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 Les graines d'un avenir [Otton]

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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 27 Mar - 13:00

Les murs du Fort dominent le quartier Prioral, tant vestiges de ce qui fut que témoins de ce qui est. Fiers, ils se dressent au dessus d'une cité bâtie sur le sang et la sueur d'innombrables anonymes qui n'eurent souvent en commun que la vénération de ce que protègent ces fortifications. Tels d'éternels observateurs, ils projettent leur regard dans toutes les directions, embrassant tant l'horizon par dessus l'Océan que les bras de métal bordant le fleuve Cogwell, pour les plus proches d'entre eux. Leur ombre flue et reflue au rythme du soleil, paresseuse à l'aube, timide au zénith et possessive au crépuscule, elle aussi se targue de rester indomptée.

Et ses portes sont ouvertes.

Bien peu, pourtant, oseraient s'aventurer en ce lieu tant historique que sacré sans une excellente raison. Siège d'une élite ecclésiastique, juridique et militaire, le Fort grouille comme une ruche des abeilles les plus efficaces qui soient. Leur Reine n'est autre que la Cité, et leur zèle ne saurait-être réduit à de la simple conviction, ni dévalué en un fanatisme irréfléchi. Des êtres tant respectés que craints par ceux-mêmes qu'ils ont juré de défendre – en bons représentants de la justice et de l'ordre – les Prieurs d'Excelsa.

Ces murs et ces noms étaient tout ce que Maeva avait en tête lorsqu'on l'avait invitée pour la première fois à siéger parmi les Prieurs pour une réunion visant à faire le point sur la sécurité d'Excelsa. Entourée de figures aussi strictes que la sienne, souvent plus âgées alors, elle s'était demandée ce qui faisait des Prieurs ce qu'ils étaient. Elle avait cherché leur caractère unique dans leur regard, dans leur posture et dans leur voix, et avait fini par comprendre que la crainte des Excelsiens vis-à-vis de leurs Prieurs était totalement infondée. Ce qui les différenciait des quidams se résumait en la puissance de leur conviction, et la volonté de mettre leur vie au service de la Cité, inconditionnellement. Alors, elle ne s'abaissa plus à les craindre, mais s'éleva au contraire à les respecter et, jusqu'à un certain point, les imiter.

Les années s'écoulant amènent l'instant présent, où l'Amirale siège avec des personnalités dont le nom marquera les livres d'histoire du monde entier. Parmi l'assemblée, elle-seule se distingue physiquement de ses pairs. Habituée d'être la seule rose immaculée dans le bouquet écarlate qui compose toujours ces réunions de routine, elle porte son éternel uniforme blanc paré de dorures. Les prieurs et le Maître Artificier – seul civil autorisé à ces réunions de routine – arborent quant à eux des teintes allant du carmin au cramoisi, s'arrêtant parfois dans des touches subrepticement plus vermeilles. À la tête de cette tablée siège le Premier Prieur.

La réunion est bien rodée, tant par l'expérience de tous ses acteurs que par la discipline de chacun de ses membres. Les rapports s'enchaînent, clairs quoique concis, et sont discutés sur des détails importants par quiconque voit l'intérêt d'une question. Ignorante de l'état de l'ordre public sur la terre ferme, l'Amirale profite comme à l'accoutumée de ces réunions pour mettre à jour son point de vue sur la situation. Excelsa prospère grâce à l'interdépendance de ses facteurs, si l'Océan n'est pas gardé, la Cité sera en danger, mais si la Cité elle-même subit une agitation trop importante, la Flotte en pâtira également. Consciente de cet état de fait, elle prend soin d'écouter soigneusement les détails de chaque quartier et l'évolution des situations présentées, ce malgré la concision de son propre rapport, témoin d'une situation stagnante sur l'Océan.

Son tour de parole est bref, elle statue d'activités illégales réprimées, d'un réseau de contrebande maritime démantelé et de navires temporairement indisponibles pour cause de réparations à effectuer pour des raisons diverses. Imperturbable malgré le grattement de papier qui accompagne chacun de ses mots, Maeva répond à chaque question en plantant son regard doré dans celui de ses interlocuteurs. Des notes soigneusement rédigées s'étalent sous ses mains, qu'elle n'observe que pour l'exactitude de nombres à donner. Son tour de parole est terminé, elle se tait à nouveau.

Les portes de la salle s'ouvrent, signe que la réunion est terminée. Les acteurs saluent le Premier Prieur avant de sortir de la salle par petits groupes et se disperser, comme les pétales du bouquet s'épandant à la force du vent.  La pièce est bientôt désertée de la majorité de ses membres, et la femme en blanc elle-même a franchi le seuil, elle n'a pourtant pas salué le Prince. Face à la salle, elle apostrophe l'un des secrétaires chargés de prendre en note cette réunion en lui remettant les quelques feuilles qui l'avaient accompagnée au sein de l'antre des Prieurs.


– J'ai oublié de mentionner le taux de piraterie stagnant près des eaux territoriales de Florès, une étourderie, mais je vous laisse ces rapports dans le doute d'en avoir commis d'autres. Veillez à ce que nos notes correspondent, je serais confuse de vous avoir induit en erreur.

Si ses propos font croire à une excuse, son ton de voix reste à la hauteur de ceux de son uniforme. Après un bref échange de regard, l'Amirale fait volte et laisse la cadence de son pas s'accorder au rythme militaire qu'elle connaît si bien. Franchissant à nouveau la porte, elle se dirige vers le Premier Prieur. Ses pupilles dorées le fixent avec toute l'intensité qu'on leur connaît, laissant transparaître sa résolution. Les rapports des précédentes réunions, mêlées aux récents changements politiques, ont fini de peaufiner l'argumentaire que Maeva souhaite présenter à Otton. Voilà des années qu'elle est ébranlée par l'agitation croissante sur terre et en mer, et par la stagnation qu'elle voit s'insinuer peu à peu dans la Ville. Si les eaux dormantes doivent leurs propriétés nuisibles à leur état…

Alors, il est temps de jeter un pavé dans la mare.


– Votre Altesse…

Son dos se dresse en même temps que sa tête alors que ses jambes, dictées par l'automatisme de la répétition, s'écartent légèrement. Les épaules de la trentenaire s'écartent  tandis que ses mains se croisent dans le bas de son dos, complétant la posture d'attente, d'observation et, occasionnellement, d'autorité, de l'Amirale. Ainsi figée, la cadette des O'Fell reprend la parole.

– J'aimerais m'entretenir avec vous.
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 27 Mar - 14:42

La Ville n'était pas un champ de bataille sur lequel on puisse se contenter de hurler des ordres et espérer que tout se déroulera bien à partir de là. C'était une entité bien trop subtile et en constante évolution. La situation changeait d'un soir à l'autre et il suffisait d'une course d'aviron improvisée sur le fleuve, une soirée spéciale dans un bar de Domus ou tout autre événement sortant un minimum de l'ordinaire pour servir de grain de sable à la marche bien huilée des affaires.

Le Prieuré était très loin de cette ancienne époque où il était possible de connaître chaque habitant personnellement et placer un prieur à chaque coin de rue. Aujourd'hui, il y avait trop de rues, trop de bars et trop d'habitants à protéger pour se passer d'une structure. D'où les réunions. Les doyens des casernes, les vétérans de différentes sections, un percepteur d'impôts de la Maison des Navigateurs, accompagné de deux miliciens, et, bien entendu Maeva O'Fell, maîtresse des forces navales assurant la sécurité de la frontière la plus importante de la Ville.

Otton mémorisa l'essentiel, il relira le rapport par la suite, en cas de besoin. La prise de notes, lisibles, cohérentes et rapides, dépassait ses capacités d'écriture mais sa mémoire ne lui faisant pas encore défaut, il préférait écouter attentivement plutôt que de faire semblant de noter. Une fois la réunion terminée, le Premier Prieur se pencha sur l'un des plans de la Borée, où la Caserne Nord prévoyait de mener une opération assez vaste pour avoir besoin de matériel et d'effectifs en provenance du Fort.

Il n'eut pas le temps de soupirer et de se dire que les combats de terrain lui manquaient parfois et qu'il participerait bien à cette opération lui-même. Une silhouette blanche s'immobilisa en périphérie de sa vision, il n'était pas difficile de savoir de qui il s'agissait

- Amirale.

Il écarta les documents encore entassés sur la table à ses côtés et leva les yeux vers Maeva. Une femme zélée et vigilante, comme il se devait pour une protectrice d'Excelsa. Sans qu'ils ne soient particulièrement proches ou intimes, les deux militaires entretenaient d'excellentes relations. Otton se doutait que si un mariage devait un jour avoir lieu, l'Amirale serait parmi ses témoins. Enfin, surtout ceux de son partenaire, Bénédikt DuFort. C'était lui l'ami proche de Maeva... La Maître Artificier n'était pas présent à la réunion mais sa présence n'était pas vraiment requise.

- Fermez la porte et venez vous asseoir.

L'affaire était-elle personnelle ? Si c'était le cas, le moment était mal choisi. Mais dans la mesure où le professionnel et le personnel se mêlaient souvent dans la vie des Prieurs, Otton ne s'opposerait pas tellement à discuter de Bénédikt. Ou de lui-même. Quoique, connaissant la nature de l'Amirale, ce ne serait pas ça. Elle était trop dévouée à ses devoirs pour aborder un sujet intime maintenant.

- Ca fait un moment que nous n'avons pas discuté. Dites-moi tout. Il se tourna vers la carafe, posée sur le meuble à sa gauche. Avant de se servir. Un verre d'eau ?

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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 27 Mar - 17:06

Les regards se croisent et se verrouillent, l'or et le saphir se mêlent, comme tant de fois auparavant. L'Amirale oublie de pincer les lèvres, un trait pourtant caractéristique de la figure qu'elle présente aux mondains, et ce simple détail en dit long. Si elle respecte les Prieurs pour ce qu'ils sont et la façon dont de l'être, Otton, le Prince Prieur, occupe une place à part dans son estime. Certains s'élèvent à une position de pouvoir en se faisant martyrs de leur propre importance. Les plus célèbres industriels et marchands maintiennent souvent leur place par le biais de comportements déloyaux, d'autres – souvent parmi les castes militaires – se plongent tellement dans leur mission qu'ils en oublient leur santé mentale.

Pas le Prince.

De ce qu'elle sait de lui, ce dernier cumule des postes d'importance capitale pour l'une des Cités les plus puissantes du monde, de quoi faire craquer plus d'un homme physiquement ou psychologiquement parlant. Pour autant, il semble surmonter les difficultés de ses assignations avec brio et trouver le temps de mener sa vie. Une relation amoureuse épanouie, un port impeccable et les yeux le plus souvent dépourvus de cernes. Là où beaucoup l'auraient considéré comme un modèle à suivre – et avec raison – Maeva tend plutôt à le voir comme l'être le plus intègre d'Excelsa.

À compléter plutôt qu'imiter.

L'Amirale s'exécute à la demande du Prince, le claquement de ses pas marquant un rythme régulier et sec. La porte se ferme sans un grincement, laissant les rares Prieurs restés à proximité coi en voyant la femme en blanc rester à l'intérieur. Son attention les survole en même temps que son regard, puis revient au Prince vers lequel elle se dirige à nouveau. Un homme de valeur n'a nullement besoin d'admirateurs ou de quelques sots essayant de suivre ses traces, pas avant d'approcher de la retraite, en tout cas. En tant que sa contemporaine, l'Amirale a un autre rôle : celui d'apporter de nouvelles perspectives à l'esprit d'un homme que la condition d'être humain rend sensible à l'erreur.

La jeune femme prend place, le dos droit et les mains croisées sur des jambes serrées. Ses yeux se logent dans ceux de son interlocuteur, trop respectueux pour divaguer sur les papiers repoussés ou les détails de la salle qu'ils ne connaissent que trop bien. Un observateur extérieur apprécierait certainement le contraste entre la jeune femme dont les seules touches de couleur consistent en quelques fioritures rehaussant le blanc de sa tenue, et le Prince tout de rouge vêtu au regard azuré. Elle paraît pâle et froide dans cette pièce aux éclats chauds, face à cet homme qui a su garder son humanité.


– Avec plaisir. Répond-elle à la proposition de son aîné. Merci.

La proposition lui révèle à quel point sa gorge est sèche, lui rendant la courtoisie du Prince d'autant plus agréable. Afin d'entrer plus rapidement dans le vif du sujet, Maeva décide de répondre aux politesse d'usage avant que son verre ne soit pleinement rempli.

– Nos devoirs ne nous laissent que peu de temps, hélas.

Une évidence plus qu'une plainte, en soi. Cette remarque n'a pour intérêt que de l'aider à mettre ses idées en ordre. Son argumentaire est prêt, quoiqu'incomplet à son goût, mais elle ne peut attendre d'avoir toutes les cartes en main, où la partie pourrait bien être finie d'ici là. Ses sourcils se froncent sous l'effet de la concentration tandis qu'elle prend une lente gorgée d'eau. D'ordinaire habituée aux pauses théâtrales pour laisser à son image le temps d'imposer son effet aux badauds, l'Amirale sait que les deux officiers ont dépassé le stade des faux-semblants depuis quelques temps déjà.

– J'aimerais vous parler de l'avenir d'Excelsa, Votre Altesse. Son attitude se fige dans une pose tendue, elle marque un léger arrêt, puis reprend. J'ai entendu les rapports d'aujourd'hui et étudié ceux des mois précédents, les choses stagnent.

Maeva marque cette fois une pause de plusieurs secondes pour se remémorer – et laisser à Otton le temps de faire de même – les rapports des mois derniers. Piraterie et contrebande sur l'Océan, criminalité dans divers quartiers d'Excelsa, de plus en plus de suspicions diverses, un ordre public décroissant, une économie immobile qui semble se contenter de ses acquis…

– J'ai réfléchi à une solution qui serait bénéfique pour la Ville, quelque chose qui unirait le peuple comme il l'a été par le passé et diminuerait le taux de criminalité grâce à une union patriotique. Une solution qui, sur le long terme, nous permettrait de répondre plus efficacement encore aux menaces sur l'Océan, quelque chose qui sortirait Excelsa du linceul dans lequel elle s'endort.

Ses yeux scrutent au travers de ceux du Premier Prieur afin d'y discerner les émotions qu'un tel discours pouvait provoquer chez lui. S'essayer à ce genre de prose n'est pas un exercice aisé pour elle, plus portée sur la communication efficace et concise que sur les tournures de phrases épiques et spectaculaires. Mais toute nouvelle situation demande une nouvelle solution. Les lèvres de l'Amirale se ferment un instant, attendant que le Prince ait fini de considérer ses mots, attendant qu'il l'invite à continuer, qu'il la libère du fardeau qu'elle s'entête à porter depuis si longtemps, à réfléchir sans agir, à penser sans proposer. Tout son corps se tend imperceptiblement, ses muscles se contractent sous son uniforme, sa mâchoire, elle aussi, durcit son angle, tandis que vient le moment fatidique.

– Permettez moi d'organiser l'invasion de Suran.
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Otton Egidio
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 27 Mar - 19:40

Otton hocha la tête. Il était vrai que les occupations des gens vraiment dévoués à la Cité étaient nombreuses. Qu'ils soient seigneurs ou petites gens, les bons excelsiens travaillaient dur et ne comptaient pas leurs heures lorsqu'il était question de leur devoir. Ceux qui montaient la garde, sur la terre ou sur la mer, en avaient d'autant plus à faire qu'une seule de leurs erreurs pourrait entraîner la ruine très littérale de leur patrie bien-aimée. Ainsi, la Vigilance demeurait l'un des Préceptes les plus souvent observés. Maeva O'Fell n'avait pas à rougir. Elle était une digne protectrice d'Excelsa.

Le sujet de leur entretien serait donc bien professionnel. Parfait. Mais que pouvait-elle bien vouloir cacher aux autres officiers présents lors de leur réunion ? Il était vrai que certaines questions de sécurité ne devraient pas être trop ouvertement abordées en présence de subalternes, mais quelque soit le problème, le Prieuré serait le premier au courant.

- Avons-nous assez de temps pour aborder un tel sujet ?

"Est-ce vraiment à nous de débattre de cela ?" serait peut-être une formulation plus appropriée. Otton était convaincu de connaître sa place dans le grand dessein de la Ville. S'il était certainement l'un des plus importants décideurs d'Excelsa et détenait les plus de force brute sous ses ordres, il ne pensait pas avoir à faire de grands projets. Des gens plus compétents et mieux éduqués que lui le feraient très certainement. Pendant ce temps, il devait s'assurer que rien ne prenne feu et que personne ne vienne égorger lesdits décideurs. Et pourtant, sa collègue, son amie et, partiellement, sa subalterne l'abordait entre quatre yeux en parlant de projets pour l'avenir d'Excelsa.

Il se souvenait des derniers rapports. L'un d'entre eux parlait des étudiants du Conservatoire ayant célébré très bruyamment la très récente élection de leur Premier Maître au poste de Prince. Sur ce plan, il n'était pas question de stagnation.

- Je suppose qu'en parlant de stagnation, vous ne voulez pas dire "stabilité" et "ordre". Si c'était le cas, nous ne serions pas en train d'avoir cette conversation...

S'assurer qu'aucune armée, étrangère ou domestique, ne soit capable de venir troubler l'ordre de la Ville et la bonne marche de ses affaires, voilà l'une des missions du Prieuré. En ces termes, et même s'il fallait reconnaître la permanente existence d'éléments séditieux, la Ville était toujours debout et était loin de se porter mal.

Maeva enchaîna avec un discours compliqué, vantant les avantages d'un plan qu'elle tardait à révéler. Mais lorsqu'elle l'énonça, Otton pâlit, la main tenant son verre, immobilisée à mi-chemin vers sa bouche. Il finit par le déposer sur la table, sans boire. Il fixait son interlocutrice, à la recherche d'une quelconque trace d'humour, peut-être. Aucun signe de ce genre ne venant pas, il finit par ravaler sa surprise et répondit.

- C'est impossible.

L'ambition de l'Amirale était digne d'un opéra. Il pouvait comprendre, bien sûr. A la tête de la flotte excelsienne, avec son acier, ses canons et ses équipages si bien entraînés, Maeva O'Fell avait de quoi se sentir toute-puissante. Ce serait là une guerre de légende, tout droit sortie d'une saga épique. Et qui n'aurait d'égale que son échec, tout aussi monumental. Sans parler qu'avant cela.

- Pardonnez ma surprise, Amirale. Mais vous êtes bien consciente que cette décision n'appartient pas à moi seul, n'est-ce pas ?

Même si, en pure théorie, Otton pouvait commander aux forces armées d'Excelsa, son autorité sur la flotte était partagée avec Thalia Morlone. Sans oublier que si les opérations en cas d'une guerre ouverte seraient sans aucun doute placées sous le commandement d'Otton, la déclaration de guerre elle-même ne pouvait émaner du Prieuré seul. Et Maeva ne pouvait pas parler au nom de la Maison des Navigateurs.

- Je peux vous autoriser à présenter cette idée devant mes trois collègues. Mais je dois vous prévenir qu'il y a peu de chances qu'elle soit bien reçue. Et encore moins qu'elle fasse l'unanimité.

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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 27 Mar - 22:03

Le visage impassible de Maeva masque ses pensées alors que l'échange débute, et la première réaction du Prince est tant à la hauteur de ses espérances que de ses craintes. L'ambition ne semble pas avoir de place dans son cœur, déjà si chargé de devoir et d'humilité. De tout ce que l'Amirale savait du militaire le plus haut gradé d'Excelsa, la ville pourrait compter sur son service jusqu'à ce que ses jambes ne le portent plus. Les plus superstitieux auraient affirmé sans détour qu'il servirait même la Cité par delà le Dernier Voyage.

Maeva est d'un autre acabit.

Beaucoup plus ambitieuse que son contemporain, son devoir envers la Ville ainsi que son amour inconditionnel de l'Océan la pousse à imaginer des solutions s'étendant au-delà de ce qu'Excelsa possède déjà. Bien qu'elle ne soit guère mécontente de l'ordre établi, la femme en blanc veut plus, non pour elle, mais pour sa Cité.

Le Premier Prieur exprime ses doutes, montrant les divergences de point de vue intrinsèques que les deux protagonistes peuvent avoir vis à vis des rapports. Là où l'homme en rouge voit le meilleur et semble se contenter de réduire le mal, la femme de blanc vêtu voit la persistance de ce dernier et le danger que cette dernière représente pour l'ordre. Si un ver loge dans une pomme, celle-ci finit inéluctablement par pourrir.

Alors, quitte à endommager la pomme, il faut extraire le ver.

Une fois ses mots prononcés, l'Amirale pince les lèvres dans l'attente d'une réaction trop souvent imaginée. La pâleur du Prince s'accentue tandis que ses gestes se suspendent, comme si le choc avait fissuré le temps autour de lui, le piégeant dans cette posture que les amateurs d'hyperboles qualifieraient d'absurde. Face à une telle démonstration pourtant anticipée, l'Amirale se mord discrètement la lèvre inférieure, ses yeux laissent transparaître l'éclat de sa conviction, assurance qu'elle se croit réellement capable d'orchestrer un tel coup et de le mener à bien.

La Maîtresse de l'Océan a mérité son titre.

Deux paires d'yeux se scrutent à la recherche d'un indice au fond de l'autre. Maeva n'ose plus en cligner, elle attend, figée, que ce dernier ne se prononce quant à une proposition qui, au moins, ne l'avait pas encore fait hurler d'indignation.

La réponse vient, « impossible », résonnant comme un tintement funèbre. L'Amirale se rend compte qu'elle retenait sa respiration et laisse aller discret soupir nasal pour accompagner cette déclaration. Elle s'y était attendu, et réfléchit en réalité à quel argument opposer au Premier Prieur. Ses lèvres se desserrent pour reprendre la parole lorsqu'elle est interrompue par la même voix qui vient d'opposer l'incrédulité à l'improbable. Fidèle à lui-même, le Prince Prieur rappelle l'ordre établi et l'importance des autres Princes. La pression sur les traits de Maeva se relâche partiellement, d'une certaine façon, elle est rassurée de constater qu'Otton accorde une telle importance à l'avis des autres Princes. Bien des gens aimeraient lui remettre les clés d'Excelsa et le laisser gouverner à lui-seul, parfois, l'Amirale elle-même se surprend à se dire que si une personne devait être à la tête de la Cité, nul autre que lui ne serait capable d'endosser cette responsabilité sans provoquer l'épilogue d'Excelsa. Pour autant, il ne semble guère désirer de couronne, au grand dam de certain, et au soulagement de bien d'autres.


– Parfaitement, Votre Altesse, mais elle vous appartient en partie, et j'ai jugé normal que vous soyez le premier auquel j'exposerais cette idée.


Le regard de Maeva se durcit légèrement tandis que ses sourcils s'arquent pour se départir de leur figure d'anxiété. Le Premier Prieur reste un Prince, et sa voix porte autant que tout autre de son rang. Conséquemment, l'Amirale tente de lui rappeler de ne pas minimiser son importance, de crainte que son humilité ne finisse un jour par le pousser à se restreindre de prendre les bonnes décisions. Paradoxalement, elle sait qu'il exerce une influence contraire sur elle, s'assurant que le feu de son ambition ne finisse pas par la consumer.

La proposition qui s'ensuit laisse l'Amirale sans voix quelques instants. Elle s'attendait à débattre un long moment avant d'obtenir un tel gain de cause, et voila que l'homme d'Excelsa qu'elle respectait le plus le lui offrait sur un plateau d'argent. Le clignement de ses paupières souligne sa surprise tandis qu'elle reprend une gorgée d'eau pour garder contenance. Une chance sur dix valait infiniment mieux qu'aucune, et Maeva saurait la saisir.


– Je vous en serais infiniment gré. Je sais que cette idée paraît insensée mais, c'est notre meilleure chance.


La flamme de la passion s'allume dans le regard de l'Amirale alors que ses plans défilent devant ses yeux une fois de plus. Les positions de blocus, les alliances à effectuer, les manœuvres militaires nécessaires pour attirer la flotte de Suran dans un piège, les débarquements stratégiques…elle avait tout planifié, dans les moindres détails. N'y tenant plus, elle reprend la parole dans un élan d'entrain de ceux qu'elle ne se permet jamais ailleurs que sur ses navires.

– Notre flotte est le fleuron de l'Océan, notre technologie est enviée de tous, et les Prieurs sont les meilleurs soldats que ce Continent ait jamais porté. Suran a tenté de faire plier Excelsa maintes fois par le passé et, malgré leur apparente supériorité, l'Histoire est témoin des victoires de nos ancêtres. Mais ils réessaieront, détruiront d'autres quartiers qui devront être reconstruits, tueront des Excelsiens que nous pleurerons...le monde ne le sait pas, mais nous sommes toujours en guerre Votre Altesse, et ils n'attendent que de nous voir pourrir pour venir récupérer nos restes. Si nous portons le combat sur leurs terres, sur leurs routes, notre peuple nous sera gré d'avoir fait flotter la glorieuse bannière de la Ville au dessus de Bal, et un nouvel âge d'or s'offrira à nous !

Son regard trahit les intonations qu'elle n'ose pas donner à sa voix. crépitant d'une passion dévorante, alimentée par sa confiance en la puissance de sa Cité ainsi qu'en sa certitude d'appartenir à une génération d'êtres qui marqueront l'Histoire. Emportée par son discours, elle se penche légèrement en avant, les épaules plus souples qu'à l'accoutumée.

– Votre Altesse, si les Princes l'approuvent…

Elle clôt les yeux un bref instant, s'autorisant le souffle qu'elle a oublié de reprendre. Lorsque ses paupières lèvent le voile sur ce qu'ils masquent, l'Amirale arbore à nouveau le visage de sa profession, teinté d'un sérieux glacial et d'une assurance inébranlable.

– Je peux briser Suran.
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mer 28 Mar - 8:55

S'attendait-elle vraiment à un accord pur et simple ? Elle ne venait pas demander une nouvelle paire de bottes mais bien d'attaquer une superpuissance. Maeva avait certainement raison en disant qu'il fallait qu'Otton soit le premier au courant. Sans le Prieuré, il était impossible à Excelsa de combattre efficacement et les prieurs étaient les seuls à avoir une quelconque expérience stratégique.

- Vous avez bien fait, Amirale. Otton la remercia d'un geste de la main. Son visage reprenait doucement les couleurs, alors que ses arguments commençaient à prendre forme dans son esprit. Je préfère vous prévenir que je ne m'attendrais pas à beaucoup d'enthousiasme de la part du reste Conseil.

S'il n'était pas évident de prévoir l'opinion de la Princesse Rectrice, Elikia Lutyens allait s'opposer à la Guerre, pratiquement à coup sûr. Et Thalia Morlone serait certainement réticente, tant que les profits ne seraient pas assurés. Hanae Ibihn pourrait trouver l'idée divertissante, surtout qu'elle constituerait l'opportunité pour elle de tester certaines de ses inventions. Mais elle ne voudrait pas prendre de risques inutiles et risquer que des soldats ennemis ne viennent l'égorger dans sa maison au terme de ce conflit.

Il fallait bien reconnaître que l'Amirale savait parler. Otton ne pouvait qu'imaginer le genre de discours auxquels avait droit l'équipage du Saint Virgile... De quoi vouloir suivre cette femme dans la conquête du Monde. Il aurait des choses à apprendre d'elle, lui qui se contentait généralement du strict nécessaire. Mais même s'il fallait reconnaître qu'il savait qu'elle n'avait pas tort, pas entièrement en tout cas, certains principes se devaient d'être observés.

- Non. Cette fois, ce fut lui qui aménagea une pause, surtout parce qu'il avait finalement besoin de boire une gorgée d'eau, avant de poursuivre.  Vous pouvez briser leur flotte. Ce serait un coup très puissant et je vous fait confiance pour ça. Mais nous parlons d'un territoire très vaste et en grande partie à l'intérieur des terres. Nous avons vaincu leurs armées sur notre terre sacrée, du haut de nos murs et dans nos ruelles.

L'histoire militaire d'Excelsa, régie par le Précepte de Protection, premier et souvent considéré comme le plus important des Cinq, regorgeait de victoires en terre excelsienne. La Ville ne devait jamais être prise et elle ne l'a pas été. Depuis l'époque où le Fort n'était qu'un donjon entouré d'un mur primitif, jusqu'à aujourd'hui, Excelsa demeurait invaincue à domicile. Protégée par ses prieurs, elle pouvait se targuer d'avoir une armée puissante, potentiellement capable d'en affronter une puis nombreuse. Mais ce qui en faisait une troupe d'élite la rendait aussi si peu apte à prendre le contrôle d'un pays trop vaste. Il était inconcevable de poster une garnison efficace dans chaque ville importante de Suran. Sans parler de ses campagnes.

- Les affronter chez eux, c'est nous enlever notre principal avantage. Sans oublier que nous ne sommes pas assez nombreux pour cela. Et je ne ferais confiance à aucune armée de mercenaires que nous soyons capables de lever.

L'or pouvait acheter la loyauté d'armées puissantes. Mais les banques de la République en enfermaient bien plus que celles d'une seule Cité-état. Même s'il y avait d'autres moyens de convaincre des épées à louer, comme en leur proposant des équipements de pointe, Otton était fermement opposé à l'emploi de personnes, sans doute étrangères, qui ne se battraient pas pour leur Ville par conviction. Et la milice de la Maison des Navigateurs, ou même ses valeureux marins, n'étaient pas faits pour tenir tête à une armée régulière. D'autant plus qu'ils seraient plus utiles sur mer que sur la terre ferme.

- Pensez à l'impact mondial d'une telle entreprise. Excelsa a toujours été une constante sur le Continent. Quelle serait la réaction de nos partenaires commerciaux, face à une telle politique ?

Même si Thalia Morlone serait bien plus à l'aise pour expliquer les tenants et les aboutissants de ce genre d'opérations sur le plan diplomatique, Otton avait une vague idée de la méfiance générale de tous les autres pays. Après tout, personne ne ferait facilement confiance à celui ou celle ayant sauté à la gorge d'une autre nation... Potentiellement pour détenir le contrôle des Océans et augmenter sa main-mise sur le commerce continental.

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Dernière édition par Otton Egidio le Sam 31 Mar - 19:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mer 28 Mar - 18:45

Le refus cingle, sec et violent, comme un coup de fouet au visage de l'Amirale. Le ton calme renforce cette impression définitive, qui aurait eu raison de bien des démarcheurs. L'autorité naturelle se dégageant du calme apparent d'Otton est presque palpable. Eut-elle été moins cartésienne, Maeva aurait pu prétendre voir une aura de commandement émaner de son pair. Ses traits se figent, attendant la suite, tandis que ses pensées se remettent en place après une telle tirade. Le paradoxe entre les couleurs et les attitude est frappant. La rose blanche est passionnée, la rouge est calme, et le monde autour d'eux semble se dilater dans un silence spectateur.

Douchée mais non résignée, l'Amirale attend, le regard allumé d'un feu que peu de personnes vivantes peuvent se vanter d'avoir jamais perçu. Elle sait que le Prince apportera des arguments auxquels elle a pensé, trop de mois ont passé durant lesquels ses plans se sont formés pour qu'elle ne s'effondre à la première résistance. Un combat dont elle n'a guère l'habitude s'engage : une joute idéologique, et dans le fond de ses pensées, elle sait qu'elle ne pourrait rêver d'un meilleur adversaire.

Le premier coup vient, implacable, quoique prévisible, comme la première estocade teste la défense de son adversaire. Maeva se souvient de ses premières réflexions au sujet de l'invasion terrestre, et des solutions qu'elle avait envisagées. Des mercenaires pourraient combattre pour la Cité d'Excelsa, mais autant pourraient se ranger auprès de la nation la plus riche du monde, surtout quand la récompense n'était autre que la seule cité à lui avoir jamais résisté. Ainsi, acheter les services de tels individus était impossible. D'autres pistes avaient du être exploitées, le jeu des alliances – dont l'ampleur la dépassait probablement plus que ce qu'elle avouait – serait d'une importance cruciale, mais elle était persuadée que beaucoup prendraient plaisir à voir la grande République de Suran tomber, et leur refuserait quelque soutien qu'ils demanderaient.

En évaluant la portée de cette première tirade, Maeva se rend compte que le Prince, pour toute sa réticence, la sait capable de surclasser la flotte de Suran. Légèrement surprise par une confiance aussi assumée, la jeune femme aborde un air fier alors qu'elle reçoit la suite du premier argument du Premier Prieur. Elle sait que tout ne dépendra pas d'elle, mais elle sait aussi que tout n'a jamais dépendu d'elle. Son plan repose sur la génération d'êtres extraordinaires à laquelle elle appartient, se targuant d'être eux-mêmes au service d'une cité ayant le potentiel d'être la plus puissante nation du monde connu.

En réaction à la mention des mercenaires, l'Amirale recolle son dos au dossier de sa chaise et, prompte à défendre son terrain, elle hausse légèrement le menton en croisant les mains sur la table.


– Leur flotte n'est pas leur nation, mais c'est un premier pas de taille. Une nation sans commerce est comme un animal sans oxygène : elle s'étouffe. Contenue sur les terres par une nation plus petite qu'elle, combien de temps avant que la République ne se fragmente et ne s'effondre ?

Une pause, brève, le temps de redresser sa lame imaginaire avant de contre-attaquer sur le terrain-même de son adversaire.

– Les Prieurs sont peu nombreux, mais leur renommée les précède. L'image qu'ils ont construit d'eux-mêmes est maintenant une de leur plus grande force. Les armées de Suran engageront chaque affrontement avec la peur au ventre. Ils ont oublié ce qu'était le conflit, trop fiers de leur blason pour l'entretenir.


Quelque chose qu'on pourrait l'accuser de supposer, mais l'Amirale serait prête à miser gros sur ce point tant elle voit d'Excelsiens commencer à faire de même. La gloire du passé a quelque chose de réconfortant, comme si elle incitait à vivre à ses crochets. Un comportement répugnant, selon la femme en blanc, qui ne fait honneur ni aux ancêtres ayant conquis cette gloire, ni à ceux qui en hériteront. La République, soi-disant la plus puissante du Continent, a de grandes chances d'être prise dans ces vices, ses soldats n'ont de renommée que celle de leur bannière, leur flotte est dépassée, quoiqu'elle aussi nombreuse, tout suinte l'archaïsme et le repos.

La passe suivante d'Otton s'écarte du domaine de spécialité de l'Amirale. La vision mondiale est effectivement quelque chose à ne pas prendre à la légère, car si certains pourraient voir d'un bon œil qu'Excelsa renverse la République, d'autres craindraient l'essor d'une nouvelle puissance et feraient probablement des pieds et des mains pour la tuer dans l’œuf. Maeva a conscience de cela, mais elle sait aussi que ce domaine n'est guère de son ressort. Sa foi en la Cité ne s'arrête pas à ses propres compétences ou en celles du Prince : elle a l'intime conviction que d'autres acteurs d'une importance capitale peuvent faire pencher la balance pour Excelsa, à condition d'unifier la Cité derrière sa propre bannière. Thalia Morlone, la Princesse Navigatrice, pourrait s'avérer une alliée de poids et un élément déterminant dans la sécurisation des arrières politiques d'Excelsa. Comme tous les autres Princes, elle devrait être convaincue, mais Maeva avait encore des cartes dans sa manche.


– Serait-elle pire qu'actuellement, alors que nous menaçons de devenir aussi paresseux que cette République qui n'évolue plus ? Nous protégeons les eaux de Florès avec notre acier et notre or. Sigvar est un peuple de guerrier, pas de diplomates, ils ne condamneront le vaincu et glorifieront le vainqueur.

Aussi inexacte que soit sa perception de la politique Sigvarite, elle peut au moins jouer la carte de la cohérence à ce propos. Après une brève pause, elle reprend, d'un ton plus faible.


– Les autres Cités-États seront ravies d'essayer de tirer leur épingle du jeu et de se disputer nos miettes, Excelsa est un modèle pour chacune d'entre elles, combien d'alliances tirerions-nous de plus que d'animosités ?

La Princesse Navigatrice serait probablement capable de confirmer ou d'infirmer ces dires, peut-être le ferait-elle même. Mais pour l'heure, Maeva se concentre sur Otton, le chef des armées. Il croît en elle, mais ses réticences l'empêchent de voir plus loin, et la trentenaire ne veut pas en faire un suiveur. Le sachant très conservateur, elle n'a nullement l'intention de se décourager.

Si elle peut convaincre Otton de la justesse de sa cause, elle pourra convaincre les autres Princes.


– Excelsa est l'étoile la plus brillante de ce continent, et elle est obscurcie par une République arriérée qui empêche ses voisins de se développer en leur donnant un exemple de médiocrité. Elle marque une pause, prenant une gorgée d'eau sans lâcher le Premier Prieur des yeux, puis reprend. Mais elle n'existerait pas si les héros d'antan s'étaient contentés du moindre mal. Vous l'avez dit vous-même, Votre Altesse, les Prieurs d'antan ont pris le risque d'attirer les armées de Suran au cœur même de notre Cité pour les y défaire. La Ville a traversé des périodes où les loups lorgnaient sur son corps boitant, mais a toujours subsisté.

Ses mains croisées sur la table sont immobiles, son dos est droit, car elle a préparé cette tirade longtemps à l'avance. Ses jambes, serrées l'une contre l'autre, ne trahissent aucun frémissement tandis que ses sourcils encadrent son visage d'un air solennel.

– Aujourd'hui, nous pouvons être les loups. Notre âge d'or technologique place notre potentiel militaire au dessus de tout ce que la République peut nous opposer. Si nous laissons passer cette chance, les générations futures auront à payer notre immobilisme. Nous avons le choix entre écrire l'Histoire de notre Cité, ou être emportés par elle.
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Sam 31 Mar - 20:19

La ferveur belliqueuse de l'Amirale l'honorait, tout comme ses états de service ou sa maîtrise de son art. Néanmoins, on ne pouvait la laisser faire tout ce qu'elle désirait. Car ce qu'elle désirait pouvait certes faire d'Excelsa un Empire. Mais il y avait plus de chances qu'une guerre ouverte avec la République ne conduise à la perte de la Ville. Une perte qui devait être évitée à tout prix. Pour la survie et la Protection d'Excelsa, Otton était prêt à tous les sacrifices et à toutes les monstruosités, si, toute fois, elles ne pouvaient être évitées.

Et, pour le moment en tout cas, la guerre pouvait certainement l'être.

- Beaucoup trop de temps pour que nous puissions nous le permettre.

Une attaque sur Suran devrait se faire avec le concours de toute la science et de toute l'ingénierie que les excelsiens pourraient mobiliser. Les armes qui permettraient à une poignée de prieurs de prendre la Capitale suran n'existaient pas encore, ou il n'y avait pas de moyens nécessaires à leur transport.

- Vous flattez notre ordre, Amirale. Otton hocha la tête. Je vous en remercie et dois reconnaître que vous n'avez pas entièrement tort. Mais nous devons penser à la défense d'Excelsa avant toute autre chose.

Déplacer ses forces pour attaquer équivalait aussi à affaiblir les défenses d'Excelsa. Une perspective peu envieuse... Si d'après ses connaissances le climat de l'intérieur du Continent devrait être au goût d'Otton, cela pouvait être plus problématique pour un bon nombre de ses frères et sœurs. Et ce qui était leur plus grande qualité était aussi leur défaut principal dans la question qui les occupait aujourd'hui.

- Oui. Mais les prieurs ont fait des combats urbains leur spécialité. Nous pouvons prendre des villes d'assaut, je suppose. Notre nombre et notre formation rendent les batailles rangées, en campagne j'entends, pratiquement impossibles. Et on ne peut compter sur l'artillerie seule...

Il soupira. Le projet de Maeva, si fou soit-il, avait le mérite de susciter une réflexion pragmatique chez Otton. C'était un problème à résoudre, une série de questions stratégiques qui devaient trouver des réponses possibles. Bien sûr, le problème pouvait être balayé d'un revers de la main et remisé au placard. Mais c'était comme se retrouver devant une énigme trop difficile pour être résolue immédiatement. Le désir de trouver une solution venait supplanter le besoin d'en trouver une. Ne serait-ce que par curiosité intellectuelle...

Encore un discours, mêlant métaphores et avertissements pompeux. Certes, tout ceci sonnait très bien et, dans l'heure précédant une bataille, un tel propos aurait sans doute poussé Otton à faire de son mieux, l'épée à la main. Mais dans la situation présente, il n'avait pas besoin de motivation. Maeva ne s'adressait pas à des troupes apeurées auxquelles il fallait redonner du courage. Sans plan concret et l'anticipation de tous les besoins et de tous les détails dudit plan, ce n'était que folie et le Premier Prieur avait bien assez à faire comme ça, sans que la folie ne s'invite dans ses locaux.

- Il n'y a aucun doute que le bien d'Excelsa nous tient à cœur à tous les deux, Amirale. Mais il vous faudra plus que de la détermination à présenter au Conseil. Plus qu'un projet, les préparatifs seuls... ce sera un véritable chantier.

Il ne suffisait pas de commander un stock de munitions et quelques épées de réserve. De tous les préparatifs, seuls les vaisseaux de la flotte excelsienne étaient certainement prêts. Otton devrait s'assurer du soutien de ses officiers et autres vétérans du Prieuré. Le ravitaillement, les alliances, les tractation avec d'autres nations,... Un quelconque conflit militaire, initié par Excelsa, devrait être préparé avec la précision d'un horloger. Sans ça, la Cité courait à sa perte. Et le Prince Egidio refusait catégoriquement d'être celui qui aurait signé l'arrêt de mort de sa ville bien-aimée.

L'homme fixa Maeva. Cinq ans plus tôt, il n'avait pas envisagé avoir un jour cette conversation. Mais il était là, assis en face de la seconde personne la plus haut gradée de la Ville, à l'écouter parler d'un projet d'invasion. Une action qui n'avait pas été entreprise en plus de mille ans d'histoire excelsienne. Et du jamais vu, ça pouvait très bien être la ruine de la Cité, comme le jackpot auquel l'Amirale semblait croire dur comme fer... Il ne fallait pas s'engager dans le moindre mouvement à la légère.

- Vous rendez-vous compte de l'importance... de la taille d'une telle entreprise, n'est-ce pas ? De la multitude de conséquences ?

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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 3 Avr - 13:31

Les deux bretteurs échangent des arguments au rythme effréné de tranches et d'estocs, dans un ballet idéologique qui oppose un bellicisme agressif à un conservatisme réservé. Si l'avenir de la Cité ne dépend pas entièrement du résultat de ce duel entre ces deux figures, l'Amirale est certaine que la balance penchera autant que l'un parviendra à faire plier l'autre.

Son enthousiasme passionné se douche progressivement, laissant la place au calme réfléchi que son interlocuteur arbore en tout temps. Si son ardeur reste perceptible dans le fond de son regard, elle sait que trop l'exprimer reviendrait à passer pour irréaliste. Les années lui ont donné la réputation d'une femme froide et réservée, et même en un si petit comité, il est important de montrer le fond de vérité de ces dires. Dans le cas contraire, elle ne serait nullement différente de tous ces aventuriers en herbe qui finirent au fond de l'Océan après avoir tenté de côtoyer le soleil.

La première remarque d'Otton la laisse perplexe, réévaluant une fois de plus ses estimations temporelles. Si elle reste persuadée que la République ne supporterait pas la honte d'une défaite militaire de trop grande envergure et un blocus sur sa côte Sud, il restait évident que ses autres routes de commerce ne pourraient pas être attaquées de la même façon. Jouer sur la discorde était un élément risqué, qui pouvait se retourner contre eux si la République s'avérait un ennemi plus soudé qu'escompté. Aussi Maeva pince-t-elle les lèvres un instant, repassant en vue les cartes qu'elle garde en main, et celles qu'elle sait devoir utiliser avec d'autres Princes. La propagande et l'espionnage, notamment, seraient des idées pour plus tard. Pour ce qui était de la défense d'Excelsa, Maeva a bien quelques idées, ceci dit.


– Il est impensable de laisser la Ville sans défense, évidemment. Mais le Fort protège l'Océan, et une garnison aidée d'une milice civile et de bons ingénieurs peuvent défendre Excelsa si laissés avec suffisamment de préparatifs.

Il serait inutile de défaire Suran si les vainqueurs se retrouvaient sans foyer dans lequel rentrer à la fin de la guerre. Toutefois, la jeune femme fait confiance au patriotisme dont font preuve les Excelsiens vis-à-vis de la Cité, et est persuadée que beaucoup prendraient les armes pour la défendre si un envahisseur venait à se présenter. Quant à la composition d'une milice urbaine, ceux étant trop faibles de corps ou d'esprit pour intégrer les Prieurs seraient, selon l'Amirale, ravie de servir en tant que soldats réguliers. Elle songe au nombre de ces âmes perdues qui s'engagent, dépités ou remontés, sur ses navires chaque année, ainsi qu'à tous ceux qui abandonnent tout espoir militaire suite à leur échec. Un système juste, selon la cadette des O'Fell, porter les armes apportait souvent plus d'horreurs que de gloire, un monde où seuls les plus endurcis pouvaient prospérer sinon vivre.


– Alors attirons-les là où nous sommes les plus forts. Forçons les à défendre leur côte, puis leurs ports, puis leurs cités, mais jamais leurs campagnes. Elle fait une légère pause, mesurant sa contenance. Nous ne pouvons établir de stratégie si tôt, mais si attaquer nous donnera l'initiative, elle nous permettra également de porter le combat où nous le souhaitons.

La passion de son discours suivant tranche avec le calme qu'elle tentait de recréer. S'en rendant compte, elle fronce les sourcils, trop habituée à galvaniser ses marins avant d'écraser les brigands des mers, elle s'aperçoit qu'elle se laisse aller aux mêmes vices avec son supérieur hiérarchique. Comme pour se punir et exprimer son mécontentement, l'Amirale se mord discrètement la lèvre inférieure, d'autant plus que la réponse du Prince vient conforter le sentiment de s'être laissée emporter par ses émotions. Ses yeux se ferment un instant, des pensées contradictoires tourbillonnant derrière ses paupières. Maeva se souvient que si le projet a des mois de perfectionnement et de réflexion dans son esprit, il est d'une totale nouveauté pour l'homme qu'elle tente de convaincre du bien fondé de son entreprise comme s'il s'agissait de la seule voie possible. Il en ira de même avec les autres Princes, se dit-elle.

Ses yeux s'ouvrent à nouveau, toute trace d'émotion balayée comme la vague reflue après s'être écrasée sur le rivage. Intérieurement, elle remercie Otton d'être si réservé et de poser des questions qui, même si elles ont trouvé réponse dans l'esprit de Maeva, restent toujours aussi pertinentes.


– J'en ai conscience, Votre Altesse, aussi ai-je plus que mes certitudes et suppositions, j'ai un plan. Maeva se redresse, plantant son regard dans celui du Prince Prieur, avant de reprendre. Il nous faudra des hommes en nombre suffisant, tous Excelsiens, pour soutenir les Prieurs de toutes les façons nécessaires. Des épées et des armes à poudre, ainsi que des bras pour les porter. Nos scientifiques et nos ingénieurs devront être convaincus de consacrer leur génie à cette entreprise, afin que notre nombre soit compensé par notre supériorité tactique, tant sur terre qu'en mer. Plus de main d’œuvre pour accélérer la construction de ressources, sans oublier les relations avec d'autres nations qui devront être renforcées, il est impensable de laisser un étranger s'emparer d'Excelsa par négligence.

Une seconde pause, elle reprend son souffle, ferme les yeux un instant, puis reprend alors que ses paupières se relèvent.


– Il faudra de l'or, énormément d'or, pour financer une telle campagne. Il nous faudra infiltrer des espions et des ambassadeurs sur le territoire Suran pour créer les fissures dont nous aurons besoin pour briser leur unité. Et il nous faudra maintenir la nôtre, car si Excelsa s'effrite avant la République, nos portes seront brisées avant que l'envahisseur ne les approche.

L'Amirale trentenaire soutient le regard de son aîné avec détermination. Elle a conscience de mettre en jeu tout ce en quoi elle croit, peut-être même sa carrière, car les Princes pourraient la trouver inapte à assumer son rôle s'ils jugeaient sa vision des choses trop déraisonnable. Elle qui n'était pas habituée à jouer avec la chance, elle se jetait toute entière dans le brasier d'un destin qu'elle ne contrôlerait plus. Mais les convictions de la femme aux cheveux blancs l'ont portée jusqu'à son poste ainsi qu'aux bouches de bien des badauds. Elle s'est juré de ne jamais rentrer chez elle la tête basse.

Et de n'y jamais vivre ainsi.


– Oui, Votre Altesse. Je m'en rends compte. Une entreprise titanesque, dont les conséquences chambouleront le monde entier… quelle qu'en soit l'issue.

Son dos est aussi droit que ses épaules, ses mains sont croisées sur la table, sa figure se lisse, laissant place à une nouvelle émotion qu'elle n'affiche d'ordinaire jamais ; l'espoir.

– Mais je sais que pour nous, pour cette génération d'Excelsiens dont nous faisons partie… elle est réalisable.
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mar 3 Avr - 23:12

Aucun des deux n'était prêt à abandonner ses opinions aujourd'hui. Ils n'en démordaient pas. Ce que Maeva appelait un plan se présentait plus comme un pieux désir d'une femme certes déterminée, mais sans doute mal informée sur le temps qu'il faudrait pour de pareils préparatifs. Un temps qui permettrait à toutes les nations du Continent de se rendre compte de ce qu'Excelsa pouvait bien préparer, même dans les grandes lignes. Et si aucune ne frappait la première, toutes se prépareraient de l'une ou l'autre façon à une attaque. Suran la première, sans aucun doute.


- Vous êtes en train de parler d'armer une population qui n'a aucune idée de ce qu'est la guerre. La formation d'une armée régulière sera un processus long et difficile à Excelsa. Et qui ne passera certainement pas inaperçu.

Si une Cité ayant toujours fait appel à une poignée de combattants d'élite se mettait à enrôler massivement ses citoyens, cela se saurait en un rien de temps. Un "secret" de cette taille ne pouvait le rester très longtemps. Même si des tractations avaient été faites pour rassurer les nations qu'on souhaiterait voir alliées à Excelsa, la paranoïa internationale était à redouter.

Maeva mettait ici beaucoup en jeux. Des Princes moins à l'écoute de son opinion pourraient réclamer sa tête pour blasphème envers les traditions défensives de la Ville ou toute autre incitation à un conflit armé qui aurait d'immenses chances de nuire au commerce et à toutes les autres activités d'Excelsa. Un autre Premier Prieur aurait pu déjà la faire traîner dehors ou, au moins, lui rire au nez. Au nom de la paix intérieure de la Cité et du respect qu'Otton avait pour l'Amirale, ils discutaient toujours. Pire encore, le Prince était ouvert à ses propositions, les envisageant sérieusement.

Mais même lorsqu'il lui avait posé une question, très importante mais fermée, elle ne put s'empêcher de poursuivre avec des phrases qui ne jureraient pas dans un livre d'histoire. Le problème, était que l'Histoire avait ceci de grandiose que ses événements étaient déjà joués. L'avenir, quant à lui, était plein de surprises et rien n'y était garanti. Du coup, on pouvait admirer la grandiloquence de l'Amirale qui semblait prête à se faire ériger une statue et avait peut-être déjà planifié ses dernières paroles qu'on répétera aux générations futures. Cependant, pour le moment, ils pouvaient se contenter de parler plus simplement.

Otton leva la main, tant pour arrêter les élans de l'Amirale que pour ponctuer un tournant important dans cette discussion.

- Je prends bonne note de votre détermination et de votre dévouement, Amirale. Je n'ai pas de doutes quant à la noblesse de vos intentions, bien sûr... Otton but encore un peu d'eau, sans quitter son interlocutrice des yeux. Même s'il faisait cette petite pause, il n'avait certainement pas fini de parler et il serait très mal venu de l'interrompre maintenant. Comme je vous l'ai dit, vous aurez droit à une audience devant le Conseil.

La prudence n'était pas une qualité appréciée telle quelle par les prieurs. Mais la Vigilance s'en rapprochait assez pour constituer un appel au bon sens. Le Prince se leva de son siège, heureux de pouvoir tendre ses jambes. Ce n'était que maintenant qu'il sentit à quel point elles étaient crispées durant leur entretien. Un entretien qui arrivait doucement à son terme.

- Vous êtes autorisée à réunir les informations nécessaires à la réussite d'un tel projet en attendant votre chance de convaincre les autres Princes. Aucun préparatif concret avant. Agissez avec prudence et n'ébruitez pas ça ou quelqu'un risque de devoir payer votre imprudence.

En fonction des circonstances, cela pouvait être elle. Ou lui. Ou encore quelqu'un d'autre. Peu importe. Otton ne souhaitait pas d'en arriver à la guillotine. Et seul un très malheureux concours de circonstances pouvait les amener là... Mais c'était le genre de risques qu'ils couraient. En plus de s'exposer au discrédit politique ou à l'assassinat par l'une ou l'autre ambassade étrangère à Excelsa...

- J'espère que vous comprenez, Amirale.

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Dernière édition par Otton Egidio le Sam 7 Avr - 16:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Mer 4 Avr - 15:40

Une sensation croissante, dévorante, se répand dans l'esprit de l'Amirale et ronge jusqu'aux fondements de sa pensée : le stress. Une émotion qu'elle a su contrôler durant bien des années, et qu'elle peut se targuer de n'avoir plus ressentie depuis longtemps. La pièce semble se refermer sur elle tandis que l'air lui manque, ses tempes battent sous ses cheveux alors que, derrière ses paupières, ses idées d'ordinaire si organisées tourbillonnent dans une cacophonie barbare. Telle est la différence entre argumenter contre soi-même, et contre quelqu'un d'autre.

Otton est un adversaire redoutable, et Maeva sait qu'elle tirera tant de leçons de cette conversation que son respect pour son supérieure grandira. Bien qu'elle le connaisse depuis quelques années déjà, cette opposition idéologique est une nouveauté doucereuse. Intérieurement, la jeune femme salue la bravoure innommée des philosophes dont la vie est ponctuée de conflits verbaux plutôt qu'armés. Elle admet volontiers ressentir moins d'aise en cet instant précis – même données les circonstances particulières – qu'avec l'épée au poing.

Son premier argument laisse un doute dans l'esprit de la jeune femme, car il fait partie des rares points qu'elle n'a encore su peaufiner durant les mois de préparation mentale dédiés à ce plan. L'ampleur de l'entreprise est une chose à laquelle elle est préparée et prête à donner les plus belles années de sa vie sans rechigner, mais la masquer au monde… préparer la flotte Excelsienne n'a rien d'un problème d'un point de vue international compte tenu de la distance couverte par ses navires d'acier et de leur réputation de première flotte du Continent. Mais le Prince a raison en ce que lever des forces terrestres aurait des répercussions à court et long terme.

Et qu'elle n'a aucune idée de comment masquer ceci au monde.

Laissée coi sur ce point, elle n'ose y répondre d'ineptie, partisane du fait qu'il vaille mieux se taire qu'élucubrer. Ses idées virevoltent comme des oiseaux dans une tempête, cherchant un arbre sur lequel se reposer afin de s'organiser. Son calme intérieur est perturbé par la justesse des contre-arguments du Prince qui, ne la dissuadant certes pas de celle de son projet, douchent peu à peu l'enthousiasme qui enflamme chaque fibre de son corps. Au stress se supplante une nouvelle émotion dont la femme en blanc a choisi de se débarrasser longtemps auparavant.

La peur de l'échec.

La main levée du Prince vient accentuer ce torrent glacé qui se répand dans le corps de l'Amirale. Instinctivement, le bout de sa langue se loge entre ses dents serrées, masquée par ses lèvres closes. Elle craint d'avoir abordé la discussion de la mauvaise façon et d'avoir opposé au calme de son supérieur un enthousiasme qui pour un manque d'expérience, ou de préparation. Une digue se brise dans ses pensées, elle veut remonter le temps, tout recommencer et exposer ses arguments de façon parfaitement cartésienne à la façon d'un rapport, à la façon dénuée d'émotion dont les Prieurs semblent avoir le secret bien gardé au cœur de leurs murs. Paradoxalement, elle s'en veut de ces craintes enfantines, elle savait à quoi elle s'exposait en entrant dans cette salle, alors il lui revenait d'assumer ses actes comme elle l'avait toujours fait.

Sa voix est comme un tranchoir s'abattant sur son cou, sa garde était ouverte, et elle a le sentiment d'avoir perdu le duel verbal dans lequel les deux officiers s'étaient engagés. Repentante, elle garde le silence tandis que le Prince étanche sa soif. Rien, dans ses propos, ne montre qu'il rejette de but en blanc les dires de l'Amirale, mais elle s'attendait simplement à une approbation plus claire de la part du Premier Prieur, trop habituée à la victoire.

Alors, elle comprend.


– Je vous en remercie.

Les mots s'écoulent sans qu'elle n'y pense tandis qu'elle se lève avec une illumination perçant le chaos de son esprit, suivant le mouvement de son supérieur. Sa peur et son stress disparaissent alors que le Premier Prieur lui donne ses instructions en même temps que sa bénédiction. L'Amirale se rend alors compte de l'importance de la leçon qu'elle vient de recevoir de la part de son supérieur hiérarchique. Trop habituée à la victoire sur un terrain qu'elle ne connaît que trop bien, elle a oublié ce qu'était la crainte de la défaite, ou d'une résistance trop grande pour être surclassée du premier assaut. La honte se mêle à la reconnaissance alors qu'elle prend sa posture d'attente cérémonieuse, les mains croisées derrière le dos, le regard accroché à celui d'Otton plutôt que planté dans ce dernier. Si fière et confiante soit-elle, Maeva doit comprendre que les personnes auxquelles elle s'adressera sont les plus hauts dirigeants d'Excelsa, et non des hommes qu'elle peut diriger comme elle y est habituée. Elle doit se rendre compte de la difficulté de son entreprise, et pas simplement assumer une victoire héroïque comme elle en a l'habitude.

Elle doit comprendre qu'elle peut échouer.


– Oui, Votre Altesse.

Les instructions n'appelaient guère de contestation ou d'approbation, et la matrone de l'Océan limite son discours au minimum afin de souligner son propre changement d'attitude. Parmi toutes les paroles prononcées durant ces quelques minutes, les plus pertinentes sont celles qui se sont glissées entre les lignes.

Les non-dits.

La tête de l'Amirale était maintenant aussi en sécurité que sur un billot, car nul ne pourrait la sauver si elle était jugée dangereuse pour le bien-être de la Cité. Au bout du chemin, l'Histoire se souviendrait d'elle comme l'instigatrice d'une nouvelle ère, ou comme un élément perturbateur trop imbu de son importance pour être raisonné. Elle serait une héroïne, ou une criminelle, alors qu'elle aurait pu n'être qu'une Amirale guère-même anonyme.

Mais en lui laissant carte blanche de la sorte, Otton mettait également sa vie en jeu, quelque chose dont la gravité apparaissait peu à peu à Maeva.


– Je vous remercie de votre temps et de cette opportunité, Votre Altesse. Et j'espère vous revoir dans des circonstances moins...particulières, la prochaine fois.

Son côté cérémonieux la pousse à s'incliner comme le veut le protocole, alors qu'une voix, derrière son personnage, lui murmure d'être plus expressive. Une poignée de main, simplement, qu'elle n'ose guère se permettre. Alors s'en retourne vers la porte, tiraillée entre l'envie de faire preuve de familiarité avec l'amant de son meilleur ami – et, d'une certaine façon, son ami à elle aussi – et le devoir protocolaire inhérent à leur position.

Sa main vole vers la poignée, mais se refuse à l'ouvrir, comme s'il lui restait quelque chose à faire, ou à dire. Soudain amusée de sa propre hésitation, l'Amirale d'Excelsa, figure d'autorité glaciale et intransigeante, tourne la tête de sorte à se retrouver de biais par rapport à la seule autre personne présente dans la pièce et…

Sourit.

Entre ses lèvres dont les commissures sont exceptionnellement relevées, un souffle passe, trop faible pour être entendu de l'autre côté de la porte, peut-être trop faible même pour que son destinataire ne l'entende.


– Merci, Otton.
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MessageSujet: Re: Les graines d'un avenir [Otton]   Sam 7 Avr - 17:23

Il n'est pas difficile, dans un débat de ce genre, de défendre l'ordre établi. C'est ce que le Prieuré a toujours fait. Mille ans d'histoire viennent étayer les propos d'Otton, alors qu'il reste à sa place, dans sa forteresse. Maeva est celle qui veut quitter les sentiers battus, qui tente de le convaincre de faire quelque chose de nouveau. Et certainement de fou. Une guerre à grande échelle, voilà quelque chose qu'Excelsa ne s'était pas permis depuis la chute du Royaume de Myre et de son indépendance pleine et entière. Et même avant, son rôle était déjà défensif.

Occuper la pointe de la Péninsule Sud et la protéger. Prélever les taxes sur les navires marchands, servir de plaque tournante pour le commerce international. Et, enfin, se maintenir à la pointe du progrès, pour demeurer à l'abri des menaces extérieures. Un plan qui s'était avéré parfait pendant tant de siècles que l'idée d'y changer quelque chose pouvait frôler le blasphème.

Maeva semblait saisir la magnitude d'une annonce officielle de guerre. Aux notables, aux militaires, aux citoyens. Si demain, les Princes faisaient savoir en place publique qu'ils souhaitaient lancer la flotte et le Prieuré à la conquête du Continent... Non. Ça devait être préparé mieux que cela. Au moins, l'Amirale avait diminué son débit de parole, désormais de retour à sa place. Sans la réprimander, Otton devait lui rappelait que ce genre d'actions, et surtout de cette envergure, ne pouvait émaner d'eux seuls.

- Je vous en prie, Amirale. N'hésitez pas à me tenir au courant de l'avancée de votre travail.

Quelqu'un d'autre aurait sans doute fait le coup du "si jamais vous vous faites prendre, je vais nier de savoir quoi que ce soit". Le Premier Prieur espérait que Maeva ne ferait rien de ridicule, comme présenter ses plans trop ouvertement ou poser des questions qui répandraient des rumeurs en Ville plus vite que les crieurs et les journaux. Il ne voulait ni de la presse, ni surtout des représentants des autres factions tenant Excelsa, dans son bureau, lui demandant quand était-il devenu si assoiffé de sang. Et l'Amirale ne voulait certainement pas ça non plus. Mais s'il le fallait, il l'assumerait.

Et si le plan s'avère bon ? Si l'Académie parvient à fabriquer des armes dignes d'une guerre offensive... Alors ce sera une option à présenter aux Trois autres.

- Je l'espère aussi. Je ne souhaite pas entendre une proposition de ce genre toutes les semaines...

Il sourit du coin des lèvres. Bien entendu, ce genre de demandes, c'était d'une rareté quasi historique. Alors ils pouvaient se permettre d'en rire. De toute façon, les personnes susceptibles de pouvoir aborder le Prince sur de tels sujets n'étaient pas bien nombreuses. Maeva faisait partie d'un cercle de privilégiés, de ce côté.

Le Premier Prieur retourna à sa pénible lecture alors que l'Amirale quittait la pièce... enfin, elle ne sortit pas tout de suite. A la limite de sa vision, Otton remarqua la silhouette blanche s'immobiliser. Il n'entendit pas ce qu'elle avait à dire, même s'il lui semblait qu'elle disait quelque chose. Dans le doute, il répondit à voix haute, faisant référence au premier des Cinq Préceptes.

- Vous êtes un glaive exceptionnel, Amirale. Bonne journée.

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