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 Like Diamonds in the sky

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Zaïra Pichardo
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Fiche : Zaira
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MessageSujet: Like Diamonds in the sky   Jeu 10 Mai - 21:48

Mon archet glissa lentement sur la chanterelle de mon violon. Je jetai un regard au professeur. Il sembla réfléchir avant de prendre la parole, presqu’impassible hormis un léger frémissement des ailes de son nez. Je savais à quoi m’attendre. Bien sûr, ça n’avait pas été une catastrophe le morceau était sorti tant bien que mal. Pas de fausse note et les gammes imposées étaient toute là. Mais ma musique était vide de ce que je devais y mettre.

Le silence qui suivit n’avait rien de musical et mes deux camarades de cours gardaient les yeux rivés vers le sol preuve qu’ils avaient vécu la même chose que moi. Aleya était plus âgée et avec son teint de lait avait tendance à souffrir énormément de la chaleur malgré les pans rotatif de la verrière qui laissaient passer un courant d’air bien faisant. Jorge quand-à lui ne se départissait jamais de son sourire en coin même si la situation ne prêtait pas à l’ironie mais en l’occurrence, il ajoutait à ma détresse. Ses cheveux trop bien coiffés et ses tenues impeccables était à ce moment comme une insulte de perfection.

Je pinçai les lèvres entre mes incisives avant de me mordre la lippe inférieure et redressai la tête pour me redonner une prestance en même temps que prendre du courage pour affronter les critiques qui ne manqueraient pas d’être justifiées du professeur. Yduëj Nihouëm avait le cheveu de neige et le regard perçant bien que la plupart du temps bienveillant malgré son implacable exigence. Il replaça son pince-nez sur l’escarpement de son nez un peu busqué et haussa enfin des sourcils. Il semblait fait pour occuper cet atelier d’acajou et de verre où la lumière répondait gentiment aux teintes chaudes des boiseries et des instruments. L’endroit n’était pas très grand mais à cet instant j’avais l’impression qu’il grandissait démesurément ainsi que le désespoir de l’enseignant qui malgré sa petite taille me toisait de tout son savoir.

Je tentai de déglutir, mais ma gorge était sèche et je priai pour que ce moment finisse très vite.

« Mademoiselle Pichardo… J’ai bien toujours affaire à Mademoiselle Pichardo ? »

Il se tourna de côté tout en faisant voler une main interrogative au-dessus de sa partition.

« Je me demande, oui je me demande si vous avez entendu un seul mot de notre cours de ce matin. Car enfin, je vous ai demandé une danse ! Une danse ! Pas cette marche funèbre propice à inspirer les pleureuses les plus sèches. »

Il tourna la tête de mon côté, comme pour s’assurer que j’étais toujours là ou pour vérifier l’effet de ses premiers mots sur celle qui devait être la pire de tous les élèves qu’il ait jamais eu. Cette dernière s’efforçait de garder le regard droit et les yeux secs. Il fouetta négligemment son livret du revers de ses doigts noueux.

« Bien sûr il y a eu quatre mesure d’assez bonne facture et c’est bien pour ça que je vous garde dans mon cours. Mais comprenez moi bien Mademoiselle, tous les professeurs n’attendent que votre premier faux pas pour récupérer le temps qu’ils vous consacrent en vain ces derniers temps et en faire profiter des élèves plus réceptifs. »

Sa main intima en silence, l’ordre aux autres élèves de se retirer. Quelques déclics plus tard les pas feutrés avaient passé la porte me laissant seule avec mon professeur.

« Jusqu’à présent j’ai pris votre défense parce que je vous trouvais un réel talent, mais là… Là… »

Sa main désolée désigna mon violon comme si le malheureux ne méritait pas de souffrir entre mes mains. Une boule Que je ne connaissais que trop bien remonta de mon estomac à ma gorge tandis que je tentais tant bien que mal de faire bonne figure.

« Tous ces accords mineurs ! Mais c’est une caricature ! Vraiment… Comptez vous rester parmi nous ou êtes vous en train de vous saborder ? »

Il s’interrompit attendant visiblement que je réponde, mais pas un mot ne sortit de ma bouche. Je ne savais que trop qu’il avait raison sur tous les plans. Etre admise au conservatoire avait été le plus beau jour de ma vie et les premières semaines s’étaient déroulées comme dans un rêve, mais ensuite je m’étais sentie rattrapée par je ne savais quels démons qui ne me permettaient que d’effleurer des différents cours. C’était entièrement ma faute et je devais me reprendre. Tout le monde avait ses soucis Jorge et Aleya tout comme moi et c’était à moi de me reprendre. Je n’avais aucune excuse à invoquer.

De son côté, Yduëj Nihouëm, dont le ton s’était un peu enflammé, semblait s’être calmé ou plutôt être revenu tel que ses élèves le connaissaient, c’est-à-dire doux et affable.

« Bien, alors voici ce que nous allons faire. Pour notre prochain cours je vous demande de me composer une danse d’inspiration traditionnelle ou populaire comme diraient… Mais je m’égare. Une danse traditionnelle apte à être jouée dans les salons les plus huppés. Vous voyez ce que je veux dire ? Et maintenant disparaissez, vous m’avez fatigué, Mademoiselle… Pichardo ! »

C’était ce que j’attendais avec le plus d’impatience. En un clin d’œil, mes partitions disparurent dans mon sac et mon violon dans son étui. Quand je passai la porte je fus rattrapée par une dernière injonction.

« Et n’oubliez pas ! Une danse pas un chant funèbre ! »

Avec soulagement, je me retrouvai dans le long couloir, presque désert. Seule une secrétaire que j’avais entraperçue une fois seulement, profila sa silhouette au bout à contre-jour. Je m’adossai contre la porte. Un acide me brûlait les yeux mais ce n’était pas le moment. Ce ne devait jamais être le moment. Je sentais une main qui me poussait inexorablement pour ma chasser du conservatoire. Quelle ironie !

Comme pour me donner le courage qui me manquait je m’interpelai à mi-voix.

« Te voilà au pied du mur ma grande. Que vas-tu faire ? Renoncer ? »

La réponse était évidente mais je me devais de la formuler. C’était dérisoire et ne suffirait pas à me sortir du marasme dans lequel je m’enfonçais, mais cela me redonnait un peu de baume au cœur.

« Inutile de rester ici… »

Quelques minutes plus tard j’avais rejoint mon coin du parc préféré. Mes jambes n’avaient plus besoin depuis longtemps de chercher le chemin. Un peu à l’écart d’une pelouse piquée de fleurs
Sophora Pendula faisait comme un abri qu’apparemment j’étais seule à connaître, malgré le banc de pierre qui s’y trouvait. La ramure tombante de cet arbre dont je ne parvenais pas à imaginer l’âge fait comme une vénérable chevelure dont le rideau abritait des regards curieux ceux qui franchissait ses vertes cascades. Dans cette chambre de jade, je venais souvent me ressourcer eu aujourd’hui plus que jamais. L’ai frais aurait dû m’apporter le bien être qu’il me prodiguait d’ordinaire mais non. Aujourd’hui était un jour d’orage qui menaçait de me chasser du conservatoire et aucune brise ne pouvait me distraire de cette pensée.

Fébrilement je ressortis de mon sac un crayon de graphite et le papier ligné de portées que je posai sur mes genoux tout en m’asseyant sur le banc en pierre. Pliée sur les feuilles, je repensais à toutes les consignes… Je chuchotais comme une folle.

« Une danse pas un chant funèbre, une danse, pas un chant funèbre, une danse… Ca ne doit pas être sorcier. Tu l’as déjà fait même en improvisant… Oui mais pour les salons, les salons… »

Je mordis le bout de mon crayon. Pour essayer de trouver par où commencer.

« Le rythme… Le rythme… Trois temps ? Quatre temps ? Et pourquoi pas cinq comme dans les contrées de l’Est ? Pfff… Ces cons de bourgeois seraient trop déstabilisés… Trois temps ternaires c’est bien ça… »

Et puis je sentis mon esprit partir à volo. Ma main se mit à trembler et j’écrasai la mine sur le papier.
Ce n’était pas possible ! Ce ne devait pas être le moment mais je n’arrivais pas à trouver quand ce moment viendrait où je pourrai composer cette foutue danse ! Est-ce que je ne pourrai plus composer ? Le crayon et le papier tombèrent sur l’étui sur la dalle sous le banc tandis que je m’allongeai sur le dos pour tenter de me reprendre. Au-dessus de moi les rayons du soleil jouaient à se glisser entre les feuilles ou à les rendre translucides. Ça faisait comme des diamants dans le ciel qui roulaient sur un écrin vert. Mon coude vint cacher cette lumière trop vive et je sentis mes larmes couler vers mes tempes. J’enrageais contre elles car elles me flattaient dans mon désarroi alors que j’avais besoin de courage pour re devenir comme avant et satisfaire mes professeurs et progresser dans mon art. Ce sel qui coulait flattait tout ce que je détestais chez moi. Soudain je crus entendre des pas se rapprocher et le bruissement d’un feuillage qu’on écarte. Il était impossible que quelqu’un vienne par ici, mais me faire surprendre dans mon état était la dernière chose que je voulais. En un réflexe de mes reins j’étais déjà assise à ramasser en toute hâte mes affaires. Un dernier revers de main sous mes cils et pouvait venir n’importe qui.
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Like Diamonds in the sky   Dim 13 Mai - 23:57

« Tu es trop lent, Elikia. »

La voix de Bérénice Arbogast claque sèchement dans l’air déjà piquant des jardins du Conservatoire. Le jeune homme pince insensiblement ses lèvres, retenant sa réponse derrière le cloître serré de ses dents pour ne pas réagir trop vivement à la remarque. Être un ami proche de la sorcière de la Cabale ne dispense pas, et loin de là, de pouvoir s’écharper à tout moment sur l’une des épines aiguisées que sa langue administre à tout va. Mais Elikia est rompu à cet exercice. Une tension infime parcourt ses épaules mais il finit par sourire à la vieille femme en se composant un air de parfaite sympathie qu’il nuance avec son espièglerie habituelle :

« Je m’efforce de te ménager. Nous avons encore une longue route à faire ensemble et tu ne rajeunis pas.
Ah ! »

Elle s’exclame un peu brusquement et ouvre sur lui un regard presque menaçant, quoi qu’un brin amusé. Eli réprime un rire, ses fossettes frémissent. Elle secoue la tête et resserre affectueusement son bras autour du sien avec un soupir, tandis qu’ils poursuivent leur route sur le petit sentier propre qui les mène vers quelque recoin inexploré du parc. Tout à l’heure, elle a rabroué farouchement l’un des Prieurs qui escortent désormais son jeune protégé en toute circonstance et le malheureux Frère Joseph est depuis contraint de les suivre à vingt bons mètres de distance. Le Prince supportait de plus en plus difficilement que ces religieux en rouge empiètent à chaque instant sur son intimité, en particulier quand il s’agit d’échanger des confidences avec Bérénice. Il se demandait franchement si Hanae Ibihn ou Thalia Morlone subissaient le même traitement – et dans le cas de la première, il doutait qu’avec un pareil tempérament, la chose soit seulement possible – ou bien si le Premier Prieur avait décidé de le faire surveiller de près pendant les premiers mois de son accession au pouvoir. Compte tenu le nombre de menaces de mort qui avaient fleuri comme du chiendent dans sa boîte aux lettres au moment de son élection, cela n’était peut-être pas inutile, mais il avait aussi le désagréable pressentiment d’être espionné du matin au soir et du soir au matin.

Mais pour le moment, les deux conspirateurs sont assez éloignés des oreilles indiscrètes pour pouvoir discuter autant que nécessaire des sujets qui les inquiètent. Bérénice porte un châle turquoise noué dans ses cheveux blancs, et une robe dans les mêmes teintes qu’un jupon noir rend néanmoins plus austère. Elikia, quant à lui, a revêtu un costume vert bouteille, très sombre, en laine et en cachemire pour se prévenir du froid, ainsi qu’une large écharpe orangée dont les motifs représentent des vols d’oiseaux et dont le drapé lui recouvre élégamment l’épaule gauche, ainsi que son avant-bras.
Du bras droit, il tient Bérénice tout près de lui, tandis qu’elle vitupère encore d’un ton impatient :

« Si je t’ai cédé cette place de directeur, c’est précisément parce que tu peux galoper, jeune homme. Alors, galope ! Ne t’inquiète donc pas pour moi, j’ai une longueur d’avance sur toi depuis longtemps. » Elle roule ostensiblement des yeux. Puis, sa voix se fait plus basse et plus sensible, soudain. « Je te le répète, tu es trop lent… Et cela m’inquiète. Notamment pour ta propre sécurité. »

Un goût d’amertume roule sur la langue d’Elikia qui, à présent, s’obstine à fixer intensément le bout de ses chaussures pendant qu’ils avancent. Il sait bien que lorsque Bérénice lui reproche d’être « trop lent », ce n’est encore qu’une de ses formulations pointues dont elle use pour éperonner parfois sa fierté et l’exhorter à intensifier ses efforts.
Pourtant, « trop lent », c’est quand même un peu dur à encaisser. A près de vingt-six ans, il est déjà au sommet de la chaîne alimentaire dans cette Ville et évidemment il a encore bon nombre d’ennemis qui fomenteront jusqu’au bout pour le faire chuter, mais enfin, en devenant Prince tout récemment, il venait de s’octroyer quelques larges coups d’avance sur eux.
Et bon sang, il n’y a que deux ans qu’elle l’a initié à la Cabale – combien de temps cela prenait-il d’usage aux sorciers du Conservatoire pour faire les progrès qu’elle exigeait de lui dans les mois à venir ? Certains y dédiaient toute leur vie !

Son silence, bien sûr, interpelle Bérénice. Ils sont rares, les gens qu’elle ne veut pas nécessairement blesser, alors elle tapote avec bienveillance le bras de son élève.

« Tu te dis que c’est injuste, je sais bien. Tu es un garçon travailleur. Mais tes rivaux et tes ennemis n’auront cure de te récompenser pour ce mérite. Il faut obtenir des résultats, et vite.
Mais comment je suis seulement censé faire plus vite ?
lâche soudain Elikia, le ton un peu oppressé. Je comprends ce que tu me dis, mais je ne m’arrête pas de la journée, je ne m’arrête pas de la nuit. Parfois, j’ai l’impression de rêver tout ce qui m’arrive, c’est difficile à suivre, tout change sans cesse.
Tu cours trop de lièvres à la fois, voilà ton problème,
annonce-t-elle, très péremptoire. Fixe-toi des priorités, fais ce qu’il est nécessaire de faire, remplis pour de bon des objectifs. Tes exercices d’Empathie doivent toujours figurer en bonne place ! On ne peut pas se permettre de stagner en la matière. Pff. » Elle soupire, le nez retroussé d’irritation. « Craignez la redoutable magie du Conservatoire. Les Prieurs doivent pisser dans leur froc en rêvant chaque nuit du terrible Cesare Calabresi qui menace de les noyer sous des flots de peinture ! »

L’idée, étonnante, donne un coup de coude chatouilleur à l’imagination d’Elikia et il laisse échapper un petit rire surpris. Bérénice redresse la tête, moqueuse, et le garçon réprime encore un gloussement ou deux avant d’adopter un air faussement modéré.

« Je ne suis pas certain qu’il soit si urgent de faire souiller leurs draps aux Prieurs, tout de même… » Ses lèvres frémissent narquoisement. « Le Prince Egidio est assez bel homme et j’ai encore envie de profiter des quelques visions séduisantes qui me sont venues en l’imaginant au lit, si tu me le permets.
Bon… D’accord,
plaisante Bérénice, je te laisserai un peu de temps. Mais dépêche-toi de faire ce que tu as à faire avec lui, après tout, ce n’est pas le morceau le plus difficile. »

Il pouffe de nouveau, un peu soulagé, et hoche doucement la tête en faisant aller son regard vers un parterre d’iris violettes aux corolles élégantes, et de narcisses immaculés. La plupart éclosent frileusement, en profitant du redoux, et penchent leurs têtes languissantes en bordure de chemin comme pour saluer le passage des deux maîtres du Conservatoire. Ils tournent ensemble à un croisement, longeant la lisière violette et blanche du massif encore modeste, pour rejoindre un refuge isolé qu’ils connaissent bien et où ils s’offrent souvent une escale au cours de leurs longues promenades.
Mais sous le feuillage fin et brillant du sophora pleureur, la place est déjà occupée par une jeune fille aux épais cheveux noirs, qui s’empresse visiblement de ranger ses affaires, alertée par leur arrivée. Bérénice, toujours accrochée au bras d’Eli, esquisse une moue ennuyée et l’entraîne déjà derrière elle pour faire demi-tour.

« Allons bon, il semblerait qu’il faille trouver un autre banc pour reposer mes vieilles jambes. Ne vous dérangez pas, mon enfant, ce n’est pas grave.
Oh, mais ne serait-ce pas Mademoiselle Pichardo ? »


Un sourire illumine aussitôt le visage du jeune homme, tandis qu’il reconnaît le visage adolescent de la violoniste et danseuse qui a remporté haut la main sa bourse pour entrer au Conservatoire, quelques semaines auparavant. Elle avait été brillante en vérité – brillante, créative et audacieuse – et c’est une agréable surprise de la croiser aux confins de ces jardins, quoi qu’elle y recherchât plus que probablement la tranquillité.

« Navrés de venir vous déranger dans ce petit havre de solitude…
Mais nous vous laissons, très chère.
Un instant, Bérénice… »

Il résiste à la poigne de la vieille dame qui, quant à elle, ne fait pas l’effort de lui cacher sa contrariété, malgré l’affabilité de ses paroles. Elle claque sa langue contre son palais tandis qu’Elikia penche sa tête sur le côté en scrutant Zaïra depuis le milieu du sentier, avec une pointe d’inquiétude. Le nez de la jeune fille s’ourle sur un discret reniflement et ses cils battent pour chasser quelques larmes embarrassées de son regard rougi. Il reste interdit quelques secondes, tiraillé entre la pudeur qui lui recommande de la laisser en paix et son Empathie dont le murmure obsédant le pousse à lui proposer son aide.
Après tout, c’est son élève, il lui avait écrit en personne pour l’inviter à étudier dans cette Ecole. Or les cours de rattrapage où elle a dû s’engager après les auditions ne sont pas réputés non plus pour être une sinécure. Quelques-uns de ses professeurs s’étaient plaint à demi-mot, ces temps derniers, qu’ils la trouvaient distraite et peu appliquée. A dire vrai, il n’avait pas accordé beaucoup d’attention à ces doléances : le corps enseignant était depuis toujours d’une redoutable exigence en ces lieux, et il y avait goûté lui-même. Si vos positions de doigts sont seulement non-conventionnelles et s’il vous est difficile de les corriger dès les premiers jours d’exercice, vous tâterez rapidement du fouet de leurs règles.

Bérénice comprend assez aisément, en dévisageant les traits pensifs de son protégé, qu’ils ne reprendront par leur chemin de sitôt. Elle soupire, vaincue.

« Oh, si tu veux lui dire un mot, c’est d’accord, nous nous retrouverons un peu plus tard.
Merci, je veux bien. A tout à l’heure, dans ce cas.
Au plaisir, Mademoiselle. »

Elikia relâche galamment le bras de la vieille dame qui adresse un signe de tête poli mais décidé à Zaïra, avant de tourner les talons et de faire claquer les pans noirs de sa robe derrière son petit pas pressé. Observant son départ d’un air reconnaissant, les yeux plissés sous les rayons timides du soleil, le jeune homme croise ses bras dans son dos et gonfle ses poumons d’une bonne bouffée d’air frais. Le chant d’une alouette attire son attention, dans les ramures bourgeonnantes et délicatement feuillues de cet arbre exotique sous lequel la jeune violoniste avait trouvé refuge. La Saison du Renouveau approche et il contemple avec ravissement combien ces jardins regagneront bientôt leur splendeur ordinaire. Des pois de senteur égayent déjà le bas dégarni d’un haut buisson qui dissimule leur tranquille entrevue au regard d’autres promeneurs. Leurs pétales s’ouvrent encore craintivement, on dirait de fragiles papillons posés en bande entre les branches et frémissant à la moindre brise, mais leur couleur fuchsia est éclatante et ils répandent un parfum suave et musqué jusqu’au nez princier. Celui-ci se fronce, malgré les odeurs agréables qui lui viennent, et le garçon en frotte le bout glacé contre ses doigts, tout en se tournant enfin vers sa pauvre étudiante recroquevillée sur son banc.

Il lui sourit gentiment, avec toute la douceur dont il est capable, et s’approche d’elle d’un pas lent avant de s’asseoir à ses côtés dans un soupir paisible. Le bruissement d’une eau claire se fait entendre, camouflée derrière des feuillages. Il observe un court instant la jeune fille, dont les grands yeux bruns ont quelque difficulté à masquer leur détresse eux aussi, mais il a le tact de ne pas le lui faire remarquer immédiatement. A la place, il repousse sa large écharpe en cachemire un peu par-dessus son épaule et lance d’une voix basse et chantante :

« J’espère que vous ne trouverez pas ma présence trop inconvenante. » Nouveau sourire discret. C’est une façon de s’immiscer à ses côtés avec un minimum de courtoisie, quoi qu’il n’en a pas demandé l’autorisation. Croisant ses mains gantées sur ses genoux, il bouge encore lentement, de crainte de la brusquer, et murmure avec sympathie : « Mais il me plairait d’entendre un peu de vos nouvelles. »

Il doit hausser un peu la tête pour examiner les partitions griffonnées hasardeusement que Zaïra tient encore entre ses mains.

« Sur quoi travaillez-vous, si ce n’est pas indiscret ? »
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Zaïra Pichardo
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MessageSujet: Re: Like Diamonds in the sky   Lun 14 Mai - 19:03

Je me raidis ! Décidément je ne pourrai pas mettre ce jour parmi ceux qui resteront gravés dans ma mémoire comme les plus simples et les plus heureux ! Combien avais-je de chance que ce soit eux apparaissent entre les tiges souples qui flirtaient avec le sol et la brise printanière ? C’aurait pu être quelques étudiants, des amoureux, peut être même à la rigueur un professeur venu ma dire que non décidément, la dernière chance qui venait de m’être donnée était une cruauté visant à entretenir un espoir voué à s’éteindre et qu’il valait mieux que je rentre chez moi. Mais l’ancienne et le nouveau directeur de conservatoire ensemble là devant moi ?!!!

Je me sentais complètement ridicule et empruntée, d’autant si depuis les audition, j’avait idée que le Prince Compositeur pouvait se montrer accessible et pourquoi pas bienveillant, la réputation de sa prédécesseure n’était plus à faire en matière de sècheresse acide et d’esclandre caustique. En les reconnaissant, j’aurais donné beaucoup pour me trouver ailleurs. Pour l’heure, ils avaient l’air de vivre un instant de complicité, mais je craignais que leur présence ici ne soit pas l’effet du hasard. La nouvelle de ma déconvenue du matin était-elle déjà arrivée à leurs oreilles ? Mais non ce ne pouvait pas être ça. En quoi une petite étudiante comme moi pouvait-elle motiver la présence ici de deux des plus grands personnages du conservatoire et même de la cité ? Cette dernière pensée ma rassura un peu et de toute façon, je n’avais pas d’autre choix que faire face en espérant qu’ils passeraient leur chemin. Machinalement je passai ma main sur ma tempe pour finir d’y essuyer toute trace d’humidité et redonner un peu de fierté à mon allure quoique, sans parler de fierté, un minimum de dignité ferait l’affaire.

A la première remarque de la vieille femme, il ne fit aucun doute que ma présence n’était pas prévue et je me sentis soulagée en partie même si susciter le désappointement de Dame Arbogast n’était jamais bon. Elle passait pour avoir des dons d’une puissance inégalée et un mauvais caractère à l’avenant. J’allais pour céder la place, mais le geste aussi désinvolte que dépité de l’ancienne directrice me cloua sur place d’autorité. Je tentai de bredouiller une excuse mais ce qui sortit de ma bouche ne s’apparentait même pas à un embryon de langage. Je me sentis rougir de honte sous ma peau torréfiée.

Je sursautai en entendant mon nom. Etre reconnue ajouta instantanément ç la gêne qui était déjà la mienne. Que n’étais-je pas petite souris pour disparaître entre les racine de cet arbre multi centenaire ! Lui au moins ne craignait pas les réprimande des professeurs et le petit rongeur n’aurait même pas été remarqué. Elikia Lutyens avait beau avoir le sourire j’étais tout sauf fréquentable ces derniers temps et indigne de recevoir son regard et je ne devais m’attendre à rien d’autre qu’à des échos sur mon incompétence dont m’avait déjà parlé le professeur de violon. Seul un léger cassé de nuque raidie de stress répondit à cette interrogation.

Je parvis tout de même à lever la main en signe de soumission avant de faire mine de céder la place. C’était pour moi un moyen de fuir ; Je n’avais qu’une idée en tête, mettre e plus de distance possible entre moi et les deux hautes personnalités qui se tenaient devant moi et devaient se demander comment ils allaient me manger. Mais Bérénice Arbogast ne semblait pas être là pour ça et un peu de soulagement me détendit un peu le dos. Ils allaient eux-même prendre la tengente et j’en étais fort aise. Mais il serait dit que cette entrée en matière allait être pour moi, une succession de douches sigvariennes. Le Prince ne semble pas décidé à partir et pour la deuxième fois fait fondre mes espoirs de me retrouver seule.
Tant bien que mal je tente de lui rendre son sourire alors que sens son regard me détailler avec insistance. C’est comme si ses yeux me mettaient à nue et mon malaise ne fit que croitre. Je détournai mon regard vers un massif qui pouvait accrocher mon regard un peu perdu. Pourquoi la vieille n’insista-t-elle pas plus ? Elle avait la réputation d’être plus pugnace que cela ou alors elle avait trouvé son maître en la personne de son successeur ou bien encore, ma présence la répugnait-elle assez pour abandonner le terrain et son compagnon de promenade.

Je serre les mâchoires de rage. Je ne supporte pas d’être scrutée de la sorte et j’ai l’impression de subir une bordée d’injure alors même que la différence de statut m’imposait, mais pour combien de temps, de ne pas manifester. S’il avait des récriminations à lui communiquer, qu’il le fasse. Il n’avait pas besoin de prendre le malin plaisir du chat qui joue avec la souris avant d’en faire son ordinaire.
Ma seule consolation fut de voir s’éloigner la sculptrice après son salut sec que je lui rendis la plus aimablement possible. Ce ferait une personne de moins à affronter. Je n’étais même pas certaine de pouvoir tenir tête à Elikia Lutyens alors les deux réunis…

Je profitai que le chat fasse mine de s’intéresser à la nature et aux petits oiseaux pour tenter de me redonner contenance ne serait-ce qu’en passant une dernière fois le revers la main sur mes cils, histoire de tenter de les décoller et de ne pas laisser le chagrin avouer sa présence au fond de mes entrailles. Je sentis mon regard s’assombrir et ma bouche se fit plus boudeuse. Je fourbissais mes armes pour lutter autant que possible contre les reproches qui ne manqueraient pas de m’arriver. Mes doigts se crispent un peu sur mes papiers, pas encore retournés dans mon sac, en même temps que mon pouce fait mine de s’empaler nerveusement sur la pointe de mon crayon. Je tournai enfin le visage vers lui et son sourire me pétrifia.

Ce n’était pas le sourire d’un chasseur, d’un carnassier en quête d’une proie facie mais plutôt le sourire de la compassion. Etait-ce une manœuvre ? Je ne pouvais pas imaginer qu’il puisse adopter une attitude positive à mon égard et pourtant… Je le regardai s’approcher du banc et s’asseoir à côté de moi alors que je me décalai à l’opposé pour lui laisser toute la place que son rang méritait et me permettre de garder une certaine distance.

Alors qu’il prend la parole, je ne peux m’empêcher de croiser son regard. Je me demande si ce n’est pas trop impoli mais son entrée en matière ma parait tellement cousu de fil blanc ! Je me demande ce qu’il espère que je lui réponde. Prendre de mes nouvelles ! Je suis certaines qu’il a toutes celles qu’il lui faut et qu’elles ne sont pas à mon avantage. Malgré mi je sens des répliques agressives monter à mes lèvres. Si je dois être renvoyée du conservatoire, je ne le ferai pas sans combattre et je préfère cette nouvelle combattivité à l’abattement contre lequel j’avais abdiqué quelques minutes auparavant.

Je suis son regard jusqu’au brouillons de partition qui devraient bien vite rejoindre l’obscurité de ma besace. Je hausse les épaules malgré moi.

« Une marche fun’… Heu… Une danse… »


Je crains qu’il ne me demande de lui montrer ce pauvre premier jet qui ne parvient pas à me contenter et ne fera pas mieux face aux yeux experts du directeur du Conservatoire.

« Mais pour le moment ce n’est tout au plus qu’une rythmique pataude… »

Il est temps que tout cela disparaisse et je glisse le tout, un peu en vrac dans ma sacoche.

Je me demande si je dois attaquer la première : « Quel est le professeur qui se plaint le plus de moi ? », mais je me retiens en me disant que la répartie acide de Mathé a fini par déteindre sur moi. Je regarde devant moi mais guette dans ma vision marginale les mouvements et les expressions d’. Elikia Lutyens. Je me demande quand il va se décider à entrer dans le vif du sujet et pince mes lèvres entre mes dents pour prendre patience et chasser la nouvelle gêne qui monte en moi. Finalement je n’y tiens plus et sans le regarder d’avantage je lâche une stupidité sensée sans doute faire diversion ou meubler un silence trop pensant.

« Elle avait l’air fâché. »
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Elikia Lutyens
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MessageSujet: Re: Like Diamonds in the sky   Aujourd'hui à 11:44

La pauvre Zaïra s’est tendue comme un arc dès l’instant où il s’est assis à ses côtés, sa nervosité est presque palpable et la raison en est simple – en tout cas, absolument transparente aux yeux du jeune directeur. Il regrettait avec nostalgie ses premières années d’enseignement où il pouvait encore discuter avec ses élèves sans se soucier de la distance qu’il avait creusée entre eux en acceptant la chaire de Premier Maître, et celle de Prince désormais. La communication qu’il s’efforçait de garder avec eux se complexifiait inutilement, comme s’il venait de passer d’un autre bord, obscur et inaccessible. Et pendant ce temps, les élites parlent avec complaisance de la formidable mixité sociale d’Excelsa. C’est qu’en réalité, il y a peu de Zaïra qui foulent le pavé du centre historique pour qu’on sache si bien ignorer leurs mines méfiantes, mal-assurées et craintives. Elle n’appartiendra jamais au même milieu que ces gens qui ont toujours été là chez eux, et malgré ses talents d’acteur, Elikia non plus, il en a bien conscience.
Mais cela, la nouvelle étudiante l’ignore et il faudra gagner sa confiance, comme à tant d’autres que sa seule réputation n’a pas suffi à convaincre.

Il la laisse ranger ses affaires sans se risquer au moindre commentaire. Bien sûr, il ne peut pas dissimuler l’étincelle de curiosité qui traverse son regard, au moment où la violoniste lui en dérobe sa partition. Il avait été le premier informé, pendant son audition, qu’elle était capable de plus de sensibilité et d’ingéniosité esthétiques que bon nombre de ses collègues, lesquelles ne doivent souvent leur entrée au Conservatoire qu’au compte en banque obèse de leurs parents. C’est peut-être l’humilité qui lui prête des mots si sévères concernant son travail, ou peut-être bien que sa créativité n’est effectivement pas au rendez-vous. Elle fait défaut parfois même aux meilleurs : on compose rarement de danses mémorables des larmes plein les yeux. Quoi qu’il en soit, la jeune fille paraît suffisamment mal à l’aise pour l’instant, ce n’est pas la peine d’insister.
Elikia se contente de sourire distraitement à sa remarque quant au départ brusque de Bérénice, et lève le nez pour humer l’air, les mains toujours croisées sur ses genoux, sages et immobiles.

« Oh, s’il fallait s’inquiéter de ça… Maître Arbogast a toujours l’air fâché. » Il lui glisse un petit coup d’œil complice et des traits de renard viennent furtivement onduler sur l’expression courtoise de son visage. « Mais n’allez pas le lui répéter, d’accord ? »

Il pose doucement son index ganté contre sa propre bouche pour inviter Zaïra à garder cette légère plaisanterie secrète. Puis, tournant de nouveau son attention vers le délicat parterre de fleurs qui froufroutent presque à leurs pieds, il prend une profonde inspiration et non sans calcul, il se résout à lui faire une confidence subtile, mais néanmoins intime :

« On ne cesse jamais d’être l’élève de quelqu’un. Elle ne se satisfait pas de mes avancées, elle me trouve trop lent, avoue-t-il, sans arabesque. Les professeurs sont exigeants ici. Cela ne remet pas en cause votre valeur ou vos talents, mais bien sûr, il est difficile de ne pas se laisser atteindre par certaines de leurs remarques et il leur arrive d’être blessants. »

Il plisse des lèvres, ennuyé par cette triste constatation, et lisse du bout des doigts une manche de son costume. Pour avoir reçu ses premières leçons de violon ici, au Conservatoire, probablement avec les mêmes professeurs que la jeune fille, il sait précisément de quoi il parle. C’est un instrument impitoyable, le violon, intransigeant, affreusement technique, jaloux et exclusif. Il réclame chaque jour de longues heures d’entraînement, entièrement dédiées à se saigner les doigts sur ses cordes et son archet pour en tirer autre chose que de longues plaintes stridentes. Comment Zaïra était parvenue à un tel niveau de maîtrise, en grandissant dans une famille de pêcheurs, cela reste un mystère très intriguant à ses yeux.

Toutefois, comme elle n’a apparemment vu en sa première question qu’une quelconque formule de politesse, Elikia s’affaire à la présenter d’un ton plus direct :

« J’espère malgré tout que vous vous plaisez ici. Que pensez-vous des cours de rattrapage ? Je crains toujours que le corps enseignant ne place la barre un peu haut en ces occasions. En fait, je suppose qu’il leur faudra encore quelques années pour adapter leur pédagogie à ces nouvelles classes… Mais faire preuve de patience avant d’obtenir satisfaction, c’est un privilège dont vous ne disposez pas, contrairement à moi. »

Il lui destine un autre regard de bienveillance, cherchant à discerner le relief affligé de son visage sous l’épaisseur de ses cheveux bouffants.

« Dites-moi honnêtement votre pensée. S’il y a des problèmes urgents à résoudre, je préfère en être averti. »
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