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 Un Artiste qui aime jouer à Shah [PW Maï]

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Alexander Shah
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MessageSujet: Un Artiste qui aime jouer à Shah [PW Maï]   Mer 25 Avr - 18:19

Le calme nocturne était un véritable havre de paix pour Alexander. 20h, le crépuscule embrasait le ciel d'Excelsa pour encore quelques minutes, tandis que le jeune mercenaire se prélassait sur son lit. Une légère chemise blanche couvrait son torse, tandis qu'il lisait un recueil de poèmes aux thèmes variés. Il avait été rédigé par un ancien maître du Conservatoire.

Quant au rêve d'être un solitaire, je l'ai refait toutes les fois que j'ai cru sentir que la vie était foncièrement mauvaise : c'est dire que je l'ai fait chaque jour.


Alexander referma l'ouvrage. La vie était-elle foncièrement mauvaise ? Il ne pouvait pas vraiment dire ça. Fils de Prince, élevé avec une cuillère d'argent dans la bouche, il avait toujours eu le loisir et la liberté de décider de ses mouvements. Malgré tout, à défaut d'être mauvaise, la vie du jeune Shah était d'un ennui profond. Lorsqu'il quittait la résidence Shah, ce n'était que pour rencontrer des hommes et des femmes tous vêtus de masques, pour assister à des réceptions futiles et des discours hypocrites. Quatre Princes, quarante palais et quatre cent couteaux. Les hauteurs sociales de la Ville étaient le royaume d'une décadence à laquelle Alexander ne voulait plus appartenir.

Alors dans un premier temps, il l'avait quitté. Ce fut si simple, il n'avait eu qu'à refuser les invitations, à ne pas donner suite... à tourner le dos. S'adonner librement à la pratique de son art, retrouver le calme alors que sa famille se trouvait au cœur de la tempête. Aussi dure avait été la perte de Denvis Shah, il restait du positif dans le tourbillon de noirceur. L'influence qu'avait immanquablement perdu son nom, à l'élection d'Elikia Lutyens, redonnait un peu plus de calme à certaines soirées du petit-fils de l'ancien Prince Industriel.

Malgré tout, restait encore sa soeur, Amélia. Cette dernière, contrairement au jeune homme, se nourrissait du jeu politique et en redemandait toujours. Le trône du Prince Compositeur, elle le voulait plus que tout. Jours et nuits, elle fomentait des stratagèmes, nouait des alliances, discutait politique avec ses conseillers. Elle arpentait les soirées mondaines à la recherche de nouveaux soutiens. Manipulatrice, maligne, belle et intelligente... aucun doute, Amélia Shah aurait fait une Princesse parfaite. Mais son agitation constante fatiguait Alexander, désormais privé de repos dans sa propre maison.

Alors il avait de nouveau fallut s'éloigner. Il n'avait guère fallut longtemps au mercenaire pour trouver sa voie. Le Grand Machiniste cherchait un protecteur, il fut sa lame. Sous le masque de L'As, Alexander jouissait d'une liberté différente de celle à laquelle il s'était accoutumé. Sans réel but politique, bien que les croyances de son mécène lui semblaient parfois idylliques, le jeune Shah était devenu un Artiste. Sous son propre masque se révélait sa vraie personnalité : celle d'un bretteur en quête de duels. Au bout de sa lame trônait un pouvoir d'un autre genre. Donner la mort aux bonnes personnes, ou viser au hasard, et observer les conséquences. Voilà un jeu politique auquel L'As voulait bien participer.

Malheureusement, ses missions auprès d'Incus ne se cantonnaient qu'à la bête protection. Et les plans du Grand Machiniste ne l'exposait pas encore à un danger de tous les instants. Loin de ses rêves et de ses objectifs, Alexander sentait les griffes de l'ennui caresser à nouveau ses épaules. Alors il avait chercher de nouvelles pistes. Du temps, beaucoup de temps investi pour trouver le candidat parfait. Celui qui saurait lui offrir le frisson d'adrénaline qu'il recherche. Le monde des Oisillons était vaste, mais il avait finit par trouver la perle rare. Maï, chef de gang. Elle avait le potentiel pour être celle qu'il cherchait. Il lui avait fallu énormément de temps pour identifier sa demeure, dans le district de la Borée. De l'extérieur, l'opulence inhérente à un Oisillon en vue n'est clairement pas de mise, mais ce n'est sans doute qu'une façade. Des rideaux de soies et des colonnes de marbre seraient sans doute mal vues dans son quartier.

Il fallait soigner la première impression. C'était primordial. Toujours dans sa chambre, Alexander laissa tomber sa chemise au sol, pour se diriger vers sa penderie. Derrière ses costumes et tout ces vêtements qu'il ne mettait quasiment plus, il trouva ce qu'il cherchait. Des bottes montant jusqu'à ses tibias, cachées par un ample pantalon noir. Un haut qui n'entravait pas ses mouvements, et une veste à capuche ample. C'était l'attirail classique de l'As. Restait désormais à choisir la pièce maîtresse : le masque. Alexander en possédait des dizaines, qu'il passa minutieusement en revue. Il hésita longuement, mais son choix se porta sur la sobriété. Un masque entièrement blanc, hormis quelques dessins stylisés, noirs, autour de l’œil gauche. Il le déposa délicatement sur son visage, avant de se munir de son fleuret de mercenaire. Il ne pouvait pas décemment se promener dans cet accoutrement avec sa lame sertie de pierre précieuse et marquée de ses initiales ! Alors il avait fait l'acquisition d'un nouveau fleuret. D'aspect moins riche, il n'en conservait pas moins une véritable prestance. La coque, fine, était encore quasiment immaculée. La lame, triangulaire, avait été parfaitement poncée. La garde, enfin, était constituée d'une peu commune poignée droite, ainsi que de deux tiges métalliques, directement reliées à la coque, et qui offraient une plus grande amplitude à la parade. Contrairement à la coutume des gentilshommes, Alexander ne noua pas sa lame à sa ceinture. Un harnais prévu à cet effet attendait le fleuret sur son épaule droite. Avec un seul point de fixation, il suffisait au jeune Shah d'effectuer un subtil mouvement de balancier pour que son arme glisse directement dans sa main.

Le masque:
 

La nuit était désormais là. Il était temps. Sorti par la fenêtre de sa chambre, avec une discrétion forgée par des années de pratique, Alexander prit la direction de la Borée par les toits. Telle une ombre, il lui fallut toutefois une bonne heure pour rejoindre son but. Il n'était pas pressé, et les étoiles dans le ciel d'Excelsa appelaient à certaines pauses contemplatives dont l'As ne s'était pas privé. Finalement, c'était par une petite fenêtre dérobée que le jeune Shah c'était introduit dans la demeure de l'Oisillon. Maï gardait-elle des hommes stationnés chez elle toute la nuit ? En tout cas, personne ne gardait sa porte. La pièce dans laquelle il se trouvait était un petit bureau, assez exiguë. En cas de visiteur qui ne serait pas celui souhaité, son fleuret était un peu long pour être efficace. Fort heureusement, dans la doublure de la veste d'Alexander était dissimulé un court poignard. S'il n'était pas aussi à l'aise avec ce genre d'armes, qu'il qualifiait de "lame de pleutre", l'élément de surprise devrait jouer en sa faveur.

Forcément, personne ne semblait l'avoir entendu arriver. Il fallait provoquer la rencontre, sans quoi la totalité de la visite du jeune homme aurait été obsolète. D'un coup sec, Alexander frappa le bureau du plat de la main. Un bruit suspect, bien évidemment, qui ne manquerait pas d'attirer l'attention. Si Maï elle-même daignait se montrer, la discussion pourrait commencer. Si un sbire faisait son entrée... et bien, L'As pourrait à la fois s'échauffer et en quelques sortes prouver sa valeur...
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Maï
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MessageSujet: Re: Un Artiste qui aime jouer à Shah [PW Maï]   Lun 13 Aoû - 0:52

Mais quelle soirée de merde… c’est terrible quand les bordels s’accumulent comment ça et vous pètent d’un coup sec sur le coin de la gueule, sans prévenir… Déjà, la journée avait plutôt mal commencé, mais là, on atteint de sacrés sommets, je suis obligée de l’admettre. Déjà, dès le début, ça partait mal. En fin d’après-midi, j’ai reçu la visite d’un type qui me cherchait, et qui avait eu des renseignements par un client à moi. Déjà j’apprécie moyennement qu’on donne des infos sur moi, mais comme en plus le type voulait me voir pour me buter, et même pas pour des histoires de fric, ça m’a tout de suite mise de mauvaise humeur. J’ai horreur des types qui veulent me tuer… d’abord c’est pas bon pour ma réputation, parce qu’au plus il en vient, au plus il en viendra, ne serait-ce que pour le challenge, ensuite parce qu’un mec qui vient pour me tuer, ben ça fait tâche, c’est pas super pro quand même. J’avais un client avec moi, il est parti avant même qu’on ait fini de parler des termes de son contrat. Heureusement que j’avais eu la brillante idée de le forcer à signer avant, sinon j’aurais perdu un client en prime.

Enfin bref. Dans tous les cas, quand un type vient pour me tuer, faut qu’il serve d’exemple. Je suis pas une combattante qui aime taillader les chairs de son prochain, c’est pas comme ça que je me suis imposée dans le milieu… enfin si, deux fois… mais c’était pas vraiment fait exprès ! Donc non, je n’accepte pas les défis. Et si l’intrus insiste, ben quelqu’un d’autre le bute pour moi. Ben oui quoi, à quoi ça sert d’avoir des hommes de main si je dois me les salir moi-même hein ? Je ne fais pas partie de ces petites natures qui tombent dans les pommes dès qu’elles voient une goutte de sang, mais ça veut pas dire pour autant que j’aime en avoir plein les mains. C’est chiant à faire partir, surtout si ça a le temps de sécher un peu. Et puis ça pue, ça sent le vieux métal chaud… c’est une odeur qui soulève un peu le cœur quand y’en a beaucoup… et quand on fait un exemple, y’en a toujours beaucoup.

Donc déjà, j’ai dû m’occuper d’organiser la fin de vie de ce monsieur. C’est pas forcément le truc que je préfère faire au monde. Ensuite il a fallu que j’aille chercher mon client jusqu’à chez-lui pour qu’on finisse notre petite conversation sur la table de sa cuisine. Sa femme et son fils m’ont fait des petits gâteaux pour aller avec mon thé, et j’ai dû faire semblant de les trouver très bons. C’est triste quand même de voir ce que certaines personnes peuvent faire avec des ingrédients qui, à la base, ont l’air comestibles… Et ça a pris des HEURES ! Ils ont tenu à m’inviter à leur table pour le dîner… super… j’ai fini par accepter pour leur faire plaisir… et c’était pas une bonne idée.

La bouffe était aussi dégueulasse que les petits gâteaux, j’ai cru que j’allais vomir. C’est pas facile de rester polie dans ce genre de situation, mais j’ai tenu bon ! Les bonnes manières ont vaincu !

Après ça je suis rentrée. J’ai voulu aller jeter un œil à l’opération « Adieu la Vie » de mon challenger. Du coup je suis descendue à la cave, tranquillement, sans me poser de question… et j’ai glissé. Bêtement. Il y avait tellement de sang par terre que je me suis rétamée comme une grosse merde bien liquide… j’en ai PARTOUT. J’ai du sang sur mes fringues, dans les cheveux, sur la joue droite… on dirait que je viens de lacérer quelqu’un à mort en jubilant et en éclatant d’un rire démoniaque tout en continuant à le trouer dans tous les sens alors qu’il est déjà mort…

Du coup j’ai passé quinze bonnes minutes à engueuler mes hommes pour rien, après tout ça n’est pas vraiment de leur faute, ils se sont contentés de m’obéir, mais bon tant pis. Fallait que ça sorte, c’est tombé sur eux… de toute façon ils ont l’habitude. A un moment, pendant que je remontais l’escalier de la cave, toujours lancée dans une tirade pleine de haine et de menaces en l’air, j’ai entendu un claquement. J’ai fait silence pendant un instant, mais comme ça n’a pas eu l’air d’affoler plus que ça les hommes postés à l’étage, j’ai continué de cracher ma frustration un moment, et puis je suis remontée en claquant la porte. J’ai même pas vérifié si le type était mort finalement… tant pis. De toute façon, même s’il ne l’est pas, ça va pas tarder. J’ai une bonne quantité de son fluide vital sur moi qui le prouve. Beurk.

Du coup, je retourne ENFIN dans mon bureau. Là-bas j’ai de quoi me changer, et quelqu’un m’apportera de quoi me laver le visage. Je sors mon flingue de ma ceinture pour m’assurer qu’il n’a pas été endommagé par ma chute, et j’ouvre la porte.

Et il y a déjà quelqu’un qui est là. J’avoue… j’ai sursauté. Je ne m’y attendais pas du tout. Je reprends rapidement une contenance en braquant mon révolver sur l’intrus.


- C’est un peu tard pour venir sans rendez-vous…

Putain fait chier ! Nuit de merde !!! Je veux juste rentrer chez moi, compter mon pognon et dormir dedans ! C’est trop demandé ?
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Un Artiste qui aime jouer à Shah [PW Maï]   Lun 13 Aoû - 1:27

Ce n'était pas vraiment comme ça qu'il avait envisagé sa première rencontre avec Maï. Vu l'heure, il s'était attendu à la voir débarquer en pyjama, quelque chose du genre. Pas à moitié endormie, quand on menait ce genre de vie on ne dormait jamais vraiment sur ses deux oreilles. Mais pour le coup, il ne s'attendait pas à voir débarquer la jeune femme couverte de sang, un revolver à la main. En tout cas, ça donnait bien le ton concernant ce dont elle était capable.

Elle sursauta. L'As avait avisé le pistolet et amorcé un pas de recul. Il valait mieux ne pas trop déconner avec ces jouets là. Une seule balle et c'était terminé. Il avait beau porter un masque, ça ne le sauverait pas du tout. Et évidemment, ce n'était pas dans ses projets du soir d'assassiner la célèbre Maï.

Après la surprise vient la réaction, défensive. Elle braque le revolver sur le mercenaire. Ce dernier n'hésita pas et se jette à couvert derrière le bureau. Ce n'est ni avec un fleuret, ni avec un petit poignard qu'il arrêtera les balles. Son avantage par contre, c'est que ces machins chauffent vite. Un ou deux coups, et ils deviennent inutilisables.

Je vis la nuit. Se justifia-t-il d'une voix calme. J'ai pas trouvé la secrétaire pour prendre un ticket.

Forcément, à minuit passé, il ne devait pas rester grand monde sur le pont. Mais ce n'était pas important. Maintenant qu'Alexander avait attiré la chef de gang à lui, il allait devoir apaiser un peu la tension, afin de procéder à une discussion posée.

Loin de moi l'envie de vous dire ce que vous devez faire, mais je tirerais pas si j'étais vous. Vous réveilleriez toute la rue, en plus d'abîmer votre joli bureau. C'est du bois vernis ?

L'As avait fait ses devoirs. Maï officiait dans à peu près tout ce qui touchait à l'argent. C'était son leitmotiv principal, unique peut-être. Certains disait qu'elle était prête à tout pour amasser les ducats, y compris vendre son corps. Mais ce genre de rumeur, Alexander n'y faisait pas attention. Après tout, les mêmes circulaient sur sa sœur, et à sa connaissance, elles étaient complètement infondées.

J'viens pas causer de problèmes. Au contraire, j'viens pour les régler.

Même devant une illustre inconnu, qui n'avait jamais croisé la route d'Alexander Shah, c'était important de garder le personnage. La contraction des mots, le ton étouffé du masque, la manière de prononcer les phrases, il valait mieux laisser l'impression de ne pas venir des beaux quartiers. Simple question de brouiller les pites en toutes circonstances.

C'est pas super pratique de discuter comme ça. C'que j'vous propose, c'est que je vais lever les mains, bien en vues et désarmées. Et vous, z'allez pas tirer dessus.

Lentement, L'As s'exécuta, ses mains gantées passant par dessus le bureau. Il les fit tourner légèrement, de manière à montrer d'abord le dos, puis la paume, et prouver qu'il n'était pas en mesure d'être dangereux à la seconde où il sortirait de sa couverture.

Maintenant, j'vais me redresser et vous faire face. J'ai un fleuret dans l'dos, faites pas gaffe. Si possible, j'aimerais qu'on reste civilisés.

Et tout aussi lentement, Alexander pivota sur ses talons et se redressa. D'abord il risqua un œil, histoire de constater si oui ou non, Maï avait toujours son revolver pointé sur lui. A partir du moment où il constata qu'il était encore vivant, il se releva totalement. Il avisa la silhouette de la jeune femme, couverte de sang.

J'pensais pas que cette semaine du mois pouvait être aussi violente...

C'était exceptionnellement raffiné, ça. Alexander se dégoûtait un peu d'oser sortir de telles phrases... mais le personnage. C'était important de garder le personnage.
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