loin de la perfection. Vous permettez ? ... »

Il approcha ses mains de ma taille et je le vais légèrement les bras pour lui donner tacitement mon accord. Il m’enserra doucement comme pour prendre des mesures de ma personne.

« C’est ce que je pensais… »

Il se dirigea vers un portant où une série de robes attendaient qu’on leur fasse vivre les réceptions les plus fastueuses. Devant mon regard interrogateur, il précisa.

«Cette collection-là, c'est... une de mes fantaisies. Cela restera entre vous et moi, bien sûr !»

Un geste évasif de la main me fit comprendre qu’il ne se fixait pas de limites dans le domaine et en l’occurrence, cela jouait en ma faveur. Timidement je caressais du bout des doigts les étoffe mes yeux allant des robes au maître des lieux comme pour avoir son avis. De son côté il me regardait l’air amusé mais sans malveillance, je le sentais, sans doute simplement heureux de mon émerveillement même si je me faisais l’effet d’une petite gourde qui n’avait jamais rien vu de sa vie. Il appuya un regard pour m’encourager à me décider.

Une robe de brocard et de taffetas fauve m’attira en premier lieu, cintrée sur un mannequin de tailleur. C’aurait pu en être un autre tant les lieux foisonnaient de merveilles. Une tunique de coton ivoire, moulait un peu la poitrine sous une sorte de veste corsetée et lacée de cuir entre des fausses boutonnières sur le devant et qui venait dessiner la courbe inférieure des seins, tandis que deux pans tombaient avec une élégance stricte sur le jupon de taffetas taupe dont la lumière unie et chatoyante offrait un contraste aux motifs de végétaux stylisés brodés ton sur ton sur le brocard sombre de la veste. Ses longues manches s’évasaient jusqu’au poignets qu’elle recouvraient d’un revers de taffetas acajou reprenant dans la trame les motifs de la veste ?

Je jetai vers le maître des lieux un regard un peu noir, plus que je l’aurais souhaité en tout cas me disaient les muscles de mon visage. Je lui souris en constatant qu’il avait compris sans que les mots soient nécessaires.

« Hum… Un petit verre ne serait pas de refus. Je vais nous chercher de quoi nous désaltérer. J’ai une banquette dans le passage… »

Quelques minutes mes frusques de plébéienne étaient posées sur un valet de chambre et je me mis en demeure de revêtir la robe qui avait attiré mon regard et un peu ma convoitise. Malgré sa sophistication ce fut assez simple à exécuter et je me présentai devant le Prince Compositeur qui attendait nonchalamment sur ladite banquette de velours rouge sombre une tasse de porcelaine fine entre les doigts dont les parfums de thé et de bergamote arrivaient jusqu’à mes narines. Il leva les yeux vers moi.

« Et certains disent que l’habit de fait pas le prieur ! »

Il se leva en posant sa tasse près d’une deuxième qui attendait sur une console de palissandre, enfin, c’est ce qui me sembla.

« Allons, vous êtes superbe ! Vous n'aurez rien à envier des gens de la belle société ce soir, alors tenez-vous aussi fièrement qu'eux ! Gonflez la poitrine, souriez ! Souriez beaucoup, surtout. Et redressez un peu la tête, voulez-vous ?»

Il tourna autour de moi tandis que je m’exécutai. Petit à petit je rentrais dans le rôle d’une autre personne, quitte à infliger des crampes à mes zygomatiques.

« Et bien, voilà. Une vraie lady. Par contre, le corset est assez rigide non ? Vous supporterez toute la soirée ? »

Mais se portèrent sur le corset qui emprisonnait mes hanches et mon thorax. Ce n’était en effet pas la tenue la plus confortable que j’aie portée et la soirée promettant d’être riche en émotion, la remarque du maître du Conservatoire tombait sous le sens. Malgré son élégance, sa classe, ce n’était pas la robe la plus appropriée. Je tordis la bouche sur le côté en signe de réflexion mêlée d’un peu de dépit. Je ne pensais pas devoir importuner mon directeur et bienfaiteur trop longtemps et voilà que la séance d’essayage promettait de s’éterniser. Je tournai les talons pour retourner vers le dressing de tous les supplices tant le choix était vaste et luxueux. Aucune tenue ne pouvait être taxée de mauvais goût, même les plus richement réhaussées. Une fois le robe remise en place non sans mal sure le mannequin de bois et de tissus matelassé, je jetai mon dévolue sur une magnifique robe blanche, ceinture scapulaire tissée de perles et de paillette sur de longs et fins plis de soie dont l’épaisseur venait faire oublier le translucide de la fine soie. Le tout laissait le corps libre de ses mouvements et j’avais l’impression d’être dans un écrin de douceur.

Il me sembla lire de l’admiration dans les yeux du Prince.

« Vous avez donc renoncé à la discrétion ? »

Je répondis par une interrogation muette avant de me regarder pour chercher le sens et la réponse à sa question.

« Vous allez attirer tous les regards...»

Il dut percevoir le sang qui afflua sous ma peau sombre et ne finit pas sa phrase. De toute façon, j’avais déjà tourné les talons au risque de paraître impertinente à son égard. Heureusement la troisième tenue fut la bonne, celle que je porte ce soir.

Je me retourne, un peu pour vérifier que je ne suis pas la dernière à arriver à bord mais le ballet des corvettes entre le quai et le navire amirale me rassure alors que le long jupon de taffetas noir qui prolonge mon corset assorti caresse du bout de sa douceur le pont du léviathan. Le tout prolonge la blancheur d’une chemise à jabot aux manches resserrées aux poignets par des revers amidonnés et aux boutons de camai. Le noir des boutons et des lacets coordonnées fermant cette chemise rappelait celui du bas de la robe et le col un peu montant mettait mon cou en valeur, enfin c’est ce qu’avait bien voulu me dire Maître Lutyens. Ma taille fluette et la souplesse des baleines du corset me permettaient de me sentir tout à mon aise et la sobriété de la tenue de ne pas attirer l’attention.

Lorsque mon attention revint au navire, j’eus un instant de vertige devant l’agitation que les invités et le personnel faisaient régner autour de moi. Prise entre ceux qui arrivaient derrière moi et les convives déjà à leur aise, je ne sus un instant plus trop que faire. Je pris le parti de me décaler sur le côté dans l’encoignure de l’escalier qui semblait mener au pont supérieur où semblait régner encore plus d’agitation.

Catherina Damoroff avait déjà été happée par la houle de ses animateurs et j’étais livrée à moi-même. Je repensais aux conseils de mon mentor et commençai par vérifier que j’avais les attitudes qu’il m’avait inculquées. Il me suffisait de penser au luxe qui me donnait une sorte de légitimité à être là pour entrer dans la peau d’une dame de la haute société un peu comme lorsque j’entrais en scène. Même si je n’étais pas à proprement parler une comédienne, cela me simplifiait grandement la tâche.

Tête nue pour encore plus de discrétion, la perle qui scintillait au milieu de mon front au milieu d’une chainette d’argent donnait la réplique au collier dont l’élégant brillant rehaussait ma chemise. Mon premier maquillage et ma sobre coiffure nattée serré contre mon crane en un motif ondoyant m’avaient métamorphosée à mes propres yeux même. J’étais vraiment quelqu’un d’autre, jusqu’aux talons qui accentuaient encore ma ligne élancée. Une princesse ou quelque chose d’approchant car j’avais renoncé au cliquant pour éviter la curiosité qui n’aurait fait que m’embarrasser, peu habituée que j’étais encore de ce monde étincelant.

Je respirai comme avant d’entrer en scène et me lançai dans le tourbillon du jour pour lequel je me préparais depuis plusieurs jours maintenant. Je tentais de repérer les hauts personnages présents à commencer par l’amirale que j’aperçus immédiatement dans sa tenue immaculée et sa pose hiératique au bastingage du pont supérieur.

Quelques uniformes écarlates un peu à l’écart attirèrent mon attention. Des prieurs. Bien sûr. Il était logique qu’ils soient représentés et sans doute par le premier des leurs. En tout cas c’est ce qu’avait laissé entendre le Prince qui allait sans doute faire jaser par son absence. Par-delà les invités qui déambulaient entre eux et moi, au milieu du carré d’hommes en rouge, un visage attira mon attention. Frère Otton ? Je tressaillis à la fois à cause de ma naïveté et de la crainte d’être reconnue. Jamais lors de notre rencontre je n’avais fait le rapprochement entre son prénom et celui du premier prieur et pourtant, je devais me rendre à l’évidence. Même si son uniforme était d’une autre facture et accentuait sa prestance, c’était bien lui ou alors son jumeau… Me reconnaître devrait lui être plus difficile mais l’interloquerait sans doute. Retrouver la petite violoniste d’un soir aux Sélénites pouvait susciter pas mal d’étonnement chez lui et je ne savais pas pourquoi, mais mon instinct me commandait d’éviter autant que possible cette confrontation. Après adviendrait que pourrait…

Dans l’immédiat, ne connaissant pas l’agencement de ce vaisseau je résolus de rester dans l’ombre de l’escalier qui m’avait accueillie quelques instant plus tôt en attendant de voir ce que nous réservait notre hôtesse.
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Lun 4 Juin - 7:26

Les bruits du ciel et de la mer se perdent alors que l'Amirale descend les marches la menant à la salle des festivités. Ses pas résonnent sur les marches de fer qu'elle piétine avec une élégance de militaire, tandis que la foule de visages qu'elle a pu entrapercevoir danse devant ses yeux. Parmi les illustres inconnus et quidams fortunés qui ont posé le pied sur son navire de guerre se trouvent quelques têtes qui se firent remarquer, par leur présence comme par leur absence. Le groupe de militaires aux couleurs rouges lui arrache un léger haussement des commissures de ses lèvres. Le Prince Prieur aime faire forte impression.

Ce qu'elle comprend parfaitement, car elle lui partage ce petit plaisir.

Le visage du jeune Shah – ou plutôt son esquisse – se superpose avec celle, manquante, de son ami Bénédikt. Quel plaisir aurait-elle eu à trouver un bon prétexte pour faire visiter au jeune homme le navire en compagnie du Maître Artificier et reprendre l'une des rares discussions à avoir réellement attisé son intérêt ces dernières semaines. Hélas, le regard de l'Amirale n'a pas discerné son ami dans la foule, une petite partie d'elle-même espère l'avoir manqué dans la hâte, mais elle doute que ce soit cela.
Elle garde espoir qu'il se montre plus tard dans la soirée, et puis, son absence la forcera sans doute à assumer son rôle d'hôtesse avec plus de rigueur…

Elle le lui ferait payer.

Les escaliers débouchent sur une porte déjà ouverte, qui se referme derrière elle avec un grincement audible. La cale est pour l'instant vide, car les invités attendent pour l'instant sur le pont central où les premiers mets circulent déjà. Maeva visualise chaque détail de la salle afin d'évaluer si tout est à sa place, et félicite intérieurement ses subordonnés et employés pour un travail aussi millimétré. Six de ses hommes sont présents dans la salle, répartis près des portes afin d'être visibles par tous. Apercevant leur officier supérieur, ils lui offrent un salut discipliné qu'elle lenr rend. Sur sa droite, Sérafine de Saint-Juste se prépare, arrivée bien en avance. Les regards de deux femmes de glace se croisent, s'échangent, puis, d'un commun accord, se séparent. Quelque chose dans l'air pincé et supérieur de la compositrice attise une certaine sympathie chez Maeva. La jeune femme contrôle sa musique et sa tenue avec autant de discipline que l'Amirale mène la flotte d'Excelsa, et cette équivalence est la source d'un respect mutuel entre les deux dames de blanc vêtues.

En ce qui concerne Chandra Naidu et Catherina Damoroff, ces derniers ne sont, pour l'instant, pas dans la salle. Le piano de cette dernière, cependant, est disposé derrière la violoncelliste sous un drap de soie rouge. Sur le sol, des tapis de couleurs chaudes contrastent avec l'uniforme de la Dame Blanche, qui ne souhaitait pas que les invités se sentent comme dans le ventre d'une bête de métal lors du choix de la décoration. De grands chandeliers surmontés d'ampoules sont disposés ça et là afin d'assurer un éclairage constant et doux. Quelques radiateurs muraux ont été apportés afin de réchauffer préalablement la pièce d'ordinaire plongée dans le froid de l'abandon. Les tables ne semblent suivre aucun agencement particulier, mais laissent, face à la scène, un espace assez conséquent pour que les invités les plus extravertis puissent danser au son des mélodies proposées. Des places assises sont également disponibles face à la scène ou près des radiateurs pour ceux dont les jambes ne supporteraient plus le poids des corps au fil de la soirée. Les tables sont garnies, les décorations sont appropriées, tout le monde semble en place.

Il est temps.

L'Amirale fait signe à ses hommes, dont trois la saluent et partent vers le pont central par les portes y menant. D'un côté, Maeva aurait bien accueilli elle-même ses invités sur le pont en les enjoignant à la suivre, d'un autre, elle sait que l'immobilité est la meilleure façon de marquer les esprits, et la descente d'escalier l'aurait placée sur un plan inférieur à celui des personnes la suivant directement, enlevant à la prestance qu'elle désire composer. Alors, elle attendrait au centre de cette salle que les invités la rejoignent sur un terrain conquis. Adoptant son éternelle posture d'attente – les jambes écartées et les mains croisées dans le dos – elle tourne le dos à Madame de Saint-Juste et fixe son regard vers les portes d'où se déverseront bientôt les invités.

Face aux convives rassemblés, trois portes séparées de quelques mètres de mur grincent à l'unisson, spécialement graissées à l'occasion de cette fête pour faire juste assez de bruit lors de leur ouverture afin d'attirer l'attention de chaque invité. Trois hommes en sortent, tous vêtus de l'uniforme complet de l'Amirauté d'Excelsa, casquette comprise. Ils portent à la poitrine médailles et rubans contrastant avec la jeunesse de leurs traits. Aucun ne doit dépasser la trentaine, mais tous trois sont exclusivement membres de l'équipage du vaisseau Amiral. L'homme au centre s'éclaircit la gorge pour se donner une contenance, et parle d'une voix forte.


– Mesdames et messieurs, si vous voulez bien vous donner la peine, ces escaliers vous mèneront à la salle des festivités. Prenez garde à bien vous aider des rampes lors de la descente.

Puis, synchronisés comme des danseurs, ils se décalent à la gauche de chaque entrée et laissent le passage à qui osera s'aventurer dans les entrailles du titan de métal.

Les escaliers ne sont ni du premier confort, ni recouverts de fioritures. À peine assez larges pour que trois personnes l'empruntent de front – ce qui, pour ceux qui ont déjà fréquenté des écoutilles de navires, est un luxe indicible – ils descendent sur deux volées de six marches de fer blanc avant de déverser les Excelsiens dans la salle de concert. Des rambardes permettent à ceux sur les côtés de se tenir dans ces passages qui offrent quelques secondes de la vie d'un marin du Saint-Virgile, quant à ceux descendant au centre...il est avisé qu'ils aient un bon sens de l'équilibre, ou des voisins solidaires.

Quelques minutes s'écoulent pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de descendre les marches et de se trouver face à la vision que l'Amirale a passé bien plus de temps qu'elle ne voudra bien l'admettre à préparer. La Dame Blanche faisant face à des foules grossissantes se déversant par ces trois portes alignées, entourée d'un espace vide et précédée de dizaines de tables parsemées de victuailles. Derrière elle, légèrement sur sa droite, Sérafine de Saint-Juste, silencieuse, fixe droit devant elle par dessus l'épaule de l'Amirale du haut de la scène surélevée. Immobiles comme deux statues, elles attendent, l'une évaluant le nombre de spectateurs, l'autre se demandant si l'espace qui leur est réservé suffira à leur confort. Désireux d'entretenir les premiers arrivés tandis que les autres finissent d'emplir la salle de leur présence, des plateaux circulent sur des bras experts, offrant mets et boissons de qualité dans un silence uniquement troublé par les bruits de pas sur les tapis. Tentant d'évaluer le juste milieu entre impressionner et gêner ses convives, l'Amirale, estimant que le moment est arrivé, parle pour la première fois de la soirée.


– Excelsiens et étrangers de tout horizon...Bienvenue sur le Saint-Virgile.

Elle marque une brève pause, tentant, encore une fois, de choisir ses mots avec parcimonie. Elle est habituée à parler à des soldats, des militaires, ou encore des industriels qualifiés. Si ses surnoms rendent très bien compte de son caractère et de son personnage, aucun ne vante de qualités de belle-parleuse. Sa main droite se soulève pour pointer la femme à sa droite tandis que ses jambes l'écartent d'un pas sur la gauche, accentuant l'effet.

– En ma qualité de maîtresse de ces lieux, je vous présente celle qui sonnera l'ouverture des festivités : Madame Sérafine de Saint-Juste.

Puis, comme si le simple fait de prononcer ce nom suffisait à briser l'envoûtement qui pesait sur la quarantenaire au violoncelle, cette dernière se lance avec une retenue calculée dans l'exécution de mouvements gracieux accompagnés de la musique caractérisant l'une des compositrices les plus célèbres d'Excelsa.

La fête commence.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mer 6 Juin - 10:47

Otton sourit.

Maeva était faite pour se tenir au-dessus des gens et commander. Telle une statue de glace, taillée sur mesure pour un piédestal qui serait trop grand pour quelqu'un d'autre, elle semblait à sa place, dominant la foule des invités. Le Prince Prieur connaissait, dans les grandes lignes au moins, la disposition des lieux et fut agréablement surpris des aménagements faits pour l'occasion. Au-delà des décorations, la sécurité semblait plus que correcte également. Ce ne serait pas un bon soir pour un attentat ou un vol de matériel... L'un des officiers fit un commentaire sur le fait que les stocks du Saint-Virgile étaient suffisant pour raser toute la Péninsule et enchaîna sur ce que l'Amirale avait faite aux pirates lors de sa dernière expédition punitive au Sud de Florès. Une bonne partie des navires étrangers étant encore construits en bois, l'affrontement avec les forces excelsiennes pouvait rapidement prendre des proportions comiques.

Alors que l'ouverture du Concert commençait à résonner dans la salle, Otton crut apercevoir du coin de l'oeil la jeune fille qu'il avait croisé aux Sélénites. La violoniste, si c'était bien elle, avait visiblement changé de garde-robe depuis ces quelques dizaines de jours. Elle semblait bien plus radieuse que lui, malgré la perfection de cet uniforme, mais c'était probablement sa première soirée de ce genre. Avait-elle, elle aussi, caché son identité, lors de leur rencontre ? Sa carrière venait de très récemment prendre un tournant important. Dans les deux cas, Otton ne pouvait lui en vouloir. D'abord parce que sa propre carrière ressemblait à cela et ensuite car lui-même n'avait pas été cent pour cent honnête quant à ses titres. Même s'il n'avait pas menti sur son métier ou son nom.

Elle disparut de son champ de vision en quelques secondes, soit parce qu'elle avait bougé, soit à cause des invités se tassant entre Otton et l'endroit où il avait cru la voir. Malgré une carrure plutôt solide, le Premier Prieur était loin d'être grand. Et se mettre sur la pointe des pieds à la recherche d'une fille qu'il avait peut-être croisée dans un music-hall miteux n'était pas l'idée du siècle. Il décida de se tourner plutôt vers la scène d'où provenait la musique.

Au bout d'un moment, il poursuivit sa conversation avec les autres prieurs et prieuses présents.

- Si l'envie vous prend de visiter le vaisseau, demandez à l'Amirale. La salle des machines est impressionnantes. Et plusieurs canons rivalisent presque avec ceux du Fort.

L'avantage principal de la terre ferme était justement de pouvoir y fixer et stabiliser des pièces d'artillerie très lourdes, surtout lorsqu'ils ne devaient que pivoter sur place et non se mouvoir. A ce stade, les canons du Prieuré étaient capables de couler des navires manquant de blindage en un seul tir. Le Saint-Virgile, en revanche pourrait leur opposer une brève résistance et même faire des dégâts. Cette rivalité n'avait pas lieu d'être bien sûr, surtout à la lumière des projets de conquête de l'Amirale.

Pour ce qui était des visites, c'était là un truc facile pour lancer Maeva sur un sujet qui lui tenait à cœur. Elle adorait montrer les petits recoins de son bien-aimé Saint-Virgile qui était son oeuvre, sa fierté et sa maison au moins autant que la Ville elle-même.

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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mer 6 Juin - 20:49

Même si la Saison du Renouveau offrait des températures plus qu'agréables, la fête ne semblait pas destinée à se tenir en extérieur. Peut-être que l'Amirale avait estimé que le pont supérieur du Saint-Virgile ne serait pas assez étendu pour accueillir le gratin de la ville, et le reste des curieux. Ou alors c'était pour prévenir d'un potentiel drame ? Certains hauts-placés étaient si susceptibles... alors l'alcool aidant, une parole plus haute que l'autre, et un pauvre homme se retrouve par-dessus bord, chutant vers une mort certaine. Cette soirée organisée par la Maison des Navigateurs étaient déjà la soirée de l'année, ce genre d'imprévus la ferait directement passer à la postérité... pour de mauvaises raisons.

Mais finalement, les convives déjà montés à bord avaient été invités à rejoindre une grande salle, au centre de laquelle se trouvait Maeva O'Fell. Cette dernière avait clairement tout prévu, et l'effet était saisissant. La Dame Blanche apparaissait en parfait contrôle de la situation, vêtue de son uniforme impeccable. Coupe de champagne à la main, Alexander écouta d'une oreille distraite le discours, très bref, de la maîtresse de soirée. Puis, les mélodies de Sérafine de Saint-Juste vinrent bercer ses oreilles.

Les yeux de L'As se portèrent sur le reste des convives. Peu de visages lui étaient réellement familiers. Quelques mains vinrent se porter devant sa personne, et il serra ses dernières par politesse, échangeant quelques amabilités.

Cela fait longtemps que vous n'étiez pas apparu dans le grande monde !

Votre sœur n'a pas pu faire le déplacement ?

Vous avez bonne mine !

Autant de commentaires qu'Alexander dû accueillir plus d'une fois, avec un sourire amusé et une réponse toute faite.

En effet, je me fais discret, ces temps-ci. Mais cette soirée était à ne pas rater, après tout !

Malheureusement, non. Amélia est retenue ailleurs.

C'est très aimable, et je vous retourne le compliment.


Cette dernière phrase, il l'accompagnait d'un sourire un peu plus appuyé si il y trouvait un quelconque intérêt. Belle demoiselle ou vieille amie au carnet d'adresse bien remplie, il était important de conserver quelques bonnes relations. Ces dernières lui seront sans doute utiles un jour. Néanmoins, le jeune Shah était toujours aussi ennuyé par ses soirées mondaines. La sensation de porter un masque invisible, de jouer un rôle... tout cela le fatiguait plus que de raisons.

C'est alors qu'il remarqua à nouveau Otton Egidio, accompagné de son escorte de Prieurs. Face à ce visage qu'il reconnaissait, peut-être l'un des seuls dans la foule, le mercenaire décida de s'approcher. Quelques pas seulement lui permirent d'arriver à hauteur du groupe d'hommes en rouge. Face au Prince, il s'inclina, avant de saluer l'homme, sourire aux lèvres :

Votre Altesse... Il semblerait que le destin s'amuse à croiser nos chemins une fois de plus. Puis, afin de ne pas rester un inconnu pour les autres Prieurs, il ajouta : Je suis Alexander Shah, petit-fils de feu-Denvis Shah. Enchanté.

D'ordinaire, il se contentait d'Alexander, sans s'embarquer dans les explications de ses origines et l'illustre nom qui le précédait sur l'arbre généalogique, ce qui ressemblait trop selon lui à un excès de vanité. Mais face à un Prince, le jeune Shah estimait que révéler qu'il était lui-même un descendant de tête couronné ne pouvait pas faire de mal. Ne serait-ce que pour briser la glace.

Bien belle soirée qui s'annonce ! S'exclama Alexander avec un enthousiasme teintée d'une touche d'ironie. Madame de Saint-Juste ne cessera jamais de m'impressionner.

Alors que la célèbre musicienne tirait les plus belles notes de son instrument, Alexander ne put s'empêcher de dodeliner de la tête, en rythme.


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Thalia Morlone
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Jeu 7 Juin - 12:03

Elle s'était entraînée, tellement entraînée que c'était un jeu d'enfant maintenant. Une quinzaine d'années plus tôt Thalia aurait détesté aller à ce concert. Ce soir c'était presque un plaisir. Le lieu y était pour beaucoup. Et celle qui les accueillait avait quelques points en commun avec la Princesse Navigatrice. Maeva O'Fell avait prouvé sa compétence, restait maintenant à savoir quelles étaient ses motivations les plus profondes. Une tâche difficile car parfois l'individu lui-même ignorait ses propres désirs. C'était idéal pour planter quelques graines mais c'était aussi un terreau imprévisible. Thalia préférait travailler sur des bases solides: elle n'aimait pas perdre son temps dans des manipulations à l'aveugle. L'offre et la demande, c'était ce qu'il y avait de plus concret.

Pour l’événement de ce soir la Princesse Navigatrice laissa de côté sa rigueur pour se parer d'une robe rouge carmin en velours, rouge à lèvres assorti. Peu de gens l'avaient vue enveloppée de rouge, elle portait habituellement des couleurs plus sobres. Si on parlait d'elle, tant mieux. A moins que l'on s'imagine que le choix de sa robe lui avait été dicté par le Président...

Thalia n'avait pas encore trouvé le moyen de faire taire ces rumeurs. Beaucoup la voyaient comme un pantin aux mains du dirigeant de la maison des navigateurs. Malik Esanji était un homme de pouvoir et d'ambition cependant il était soumis aux mêmes contraintes que tous les autres Excelsiens: il ne pouvait pas être à deux endroits à la fois.

La Princesse Navigatrice adoucit sa stature imposante et sa mâchoire carrée en maquillant ses yeux tout en délicatesse et en rondeur. Elle prit son temps pour se préparer. A tel point qu'elle était en retard. Elle fut l'une des dernières à poser le pied sur le navire, la musique avait déjà commencé.

Très rapidement des mains se tendirent vers elle, des banalités d'usages échangées, hochements de têtes, sourires, un peu d'hypocrisie... Thalia saisit une coupe de champagne à la volée, dans un mouvement calme et élégant. Elle aperçut l'Amirale au loin et ce n'était pas une vue désagréable...

Son Altesse entendit d'une oreille un nom qu'elle connaissait déjà, un homme qu'elle avait croisé quelques jours plus tôt. Et sa sœur, elle était là ? Thalia chercha du regard Alexander Shah et le rejoignit en quelques pas. Il était avec le Premier Prieur et une jeune femme noble inconnue de la Princesse. Elle les salua en inclinant la tête aimablement.

« Bonsoir. »
Et pour respecter l'usage, Thalia se tourna vers Otton pour le saluer comme un Prince le méritait. Après quelques instants, elle se rapprocha d'Alexandre en posant doucement la main sur son épaule: « Je suis ravie de vous voir à nouveau, je n'étais pas certaine de vous croiser ce soir. »
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Jeu 7 Juin - 21:23

Se mêler à la foule la plus compacte. La manœuvre avait deux intérêts pour mon mentor. En premier lieu se familiariser avec la cohue mondaine et entendre comment elle s’exprime. Je ne pouvais décemment pas continuer à parler aussi directement et franchement lui paraissait-il. Il avait pris quelques instants pour m’inciter à planter mon regard sans sourciller ou à le baisser selon les circonstances, mais j’avais du mal lorsque les événements me donnaient raison de me montrer réservée _servile, avais-je tendance à penser. Malgré la satisfaction affichée du Prince compositeur, je ne sentais pas très à l’aise dans l’art des pirouettes oratoires et les phrases à double sens, glacées et tranchantes comme le velours me rebutaient même si j’en avais compris les bases. Il ne me restait plus qu’à espérer que je n’aurais pas besoin d’y avoir recours. Si les moments de préparation en la compagnie d’Elikia Lutyens avait même pu paraître drôle, passer à la pratique allait sans doute s’avérer plus périlleux, même s’il ‘avait assuré que le ridicule ne tuait plus depuis longtemps.  

Le deuxième intérêt était de passer inaperçue. Rien de tel que se tenir à l’écart pour être repérée comme cibles possible de tous les regards ou de toutes les intentions, bonnes ou mauvaises. J’en avais compris la stratégie mais je me disais que c’était aussi le meilleur moyen de ne pouvoir éviter certaines rencontres de hasard qui comme leur nom l’indiquait ne pouvait être maîtrisées.

Pour l’heure de toute façon, la foule était toute relative et mon plus grand souci était justement de ne pas dénoter dans tout cet aréopage de princesses et de bourgeois de tout poil. Je me dis aussi que je n’aurais pas dû laisser filer la pianiste star de la soirée. A l’heure qu’il était, elle devait être en train de s’occuper de son piano, vérifier son accordage (j’imaginais assez bien que de transporter un tel instrument devait en dérégler les tensions), s’échauffer et pour ma part j’aurais sans doute été plus à l’aise au milieu des artistes et des préparatifs du spectacle que de de risquer de me donner effectivement en spectacle sur ce pont.

Croiser le regard de frère Otton m’avait suffisamment tressaillir tantôt et je me résolus pour l’heure à la prudence. Je profitai du passage d’un gras bourgeois que j’imaginais sujet aux crises de goutte et son épouse, enfin d’une dame qui me semblait assez assortie à lui pour occuper cette position, pour me glisser dans leur ombre et m’éloigner du carré écarlate. Une fois la manœuvre réussie, je sentis ma respiration se libérer et une certaine satisfaction m’envahir. Ce pouvait être amusant de jouer à ce jeu. Mais je n’étais pas là et je me devais de rendre Maître Lutyens fier de mes prouesses. Tenter de savoir qui était présent pouvait être un début et si la plupart des convives me restaient encore inconnus, des ondes de murmures réussissaient à me faire comprendre que certaines personnalités attiraient l’attention plus que d’autres.

La première portait un nom qui ne m’étais pas vraiment inconnu mais je ne pensais pas qu’il serait accolé à ce prénom. En fait, le directeur du Conservatoire, m’avait parlé d’Amélia Shah alors que le prénom d’Alexander courut un moment sur toutes les lèvres. Si j’en croyais l’émotion que son apparition souleva parmi les invités, même sans avoir autant de renommée que sa sœur, il avait assez d’influence pour mériter amplement sa présence ici. Je tentai de repérer sa position en me basant sur les mouvements de foule mais je dus admettre que j’en fus pour mes frais.

La deuxième personnalité en vue de la soirée semblait être la Princesse Thalia Morlone. Elle ne m’était pas inconnue, bien que je ne l’aie jamais rencontrée jusque-là. Princesse navigatrice, elle imposait son aura sur toutes les activités du port, ainsi que le respect dû à son rang et sa personnalité. Menke me l’avait si souvent décrite, que je me faisais forte de la reconnaître durant la soirée si jamais je la croisais.

Et puis quelques hommes d’équipage en uniformes impeccable, des sous-officiers si j’en jugeais par leurs galons et leurs fourragères, se présentèrent à divers endroits du point pour inviter les invités à descendre dans les entrailles du léviathan qui nous accueillait. La soirée allait être enfin lancée. Docilement, je suivis le flot qui se laissait guider par les marins. Dans les escaliers, malgré la rampe à laquelle elle s’était agrippée, je rattrapai de justesse une vieille lady toute de noir vêtue, des cheveux argent très dignes malgré son faux pas. Elle me sourit reconnaissante.

« Merci mon p’tit. »

Je lui rendis son sourire tandis qu’elle ne semblait pas vouloir lâcher mon bras.

« Sans vous je crois que j’aurais précédé tout le monde en bas. Est-ce que je peux vous demander de me servir de bâton de vieillesse jusqu’à l’endroit où l’Amirale veut nous voir réunis ? »

Sans un mot j’acquiesçais, d’un hochement de tête. Je puis compter sur la sûreté de mon pied et l’habitude de la mer pour la mener à bon port. J’aurais pu en profiter pour tenter de savoir qui était cette personne, mais ma langue semblait devoir rester collée à mon palais. Ce n’était pas très prometteur pour la suite des événements ! Si je commençais à mollir à la première occasion, je n’étais pas prête à me sentir à mon aise au milieu de tous ces gens qui me semblaient tellement étrangers. J’avais beau être accoutrée comme eux, je sentais la distance qu’il y avait entre leur monde et le mien. C’était comme si un mur de verre se dressait entre eu et moi. Allez ! Le verre se casse. A moi de passer derrière ce rempart ! Juste après avoir passé la porte à volant de fonte et d’acier sans doute destiné à verrouiller la salle où nous nous apprêtions à passer la soirée, ma protégée me lâcha le bras et me quitta avec un signe de remerciement de la tête.

La salle n’avait plus rien à voir avec un intérieur de navire militaire et notre hôtesse avait veillé au moindre détail pour se montrer digne de ses invités ou pour les impressionner. Pour ma part, peu habituée à ce genre de festivités, je sentis mon regard s’agrandir malgré moi. Mais avant la scène et le velours rouge, avant les tapis qui couvraient le sol, ou même les chandeliers ce fut la maîtresse du navire qui attira mon attention et celle je l’imagine de la plupart des invités. Si elle voulait montrer qui était le maître à bord, elle faisait tout ce qu’il fallait pour ça. Je devais admettre qu’elle avait la prestance qu’on attendait chez quelqu’un de son grade et plus encore. Pour tout dire sa froideur et sa rigidité était un peu effrayantes. La première impression passée je parvins à faire le tour de l’endroit du regard. La cheffe de la marine avait dû prendre un soin tout particulier à tous les détails car rien ne semblait pour prêter le flanc à la critique. Encore une fois, ma nouveauté en la matière pouvait faciliter la tâche à celle qui avait voulu visiblement nous impressionner et il se trouverait sans doute des mauvaises langues pour se montrer chagrin d’une peccadille, mais Maeva O’Fell avait fait les choses en grand.

Mais les invités n’ont pas fini d’arriver. Ils sont décidément plus nombreux que je ne l’avais évalué. Je m’écarte sur le côté pour ne pas me retrouver au premier rang de l’assistance qui attend que l’Amirale prenne la parole. Derrière elle je distingue Sérafine de Saint-Juste, la violoncelliste, son instrument légèrement sur le côté. Sa beauté me fait le même effet que lors de mon entretien de sélection. Je sais maintenant que derrière son minois d’ange, se cache des dents acérées. J’en ai fait l’expérience. Heureusement que d’autres membres du jury semblaient avoir pris mon parti… Une peur rétrospective me glace un instant en la regardant patienter gracieusement derrière la militaire.

Enfin, tous les convives semblent s’être déversés dans la grande salle tandis que les premiers plateaux circulent tant bien que mal entre eux. Je me sens suspendue aux yeux et aux lèvres de notre hôtesse, un peu comme une biche qui a repéré sans le croire le tigre dans les fourrés face à elle. Une tension me raidit petit à petit. Puis c’est la délivrance des premiers mots. Après autant d’attente, ils ne peuvent pas peser autant que la mise en scène qui nous a été imposée et je sens mes épaules et mes orbites se relâcher. Je la remercie intérieurement d’être brève. La musicienne est prête depuis longtemps et les premières notre résonnent bientôt imposant le silence aux applaudissements que son nom a suscités. En tant que musicienne je n’ai qu’une envie c’est de l’écouter et la regarder pour en apprendre le plus possible, mais je ne suis pas là pour ça et ce n’est pas une master-class.

Je regarde autour de moi pour tenter de mettre un nom sur des visages. Je dois très vite admettre que j’en suis incapable. Je n’ai d’autres alternative que de tendre l’oreille et aiguiser mon regard pour tenter d’identifier les hauts dignitaires présents. « Souvenez-vous, m’avait dit le directeur du Conservatoire, Avoir l’air d’être dans votre élément tient à peu de chose. Un verre à la main et un déplacement calme et lent vous donnent une contenance. » Et c’était vrai. J’avais saisi une coupe sur un plateau croisé au hasard de mes pas. Elle me permettait de saluer discrètement les gens qui semblaient me reconnaître mais que je ne remettais pas, sans doute une confusion avec quelqu’un d’autre… Un sourire me permettait d’écouter les conversations sans paraître indiscrète en établissant une sorte de fausse connivence. Ainsi je réussis à identifier assez vite Thalia Morlone quand-à l’héritier des Shah, cela semblait devoir être plus compliqué. Au début mon sourire me paraissait forcé, mais les minutes s’égrenant, je commençai à me sentir de plus en plus à l’aise. En fait, personne ne se souciait vraiment de personne…
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Catherina Damoroff
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Ven 8 Juin - 21:02

Tout avait commencé par une lettre, une insignifiante petite lettre comme il en arrivait des centaines que Catherina ne prenait parfois même pas la lettre d’ouvrir.

Des admirateurs divers et variés, souvent, ou des choses ennuyeuses que, certains jours, elle préférait oublier.

Cette lettre là avait attiré son regard à cause de son allure officielle. Le papier était si soigneusement plié que Catherina avait pris un soin fou à sectionner l’enveloppe avec son coupe papier pour ne rien abimer.

C’était une soirée comme une autre, une soirée agréable, où rien de bien inquiétant ne pouvait se passer.

Quand ses yeux s’étaient posés sur l’écriture très droite et appliquée, elle s’était contentée de ne lire qu’un mot sur deux, comme souvent, blasée et déjà prête à passer au courrier suivant, jugeant que, finalement, celui-ci n’avait aucun intérêt.

« Saint-Virgile… Amirale… Représentation… Je vous prie d’agréer… »

Et puis le regard de la pianiste s’était figé sur la signature, et son cœur avait manqué un battement douloureux, tandis que le temps semblait se figer.

Quartier-maître Damoroff.

Il n’y avait qu’une seule personne dans tout Excelsa qui porta le même nom qu’elle : son frère. Tous les deux avaient repris le nom de jeune fille de leur mère, pour ne pas être affiliés au reste de leur famille. Tous les deux avaient eu une réussite bien plus stupéfiante que ce que le milieu médiocre dont ils étaient issus aurait pu laisser présupposer.

Plus encore, il était la seule personne qu’elle aimât encore d’un amour filial dans toute cette cité, et même au-delà. Mais également le dernier à savoir qui était Catherina Damoroff avant de devenir une égérie courtisée.

Jamais la pianiste n’avait si vite pris la plume pour répondre à quelqu’un, son cœur fourmillant de sentiments contraires comme la joie, mais également la stupeur, ainsi qu’un soupçon de peur, et d’incompréhension. Camillo, car c’était bien là le nom de son frère, usait d’un vocabulaire si austère pour s’adresser à elle, sa petite sœur. Peut être avait il craint qu’elle ne se souvienne pas de lui, ou que leurs chemins soient désormais si différents qu’elle en vienne à le mépriser.

Elle lui avait répondu en termes réconfortants, et, avait fini par décrocher un rendez-vous. Près des quais, là où ils avaient l’habitude de se retrouver étant petits. Les souvenirs avaient afflué dès lors que les yeux de la pianiste s’étaient posés sur les quais, et, la vulnérabilité qu’elle avait ressentie lui avait douloureusement serré le cœur. Elle n’était pas femme à ressasser le passé.

Il avait changé, tant qu’elle avait peiné à le reconnaître, mais c’était après tout réciproque. Même si leurs retrouvailles n’avaient pas été aussi décontractées que Catherina l’avait espéré, au moins ils avaient pu s’entretenir en termes cordiaux.

La pianiste n’avait même pas pris le temps d’étudier la proposition qu’il lui faisait : une représentation, sur le Saint-Virgile ? Bien sûr, sans aucun souci. Ce serait grandiose, elle s’appliquerait beaucoup. Il faudrait qu’on monte son instrument à bord, qu’elle rencontre brièvement l’Amirale, mais oui, elle pouvait faire ça. Pour lui.

Un peu pour son propre amusement aussi, et puis un concert à une telle échelle, côtoyer tout le gratin… C’était un évènement bien prometteur pour réunir informations et ragots en tout genre. Et, plus que tout, c’était le moyen de marquer les mémoires. On n’avait pas tous les jours cette chance.
De Saint-Juste serait verte en apprenant qu'elle n'aurait pas la vedette, et rien que ça, avait ancré sa décision dans l'esprit volubile de la pianiste.

Ce fut ainsi que Catherina Damoroff s’embarqua dans cette aventure, sans même se demander un instant les raisons qui poussaient Maeva O'Fell à mettre tout cela en place.

- Tu es… Resplendissante.

Furent les seuls mots que Camillo arriva à souffler alors qu’il conduisait la barque, dont Catherina était le seul passager, vers le Saint-Virgile. Le quartier-maître lui-même portait l’uniforme avec une certaine prestance. Il semblait toujours aussi surpris, presque choqué, par l’apparence de sa cadette, mais le compliment, aussi artificiel et générique soit-il, avait une autre sonorité pour cette dernière quand c’était lui qui le prononçait.

Une lumière diffuse éclairait l’immensité sombre des flots dans laquelle la pianiste se mira un instant après avoir adressé un sourire rayonnant à son frère.

Ses cheveux méchés de cyan étaient retenus en un chignon d’où s’échappaient de nombreuses bouches qui coulaient librement sur son long cou, enserré dans un torque d’or blanc.

Pour une fois, Catherina avait opté pour la sobriété. D’une part, parce qu’elle ne voulait pas paraître trop vulgaire en côtoyant son frère ainé, et d’autre part car elle aimait à se plier au jeu le plus entièrement possible. Elle était sur un navire militaire, aussi une robe à la coupe sobre et fluide, d’un noir absolu, lui avait paru de rigueur.

Cela étant, le tissu lui dénudait tout de même le dos, et magnifiait sa silhouette longiligne. Son tour de cou mettait en valeur la longueur de sa gorge, sans l’exagérer. Le choix du métal aux reflets nacrés comme l’étaient les rayons de la lune visait également à cette fausse modestie qui exhalait de la tenue de la pianiste en cette soirée.

Catherina avait fait l’effort exceptionnel de ne choisir que trois couleurs : le noir, comme l’était sa robe, comme l’étaient ses mitaines de satin. Le blanc, ainsi que l’était son torque et ses longues boucles d’oreille qui appuyaient encore plus l’aspect filiforme de sa personne en de longs pendants mis en valeur par le cou dénudé de la femme.

Et bleu, enfin, comme ses cheveux, et comme l’océan qui allait ce soir frémir de ses notes à son bon vouloir. Cyanites, topazes, tourmalines et saphirs se disputaient la vedette, rivetés sur les accessoires de l’artiste.

Comme la saison était tiède, Catherina avait aussi pris soin d’emmener un éventail tout en nacre, pour rappeler encore un peu plus l’élément liquide sur lequel elle voguait actuellement.
Les vagues frappaient la coque dans un léger roulis, l’écume léchant avec avidité les renforts qui fendaient les flots.

Depuis les quais, déjà, la pianiste avait eu tout loisir d’admirer la splendeur du navire, mais à présent qu’elle s’en approchait, sa taille lui paraissait de plus en plus imposante. La lune se perdait dans les méandres du métal de la figure de proue que Catherina contempla pendant de longues minutes.
On aurait dit que la grande artiste avait perdu sa langue, et en quelques sortes, on aurait bien eu raison.

Camillo aussi était silencieux comme une tombe, se contentant de mener leur moyen de transport à bon port.

Une subtile tension chargeait l’air saturé d’embruns.

Elle s’était promis qu’elle lui parlerait, mais soit il n’y avait pas assez à dire, soit il y avait trop.
Elle ne se figurait pas deviser avec lui de la pluie et du beau temps après des années de séparation, mais se lancer dans un interrogatoire plus poussé dès maintenant aurait également été déplacé, sans parler du fait qu’ils n’auraient jamais eu le temps de tout évoquer.

- C’est un très beau navire.

Ce fut à peu près tout ce que la femme parvint à dire, d’un ton léger.

Il fallait dire que l’excitation lui faisait tourner la tête, ainsi qu’une subtile touche d’appréhension.
Elle adorait les réunions mondaines, et avait hâte de se produire. D’un autre côté, elle aurait bien retardé cette échéance, épinglé la course du temps, pour avoir tout loisir de figer cet instant auprès de son frère pour des heures encore.

C’était comme le calme avant le tempête, et elle ne pouvait se soustraire à l’égrènement des secondes, comme autant de notes silencieuses.

Alors, résignée, elle accosta. Un regard en arrière, bref, un sourire, un peu gêné, moins éclatant qu’à son habitude. La vulnérabilité ne seyait guère à l’égérie du Conservatoire, et son esprit volatile eut tôt fait, à dessin, de chasser l’image de son frère, droit et fier, sur ce navire de guerre.

Elle craignait les conclusions qu’elle aurait dû en tirer. Ce soir était une fête, la fonction meurtrière de l’engin sur lequel elle venait de se hisser, elle voulait se la sortir de la tête.
Lorsque que Catherina se hissa sur le pont du navire, son premier réflexe fut alors de foncer vers la loge des artistes.

Là, elle inspecta sous tous les angles son trésor, son enfant, son seul amour : son piano.
Si par malheur il y avait eu la moindre rayure, la fête aurait pris un aspect bien moins agréable, car la diva, furieuse, aurait sûrement fait un scandale. Heureusement, la pianiste le trouva dans un état qu’elle jugea appréciable, et passa quelques instants à faire glisser ses mains sur les touches, et à en tester la rigidité, inquiète que l’air marin n’abime les cordes.

Catherina profita du fait qu’aucun de ses collègues ne soit présent pour se livrer à une improvisation en guise d’échauffement. Pas qu’elle en eut réellement besoin, mais ces instants, presque intimes, aux côtés de son instrument, était tout ce qui pouvait combler sa soif d’absolu, avant que les frasques de la fête n’emportent l’impression de vide que créait immanquablement la séparation avec son art.
Ce fut quand la femme entendit les premières notes de Saint-Juste monter du pont qu’elle se résigna à délaisser son protégé.

Il était temps de se livrer au plus amusant : le bain de foule. Elle n’était là que pour marquer les esprits au fer rouge par sa présence, comme bien souvent, et se félicitait d’être la pièce maîtresse de la soirée, préférant passer sous silence le souhait que ce soit surtout son aîné qui soit impressionné, et que tout le reste de l’assistance était comme accessoire.

La prudence et la modestie auraient sûrement voulu qu’elle resta en coulisses jusqu’à ce que ce soit son tour et qu’elle puisse monter sur scène. Mais elle n’aurait pas été Catherina Damoroff si elle avait écouté de tels penchants.

S’armant de son éventail, qu’elle déplia devant son visage pour conférer à sa personne le simili d’un voile de mystère, elle déboula parmi les invités d’un pas conquérant.

D’un regard, la diva embrassa la foule, reconnaissant ci et là des visages, plus nombreux à chaque inspection. Elle jouit de l’air clément, et il lui fallut un instant pour parfaitement appréhender son environnement, se gorgeant des sons qui l’environnaient, son oreille accrochant ici et là quelques bribes de conversation, les têtes se tournant sur son passage à plus d’un moment.
Là, en pleine lumière, oui, c’était là qu’était sa place.

Les yeux de Catherina glissèrent, presque malgré elle, vers deux silhouettes qu’elle reconnaissait. Aïe. Aïe, aïe. La princesse navigatrice, et le prince prieur.
L’égérie ayant déjà joué pour tout le gratin de la ville, et connaissant personnellement le Prince Conservateur, elle avait une assez bonne connaissance des élites.

Ceci étant, elle n’avait aucune envie de penser politique, ou de faire attention à ses manières durant cette soirée. Ajoutons à cela qu’elle avait l’habitude de frayer avec le gratin. Or, il lui semblait que tout Excelsa était rassemblé ici. Alors, aux oubliettes les conversations polies et compassées.

Elle se tourna donc vers l’exact opposé, fouillant du regard la foule. Elle aurait bien abordé le premier venu, n’ayant pour ainsi dire aucune inhibition, mais elle ne se faisait guère d’illusions : à peine trois pas, et un quidam finirait bien par l’alpaguer.

Après tout, elle était le clou du spectacle. En tout cas, à ses yeux. Ce qui lui apparaissait comme largement suffisant pour que cela devienne vrai.
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Wilhelm Zolt
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Dim 10 Juin - 2:01

L’homme, dont le visage aux traits durs affiche habituellement cet impénétrable masque de lassitude et de réflexions multiples et intenses, s’offre, chose suffisamment rare pour être remarquée par les quelques personnes qui le connaissent bien, l’un de ses sourires, qui rehausse les commissures de ses lèvres en une mimique trahissant un bonheur véritable. Cette joie, éclairant la face du Docteur, en relâchant ses traits, et illuminant son regard, n’a guère comme source une énième découverte macabre, médicale ou même alchimique, ni même la rencontre avec une affaire que sa casquette de Légiste aurait pu qualifier d’intéressante.

Cette effusion, d’un bonheur réellement surprenant, arrachant à l’homme de bientôt quarante ans un simulacre de révérence devant un miroir gras aux reflets déformés par une glace de mauvaise qualité engoncée dans un cadre dont l’aspect, à défaut d’être engageant, permet d’assurer à n’importe quel observateur que le propriétaire ne porte pas une grande attention au mobilier. Il semble d’ailleurs avoir tendance à se contenter de vieilles choses, parfois trouvées dans les centres d’aides, voire même les déchetteries de la ville, la récupération étant une manière de faire des économies, parait-il.

Le cadre en bois, sobrement recouvert d’une fine pellicule dorée, offre au tout une légère similitude avec certaines œuvres que l’on peut trouver dans les demeures de la haute. Il ne s’agit là pourtant que d’une réplique, une pâle copie visant à apporter un semblant de luxe dans les chaumières des pauvres gens qui cherchent à vivre comme les nobles, serviteurs, demeures, et argent en moins.

Cette réflexion accroche une ombre cynique au sourire jusque-là rayonnant de Wilhelm Zolt. Glissant ses doigts le long de ses rouflaquettes avant de venir masser son menton, le Docteur soupire longuement. L’exaspération et la lassitude accentuent ses traits et c’est un reflet sans âge qui s’offre à lui, déformé par la glace.

« Tu n’as plus vingt ans mon brave... »

Son regard songeur se porte sur la salle de vie, tandis que le presque quarantenaire saisit d’une main aux rides prononcées un veston de laine fine de couleur sombre, tranchant nettement avec l’habituelle, mais pour le moins très pratique, blouse blanche que son activité l’oblige à porter en toute occasion.

La vie civile a ses avantages, le premier étant de pouvoir, grâce à quelques économies, et par un magnifique tour de passe-passe, qui se résume simplement en l’abandon d’un costume pour un autre, de se laisser aller à la détente, profitant amplement des plaisirs de la vie Excelsienne. Et quel plaisir en cette douce soirée pour le Légiste ! Son idole, la grande pianiste Catherina Damoroff, donne une représentation avec entrée libre sur le plus grand bâtiment de la flotte de la ville, une représentation faisant office de spectacle pour une réception mondaine organisée par l’amiral O’Fell. Mais ce détail n’a pas d’importance pour le Docteur à ce moment précis.

Zolt a, pour l’une des rares fois de sa vie, l’occasion de voir la personne qu’il admire le plus dans cette ville, gratuitement. Un détail pour la plupart des gens de la cité. Une occasion pour la majorité d’entre eux de se rendre dans une soirée mondaine, sur l’un des fleurons de la marine de la Ville. Mais, aux prix que se vendent les places des représentations de la pianiste, coût nécessitant parfois des mois voire années d’économie pour Zolt, il ne peut que se réjouir de cette opportunité d’entendre, à nouveau, la musicienne la plus douée de son temps, à ses yeux tout du moins.

Le docteur Wilhelm nourrit d’ailleurs un secret espoir, un espoir fou, frisant le fantasme, ce qui fait trembler ses mains alors que le Légiste se laisse aller à son délire tandis qu’il essaye vainement de diriger ses doigts dans la tentative ratée de réaliser un nœud de cravate convenable.
Peut-être, si la Ville lui permet, Zolt espère secrètement pouvoir approcher l’artiste, et même, comble d’un désir inavouable, lui adresser quelques mots.

Bien sûr, tout le gratin de la ville sera présent, de même que, Zolt le suppose, de nombreuses personnes de l’Apothicariat. Mais une telle occasion ne se présentera certainement plus. Oubliant l’attitude qu’il offre à ses étudiants, à ses collègues de travail, le Légiste ne sera ce soir qu’un fan lambda de la grande pianiste.

L’animation des rues de la ville ne pouvait égaler l’excitation gagnant le corps du Légiste, alors que celui-ci prend la direction du district balnéaire, ne manquant pas de poser un regard émerveillé sur tout ce qu’il croise, ressemblant davantage à un enfant le jour de son anniversaire qu’un à quarantenaire en charge de l’étude des cadavres assassinés dans la ville.

Ce paradoxe, et cet état de fait arrache au docteur un sourire contrit, alors qu’il s’efforce de tenir une posture digne de sa fonction et de son âge, ralentissant le pas à l’approche de l’océan, laissant son regard voguer au gré des vagues, observant, alors qu’il approche, le Saint-Virgile, déesse de métal au-dessus des flots.

Bien que le docteur ne soit pas facilement impressionné, sa profession l’exposant à des spectacles que le légiste suppose insupportables pour bon nombre d'excelsiens, celui-ci se doit d'admettre que la ronde s’offrant à ses yeux n’est pas désagréable, il pourrait même être tenté de la qualifier de magnifique.
Le balai des navettes semble être orchestré à la perfection, celles-ci s'emplissant de passagers rivalisant d'élégance afin de les transporter jusqu'au vaisseau mère, patientent dans la baie, le vrombissement de son moteur et les éclairages présents sur le pont illuminant les cieux et l’océan tel un phare vivant, prêt à bondir dans un élan de puissance à la moindre alerte.

Wilhelm Zolt se fond dans la masse de citoyens présents, jetant un œil de temps à autre lorsqu’un visage lui semble familier. Après presque une dizaine d’années à arpenter les ruelles de la Ville à la recherche des différents cadavres laissés de part et d'autre de la Cité le Légiste possède un aperçu de nombreux citoyens de la grande Excelsia. Le docteur en costume de laine offre un signe de la tête de temps à autre à un visage qu’il reconnaît, certainement croisé à une représentation si ce n’est pendant ses pérégrinations.

Cette simple évocation de la musique suffit à elle seule à mettre son esprit et son cœur au diapason. Les œuvres de la pianiste n'ayant pas leur pareil pour sublimer l’intellect du Légiste, un curieux et savant mélange qui provoque à la fois clarté d’esprit et repos, un effet certainement similaire à certaines drogues.

Quelques navettes sont visibles à quai, et, tandis que le Docteur s’approche, prend naissance au sein de son esprit une émotion bien familière : le stress.

Alors que le Légiste pose le pied sur le pont du béhémoth des mers, son cœur fait une envolée tandis que son regard se pose avec avidité sur une ondulation bleue, à la périphérie de son champ de vision. Son cœur loupe un battement, et le Docteur manque de trébucher, persuadé d’avoir aperçu la femme de tous ses espoirs.

Observant béatement durant quelques secondes une dame d’un certain âge, dans une robe d’un bleu turquoise, c’est avec dépit que le Légiste se rend compte que, bien trop pressé de rencontrer l’égérie du Conservatoire, il devra prendre garde à ne pas bloquer ainsi devant chaque femme portant une parcelle de bleu dans sa tenue.

Le Docteur est ramené à la réalité et sorti de sa réflexion par un serveur lui proposant poliment une coupe de champagne, que Wilhelm Zolt saisit avec toute la grâce qui le caractérise dans ce genre d’évènement… Aucune.

Prenant la flûte de verre entre ses doigts, il fait montre d’un manque de délicatesse flagrant. Là où ses voisins tiennent le prestigieux liquide dans son contenant translucide du bout des doigts, rivalisant d’élégance dans la cassure de leurs poignets, mariant ceci à un savant jeu de bras pour obtenir une pose, sinon classieuse, du moins ne frisant pas le ridicule, Wilhelm Zolt tient son verre à pleine main, ayant trop peur de le renverser par mégarde.

Le Légiste est de toute évidence plus habitué au maniement du scalpel qu’à celui des coupes de champagne. Si un tel manque d’assurance doit abreuver les commérages des grandes dames de la Ville, qu’il en soit ainsi.
Le Docteur fait figure de loup bien solitaire dans la meute de prédateurs qu’est la haut-société.C’est d’un pas malhabile qu’il s’avance, l’esprit bien trop obnubilé par tout un tas de préoccupations pour s’occuper du « Qu’en dira-t-on ».

Zolt a bien aperçu les uniformes rouges du Prieuré, et, bien que leurs collaborations soient productives, le Légiste s’éclipse comme il peut de leurs zones de contrôle, préférant l’anonymat de la foule à l’effervescence des mains tendues et serrées.
Le Docteur n’est pas ici pour s’ennuyer et s’enliser dans d’interminables échanges de politesses, il suspecte d’ailleurs ne pas être suffisamment reconnu pour attirer pareille attention. Parfait.

Le Prince Otton est bien visible, de même, évidemment, que l’Amiral, juchée sur le pont supérieur à son arrivée sur le Saint-Virgile. Zolt l’aura salué d’un signe de tête, comme toutes les personnes présentes nourrissant un peu de bon sens devant l’honneur de pouvoir participer à telle soirée.
L’héritier Shah serait présent, d’après les murmures que le Légiste a pu entendre, de même que la Princesse Navigatrice. Des gens bien trop importants pour le Docteur, celui-ci ne songeant même pas à les repérer dans la foule, supposant que son regard se posera sur eux tôt ou tard.

Alors que les marins en costumes ouvrent les portes et annoncent le début des festivités, Wilhelm utilise le mouchoir présent dans la poche de son veston pour s’éponger poliment le front. Non qu’il fasse chaud, l’air marin et les brises de l’estuaire permettent d’atténuer la torpeur que dégage la bête de métal sur lequel le Docteur se trouve, mais cette annonce le rapproche un peu plus du concert de la pianiste.

L’on pourrait se demander s’il est bien sain pour sa santé mentale et physique d’être soumis à pareil stress mais ce soir est particulier. Une chance unique, qui ne se reproduira certainement pas.

Les groupes se forment, les connaissances des uns et des autres permettent l’attroupement naturel des foules. Les convives s’adonnent à l’art de la causette, la musique et le brouhaha ne permettant pas une écoute poussée des commérages, et les sujets n’intéressent pas Zolt, soyons honnête, il prend la décision, pour épargner ses vieux os, de s’installer sur une place assise.

La soirée et l’attente risquent toutes deux d’être longues, et son fauteuil se situe dans un emplacement stratégique : à distance de bras d’une table, non loin d’un radiateur, évitant d’être en pleine lumière, mais en gardant la scène, et surtout le piano, bien en vue.

Tandis que Zolt dodeline de la tête au rythme des accords de violon, savourant l’apéritif, avant le plat principal, il manque de s’étouffer avec la gorgée de champagne qu’il évite de justesse d’avaler de travers.
Mourir noyé dans une soirée mondaine à cause de champagne, la situation est cocasse pour le Légiste, à bien des égards.

Reprenant contenance, et essayant de remettre de l’ordre dans le fil de ses pensées, Wilhelm Zolt observe en clignant des yeux, tel le poisson rouge dans son bocal, l’égérie du Conservatoire, présente devant ses yeux, son aura de perfection tenant en respect même les plus grands de la ville semble-t-il.

Il faudra au Docteur de longues secondes pour réussir à surpasser sa stupéfaction. Il s’attendait, bien sûr, à croiser Catherina Damoroff ici, il est d’ailleurs là pour ça ! Mais si vite, et la voir si proche, si… Accessible. C’est trop pour le cœur et le cerveau du Légiste, qui entament un concert digne des plus grands orchestres, au rythme frénétique.

Avalant sa salive avec difficulté, Wilhelm se redresse et saisit deux nouvelles coupes sur un plateau transporté par l’un des membres de l’équipage puis se dirige en direction de la star, certain que quelqu’un d’autre ira, de toute manière lui voler le plaisir d’échanger quelques mots avec cette artiste si particulière.

Mais échanger à quels sujets ? A mesure qu’il s’avance, le stress inonde les méninges du Docteur, et lui rend la gorge sèche, tant et si bien que Wilhelm Zolt se retrouve face à Catherina Damoroff, ses deux coupes de champagne en main, tel le plus grand idiot de la cité, observant la pianiste avec tout le non-raffinement qui caractérise ceux qui n’ont pas l’habitude des soirées mondaines, et toute l’admiration de l’enfant observant son cadeau d’anniversaire.

Un vieux dicton de la ville stipule qu’il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler au nom de la Cité, et le Légiste applique celui-ci à la lettre, réfléchissant à la meilleure phrase d’introduction, calmant sa respiration pour ne pas bégayer.

S’avançant d’un pas de plus, pour réellement être à portée de voix dans la foule qui emplit le Saint-Virgile, l’homme dévisage l’égérie du Conservatoire, avant d’ouvrir la bouche.

« Je… J’ai… Euh… Humpf. » Zolt se morigène de son incapacité à produire une phrase correcte, aussi il soupire, dépité de sa propre image. Lui qui souhaite discuter avec son idole, ne réussit qu’à lui sortir un bégaiement honteux, digne des pauvres gamins à qui il enseigne.

Croyant que tout est fichu, et se rappelant qu’il n’aura certainement pas d’autre occasion d’essayer d’échanger quelques mots avec cette femme d’exception, Wilhelm se fait violence, abandonnant le semblant d’étiquette qu’il a cherché à observer, décidant qu’on a déjà surement déjà trop servi cette soupe réchauffée à la pianiste, aussi, il lui tend une coupe de champagne.

« Je me suis laissé dire qu’une boisson avant de monter sur scène saurait vous être agréable. Et pour peu que ma compagnie ne vous soit pas déplaisante, partageriez-vous un moment avec moi ? J’vous avoue que votre compagnie est plus agréable que les cadavres dont je m’occupe habituellement. »

Le Légiste cligne des yeux, et se félicite intérieur de l’idiotie de sa phrase d’accroche.
Comment faire fuir son idole en une leçon, par Wilhelm Zolt.
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mar 26 Juin - 15:56

Les mélodies de Sérafine de Saint-Juste s'enchaînent, douces et calculées, correspondant peut-être malgré elles au thème de la soirée selon lequel un navire d'acier flotte paisiblement sur un océan des plus calmes. Sa maîtrise sur son instrument sonne aux oreilles d'un expert comme manquant peut-être de la spontanéité qui caractérise les véritables virtuoses, mais bien sot celui qui irait reprocher à la dame quelque manque de talent, son maintien de sa posture comme de son instrument rappelant le port du plus illustre des Princes. Les amateurs, bien plus nombreux et naïfs que les véritables connaisseurs, se laissent emporter par des notes aux accents calculés et aux envolées millimétrées. La violoncelliste a cette capacité dont les meilleurs généraux et politiciens se targuent de manipuler les émotions et les pensées de ceux qui l'entendent à volonté, non par des envolées spectaculaires ou des explosions passionnées, mais, bien au contraire, via cette minutie si parfaite que l'on anticipe chaque note avant qu'elle n'arrive, mais que sa beauté nous époustoufle tout autant que si elle avait été différente de ce que l'on espérait. Sérafine de Saint-Juste était l'icône d'un style perdu dans les âges, ayant laissé place à des artistes plus explosifs tels que Chandra Naidu ou, encore, Catherina Damoroff, véritable porte-étendard de cette révolution artistique.

L'Amirale, s'y connaissant bien peu en arts, ne se soucie de courants que ceux de l'Océan. Elle apprécie la musique de Saint-Juste car elle s'y retrouve, une emprise d'acier sur un monde maîtrisé, dominé. Elle ne doute guère que dans d'autres circonstances, si les deux femmes avaient été amenées à fréquenter le même domaine d'activité, elles auraient pu nouer une relation se rapprochant autant que faire se peut pour deux strictes matrones comme elles d'une amitié. Pour l'heure, un profond respect mutuel et une appréciation du travail de l'autre suffiraient comme à l'accoutumée.

Libérée de son poste d'annonceur pour un temps, la jeune femme avait cherché un temps à aller converser avec quelqu'un de sa connaissance. Le Prince Prieur et Alexander Shah étaient des choix plus qu'appropriés, mais les voir réunis – avec la Princesse Navigatrice, qui plus est – avaient mis un frein à l'entrain de Maeva. Si elle se retrouvait si tôt en la présence de deux Altesses, aucun autre convive n'oserait plus l'approcher, et bien que ce fut probablement son vœu le plus cher en cette soirée, elle se devait de respecter ses devoirs d'hôte.

Hélas.

Alors, sa silhouette blanche, depuis plusieurs minutes déjà, se déplace entre les tables et répond aux compliments par des sourires polis et des hochements de tête appréciatifs. Même dans un contexte aussi festif, l'Amirale reste maître à bord et l'affirme d'une posture et démarche militaire. Déchirant le flot d'invités comme la proue de ses navires les plus rapides, elle se dirige sans but vers chaque coin de la salle qu'elle n'a pas encore rallié, les notes de violoncelle adoucissent quelque peu la raideur de sa démarche, démonstration supplémentaire des prouesses de l'artiste en scène, et l'offrent à plus d'interactions qu'elle n'en désire. À bâbord, un groupe de marchands fortunés l'invite à discuter avec eux, un écueil qu'il sera difficile d'esquiver. Un sourire contrit souligne un regard éternellement dur alors qu'elle salue les hommes sans les nommer, choses qu'ils font très bien sans son aide. Studieuse malgré tout, elle retient les visages et patronymes de ses interlocuteurs, les laisse la complimenter de façon bien excessive, faire quelques commentaires badauds sur la mélodie ambiante auxquels elle ne peut répondre que par un hochement de tête approbateur, avant de se lancer dans une grande discussion à mi-chemin entre philosophie et prédication sur l'avenir potentiel des routes commerciales entre Sigvar et Excelsa en raison de quelqu'élément politique obscur dont l'Amirale n'a entendu parler ni cure. Les trois gaillards présentent bien subtilement leurs intérêt dans l'un ou l'autre des débouchés supposément possibles, puis demandent, avec un parler fort mélioratif, l'avis de leur hôtesse en tant que fille de marchand ainsi que maîtresse des forces navales d'Excelsa. Son navire s'enfonce petit à petit dans ce piège sablonneux, contrainte de répondre à ces quidams dont les mots déformeront les siens et les tourneront en rumeurs, elle maudit, une fois de plus, les réceptions mondaines.

Ses lèvres se mettent en mouvement pour une réponse bien trop franche pour ce genre de discussions lorsqu'une main se pose sur son épaule. Un murmure à son oreille lui rappelle immédiatement la voix de l'un de ses quartiers-maîtres, l'homme lui rapporte un problème mineur sur les quais d'une voix couverte par le violoncelle, complice de circonstance, de Sérafine. Un incident dont ses hommes se sont déjà occupés, mais dont elle devait être tenue informée malgré tout selon la procédure mise en place. Un hochement de tête plus tard, l'homme s'en retourne tandis que les trois marchands attendent toujours la réponse de l'Amirale, qui y voit une excellente façon de se départir de ce mauvais pas.


– Veuillez m'excuser, il me faut m'occuper de ceci. Mais je suis sûr que vos inquiétudes trouveront réponse auprès de son Altesse Thalia Morlone. Elle est certainement présente ce soir, si vous trouvez l'occasion de l'aborder…

Elle est évidemment présente ce soir, et Maeva s'en veut presque de lui déléguer ces trois marchands dont la langue a du être entraînée pendant plusieurs semaines avant d'être capable de débiter pareilles fioritures à la chaîne avec autant d'aisance. Mais les fonctions de l'Amirale ne comportent pas de rassurer les marchands, si influents soient-ils, de la Cité.

Son navire repart, s'éloignant mécaniquement de ce piège dans lequel elle eut failli s'embourber. Ses pas la mènent près de Catherina Damoroff en grande conversation avec un homme dont elle ne saisit guère le nom sans s'en formaliser. Un admirateur, sans doute, à l'aura des plus étranges, mais Excelsa n'est-elle justement la Cité où les personnages les moins communs peuvent justement exercer leurs talents ? Elle les dépasse sans s'arrêter, peu désireuse d'interrompre leur dialogue. Des têtes s'abaissent sur son passage, des mains se tendent, qu'elle serre avec aussi peu de cérémonie qu'à l'accoutumée, puis le rythme change.
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Hanae Ibihn
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mer 27 Juin - 18:43

Nous étions en train de rigoler très fort dans le fiacre, moi, une amie et un des doyens de l'Académie. Mon mari guette dehors le bateau qui doit faire navette – j'ai déjà dû me taper sa présence pendant le trajet, il ne va pas en plus me casser les pieds quand je suis avec mes copains. Oui ! On est arrivés en retard ! Je sais ! Je n'ai aucun mal à respecter les horaires au travail, mais dans la vie privée c'est impossible. Surtout dans les fêtes. J'aime bien faire les niveaux avec quelques amis intimes avant de me lancer dans le grand bain.

Je déchire un petit bout de papier en forme de rectangle, puis je le roule en tube. Ou plutôt en paille, puisque je m'en sers pour aspirer avec mon nez une fine ligne de poudre blanche. C'est fameux, même si ça brûle les sinus et que ça donne un drôle de goût chimique à la morve. Ce produit met en forme, donne de la conversation et accompagne délicieusement toute séance de langue de pute. Ils font des expériences sur ce truc là à l'Apothicariat pour s'en servir comme anesthésiant, mais des étudiants créatifs se sont demandé pourquoi les cobayes avaient l'air de passer un bon moment avec. On leur a interdit de jouer avec les avancées de la science tout de suite après, évidemment. Ça en fait plus pour nous.

Donc on critique les gens que nous connaissons. Untel n'a pas su tenir sa part du contrat et est maintenant ruiné, la fille de Machine a fait un mauvais mariage, Bidule a chopé une maladie honteuse et défigurante, Truc est mort. On en ri à se rouler par terre. J'adore les moments comme ça, juste avant les fêtes, où tout le monde est très motivé.
Il faut ensuite monter dans le bateau. J'appréhende un peu. Toi évidemment tu trouves ça rigolo les bateaux, mais tu n'es pas une vieille dame unijambiste qui va boire de l'alcool. Je ne peux pas tenir debout toute la soirée sur un truc qui bouge – même si vu la taille du bâtiment il doit être très stable. Le fauteuil roulant vient donc avec moi, ainsi qu'un domestique pour faire la manutention des verres et m'apporter une assistance discrète pour parvenir jusqu'aux toilettes en temps voulu. Oui, bien sûr, personne ne me laissera passer par dessus bord à fond sur mes roulettes, mais j'aimerais bien t'y voir toi, complètement dépendant d'autrui pour te déplacer. Petit con.

Depuis l'accident je suis déjà allée pêcher en bateau, mais jamais je n'ai dû monter sur un navire de cette taille, ni avec une telle foule. J'y vais lentement, pas très rassurée à propos de mon équilibre en prothèse. Je ne suis pas très à l'aise. Pour tout dire, peut être que, il se pourrait bien, que j'ai un petit peur de tomber. Peut être que je regrette d'avoir mis une robe très impressionnante mais peu adaptée au déplacement sur une jambe. Je ne l'avouerais jamais, même sous la torture.
Quand on à affaire à quelqu'un de très petit et maigre qui se déplace très doucement et qui bloque le passage, la tentation est grande pour le mari stupide de régler le problème en portant le-dit quelqu'un sous les aisselles. Je le sais parce que je sens deux grosses paluches me saisir les côtes. Je suis tellement en colère que je n'arrive pas à parler. Tant mieux d'ailleurs, ce que j'avais à dire ne devrait pas sortir d'une bouche du grand monde.

- Si tu m'infliges l'humiliation de... je te... enlève tes mains de là je m'en sors très bien toute seule merci. Si t'es pressé t'y vas à la nage, ça te fera perdre un peu de bide. Sale... Zut.

Dans un contexte intime, j'aurais peut être eu un mot un peu plus dur que « zut ». Peut être que ça aurait été dans un registre type « enculé ». Je l'ai d'ailleurs vu se crisper, habitué qu'il est à se faire traiter de pire que « zut » devant ses enfants, ses domestiques et sa famille. Juste voir sa tête de victime me met en colère.

On arrive au bateau quand même. C'est très joli, plein de monde, le buffet fait rêver (ce n'est pas une bouteille de château-machin 1049 que je vois là?). Il paraît que la musique sera excellente, mais je n'y connais rien. L'Amirale a vu les choses en grand en tout cas. Je ne la connais pas très bien. Le peu de fois où je l'ai entendu parler, ça m'a paru être une femme pleine de bon sens, mais ce n'est pas dur de faire illusion. J'en entends surtout parler par rapports interposés à propos de l'armement et de la marine. Y a des petits gars de chez nous qui ont dû plancher pour que ce bâtiment soit aussi gros avec autant de canons. J'avoue que j'aimerais bien bricoler dedans – enfin, si il y avait moins de marches et d'escaliers. C'est vraiment un beau jouet. Mais pour l'instant c'est la fête. Je vais retrouver mes petits camarades bourges de mon âge pour avoir des discussions qui nous intéressent – les grosses bagues en or, la chasse et les alcools de frimeurs. Passer un petit coucou aux collègues évidemment. Mon mari doit être parti glousser dans un coin aussi. On a pas les mêmes amis.

[J'ai fait un post pour dire que mon perso est venu et se balade et tout ça mais je suis pas super à l'aise dans les rps de groupe ^^" C'est déjà très probable que j'ai zappé un truc et que j'ai écrit une connerie. ._. Donc voilà me répondez pas.]
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Catherina Damoroff
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Dim 15 Juil - 23:48

Le silence commençait à s’éterniser depuis que De Saint-Juste avait salué et quitté son auditoire.
Le bourdonnement des conversations s’était transformé en rumeur sourde, tandis que tous les yeux se tournaient vers l’estrade désertée.

Catherina rongeait son frein à force d’attendre, privée de musique, l’atmosphère lui paraissait sensiblement pesante, et le temps s’écouler par saccades.

Le regard de la pianiste glissa vers Maeva O’Fell vers laquelle un homme venait de s’avancer, se penchant sur elle pour l’entretenir de quelques désagréments concernant le Conservatoire puisque l’Amirale tourna immédiatement son regard sur l’égérie qui lui rendit un haussement de sourcils interrogateur.

En quelques enjambées au travers de la foule qui s’écarta de bonne grâce, la Dame Blanche était sur Catherina, qui lâcha le bras de son cavalier, coulant une moue d’excuse au Légiste.

Les quelques mots que lui glissa alors l’Amirale glacèrent la pianiste pendant un instant, avant de lui échauder les sangs précipitamment : Chandra ne s’était pas présenté, il était, semble-t-il, absent, et c’était donc tout naturellement à elle de se produire.

Il fallait entretenir l’attention de la foule beaucoup plus longuement que l’artiste ne l’avait initialement prévu, puisque son collègue leur avait fait faux bond, il était maintenant question de jouer deux représentations au lieu d’une.

L’agacement de savoir que Chandra négligeait ainsi l’invitation de l’Amirale – bien qu’il fût sûrement malade ou indisposé – céda la place à la joie extatique de pouvoir accaparer un peu davantage l’attention de la salle.

Catherina hocha la tête à l’attention de Maeva, lui signifiant qu’elle allait remplir son office malgré le changement inopportun dans le programme.

Cependant que la pianiste évoluait au milieu des convives, son regard était accroché naturellement par son instrument ; mis à l’honneur, il trônait superbement sur l’estrade tandis que des membres du personnel le mettaient plus en avant, légèrement au-dessus de la foule.

Le cœur de la pianiste s’emballa quand elle grimpa à ses côtés, dominant toutes les têtes, et s’inclinant à demi devant ce qui devenait désormais la masse informe de ses spectateurs.

Elle leva les bras de part et d’autre de sa tête, embrassant dans un geste ample tous les présents, un large sourire triomphal plaqué sur ses lèvres. Elle jubilait visiblement.

- Mesdames, messieurs, un léger contretemps nous a paralysé quelques instants, mais la représentation va reprendre incessamment !

Il y avait le bruit, les yeux qui la scrutaient, l’odeur forte des parfums et des alcools, mais quand ses doigts effleurèrent les touches alors qu’elle s’asseyait, retroussant sa robe, sur le tabouret de velours, il n’y eu plus rien d’autre que son piano.

Catherina ferma les yeux, s’emplissant de cette sensation de vide, de paix, tandis que ses longues mains, crispées par ses habituelles manières, se détendaient sensiblement pour retrouver toute leur souplesse.

Alors, avec une infinie tendresse, elle entama les premières notes.
Jusqu'à 3:33:
 

C’était d’abord une série de légères fluctuations, qui rappelaient la danse des vagues, en un aller et venu permanent. On se figurait un bateau qui tanguait, suspendu sur le cours de l’océan. La musique était légère, bien qu’elle gagnât en intensité, gonflant comme la marée, à quelques moments, se permettant une ou deux fulgurances.

Une correcte entrée en matière aux yeux de Catherina, qui instaurait le ton flottant et lascif de ce début de représentation. Ses yeux s’étaient ouverts à demi, tandis que son visage exprimait une profonde sérénité, détaché du monde immédiat et matériel, elle anticipait sans mal la suite.

Ses doigts firent une embardée, un ton plus grave tandis qu’elle martelait les touches d’une main, et un silence quand elle y reposa les deux, entamant une nouvelle mesure.

Jusqu'à 2:58:
 

Beaucoup moins méditative et plus dure, saccadée, toujours dans ce motif de va et vient. Le rythme devint progressivement allegro, s’égayant en une kyrielle d’ornements, s’accélérant avec euphorie, cherchant à la transmettre à ses auditeurs, débordante d’un enivrement qui ne demandait qu’à transporter tous les présents dans son sillage. La musique, tempêtueuse, en devenait presque physique, insufflant cette envie de se mouvoir, d’entamer une danse folle, absente à toute raison.
Pas un moment de silence, pas une pause, la pianiste faisait inlassablement courir ses doigts sur ses touches, maintenant les spectateurs en extase, avant de la briser en abattant cruellement ses mains, tandis qu’elle abaissait dans les graves.

Un sourire s’empara du visage de Catherina, alors qu’elle entonnait un nouveau mouvement. Une balade douce et contemplative monta alors de l’immense caisse de résonnance de son piano.

Jusqu'à 5:57:
 

Jusqu'à 4:58:
 

Il y avait dans ce corpus une véritable déclaration d’amour à l’élément liquide sur lequel ils voguaient tous. Une fresque, presque tangible, se dépeignait pour les convives attentifs, on y percevait la caresse lascive des vagues, le frémissement de l’écume, le martellement de la pluie, les allers et venues incessantes que faisaient le piano, qui caressait dix rythmes sans s’arrêter sur aucun, figuraient le caractère changeant et imprévisible de l’océan, et l’immensité surtout, l’immensité d’abord, qui semblait fasciner la pianiste, dont la musique ne cessait de s’envoler en volutes pour retomber platement comme frappées par la tempête.

Enchainant les crescendos, se ravisant d’un coup pour entamer une gamme inverse, produisant une multitude de trilles pépiant, allègres, Catherina entraîna ainsi son audience dans plus d’un tableau, exécuté de sa main de maître.

D’une musique, piquetée et aigrelette, à un martellement puissant, semblable à une lame de fond, le seul point commun de tous les mouvements était cette espèce d’attente qui s’y discernait, comme si la tension exaltée gonflait et était maintenue si haute par le bon vouloir de la pianiste.

Jusqu'à 3:20:
 

Jusqu'à 4:55:
 

La musique enflait, et Catherina agitant désormais légèrement la tête, le corps tout entier secoué par les sensations qu’elle tentait de transmettre, s’en faisant le catalyseur. Elle ne faisait pas que jouer, visiblement, elle vivait, elle incarnait, chaque note, anticipait la prochaine.

Ce n’était pas nécessairement tonitruant, ça n’avait pas besoin de l’être, mais c’était puissant, un fil tendu sur lequel la pianiste faisant danser en équilibre ses convives. Même murmurées, douces et sibyllines, à peine évoquées, les notes coulaient aussi pleinement que le cours d’une rivière, sans interruptions. Les mesures semblaient valser entre elles et se poursuivre, portées par tout l’enthousiasme que pouvait y infuser leur interprète qui semblait offrir une fois encore une ode à la musique et à sa complexité.

Catherina s’essaya ainsi à plusieurs effets de styles, perceptibles par une oreille mélomane, jouant de ce registre moderne qui froissait toujours les plus conservateurs, pianotant sur chaque genre qu’elle maîtrisait ou non, s’étalant ainsi sur le temps qui lui avait été imparti.
La foule aurait pu remarquer, notamment, plusieurs morceaux du Prince Compositeur, que la pianiste invoquait un peu dans cette fête, même absent de corps, elle faisait en sorte que ses travaux soient entendus.

Après avoir emmerdé l’auditoire à travers un ressac incessant, entraîné dans cette joyeuse cavalcade, le tempo monta, plus rapide, presque plus violent ; la joie devenait sauvage et pure, alors que Catherina se courbait en avant.

Jusqu'à la fin:
 

Elle employa toute la tessiture de son piano à ce dernier acte, martelant les touches exsangues en une véritable marche triomphale, qui avait ce sous-texte épique dont l’artiste était si gourmande. Un hommage, aussi, à l’hôte des lieux, et une clôture digne de cette grande fête.

Dans les notes les plus aigües de son instrument, la femme fit entendre une série d’arrangements frénétiques, au comble de l’extase, avant de relâcher d’un coup et d’un seul la toile qu’elle avait tissé autour de son audience.

Catherina abattit les mains sur les fragiles touches d’ivoire, en une note finale qui fit un instant vibrer l’air, avant de s’éteindre, comme toutes les autres.
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Zaïra Pichardo
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MessageSujet: Re: [Concert sur le Saint-Virgile] D'or et d'acier   Mar 17 Juil - 13:59

Le jeu de la musicienne me fascinait mais je n’étais pas là ce soir pour un nouveau cours d’interprétation ou même de composition. J’avais des exercices de mondanité à réaliser. Perdre des miettes de musique était cependant la seule frustration de la soirée car petit à petit et depuis que j’avais réalisé que je n’avais d’importance pour personne ici et que tout était apparence, mon aisance grandissait. Tout en circulant entre les groupes je tentais d’identifier les différents groupes non pas vraiment en termes d’identité stricte car le monde présent interdisait une telle prouesse, mais plutôt grâce à leur composition.

J’avais laissé Catarina à ses admirateurs qui faisaient comme un sillage derrière elle. Nous étions à bord d’un navire et elle fendait leur flot comme la sublime figure de proue d’un seigneur des mers. Décidément je sentais mon admiration pour la pianiste grandir de jour en jour.

Il y avait par exemple le groupe des jeunes mariés avec ces deux amoureux, en tout cas qui le paraissaient, escortés de deux couples bien plus âgés que j’imaginais être les parents. Le couple des… j’hésitais entre morts de faim ou parasites… qui se glissait de plateau en plateau, de buffet en buffet et dont le seul souci semblait de se nourrir. Le groupe des banquiers n’avait pas retenu mon attention bien longtemps. Personnes austères aussi bien féminines que masculine, ils semblaient comme ce que j’imaginais être un conseil d’administration d’entreprise et ne se préoccupaient de leur environnement que lorsque par mégarde un convive maladroit venait les bousculer par mégarde en se faufilant vers une connaissance. Il était alors foudroyé du regard un bref instant avant que la tractation ne reprenne. Il y a des priorités qui m’échappent sans doute.

Mais évidemment le groupe qui retenait mon attention était le groupe que j’avais fini par appeler celui des imposteurs. Cette appellation peu respectueuse ne regardait que moi et ne blessait donc personne. En outre je savais qu’elle était exagérée car j’imaginais assez peu qu’on puisse se hisser à certains postes comme amirale ou premier prieur juste avec des talents d’escrocs. De plus je ne connaissais pas les autres personnes de ce groupe. Mon instinct me soufflait qu’il devait s’agir de personne de haut rang dans la société excelsienne et je m’appliquait à les détailler et à mémoriser leur allure. Peut être mon mentor pourrait-il m’éclairer sur leur identité… Je me demandais de quoi parlaient ses altesses dans ce genre de réception. Echangeait-elles des banalités ? Se conduisaient-elles comme des banquiers ne perdant jamais de vue leur fonction ou leurs intérêts ? Je me disais qu’il était peu probable qu’ils aient tous fait le déplacement simplement pour les petits fours. Etre petite souris pour me glisser dans leur cercle et surprendre leurs conspiration pourrait être assez divertissant

Quoi qu’il en soit, je devais sans doute trop les détailler car une voix me surprit, les yeux au-dessus de ma flute à champagne alors que j’y trempais mes lèvres.

« Eh oui, ce sont eux qui régissent nos destinés. »

Je fis un effort pour éviter de me tourner brusquement vers l’origine de cette phrase qui confirmait ce que je pensais. Je rabaissai ma flute et me tournai aussi calmement que possible vers la personne qui semblait m’avoir interpelée avec un sourire que je voulais amusé.

Je m’étais attendue à un dandy de la haute qui promenait son cynisme en costume trois pièce ou en smoking arrogant, mais il semblait que ce soit la première surprise de la soirée qui se présentait à moi.

Immédiatement quelque chose me fit penser à Mathé. Pourtant il n’y avait pas grand-chose en commun entre ces deux garçons. Evidemment je n’avais jamais vu Mathé dans ce genre de réception mais je ne me le représentais pas dans ce costume qui faisait un effort pour paraître soigné et à peu près bien coupé, malgré la différence de niveau entre les deux pans de la veste qu’il tentait visiblement de compenser par des postures plus ou moins désinvoltes. Je notai qu’il avait une tendance à se gratter l’arrière de la tête les yeux perdus dans des songes insondables toutes les deux phrases. Sous sa veste anthracite rayée verticalement de gris, le col de sa chemise s’était rebellé contre la fine cravate un peu trop froissée pour qu’il puisse donner longtemps l’illusion d’être accoutumé à ce genre de mondanités. Il devait être plus proche de mes origines que de celles de la plupart de ceux qui se massaient dans cette salle de bal. Je souris à la pensée d’avoir été capable de percer à jour cette facette de mon interlocuteur et aussi parce que ses grands yeux bleus étaient touchant de franchise.

Il me tandis une main directe.

« Maxime Azaroff. Max pour les amis. »


Je croisai son regard avec mille questions dans les yeux dont la première était de savoir si nous étions amis… Ma main s’avança vers la sienne beaucoup plus lentement en souriant. Je m’attendais à être secouée par une poigne vigoureuse et un peu rude, mais il se contenta de serrer juste de quoi confirmer sa présence et de me jeter un regard interrogateur qui devait se demander s’il aurait une identité en échange de la sienne.

«Et vous êtes?..."

Il tentait de percer le maquillage que m'avait appliquer mon mentor et qui avait au moins la mérite de me rendre méconnaissable. Le contour des yeux qu'il avait dessiné à mes paupières changeait mon regard. Je me laissai aller à un rire modeste en faisant mine de balayer l'assistance du regard.

"Une des nombreuses curieuses qui se pressent ici ce soir. »

Je restai volontairement distante. Déjà je n’étais pas du genre à accorder comme ça mon amitié et puis j’avais des exercices à mettre en œuvre… Je jetai un œil vers le groupe des grands de ce monde que le bal avait morcelé. La curiosité me dictait de ne pas les quitter des yeux et mon interlocuteur intercepta mon regard.

« Eh bien Mademoiselle la curieuse, serions-nous venus pour la même chose ?

Un peu surprise je battis des cils.

« Je ne sais pas. Pourquoi êtes-vous là ?»

Il tapote sur sa poche droite où une forme rectangulaire se dessine sous le tissu.

« J’écris…
_ Ecrivain ?
_ Journaliste… »


Je cillai une nouvelle fois. La presse à Excelsa n’est pas florissante, en tout cas la presse indépendante. Les feuilles de chou fleurissent surtout sous le manteau et ce sont les plus intéressantes, même si ce n’est pas à avouer devant tout le monde. Je pris alors le parti de ne pas questionner plus avant Maxime. En y ayant réfléchi rapidement cela me sembla mieux pour nous deux.

Le silence succéda soudain aux prouesses de la violoncelliste et mes yeux se tournèrent machinalement vers la scène que ma conversation m’avait fait délaisser. En apercevant Catherina Damoroff monter sur scène mes yeux se remplirent d’étoile et je la regardai s’installer majestueusement au clavier et entonner les premières mesures de sa musique. De sa musique, pas seulement puisque le prince compositeur en était l’auteur. Au moins mes études de musiques pouvaient-elles me servir à reconnaître ses œuvres lorsqu’elles étaient jouées.

Sans quitter la musicienne des yeux quitte à paraître impolie avec mon interlocuteur, je demandai comme à peine intéressée.

« Et qu’est-ce qui passionne la presse ici ? »

La musique se faisait plus dansante et le journaliste ne répondit pas à ma question.

« Vous m’accorderez bien cette danse ? »

Déjà il tendait sa main vers ma coupe comme pour m’en débarrasser sans attendre ma réponse. J’esquivai le geste en plantant mon regard dans ses yeux malicieux. Il avait une idée derrière la tête, mais je ne voulais pas paraître être le jouet qu’il pouvait utiliser à sa guise. J’avisai un plateau qui passait à proximité sur le gant blanc d’un extra et y déposai ma flute. J’espérais que le message était passé et le sourire complice qu’il m’adressa me le confirma.

« Avec plaisir M. Azaroff »

Je portai ma main en avant à hauteur de son épaule tout en me décalant de quelque pas pour retrouver la piste de danse pour y adopter une position de danse de couple. Il m’emboîta le bas et je vis un léger froncement de sourcil dans son regard tandis qu’il prenait ma main et plaçait sa dextre derrière mes reins.

« Danseuse ? »

Je souris sans répondre à sa question alors que je me laissai guider par ses premiers pas. Ce n’était pas un cavalier accompli mais il ne se débrouillait pas si mal et il collait assez bien à la musique pourtant savante qui nous environnait. Notre couple décrivit quelques arabesques dans la salle pour éviter les autres couples et pour répondre visiblement ses projets du moment.

« C’est un plaisir de danser en votre compagnie
_ Merci… Plaisir partagé, mais je suppose que vous n’oubliez pas votre article…
_ En effet… »


Il fit rouler ses yeux vers la droite pour m’indiquer deux couples en grande conversation. Je reconnus immédiatement le prieur et l’Amirale mais le jeune homme en leur compagnie m’était inconnu, quant à la femme qui m’impressionnait le plus par sa classe, j’avais cru saisir dans les propos des convives qu’il s’agissait de Thalia Morlone mais je n’en étais pas certaine. Comme si ma question avait été formulée à voix haute, Maxime me souffla

« Alexander Shah. Rejeton de la famille des industriels qui… »

Il s’interrompit avant de reprendre,

« Mais je vois que la tête vous tourne. »

Il arrêta la danse pour me prendre aux épaules et me faire sortir de la piste en prenant un ton compatissant.

« Ça ira ? »

Un instant interloquée, je me rendis compte que nous ne nous trouvions plus qu’à quelque pas des hauts personnages. Je présentai le dos au groupe et choisis de jouer le jeu en prenant une voix blanche et une physionomie la plus décomposée que je puis. Normalement le prieur ne pouvait me reconnaître derrière mon fard qui je devais le concéder à au maître compositeur parvenait à me donner la prestance qui me manquait tout en changeant mon visage. Maintenant mes joues semblaient plus creusées et je reconnaissais à peine ma bouche qui avait pris plus de morgue que d'ordinaire. Malgré ces artifices, je préférais éviter de croiser le regard de l'homme en rouge, afin de ne pas prendre de risques inutiles.

« Oui mais je pense qu’un verre d’eau me ferait du bien.
_ De l’eau ici ?
_ Un peu de repos tout au moins »


Il me tenait toujours par les épaules lorsque les derniers mots d’Alexander Shah nous parvinrent. Je vis un éclair gourmand dans les yeux de Maxime et je compris que je ressentais la même curiosité.
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