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 Enisca Nera - La Cartographe

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Enisca Nera
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Vice : Intransigeance
Faction : Académie
District : Cénacle
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Occupation : Cartographe

MessageSujet: Enisca Nera - La Cartographe   Sam 24 Mar - 15:37


Enisca Nera - La vérité dans les cartes


« Par définition, une carte ne correspond jamais à la réalité. »

Le vieux fou avait raison. Rien, dans le fin tracé de la ruelle ne pouvait vous préparer à la décrépitude des murs de brique vérolée, ou à l’odeur de la rigole, creusée profonde par des mois de bassines sales balancées par les matronnes des taudis. Au moins, pensa-t-elle, l’humidité plaquait au sol les miasmes des usines sous le vent. Tout comme les Oisillons et le Prieur, poussière et puanteurs se disputaient chaque jour la Borée.

Tout en marchant à pas comptés, elle revoyait la ruelle, deux traits fins d’encre de plomb, nets et sans bavure. Tâchés par deçà le calque d’une épaisse croix rouge. La croix était un crime, fidèlement rapporté par un zélé du Prieuré, et archivé dans les volumes sans fin du Cénacle. Elle l’avait trouvé et rapporté, sur une feuille de papier si fin qu’il en était transparent, pour ne pas abîmer l’œuvre du maître.

« Attention à votre échelle Nera ! Tout en dépend ! »

C’est vrai. Une seule croix n’enseigne rien. Reculons. Il y en avait deux autres toutes proches. La première sous cette arche à demi-écroulée, là ou deux gamins jouaient aux osselets, le plus grand assis sur une pierre tâchée de rouge. Sur la carte, c’était un trait continu et trompeur. Le maître avait omis de noter le passage vers la cour intérieure, trop crasseuse à son goût. Une erreur, mais il n’avait pas tort. Un vétéran y avait été mascagné pour son or, lui qui n’avait à son nom que du fer.

Un regard torve, lancé comme une dague par un mendiant la frappa d’une pensée. Il n’en fallait pas beaucoup pour qu’un oisillon décidât qu’une académicienne faisait, après tout, une proie des plus valables. Elle se demanda brièvement s’il y aurait quelqu’un pour dessiner sa propre croix sur le calque. Sans doute pas. Elle pressa le pas.

« Une bonne carte ne note pas que l’espace, s’il y a lieu, il faut tenir compte du temps. »

Une autre ruelle, une autre leçon. L’auvent de cet immeuble était bien entretenu, la pierre polie par les rinçages quotidiens d’une propriétaire attentive et fière de l’être. Rien n’y laissait devenir qu’un optimiste du Prieuré s’était pris de surprendre trois bonhommes en plein milieu d’un transfert imprévu de propriété. Des arbalètes avait été agitées, des hurlements poussés. Le pandore s’en était tiré avec une belle estafilade, sa toute première arrestation et une sacrée soufflante du sergent. La paix du quartier ne valait pas d’être perturbée pour trois adolescents en virée dans le cellier de la brasserie...

Mais il y avait plus important. Le calque avait changé, et sur celui-ci les croix étaient vertes. Un crime commis avant trois heures du matin. Grâce à l’idiot, l’heure était exacte à la minute près. Plus tôt, plus près...Elle se rapprochait.

« Trouvez des éléments structurants, et travaillez autour d’eux en grand détail. »

Elle se surprit à respirer plus à son aise, en débouchant sur une traverse. Une rue bien dallée, digne de Saint-Héléna ou du Cénacle. Tant de taudis détruits, tant de familles dégagées du chemin pour transformer une ruelle bien placée en une large avenue. Nulle question de salubrité ou d’esthétique, bien sûr. La traverse menait droit à la caserne, et quand la Borée se sentait une poussée de fièvre, c’est ici que la cavalerie se chargeait de la faire descendre.

Et sur toute sa longueur, nulle croix. Une frontière vierge, patrouillée, éclairée sans relâche. D’un côté, une forêt de croix rouges, les crimes de fin de nuit, parsemée de vert. De l’autre, une jungle verte et même, ici et là, les premières traces de jaune. Elles lui semblaient des fleurs précieuses, des promesses, comme ce mauvais-payeur secoué jusqu’au sang par ses usuriers. Une croix d’or, un crime commis avant même minuit.

« Une carte n’a pour valeur que celle de sa partie la moins précise. »

Moins précise ? La Borée était un foisonnement. A chaque nuit ses vols et poignards, à chaque crime son Prieur soigneux. A chaque rapport, sa croix portée sur le calque. A mesure qu’elle s’enfonçait au coeur du quartier, chaque rigole avait connu sa libation de sang, chaque mur porté les pleurs d’un homme dépouillé. Par chaque fenêtre, quelqu’un avait tout vu et n’avait rien dit. Sinon…

Des croix, des croix partout. Verte, verte, jaune, rouge, verte, verte, jaune...Jaune. Jaune. Jaune. La dernière couronne. Elle sentait son cœur battre la valse d’un succès qui se rapproche. Elle voyait s’étaler sous ses yeux la fleur du crime de la Borée. Dessinée sur le calque, une couronne de jaune à l’intérieur, autour d’elle une forêt verte, et  des pétales rouges qui s’effilent au plus loin.


« Parfois, une absence enseigne plus qu’une présence. »

A l’intérieur de la couronne de jaune, il n’y avait rien. Une abondance nouvelle de regards mauvais, mais de croix nulle part. Et leurs yeux méchants évoquaient en elle le sentiment du triomphe. De la vérité trouvée.

Car même le plus taré des malandrins n’oserait ici mettre la main sur elle. Pas si près du patron. C’est la première règle que l’on apprend à tous les oisillons. On ne compromet pas la planque. On attire pas l’attention du Prieuré. On reçoit ses ordres, et on s’éloigne. Vers minuit, on rappelle au partenaire que ce qui est dû est dû. Vers trois heures, on trucide sous l’arche écroulée. Au petit matin, quelques mauvais coups en rouge par delà la Traverse…

Plus tard dans la nuit, plus loin de la planque.

« L’exactitude topographique est la quête la plus noble du cartographe. »

Tais-toi ! Tais-toi vieux fou ! Toi, les laquais de la Flotte et les cartographes de bibliothèque. Vous qui rêvez de terres lointaines, ignorant à vos pieds la plus belle ville du monde. Vous qui dessinez rivières et déserts lointains sans voir les rigoles de pisse et les poussières de la Borée. Vous qui parlez de tectonique en Sigvar  plutôt que d’écouter le pouls d’Excelsa.

Je suis là, moi ! Enisca Nera ! Posée dans le nid des oisillons, dans le cœur battant de la Borée. Ou l’on décide de ceux qui vivent et ceux qui meurent. Ou derrière les persiennes poussent arbalètes et azalées.

Le poing serré, la jeune femme frappa à la porte. Elle avait tant de travail à faire, tant d’autres cartes à dessiner.

« Je veux parler à ton patron ! »
Nom : Nera  
Prénom : Enisca  
Âge : 29 ans
Genre : Féminin
Titre(s)/Métier : Cartographe
Faction : Académie
District : Le Cénacle
Vertu : Créativité
Vice : Intransigeance
Etranger : Non
Pouvoirs : - Sciences Exactes (Cartographie)
- Sciences Humaines (Sociologie)
- Beaux Arts
- Planification

opinions

Par contraste avec l’amour sans fin qu’elle a pour sa ville, Enisca est en politique une relativiste absolue. Percevant son travail comme une recherche d’une vérité fondamentale, elle se refuse à émettre des jugements de valeur. Pour elle, un vol à la tire et l’achat d’un sac de tomates ne sont que deux éléments au sein d’un même jeu de données pour une carte de la circulation pécuniaire dans Excelsa. Une conversation à l’Opéra ou un pot-de-vin au Palais, une carte des échanges d’influence dans les quartiers riches…

Rationnellement, Enisca est consciente que peu de gens partagent sa quête de vérité. Émotionnellement toutefois, elle ne voit aucun obstacle à une convergence des buts. Elle travaillera volontiers aux côtés de tel et tel parti, pour peu que celui-ci lui donne accès aux données dont elle a besoin, et n’exige d’elle qu’un travail de vérité. Selon elle, toute carte sincère est bonne à faire. Qu’importe qu’elle serve aux oisillons à cibler les manoirs les plus riches ou aux architectes à empêcher une épidémie. Sa seule condition : Que la carte et ses calques viennent à terme enrichir les rayons du Cénacle.

En revanche, quiconque s’avise de se détourner son travail à des fins politiques se fera d’elle une ennemie. Il lui est beaucoup plus facile de tolérer une infamie commise sur la base de bonnes informations que l’action la plus bénévole justifiée par un mensonge. Pour elle, toute entorse à la sincérité des cartes est un affront personnel à la beauté d’Excelsa.

Face à un talent sans bornes, l’Académie s’est jusqu’ici sentie obligée de conserver Enisca parmi ses rangs. Mais ses recherches et ses buts s’opposent de plus en plus à ceux de ses collègues. Peu prestigieux, toujours à la limite de la ruine, le département de cartographie voit d’un mauvais œil que son plus brillant élément ne produise qu’un travail théorique sans valeur pour la Flotte ou les Architectes. De plus en plus, on ne trouve dans le camp de « la fille aux calques » qu’un doyen à la santé fragile et quelques étudiants zélés. Il lui faudra peut-être, pour préserver son statut, chercher quelques sources de financement.

Enisca entretient également des rapports ambivalents avec la Flotte. Consciente de devoir sa destinée de cartographe à l’un de ses officiers, elle n’en garde pas moins des griefs personnels et académiques. La Flotte est le principal mécène du département de cartographie, et en retour plus intéressée par la profondeurs exacte des fjords de Sigvard que par les élucubrations d’une cartographe parlant de « peuple ». Et puis, il y a cette mort mystérieuse, dans des eaux si froides...



Descriptions

Nera porte sur elle les marques de ses origines pauvres. Elle a pour elle une beauté sèche, sévère même, loin des standards de l’aristocratie préservée du soleil et de la poussière. Ses cheveux noirs sont entretenus sans être travaillés, et ses vêtement solides avant d’être de la dernière mode. Ses outils de cartographe, sextant, boussole, compas, plumes, règles sont ses possessions les plus précieuses, qu’elle emporte partout.

Fille d’un humble marin de la Flotte, parti en expéditions des mois durant, Enisca avait vite appris à se débrouiller seule. Pour sa mère, elle était la moins pénible d’une fratrie nombreuse. Habituée à se laisser effacer dans le paysage par les cris et les jeux des enfants de la Borée, les observant sans relâche, par dessus les pages des livres mal reliés prêtés par l’écrivain public. Adolescente, elle marche des jours durant à travers Excelsa, suivant la fraîcheur de l’ombre jusque dans Domina.

Elle découvre les cartes par le plus grand des hasards. Obligée un jour d’accompagner son père sur les chantiers navals, alors que sa frégate était au calfatage, Enisca se laissa une fois de plus oublier. Son père la retrouva penchée sur la table à cartes du capitaine, une règle en main et le vieil homme penché avec tendresse au dessus de l’adolescente. « Ou sont les gens ? » demandaient-elle.

Aristocrate de naissance, le capitaine devint l’indispensable sponsor pour qu’une gamine de la Borée intègre l’Académie. Peut-être était-ce l’acte d’un philanthrope. Peut-être était-ce la culpabilité, après la mort évitable d’un certain marin, dans les eaux gelées de Sigvar.

A son entrée à l’Académie en tant qu’étudiante cartographe, Enisca su vite faire oublier les doutes, se révélant comme un talent prodigieux. Rigoureuse et déterminée, mais aussi créative et esthétiquement douée, elle laissa loin derrière elle le reste des étudiants.

Tout aussi vite, elle commença à rejeter les enseignements des cartographes classicistes. Là ou eux cherchaient à se rendre le plus utiles possibles à la Flotte et aux Architectes, ne voyant dans la cartographie qu’un outil pratique aux navigateurs et aux ingénieurs, Nera veut inventer une nouvelle science. Une cartographie des gens plutôt que des lieux, basée sur toutes ces années passées à observer les rues en silence. Calque après calque, elle dessine une ville aussi mouvante que les gens qui l’habitent.

Portée par un amour transcendant pour Excelsa, chacune de ses cartes est une déclaration. En dévoilant les entrailles cachées et les secrets de la ville, Nera ne trouve que beauté, s’approchant à chaque nouveau trait d’une connaissance si intime qu’elle en deviendrait presque presciente.

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Otton Egidio
Prince Prieur

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Vice : Luxure
Faction : Prieuré
District : Prioral
Influence : 1130
Occupation : Premier Prieur
Disponibilité : Je vis ici

MessageSujet: Re: Enisca Nera - La Cartographe   Sam 24 Mar - 16:21

Okidoki !

Tous les détails concernant les pouvoirs du personnage et ses objectifs (à court terme au moins) ayant été discutés, je peux enfin te souhaiter officiellement la bienvenue parmi nous et te féliciter pour cette belle fiche !

Gloire et confettis pour la première représentante de l'Académie d'Excelsa !


Bon Jeu à toi !

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Madame Guillotine !
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