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 Second born, first served [Alexander Shah]

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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Second born, first served [Alexander Shah]   Sam 24 Mar - 4:32

Un crissement sinistre signale l'arrivée du serpent de métal dans son nid. Des portes s'ouvrent sur ses flancs, vomissant sans distinction des masses informes sur un quai marqué par l'usage. Des talons le claquent, le martèlent et l'écrasent comme le forgeron battait autrefois l'enclume pour tirer de son métal la meilleure forme. En tête, le serpent rugit comme un prédateur, projetant des crachins de fumée dans les airs pour témoigner de son impatience de circuler sur les voies creusées spécialement pour lui. Son rythme est impeccable, ses formes, grossières, sont géométriquement adéquates, et avant la nuit, il aura accompli ce pour quoi il fut originellement conçu : transporter dans la Cité quidams et marchandises.
Le ciel est morne et grisonnant, annonciateur d'une bruine à venir ou partante. L'air est lourd comme le soufre, chargé d'odeurs enflammées qui calcinent la gorge et étouffent les yeux. Et du fait des caprices d'un soleil trop paresseux pour illuminer la Cité de Myre, les rues se recouvrent d'une chape d'obscurité lugubre, nuancée ça et là des couleurs de diverses bannières que chacun ne connaît que trop bien, frappées d'un marteau sur un rouage. En ce lieu, cette allégorie a plus de valeur que partout ailleurs, plus de valeur même que le célèbre Glaive de Myre. Ce symbole, l'emblème d'Excelsa, sied parfaitement au quartier Manufacturier.

Une silhouette à l'éclat perverti par la lumière sale se distingue parmi les badauds pressés de vaquer à leurs occupations. Tout de blanc vêtue, elle domine de deux regards la foule qui, si elle ose prêter attention à elle, s'évertue à n'en rien laisser paraître. Montée haut sur des chaussures qui la grandissent de quelques inutiles centimètres et accentuent son air autoritaire, elle marche, laissant son pas résonner sur un sol hostile et sien à la fois. Ses cheveux immaculés sont plaqués sur son chef, comme si la brise n'osait perturber leur discipline alors que sous cette couronne d'ivoire percent deux balles dorées, plantées vers l'avant sans l'intention de se détourner.
L'Amirale est en visite.

Ses enjambées divisent la mer d'inconnus comme la proue de ses navires, elle marche vite, mais n'éprouve aucune hâte. L'après-midi débute tout juste et son planning ne consiste qu'en une visite d'usines de sidérurgie. De nouvelles pièces sont en construction pour agrémenter un nouveau navire, dont le nom reste à choisir. Une tâche simpliste, en soi, dont n'importe quel officier de rang aurait pu s'acquitter sans la moindre gène, mais la conquérante de l'Océan est bien trop attachée au travail bien fait pour ne pas s'assurer sporadiquement de la compétence de ceux qui construisent ses navires.
Et puis, chaque visite est une bonne occasion de mettre ses connaissances à l'épreuve. Elle-même passionnée de mécanique, l'observation de rouages et de métaux est pour l'Amirale ce que les constellations sont aux astrologues. Elle y voit une certaine harmonie, une majesté que peu d'êtres discernent. En résumé, ces inspections sont pour Maeva, aussi paradoxal que cela puisse paraître, une bouffée de fraîcheur lorsque son devoir administratif la maintient à quai pendant des durées indéterminées.

L'Amirale rend son salut à un prieur d'un geste mécanique, et ne s'attarde guère sur l'incrédulité de la voir ainsi sans escorte. Malgré son rang, elle refuse de faire démonstration de force en se déplaçant dans la ville accompagnée. Selon ses propres dires, s'il fallait aux serviteurs de cette cité se cacher de ses propres habitants, alors la grandeur d'Excelsa n'aurait aucun sens. L'usine sidérurgique qu'elle doit visiter se situe quelques ruelles plus loin, et déjà la sensation d'étouffement s'intensifie, comme si les vivants n'étaient pas les bienvenus sur le territoire des produits, comme si la soie et l'acier, de leur simple volonté, voulaient refuser le passage à leurs créateurs.
Saisie, elle fronce nez et sourcils dans un geste trahissant un certain désagrément. L'âpreté de cette atmosphère est aux antipodes de l'air marin qu'elle chérit tant, et malgré cela, elle sait qu'elle s'y sera habituée d'ici quelques minutes.

Son intérêt se porte sur son environnement direct pour dissiper l'inconfort olfactif. Pour être souvent passée par ces rues, elle sait approcher des usines favorites de la gente féminine et des étrangers fortunés : celles de textile. Peu soucieuse du détail en matière d'industrie, Maeva observe avec un intérêt feint les façades se dessinant à la périphérie de son champ de vision. Devant elle s'étendra bientôt l'un des nombreux empires industriels nichés au cœur de la plus puissante Cité du monde. Un empire dont la prospérité dépend tant de sa capacité à s'imposer dans le monde impitoyable des affaires que de celle de la Flotte de la protéger des activités de malandrins.
Deux doutes se succèdent dans les yeux d'or de l'Amirale, embrumant son esprit de questions superflues dont la réponse ne saurait certainement se trouver dans ces ruelles malodorantes :
Jusqu'à quand la Cité pourra-t-elle maintenir ce rythme d'interdépendance entre ses différents acteurs avant de voir sa prospérité se transformer en un lent déclin ?
Et...de quel empire du textile peuvent bien venir ses uniformes ?
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Mar 27 Mar - 0:26

Alexander était de mauvais poil. Depuis des semaines, des mois peut-être, il s'évertuait à mettre de la distance entre lui et sa famille. Les Shah étaient au coeur d'une véritable tempête, avec la mort soudaine du Patriarche Denvis Shah, le grand-père du jeune homme et accessoirement Prince Industriel pendant des années. La grande soeur d'Alexander, Amélia, avait pris les commandes de la famille. L'objectif était de maintenir le régime de production des Textiles Shah, tout en organisant un contre-pouvoir politique visant à renverser le nouveau Prince, Elikia Lutyens. Au début, l'idée n'était pas forcément d'installer la jeune femme sur un des quatre trônes d'Excelsa... mais maintenant, si.

Alors pour mettre en place tous ses projets, Amélia devait s'astreindre à de très longues journées de travail. Un agenda bouclé pour des mois, à tel point que certains événements se chevauchaient. Comme celui-ci. Alors pour pouvoir assister à une réunion avec ses proches conseillers, à laquelle Alexander avait bien évidemment refuser de venir, l'aspirante Princesse avait demandé à son frère de se rendre à l'inspection des usines de textiles. Une requête que l'As avait dans un premier temps refusé. Il ne souhaitait plus s'impliquer dans les affaires de familles. Mais après moult supplications, il avait fini par céder.

Néanmoins, ce n'était certainement pas par gaîté de cœur que le cadet des Shah avait visité une à une les usines de production. Il avait du faire face à chaque chef d'équipe, serrer d'innombrables mains, et écouter d'illustres inconnus lui expliquer des méthodes et des stratégies auxquelles il ne comprenait rien. Ainsi, il se contentait d'acquiescer d'un air sérieux, marmonnant un "Hmm" ou un "Intéressant", voire un "Je vois" de temps à autre. Tout ça pour achever la conversation par le même échange de phrases :

Donc en résumé... tout se passe bien, les délais de productions seront tenus ?
- Oui, monsieur Shah.
Parfait.

Parce qu'après tout, Alexander se fichait bien de comment les employés procédaient pour fabriquer les vêtements, tant que ceux-ci étaient livrés dans les temps, et ensuite achetés ou exportés. Les Textiles Shah habillaient l'immense majorité de la ville. A part les armures, quasiment toutes les personnes de bonnes familles portaient du Shah, et les moins aisés... portaient du Shah aussi, mais moins cher.

L'heure du repas est dépassée lorsque l'As quitte la dernière usine de production. Il est fatigué, il est grognon, il veut juste rentrer et faire quelques passes d'armes dans la salle du Palais Shah prévue à cet effet. Mais alors qu'il fend la masse d'ouvriers qui traverse les ruelles du district Manufacturier, une silhouette attire son regard. Elle est différente. Propre, blanche, aisée. Pas à sa place, clairement, dans ces rues sales et poussiéreuses. Elle porte une tenue d'un blanc impeccable. Cheveux courts, blancs. Posture droite. Il n'y a que peu de doutes possibles : l'Amirale est en visite. D'un pas digne et d'une démarche tranquille, Alexander s'avance vers la représentante de la Maison des Navigateurs, et l'apostrophe.

Le blanc vous sied bien, Amirale, mais ici, ce n'est pas la couleur conseillée. Ce serait dommage de salir une tenue que mes employés ont probablement passé du temps à produire.

Il n'avait pas vraiment le moyen de vérifier immédiatement que le costume de Maeva O'Fell provenait bien des Textiles Shah. Mais si lui savait pertinemment qui elle était, il se souvint que le contraire n'était peut-être pas le cas. Léger sourire aux lèvres, il tendit une main ouverte :

Alexander Shah, ravi de vous rencontrer.
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Mer 28 Mar - 14:41

En navigation, l'un des avantages d'être une masse de plusieurs tonnes d'acier réside en ce que les navires ne s'arrêtent plus aussi brutalement qu'avant lorsqu'ils percutent les récifs. Tant habituée à fendre les vagues de la foule que celles de l'Océan, l'Amirale adopte le pas de ses vaisseaux. Conquérante et inamovible, elle s'attend presque naturellement à ce que les gens s'écartent, moins par respect de sa personne que par un réflexe inexplicable de ne pas vouloir se retrouver sur le chemin d'une femme qui se meut avec l'assurance d'un monstre de métal. Les plus courageux des badauds osent se placer dans son sillage afin de profiter de la travée percée par l'éperon lactescent.

Insensible à son propre effet – ou peut-être trop habituée à ce dernier – Maeva reste indifférente aux visages d'autrui, les confondant dans un amas flou de silhouettes et de couleurs. Les tons uniques du Priorat sont les seuls à attirer une brève attention de sa part, ne serait-ce que par habitude. Aussi est-elle légèrement décontenancée de voir une silhouette entrer directement dans son champ de vision, la forçant à la halte. Ses yeux et ses oreilles s'habituent immédiatement à sa présence, tentant d'identifier l'étranger qui perturbe son élan. Ses cheveux tombent sur l'un de ses yeux, ayant pour effet de faire ressortir la teinte grise mécanique du second. L'or rencontre l'acier, l'Amirale est à l'arrêt.

La tirade d'accroche de l'homme la laisse perplexe, mais légèrement amusée. La coïncidence semblait vouloir que ses propos coïncidèrent aux pensées de la trentenaire. Son visage se détend tandis qu'elle observe le prétendu magnat sans avoir la moindre idée de qui il s'agit. Son accoutrement montre les marques de la richesse, et son port laisse présager qu'il s'élève bien au dessus des roturiers, mais Maeva ne peut se targuer de connaître la moitié des hommes fortunés de la Cité, et encore moins leur apparence. Les noms les plus populaires lui sont évidemment familiers, mais encore, les noms n'ont guère de visage.

Une main se tend, porteuse d'un nom connu que l'Amirale peut désormais associer à un physique. Alexander Shah, puîné des plus grands magnats de l'industrie d'Excelsa et, potentiellement, du continent. Gardant la contenance mesurée due à son rang, Maeva tend sa main – gantée de blanc, comme à son habitude – et serre celle du jeune homme avec fermeté.


– Plaisir partagé, Monsieur Shah.

Sa voix correspond à son vocabulaire, cordiale, mais distante. Sans marquer de pause significative, elle enchaîne.

– Mes remerciements pour ce compliment, mais ne pensez vous pas que ce serait un gâchis de laisser cet ensemble vieillir dans une penderie ? Les chefs d’œuvre sont faits pour être montrés à la vue de tous.

Ses yeux se voilent un instant, elle plonge dans un monde inaccessible à tous, où ses pensées tourbillonnent à toute vitesse. Elle s'amuse des multiples sens que peuvent avoir les mots qu'elle prononce, à la base, pour vanter le travail des ouvriers qui la parèrent des années auparavant de tenues reflétant parfaitement l'image qu'elle désirait donner. Loin d'être coquette, l'Amirale ressent toujours une bouffée de fierté en enfilant l'un de ces uniformes spécialement taillés pour elle. Exemple parfait du talent sans borne des ouvriers Excelsiens, ils sont faits pour habiller un symbole, ou pour donner à ce symbole son statut. Ils deviennent alors l’emblème de ce dernier, de la même façon qu'une bannière est celui d'une Cité.

Se forçant à sortir de ses divagations, Maeva reprend la parole du ton usuel. Si les conversations mondaines tendent à n'être guère à son goût, elle admet volontiers que ces dernières peuvent se révéler enrichissantes en certaines occasions. De plus, elle est curieuse de la raison qui poussa le cadet Shah à l'aborder.


– Nous ne sommes pas loin de vos infrastructures, vous en revenez, j'imagine ?

Une question bateau, moins pour initier un dialogue que pour faire parler le jeune homme. S'il a quelque requête à lui faire, l'Amirale n'est aucunement disposée à l'inviter à la formuler, l'initiative est sienne à prendre. Cette entrevue aurait pu n'être qu'un échange de salutations, mais le fait de discuter habitue déjà le nez de Maeva aux senteurs ambiantes, et elle sait que si le contact se rompt tout de suite, les reflux la prendront.

Une question de confort, en soi.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Mer 28 Mar - 18:49

Il avait beau considérer cette visite dans les usines comme une corvée, il avait beau ne pas vraiment être responsable de quoi que ce soit au sein des Textiles Shah, Alexander devenait un autre homme lorsqu'il se trouvait en face d'une personne d'importance. L'As, le mercenaire qu'il incarnait la nuit, portait peut-être un masque sombre pour dissimuler son visage, mais le masque qui recouvrait la peau du jeune homme à cet instant était tout aussi efficace. Son visage ne trahissait plus ses émotions, son ennui et son envie de rentrer chez lui dissimulé derrière un sourire poli, de façade.

La poignée de main fut ferme, franche. L'Amirale avait de la poigne. Il en fallait pour mener la fière flotte excelsienne. Les légendes qui accompagnaient Maeva O'Fell contribuaient à lui conférer une certaine aura de prestige, que son uniforme blanc ne faisait qu'amplifier. Lorsqu'elle répond à sa première injonction, un sourire gracieux se forme sur le visage du jeune homme.

En tout cas c'est un uniforme de très bon acabit ! Peut-être même... de trop haut acabit pour nos industries. On dirait du sur-mesure... si je puis me permettre l'indiscrétion, qui a pris ses mesures ?

Les textiles Shah ne faisaient pas dans le luxe. Leurs vêtements, bien que de bonne facture et à même d'habiller tout le monde à Excelsa, étaient produits en série, et en masse. Alexander avait pu le voir très clairement au cours de ses visites matinales. Amélia, peut-être, en tant que nouvelle chef d'entreprise, pourrait dans le futur conclure des accords avec des créateurs ou des tailleurs, pour étendre le commerce familial, mais étant donné ses ambitions politiques, ça ne devait pas être à l'ordre du jour. Mais si Alexander récupérait le nom de l'artiste capable de créer un uniforme pareil, peut-être que sa chère soeur voudrait collaborer avec lui dans le futur ? Il n'en avait aucune idée, au fond, il n'était pas dans la tête de cette dernière. Et puis il n'avait aucune envie d'y être, ni de trop s'impliquer là-dedans. Si un nom venait à lui être donné, il ne ferait que le transmettre. Le problème du service qu'il rendait à son aînée, c'est qu'il créait un antécédent. Elle pouvait bien lui demander de répéter ce genre de courses "sans importances" auxquelles elle ne pouvait se soustraire. Et l'As avait d'autres choses à faire que de regarder des inconnus s'affairer sur des grosses machines. Comme par exemple, continuer à se faire un nom parmi les mercenaires. Tel un tailleur, il aimait réaliser des travaux sur-mesure, il n'hésitait pas à demander à ses employeurs quelques spécificités. Bien évidemment, il travaillait surtout pour Incus, le Grand Machiniste, mais leur partenariat n'était pas exclusif. Tout juste l'As avait-il promis de ne pas prendre de contrat qui viendrait nuire aux affaires de son mentor. Parfois, il se demandait ce qu'il ferait si un riche mécène lui offrait un pont d'or pour se débarrasser du Machiniste. Mais peu était ceux à vouloir se frotter à ce dernier, alors ces questions restaient en suspens.

En effet, je suis venu superviser la production de nos différentes usines. Répondit-il avec courtoisie, à la demande de l'Amirale. Bras désormais croisés derrière le dos, il ajouta : Je suppute également que vous venez faire de même ? La Flotte d'Excelsa n'a de cesse de s'agrandir, c'est à se demander si une opération de grande ampleur n'est pas dans les tuyaux.

Il avait lancé ça sur le ton de la plaisanterie. Mais au fond, récupérer une information, même partielle, sur les objectifs et les plans de la Maison des Navigateurs n'était jamais une mauvaise chose. Qu'il s'agisse d'Amelia ou d'Incus, l'un des deux serait peut-être content d'apprendre que Maeva O'Fell s'est déplacée dans le district Manufacturier pour superviser la construction d'un navire de guerre. Peut-être n'était-ce rien, peut-être qu'il extrapolait un peu trop... C'était plausible. Mais l'absence d'escorte l'interrogeait.
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Jeu 29 Mar - 5:20

L'indiscrétion du jeune homme témoigne d'une certaine assurance, ou d'un très mauvais sens de l'humour du point de vue de son interlocutrice. Le regard de l'Amirale se durcit instantanément à la question qui, malgré un caractère certainement impersonnel, reste déplacée. Un instant, elle hésite à laisser l'insolent sur place et poursuivre sa route. Ses lèvres se pincent alors qu'elle considère cette option, et la rejette finalement avec une certaine lassitude. Maeva réfléchit un moment à une réponse correcte, compte tenu du fait qu'elle n'est elle-même pas au courant de l'identité du créateur de ces ensembles. Ces derniers étaient arrivés avec le poste, alors peut-être étaient-ils du fait de l'entreprise de Thalia Morlone elle-même ? Elle n'avait retenu ni le nom ni le visage de la femme ayant pris ses mesures, et était oublieuse du moindre détail de cette scène.

Alors, elle décide, comme à son habitude, d'être franche.


– Votre curiosité est quelque peu déplacée, Monsieur. Aussi devrai-je vous décevoir, je ne m'en souviens pas. Tout ce que je sais de l'origine de cet uniforme, c'est qu'il m'a été attribué en même temps que mon titre.

Sa voix est cassante, mais s'efforce de ne pas monter assez haut pour que les passants n'aient le sursaut de curiosité nécessaire pour tendre l'oreille. Les bras de la femme en blanc se croisent sur son buste tandis que sa tête s'incline très légèrement sur le côté, soulignant l'irritation évidente de son visage. Ce visage fait partie de ceux qui lui sont le plus souvent associés, aussi les citoyens apercevant la dureté de ses traits en les dépassant semble n'y prêter aucune attention.

La réponse suivante vient, suivie d'une autre question. Le cadet des Shah se montre bien inquisiteur, trop, au goût de la militaire. La conséquence de la question intrusive précédente étant que son trait d'humour crée plus de frustration que d'amusement chez la jeune femme. Malgré sa position dans la hiérarchie industrielle et dans l'échelle sociale d'Excelsa, l'homme reste un civil, et les affaires de la flotte militaire de la Cité ne sont guère ses affaires. Intérieurement, Maeva commence à se demander si tout ceci n'est au final qu'une mascarade digne d'un journaliste de la Borée visant à faire les gros titres. Ses yeux se détachent du visage de son interlocuteur pour se prêter à un examen rapide de ce qui les entoure. La difficulté de repérer quoi que ce soit dans cette foule en mouvement constant l'empêche d'effectuer un examen précis, mais elle ne remarque rien d'inhabituel, personne en train de les observer avec un calepin à la main, du moins…

Son regard se reporte sur le cadet Shah, impassible, mais ayant perdu de sa verve précédente. Sa posture change du tout au tout, ses bras retombent le long de son corps en même temps qu'elle dresse subrepticement le menton, laissant ses yeux plonger dans celui du jeune homme. Une idée lui vient, la curiosité excessive de son vis-à-vis l'a irritée, mais elle sait comment retourner cette situation en sa faveur.


– Vous devinez juste, Monsieur Shah. Je suis venue inspecter les usines attribuées à la construction et à l'entretien des navires de la Flotte. Elle marque un arrêt, refoulant l'amusement qui manque de prendre part sur son visage. Les navires ont besoin d'entretien, ils mangent plus de métal qu'un homme ne consomme de pain et de vin, vous savez.

Une autre pause, plus longue cette fois, pour laisser à l'effet le temps de prendre racine. Puis, faisant mine de lancer un regard dans le lointain, elle reprend la parole d'une voix beaucoup plus claire.

– Voudriez-vous venir le voir de vos propres yeux, Monsieur Shah ? Voir le fleuron des Océans sous sa forme la plus primitive, aux côtés de sa matrone ? Si les plannings sont respectés, de nouvelles pièces devraient être prêtes à l'examen aujourd'hui.

Son invitation est sincère, et tout de ce qu'elle dit est vrai, mais elle a la certitude que son interlocuteur n'éprouve aucun intérêt pour la construction navale. Au fond, bien peu de personnes ont le moindre intérêt pour la façon dont ces géants d'acier sont engendrés, et pourquoi s'en occuperaient-ils ? Il y a bien assez de passions dans le monde pour que certaines ne regroupent qu'une faible poignée d'individus. Pariant sur le désintérêt de son interlocuteur, l'Amirale lui fait une offre qu'elle considère pour autant difficilement refusable. Après tout, les gouvernails étaient techniquement de nouvelles pièces.

Et, s'il était attentif, Alexander pourrait peut-être se rendre compte de l'afflux anormal de main d’œuvre.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Ven 30 Mar - 22:45

Pour des raisons qui lui restent obscure, l'Amirale se renfrogne assez durement en entendant sa question. Pourtant, Alexander n'éprouvait rien d'autre qu'une curiosité sincère sur la provenance de l'uniforme de Maeva. Rapidement, son cerveau tente de faire un lien entre sa question et la raison du ton cassant adopté par la dame blanche. Peut-être pense-elle que le cadet des Shah souhaite éliminer la fameuse tailleuse pour en faire profiter l'industrie familiale ? C'est un peu capillotracté, mais après tout ça pourrait être une option. Un peu complotiste, certes, mais qui sait ce qu'il peut se passer dans la tête des gens...

Pardonnez-moi, je ne souhaitais aucunement vous offenser, vous ou... n'importe qui d'autre d'ailleurs. S'excusa sobrement l'As, avec un sourire sincère. Jouer avec les nerfs de mes interlocuteurs ne fait pas partie de mes passe-temps, d'autant plus lorsque j'ai la chance de discuter avec l'Amirale d'Excelsa.

La flatterie gratuite ne serait peut-être pas interprétée comme un simple compliment innocent, mais Alexander n'en avait cure. Est-ce que Maeva O'Fell représentait un possible obstacle aux plans d'Amélia ? Il n'en avait aucune idée, et il s'en fichait pas mal. Pour l'heure, il s'attachait plus à ne pas s'attirer les foudres de l'Amirale. C'était une très mauvaise idée de se faire un ennemi de Maeva, et par extension de la Maison des Navigateurs. Pour l'heure, la dame blanche confirme ses soupçons. Elle va bien inspecter quelques pièces. Un nouveau navire ? Plusieurs ? Toute information était bonne à prendre.

Oh je n'en doute point. S'esclaffa Alexander en réponse à la remarque de Maeva sur le pain et le vin. Et pourtant, j'ai malheureusement pris part à des réceptions qui gaspillait de la nourriture à un train assez hallucinant.

Le jeune Shah laisse échapper un soupir. Sa lassitude vis à vis de la vie mondaine ressortait très rapidement, et elle pouvait se lire sur son visage. Combien de fois s'était-il retrouvé attablé avec des représentants importants de l'Industrie, ou même d'autres factions, à rire hypocritement aux mêmes anecdotes redondantes, tandis que ses interlocuteurs enfournaient les petits fours plus vite qu'un pianiste jouait sa partition.

Toutefois, il se reprend rapidement, tandis que l'Amirale lui propose de venir avec elle visiter la fameuse usine. Foncièrement, Alexander n'a strictement rien à faire des différentes pièces d'un bateau, qu'il soit de guerre ou marchand. Mais dans le cas présent, son cerveau reste en partie focalisé sur l'utilisation qu'il pourrait faire de potentielles informations. A qui bénéficieraient-elles le plus ? Amélia ou Incus ? Sans doute au second plus qu'à la première. Après tout, le Grand Machiniste nourrissait une passion dévorante pour tout ce qui n'était pas vraiment humain. D'ordinaire, il préfère les automates, mais sans doute trouverait-il un usage à connaître l'état d'avancement de l'assemblage d'un navire de la Flotte.

Ce serait un honneur. Répondit Alexander avec une sincérité à peine feinte. Son retrait de la vie publique était un fait avéré, alors il supposa que l'excuse qu'il s'apprêtait à donner ne poserait aucun problème de logique : Après tout, chaque minutes que je passe loin de la demeure Shah est un moment de calme en plus. Même au cœur du brouhaha des machines.

Il emboîta donc le pas de Maeva, en direction des usines dédiées à la Flotte d'Excelsa. Au fur et à mesure, leurs pas devaient ralentir, à cause de la dense foule autour d'eux. L'Amirale, sûre d'elle, ne fléchissait pas et continuait à avancer, comptant sur son aura pour fendre la masse. Alexander suivait distraitement, bien qu'avec une attention doublée. C'était dans ce genre d'environnement qu'un coup de poignard pouvait partir à tout moment. Et l'habillage de l'Industriel et de l'Amiral les rendaient facilement distinguables.

Bien qu'il ne s'agisse que d'une simple visite, l'Amirale d'Excelsa ne devrait-elle pas se déplacer avec une escorte ? Demanda Alexander, alors que les portes de l'usine de la Flotte s'ouvraient devant eux.
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Mer 4 Avr - 11:10

Les excuses du jeune homme calment la véhémence de l'Amirale, adoucissant légèrement son air sans l'en départir des masques d'autorité métallurgiques que le commun des Excelsiens lui connaissent. Souvent tatillonne à propos de ce qui la concerne directement, la femme aux yeux d'or tend à dévier toute question s'approchant de près ou de loin d'une information personnelle avec la même brusquerie. Et, de son point de vue, mentionner le nom d'une personne connaissant ses mesures appartient à cette catégorie.

Pour autant, elle ne réagit à la flatterie du cadet Shah qu'avec un masque toujours aussi placide, la fébrile lueur apparaissant dans ses yeux passant pour seul témoin qu'elle l'ait simplement entendue. Habituée aux compliments dénués de sens ou de franchise dans les milieux mondains qu'elle est forcée de fréquenter en raison de son grade, l'Amirale se trouve tant irritée que flattée par ce genre d'éloges. Flattée, de voir que son nom est connu et respecté dans la Cité, au mieux sincèrement, au pire suffisamment pour que les quidams ne s'essaient aux flagorneries. Irritée, d'être aussi aisément satisfaite d'entendre autrui prononcer du bien d'elle-même ou de son image.


– La chance ? Eh bien, si vous le dites…

La remarque suivante lui arrache un discret soupir. Familière de ce genre de réceptions, elle partage l'aversion apparente de son interlocuteur vis-à-vis de la débauche et de la luxure qui définissent plus que ne ponctuent la plupart des banquets mondains. Si elle comprend le désir des fortunés que de dépenser plus que de raison – suivant le vieux dicton selon lequel l'argent n'est pas mortel – Maeva déprécie l'excès de frivolités. D'une certaine façon, la tenue de ces réceptions est une démonstration de la puissance économique et culturelle d'Excelsa, mais les plus austères parmi ses compatriotes iraient jusqu'à les qualifier d'extravagances inutiles.

Mais, si réticente qu'elle soit à cette idée, elle comprend la plupart des intérêts subtils de ces bagatelles.

L'acceptation de l'offre empoisonnée est d'une franchise qui ôte à l'Amirale toute venimosité. Peut-être est-il un bien meilleur diplomate qu'il ne le laisse entendre, finalement, bien que son excuse laisse présager qu'il ferait tout pour échapper au carcan familial. Les sourcils de la cadette se haussent un instant, masquant bien difficilement sa surprise, puis ses traits se détendent à leur tour, laissant voir un visage qu'elle voulait enthousiaste, et qui s'apparentait conséquemment à un faciès humain normal, dénué de sa crispation mécanique habituelle. En réfléchissant aux propos d'Alexander, l'Amirale y trouve un peu de ce qu'elle a été par le passé, quelqu'un de mécontent du destin tracé pour lui, désirant s'en forger un.


– Loin de moi toute curiosité mais...pourquoi ne pas trouver un métier qui vous écarte des affaires de votre demeure, dans ce cas ?

Sa question est sincère, car c'est techniquement ce qu'elle a fait pour ne pas avoir à porter l'écusson de sa famille lors de voyages d'affaire. Ses parents voulaient faire d'elle une femme qui naviguerait les mers sur des embarcations de bois chargées d'or, elle a décidé de le faire sur des navires d'acier chargés de poudre. Alors, pourquoi le jeune homme en face d'elle ne choisissait-il pas simplement de trouver sa propre voie ? Selon les ragots populaires, Amélia Shah était une femme très capable de s'occuper de son héritage familial.

Elle ouvre la marche avec le dédain qu'elle accorde habituellement aux masses, inébranlable dans les mouvements de foule. Son pas ne ralentit qu'à peine là où celui des badauds se serait depuis longtemps interrompu avec indignation en attendant que ceux devant eux n'avancent, les injuriant au demeurant. Ceux qui arrivent en contresens s'écartent comme si la percuter, même lancée à la marche, revenait à se briser tous les os contre un rocher. Ceux qui lui tournent le dos, quant à eux, sont souvent déplacés par leurs pairs tant par solidarité que par respect. Le poids de ces yeux d'or tombe sur ceux qui ne cèdent pas immédiatement le passage comme deux boulets de canon, coupant le souffle et incitant à s'écraser contre la surface la plus proche. Fière de son effet, l'Amirale met quelques secondes avant de distinguer la question du jeune homme qui la suit.


– En territoire étranger, peut-être, mais quelle est l'utilité d'une escorte au sein de la Ville ? Si nos rues ne sont pas sûres, à quoi bon garder l'Océan ?

Elle s'arrête alors, laissant le cadet Shah arriver à sa hauteur avant de lui lancer un regard interrogateur. Sa question n'est pas que rhétorique, et tire sa source dans les plus profondes convictions de la matrone de l'Océan.

Ses yeux se tournent ensuite vers un nouvel arrivant qui les accueille à l'entrée de l'usine. Courtaud, le crâne surmonté d'une couronne de cheveux noirs et les orbites percées de deux billes sombres, il salue l'Amirale et son invité avec courtoisie, reconnaissant à sa tenue plus qu'à son visage un signe d'importance, certainement.


– Monsieur Shah, je vous présente le Contremaître Kris. Contremaître, voici Alexander Shah, mon invité pour l'inspection d'aujourd'hui.

Les banalités d'usage passent, le trio entre dans l'usine afin d'échapper aux affres de la foule avant d'être assailli par la chaleur étouffante de la métallurgie. Maeva observent son environnement avec un œil expert, habituée à ce que chaque détail soit bien à sa place dans le lieu de fécondation de ses enfants d'acier.

– Si vous avez la moindre remarque ou question durant l'inspection, Monsieur Shah, ne vous abstenez pas. Les points de vue extérieurs sont parfois très instructifs.

Le contremaître s'absente un instant afin de prévenir ses employés de la présence d'un invité surprise. La mère de la flotte profite de cet instant pour passer en revue ce sur quoi elle doit se renseigner durant la visite. Un nouveau type de gouvernail supposé diriger les géants d'acier plus efficacement en eau profonde, des pièces légèrement allégées par rapport à leur équivalent contemporain visant à octroyer une meilleure maniabilité et vitesse de pointe aux navires sans altérer leur résistance, des armatures de canons, et des plans d'éperons capables d'éventrer les navires plutôt que de simplement les transpercer, sans gêner la maniabilité navale.

Le tout, produit en grandes quantités…

Lorsque le petit homme s'en revient pour annoncer que tout est prêt pour l'inspection, l'Amirale se tourne vers son invité avec un air solennel.


– Après vous, Monsieur Shah.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Mer 4 Avr - 23:48

Un léger sourire se forme sur le visage d'Alexander, alors que l'Amirale fait à son tour preuve d'un peu de curiosité à son encontre. Pour des raisons évidentes, il ne peut pas lui expliquer qu'il exerce déjà une activité qui l'éloigne chaque jour un peu plus des siens. Mercenaire à la solde quasi-exclusive du Grand Machiniste Incus Castellum, fleurettiste masqué capable de tuer contre de belles sommes, ce n'était pas le genre d'accolades qu'on affichait fièrement devant l'une des personnalités les plus importantes d'Excelsa.

Je dois bien avouer que malgré mes... réticences à m'impliquer dans les affaires familiales, je me vois mal complètement tourner le dos aux miens. Et puis, ma situation m'octroie encore quelques avantages.

Comme par exemple, bénéficier d'un alibi au cas où son alter ego, L'As, venait à devenir un sobriquet suffisamment connu pour capter toute l'attention des Prieurs. Peu de gens connaissaient la passion et surtout le talent d'Alexander Shah pour l'escrime. Le Prince Prieur, Otton Egidio, avait eu l'occasion de partager sa lame le temps d'un court duel, mais les choses avaient été bien trop courtes pour juger de toute l'étendue des capacités du jeune Shah. Comme ce dernier n'avait guère eu le temps d'assimiler tous les stratagèmes du Premier Prieur.

Ils fendaient désormais la foule à une vitesse assez impressionnante. Tel un navire de guerre fendant fièrement les flots, Maeva avait hissé la grand voile et marquait à peine le pas lorsqu'elle manquait de percuter un ouvrier. Plus grande que la plupart des résidents du district manufacturier, beaucoup courbant l'échine à force de longues heures de travail, l'Amirale détonait dans la foule. Son habit blanc la rendait plus voyante, lui conférait une aura bien distincte, et sa démarche fière faisait le reste. S'efforçant de rester sur ses talons, Alexander observait la foule s'écarter sur leur passage, jusqu'à ce que les portes de l'usine se présente à eux.

Votre réflexion est intéressante, Amirale. Nota Alexander suite à ses demandes sur l'escorte. Néanmoins, malgré la sûreté de nos rues, ce genre de zone bondées est malheureusement l'endroit idéal pour une suite d'action imprévisibles aux conséquences fâcheuses. Le jeune homme marqua une pause, le temps de réfléchir une seconde. Mais nous parlons là du genre de coup d'éclat auquel même une escorte ne saurait parer. Alors je suppose que vous avez raison.

Et puis de toute façon, qui dans le district manufacturier voudrait suriner secrètement Maeva O'Fell. Bien sûr, un tueur à gage engagé par un Oisillon ou autre pouvait toujours venir s'en mêler, les figures d'autorité représentant toujours des cibles lucratives. Mais en plein jour, la scène présentait trop d'éléments imprévisible pour tenter le coup. Alors Alexander supposa que toute escorte aurait été superflue.

Alors qu'ils pénétraient dans l'usine, le cadet des Shah salua le contremaître d'une poignée de main ferme, accompagnée d'un sourire. Il était important de faire bonne impression, surtout lorsqu'on s'avance sur un territoire loin d'être conquis. A Excelsa, malgré son talent pour le fleuret, Alexander était bien conscient que ses manières et son sourire lui offrirait plus de victoires qu'un coup d'estoc en plein cœur. Son grand-père lui avait bien inculqué cela.

Alors qu'ils débutaient l'inspection, Alexander prit son air le plus sérieux, tout en portant un regard inquisiteur sur chacune des pièces. Il n'avait jamais eu l'occasion de naviguer sur des embarcations d'une telle ampleur, et était par conséquent un parfait néophyte dans ce domaine. C'est pour cela qu'il écoutait attentivement les explications du contremaître Kris, qui détaillait pour l'Amirale les spécificités d'un gouvernail, les dimensions d'armatures de canon ou encore les capacités révolutionnaires d'éperons. C'est cette dernière pièce qui retient l'attention d'Alexander.

Dites-moi Amirale, je parle en ignorant tout sur le sujet... mais ces éperons m'interpellent. Si le but est d'éventrer le navire, pourquoi ne pas imaginer plusieurs séries de pièces, que l'on situerait sur les flanc, et non à la proue ? Une attaque frontale infligera systématiquement des dégâts collatéraux au navire attaquant, tout mineurs soient-ils. Tandis qu'avec vos nouveaux gouvernails et la maniabilité améliorée, peut-être serait-il envisageable d'imaginer des manœuvres d'encerclement qui permettrait d'éventrer l'adversaire par les flancs ?

Bien sûr, cette idée jetée comme un pavé dans la mare présentait sans doute des défauts, en plus de causer des problèmes de logistique assez évident. Mais Alexander faisait de son mieux pour s'intéresser, et demeurait désireux de ne pas rester passif tout au long de la visite.
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Jeu 5 Avr - 20:09

Laissée pantoise par la réponse du jeune homme, Maeva n'ose guère y répondre de peur d'être indiscrète. Lorsqu'elle repense à ses propres décisions, elle n'a pas le sentiment d'avoir abandonné les siens en choisissant une autre voie que celle de sa famille, mais n'étant ni omnisciente ni au courant de la situation de la maison Shah, elle ne se permet aucun commentaire. L'Amirale salue même la loyauté du jeune homme vis-à-vis de sa famille, respectueuse du Premier Précepte d'Excelsa.

Sa seconde remarque, aux portes de l'usine, lui fait cependant plus d'effet. Totalement opposée à l'idée-même de considérer les rues d'Excelsa dangereuses en plein jour, la jeune femme ne peut s'empêcher de lancer un regard glaçant aux quidams qui l'entourent, comme un avertissement lancé dans le vague, sans réel destinataire. La simple pensée de devoir considérer l'un d'entre eux comme une menace, cette paranoïa qui sied tant aux puissants et aux fortunés, et qui se répand comme la peste aux plus pauvres, le tout en raison des actions d'une minorité de criminels qui ont moins d'intelligence que d'audace, la répugne.

Pour autant, elle sait au fond d'elle-même que nier la réalité ne mène à rien, il faut la changer.


– Si je craignais le peuple que je défends, au sein même de la cité que je protège… elle marque une pause, fixant l'espace vide devant elle, serrant un instant la mâchoire sur l'amertume de ses pensées. Je serais un imposteur, pas un symbole.

Son visage se relâche en même temps que ses muscles, soucieuse d'évacuer toute tension avant d'entrer dans le repère de ses fils d'acier. Et puis, il serait mal venu de s'irriter à nouveau quand la remarque de son interlocuteur paraît si innocente.

Au fil de la visite, Maeva se détend, laissant voir un aspect d'elle dont peu de gens sont amenés à être témoins. Passionnée, elle discute de chaque détail avec le Contremaître, s'assurant que toutes les instructions soient méticuleusement respectées, au contraire de quoi le chantier naval aurait à renvoyer les pièces sans être capable de les monter, ralentissant drastiquement la préparation de la Flotte. Aussi la trentenaire est-elle ravie, lorsqu'elle se laisse aller à observer son invité, de le constater studieux et concentré. Toute mauvaise intention que l'Amirale eut put avoir s'en est restée à l'entrée, alors qu'elle n'est plus qu'une jeune femme désireuse de partager la prunelle de ses yeux : la création de ses Navires.

Les gouvernails permettront à sa flotte de manœuvrer légèrement plus vite sur l'Océan, autorisant des virages plus serrés sans avoir à décélérer trop intensément, les canons, plus résistants, porteront de quelques dizaines de mètres plus loin, une distance plus qu'honorable dans les combats maritimes…

La question du jeune Shah surprend l'Amirale au milieu de ses réflexions. Son regard sort d'un vide contemplatif pour se tourner vers l’œil d'acier du jeune homme avec intérêt. Le contremaître n'ose guère les interrompre, même si sa posture montre tout l'inconfort que cette question lui pose. Traditionaliste, il serait peut-être prompt à rejeter d'un bloc en argumentant contre l'efficacité d'une telle méthode.

Pas Maeva.


– Votre idée est intéressante, Monsieur Shah, malheureusement irréalisable, mais intéressante… elle prend une pause, cherchant comment expliquer de la meilleure façon sans perdre le fil de ses propres pensées. Voyez-vous, l'éperon est situé au niveau de la ligne de flottaison afin de perforer dans la partie la plus sensible d'un navire. Ainsi, il permet également de scinder les vagues. Installer des éperons sur les flancs ferait perdre de la mobilité aux navires, car ces derniers perdraient alors de la vitesse et du dynamisme dans l'eau. De plus, les éperonnages en virage seraient soumis à une décélération qui les rendrait inefficaces, malgré l'armature en bois de toute autre flotte que celle d'Excelsa. Toutefois…

Sa main encercle son menton tandis que l'Amirale réfléchit, cette idée soulève un problème des navires contemporains : beaucoup d'espace reste inutilisé. Des pans entiers de coques restent lisses, dénués d'armement, ou de quelqu'outil. Si le Saint-Virgile n'a pas ce problème en raison de sa conception unique, les autres navires de la Flotte sont effectivement sous-armés selon les critères de l'officier.

– Il est vrai que l'éperonnage est devenu une tactique risquée de nos jours, et que rien n'ira en s'améliorant lorsque les flottes d'autres nations développeront des coques similaires aux nôtres. Il nous faudra alors abandonner cette tactique...ou l'améliorer.

Un plan se dessine dans son esprit, un système permettant d'assurer une pénétration à pleine vitesse sans dévier. La charge à l'éperon restait l'une des tactiques favorites de l'Amirale car très efficace sur le moral. Il était toujours terrifiant de voir les géants de métal se propulser contre vents et marées et d'en être la cible.

Et Maeva aime la terreur.


– Mais vous avez parfaitement raison sur un point, l'excès de maniabilité permettra de meilleures manœuvres de flanc, couplé à des navires plus petits, la vitesse de pointe serait améliorée, allégés avec nos nouveaux alliages, ils pourraient supporter un poids excédentaire sans ralentir le reste de la flotte…

Un système de grappins à poulies, des câbles de cuivre, des pointes de métal perforantes, le tout pour attirer le navire ennemi vers l'empalement. De quoi couper les câbles une fois la carcasse écartée afin de n'y être plus lié… les yeux de l'Amirale brillent d'une lueur intense, passionnée, alors qu'elle fixe le cadet Shah sans le voir. La faisabilité d'une telle expérience aurait à être discutée avec Bénédikt...ou expérimentée sur un prototype de navire.

– Monsieur Shah… que penseriez-vous de prendre le problème à l'envers, et d'imaginer un navire qui, au lieu de répartir les points de pression pour minimiser les dommages collatéraux… concentrerait au contraire toute sa puissance à l'avant, pour le même résultat ? Elle marque une pause afin de lui laisser le temps de considérer l'idée, puis reprend. Comment équiper un tel navire, selon-vous ?

L'Amirale a bien des idées, et peut-être le Contremaître en a-t-il autant, compte tenu l'air soucieux de son visage, mais deux avis d'expert se retrouvent généralement en la génération de nouveaux problèmes plutôt qu'en leur résolution. Mais Maeva se souvient de l'importance d'un esprit frais et inconscient des limites imposées par la discipline.

Et l'innovation ne doit pas se limiter aux entraves du connu.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Lun 9 Avr - 19:38

Alors qu'Alexander mentionne, à demi-mot, la possibilité du danger des rues d'Excelsa de jour, l'Amirale a des mots très inspirants. Maeva O'Fell est l'un des symboles de la Ville, c'est un fait indiscutable. Le visage de la Flotte d'Excelsa, le fleuron de la technologie maritime, que la trentenaire aux yeux d'or dirige d'une main de fer. Son nom est connu du Palais des Princes jusqu'au confins des latifundias. Elle est un symbole de la puissance d'Excelsa. Et sous son masque de mercenaire, Alexander pourrait bien aspirer à devenir un symbole. En tant que garde du corps d'Incus Castellum, il est le visage de l'homme qui protège le maître des Machines. Mais seul... seul l'As pourrait représenter l'élite des mercenaires. La vraie justice d'Excelsa, celle de la rue. Il faudrait pondérer sur le sujet. Mais les mots de l'Amirale O'Fell trouvent un écho dans l'esprit du cadet des Shah.

La suite de la visite se déroule dans une ambiance studieuse. La Dame Blanche dévoile tout son intérêt pour les navires, et ses discussions avec le Contremaître sont parfois un peu trop avancée pour Alexander, qui peine à comprendre le vocabulaire le plus technique. Il n'hésite pas à demander de plus amples informations, en plus d'observer attentivement chaque pièce et d'imaginer un moyen de la rendre encore plus parfaite. Ou de comprendre son utilité sur un navire de guerre, pourquoi elle surpasse celle des pièces actuelles, et ainsi de suite.

Sa réflexion sur l'éperon avant, à défaut d'être plébiscitée par Maeva, qui lui explique concrètement pourquoi elle est irréalisable, a au moins le mérite de plonger l'Amirale dans la réflexion. Au fond, les combats en mer ne sont pas si différents des joutes à l'épée. Il est toujours plus sur de frapper de loin, avec des canons par exemples, plutôt que de foncer au contact. Même chose dans les rues. Une flèche dans le dos est bien plus sûre qu'un coup d'estoc au corps à corps.

Le cadet des Shah laissent Maeva monologuer, peser le pour et le contre des différentes solutions alternatives qu'elle envisage pour ses éperons. Selon le jeune homme, la tactique de l'empalement, bien que très intimidante, n'est pas vouée à perdurer. Même si les navires excelsiens, avec leur coque de métal, sont plus solides que les embarcations en bois des autres pays, il y aura toujours des résidus qui viendront gêner la suite des opérations. Et puis, pour les matelots sur le pont, ce n'était peut-être pas la meilleure sensation au monde de voir un navire ennemi s'écraser autour, voire sur eux. Ainsi, lorsque Maeva lui demande son avis, l'As se gratte un peu la tête, le temps de trouver une réponse.

Concentrer toute la puissance à l'avant, sans dommage collatéral, selon Alexander, excluait tout contact entre la Flotte et ses cibles. L'éperon permettait de fendre les vagues, en plus de représenter une arme offensive de premier choix. Mais malgré son goût pour le corps à corps à l'épée, le petit-fils de Denvis Shah proposa une solution axée sur le combat à distance.

C'est une question difficile, surtout pour un profane comme moi... Mais peut-être serait-il possible de garder l'éperon dans son rôle de fendeur de vagues, et de monter un canon par-dessus ? Ou un lance-flamme, ce serait assez drôle, et efficace si les coques de vos adversaires sont en bois. Enfin, je suppose qu'un canon serait plus efficace.

Une autre idée traversa alors l'esprit d'Alexander, mais elle semblait bien plus nébuleuse à mettre en place. Mais il lui semblait que ça valait le coup d'imaginer plusieurs possibilité. Le jeune homme se tourna vers le Contremaître.

J'entends également assez souvent qu'il faut savoir tirer avantage du terrain sur lequel on se bat. Je suis persuadé qu'il existe déjà des stratégies très communes pour profiter des courants ou du vent... Mais peut-être serait-il possible d'utiliser les flots eux-mêmes comme une arme ? Il marque une courte pause, les yeux dans le vide pour imaginer les possibilités. Ce que je dis là semble... très utopique, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il serait très démoralisant pour une flotte ennemi de voir l'un de ses navires sombrer sans même avoir été touché...

Comment mettre en place une telle prouesse ? Alexander n'en avait strictement aucune idée...
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Ven 20 Avr - 5:52

Les plans se succèdent derrière les paupières de l’Amirale, des croquis, des schémas, s’effaçant et se reconstruisant à la vitesse de la pensée tandis qu’elle s’adonne à une intense réflexion. Pour farfelue qu’une idée puisse paraître, jamais ne doit-elle être oubliée avant d’avoir été considérée sous tous ses aspects, car la limite entre la folie et le génie est aussi fine que celle entre l’inconscience et l’avant-gardisme. Son idée de grappins lui paraît de moins en moins réalisable, mais peut-être en gardera-t-elle quelque chose pour un croquis subséquent, peut-être Bénédikt saura-t-il exploiter l’idée pour la rendre réalisable…

La réponse d’Alexander tire la trentenaire de ses pensées alors qu’elle assimile les informations nouvelles qui lui sont apportées. Un canon de proue ? Un lance-flammes ?! L’air contrit du Contremaître ne la surprend guère, mais elle s’efforce d’accueillir ces propos avec une neutralité de professeure. Le canon de proue serait une méthode assez...archaïque, mais après tout, l’éperonnage l’était tout autant. Toutefois, ça ne coïnciderait pas avec les plans de navires actuels…

De nouveaux navires, alors ?

Maeva n’entend que d’une oreille distraite la proposition que son collaborateur fait au contremaître tandis qu’elle se perd dans des calculs de coûts et de main d’œuvre. Créer une nouvelle maquette de navires serait complexe, ainsi que l’incorporation d’un nouveau type d’appareil dans les tactiques maritimes actuelles. Mais tant de possibilités s’offriraient par l’usage de navires plus petits, plus légers, pouvant se dissimuler dans l’ombre des cuirassés et n’attaquer qu’à courte portée, faisant déferler des escouades de Prieurs dans une brèche provoquée par un canon de proue dans l’armature du navire, couverts par...des canons à mitraille, peut-être ?

Des navires spécialisés dans l’abordage et la neutralisation, en soi.


– Un canon de proue… ça risque de paraître utopique et fou mais, nous pourrions faire évoluer nos tactiques avec des navires munis d’une chose aussi simple, vous savez…

Ses pensées reviennent à l’instant présent en même temps que son regard, décelant instinctivement que quelque chose cloche dans la situation actuelle. Le Contremaître ouvre des yeux ronds comme des billes et sa mâchoire, d’habitude carrée et serrée dans une moue stricte, est comme décrochée en regardant tour à tour ses deux invités. N’osant croire que sa remarque sur les canons de proue – ou que celle sur les lance-flammes d’Alexander – ne put lui faire un tel effet, l’Amirale plonge un regard interrogateur dans celui de son invité en tentant de rappeler à sa mémoire la question à laquelle elle n’avait prêté qu’une attention limitée.

Ses yeux imitent soudain ceux du Contremaître avec bien peu de retenue, tandis que les paroles du cadet Shah l’atteignent comme elles ont terrassé la prestance réservée de son subordonné. Elle fixe avec un étonnement loin d’être surjoué le jeune homme qui lui fait face, de la même façon qu’elle aurait regardé un poisson doué de parole.


– Contrôler...les flots ? Mais...il nous faut déjà des merveilles d’ingénierie pour les chevaucher, et des années d’entraînement pour les dominer...mais nul ne contrôle la sauvagerie de l’Océan…


Sa stupeur s’efface alors qu’elle s’entend parler, évaluant l’infime faisabilité d’une telle entreprise. Son cœur s’emballe, sa réflexion menace de l’emporter à nouveau dans ses embruns tandis qu’une lumière s’allume dans le fond de son regard, sans qu’elle n’ose écouter la voix qui l’accompagne à l’intérieur de ses oreilles.

Et pourquoi pas ?


– Toutefois, vous soulevez une idée intéressante, une flotte qui se verrait attaquée sans voir son adversaire serait prise de panique… Elle marque une pause, réfléchissant à une alternative qui garderait le cœur du Contremaître entier sans faire passer l’Amirale pour une idéaliste déconnectée de la réalité aux yeux des deux spectateurs tandis qu’elle se promet intérieurement de réfléchir très sérieusement aux folies du jeune Shah. Mais si nous pouvions nous servir des flots pour...abriter, nos navires ? Naviguer non plus sur, mais dans l’Océan ? Voilà une idée qui plairait moins à mes hommes qu’aux Académiciens.

Sa pensée s’évade un instant alors qu’elle imagine la réaction des Académiciens devant une telle proposition, dominer les fonds de l’Océan...un sourire étire les lèvres de la jeune femme alors qu’elle oublie l’espace de quelques secondes où et en compagnie de qui elle se trouve.

Le raclement de gorge du Contremaître la rappelle à l’ordre, redressant son masque d’acier, elle le fixe, attendant sa remarque qui ne se fait pas attendre.


– Veuillez pardonner mon intervention, mais la visite n’a pas encore atteint son terme. Puis-je suggérer de continuer et de discuter à la fin ? J’ai des horaires à respecter et les retards sont mal vus…

Son ton sec tranche avec la politesse dont l’homme tente de faire preuve, mais la dame blanche ne peut se vexer pour si peu étant donné que ce dernier est dans son bon droit. D’un geste de la tête, elle acquiesce, et après quelques instants, lui fait signe de prendre la tête du cortège. Un instant après qu’il ne tournât les talons, l’Amirale tourne le regard vers son invité.

– Ce ne sera plus long, nous pourrons reprendre cette conversation lorsque l’inspection sera terminée, si vous êtes d’accord.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Sam 21 Avr - 23:06

Sa première idée d'un canon de proue a été accueilli avec un scepticisme certain par le contremaître, Maeva ne semble pas totalement fermée à l'idée. Toutefois, sa réponse tient plutôt de la politesse que de la réelle considération. Sans doute que de nombreux paramètres dont Alexander n'avait pas connaissance entrait en ligne de compte. Par exemple, peut-être que le recul provoqué par un tir de canon, qui irait donc à l'opposé de la direction du navire, finirait par endommager la coque ? D'ailleurs, si une telle arme était installée sur l'éperon... qui se chargerait de la charger ? Ou de déclencher un tir ? Oui, en effet, il n'y avait absolument pas pensé. C'était sans doute en grande partie pour ça que son idée était assez mauvaise.

Mais si la première suggestion du jeune Shah, eut-elle été sérieuse, aurait provoqué un haussement de sourcil mi-amusé mi-consterné, sa seconde idée l'aurait probablement conduit tout droit au Grand Hôpital. Le contremaître comme l'Amirale affichaient des mines effarées alors que l'As proposait tout simplement de contrôler les flots. Devant ces réactions qu'il considérait tout de même comme un peu excessive pour une simple pensée formulée un peu au hasard, Alexander leva rapidement les mains et ajoutant.

Oh mais comme je l'ai dit, c'est purement utopique. Je n'ai pas d'idée précise de comment procéder à une telle prouesse. C'est seulement une réflexion sur le plan moral des troupes !

Cependant, passé la stupeur des premières secondes, la Dame Blanche semble entrer dans une nouvelle phase de réflexion. Elle semble ailleurs, durant de longues secondes, tant et si bien que le contremaître et Alexander échangent des regards indécis quant à la marche à suivre. D'un côté, le petit homme au visage carré semble s'impatienter. Pour lui, sans doute que la visite s'éternise et le petit-fils de Denvis Shah est la cause de ce retard. Quant au mercenaire, il ne se sent pas vraiment à l'aise. Il perçoit le regard de l'autre homme peser sur lui. Et l'Amirale continue d'envisager d'innombrables options, jusqu'à suggérer des navires qui ne navigueraient pas sur mais dans l'eau. Interdit, Alexander ne répond pas de suite.

Le contremaître se charge du retour à la réalité. D'un ton sec et relativement impérieux, malgré la courtoisie de ses phrases, il demande à terminer la visite dans les plus brefs délais. Sans rien avoir à ajouter, Alexander prend alors la suite du petit cortège. Durant les vingt minutes qui suivirent, il découvrit ainsi de nouvelles pièces d'équipements aux utilités diverses et variées. Cependant, s'il restait attentif, il n'osait plus piper mot, de peur de se faire couvrir d'insulte par le contremaître. Et aussi un peu car il commençait à se lasser de ces visites. C'était trop d'informations à encaisser d'un seul coup.

Lorsqu'ils prirent congé de l'usine de la Maison des Navigateurs, Alexander inspira un grand bol d'air. L'oxygène était saturé d'innombrables odeurs, toutes pour la plupart désagréables, mais le mercenaire n'en avait cure. Le soleil vint frapper son visage de ses rayons et le ciel bleu lui semblait comme un immense océan de liberté. Il en avait fini de toutes ses visites, il pouvait passer le reste de sa journée comme bon lui semblait. Mais avant cela, le jeune Shah se retourna vers l'Amirale aux yeux d'or.

Vous souhaitiez peut-être reprendre cette idée farfelue de contrôler les flots ? Demanda-t-il en se rapprochant pour ne pas trop attirer l'attention. L'idée que vous avez émise m'a semblé très intéressante mais... comment créer un navire qui pourrait rester constamment sous l'eau ? A quelle profondeur pourrait-il aller ? Comment abriter l'équipage ? Les rations de nourriture ? D'innombrables problèmes logistiques se posent... mais il serait passionnant d'en discuter !
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Maeva O'Fell
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Jeu 3 Mai - 5:05

L'Amirale salue l'humilité du jeune homme face aux réactions potentiellement décourageantes de ses interlocuteurs vis-à-vis de ses propositions. D'expérience, elle sait que les jeunes esprits ont tendance à vite se fermer lorsqu'ils se heurtent à la barrière de l'expérience et du réel, créant les moules dans lesquels bien des gens se fondent avec déplaisir, de peur de sortir des clous à nouveau et d'être considérés d'un mauvais œil. La crainte du jugement et de l'échec tue l'innovation, aussi ne s'offusque-t-elle pour sa part d'aucun de ces concepts. Le jugement des autres l'importe généralement très peu.

Et l'échec ne lui sied guère.

Aussi tente-t-elle, alors que la visite se poursuit, de pousser le contremaître à expliquer même les points les plus évidents afin de ne pas perdre son invité, soi-disant pour s'assurer que tout fonctionne de la meilleure des façons et que rien n'ait été laissé au hasard. Toutefois, l'Amirale reste personnellement très critique vis-à-vis de toutes les pièces qui lui sont présentées. Si elle doit admettre que le contremaître – et par extension, la totalité des employés de l'usine – fait un travail remarquable, elle se retient bien de les congratuler à outrance afin de s'assurer le maintien d'une rigueur qu'elle juge nécessaire. De plus, elle tient à s'assurer que ses navires seront à la pointe de la technologie et toujours prêts à l'emploi en temps de paix comme de guerre. Elle sait qu'elle doit sa réputation tant à ses compétences qu'à celle des ingénieurs militaires travaillant avec et pour elle, d'où l'importance de son implication dans leurs travaux. Aujourd'hui, néanmoins, elle a la chance d'avoir avec elle un esprit frais et encore non-affecté par toutes les contraintes du terrain, mieux encore, un esprit qui semble montrer de l'intérêt pour le sujet. Peut-être eut-il été imprudent de montrer à un quidam les chaînes de production des navires de guerre, et de discuter de concepts aussi révolutionnaires qu'improbables avec une personne qu'elle venait techniquement de rencontrer – la loyauté d'Alexander Shah, malgré son appartenance à l'une des maisons les plus fortunées d'Excelsa, pouvait aller à quelque maraud sans que le public n'en soit conscient – mais l'Amirale n'en avait cure.

Que tous sachent ce qui domine l'Océan, s'ils le souhaitent.

L'inspection se termine sur les modalités et salutations d'usage, précédées par des compliments distribués parcimonieusement au contremaître et à quelques acteurs clés de la production des pièces. Maeva n'aura certainement pas besoin de revenir avant un moment, peut-être au soulagement des employés les plus nerveux. Les portes s'ouvrent et se referment, recrachant deux figures qui masquent chacune à leur façon l'éreintement de la journée écoulée. L'Amirale surprend un ciel beaucoup plus bleu qu'à leur arrivée, et constate, à son grand désarroi, que la chaleur de l'astre solaire n'a rien à envier à celle, quoique plus étouffante, de l'humidité. L'air qui pénètre son nez la surprend comme à chaque fois, mais elle s'y accoutume immédiatement après les senteurs métalliques dont elle était entourée quelques instants plus tôt.

Les questions du jeune Shah la rappellent à une réalité beaucoup plus consistante, une réalité qu'elle avait laissée de côté le temps du reste de l'inspection. S'assurant bien mal qu'aucune oreille ne tente de capter une bribe de conversation entre deux silhouettes bien plus richement vêtues que tous les hères dévalant la rue dans un sens ou l'autre, Maeva réfléchit à toute vitesse pour donner réponse aux questions plus complexes qu'il n'y paraît de son interlocuteur, sans succès.


– Croyez-le ou non, j'adorerais poursuivre cette conversation à propos d'une idée aussi folle que l'était l’électricité pour Gabriel de Myre. Mais comme vous le soulevez si bien, beaucoup de problèmes logistiques nécessitent une réflexion plus poussée.

Elle marque une pause, s'imaginant déjà proposer l'idée à un Bénédikt estomaqué mais guère surpris d'une initiative aussi improbable. Il est certain que si la flotte d'Excelsa parvient à se pourvoir de navires capables de naviguer sous et guère plus sur l'Océan, le monopole militaire maritime lui appartiendrait très certainement.

– Je ne peux personnellement répondre qu'à quelques unes de ces interrogations, surtout avec si peu de préparations. Les rations seraient moins un problème que la communication, car nous n'aurions aucun moyen de transmettre les signaux aux appareils sous l'eau. La visibilité, tout simplement, serait à travailler. La profondeur serait à calculer en fonction de la pression de l'eau sur la coque et de l'efficacité des torpilles, qui seraient certainement l'arme principale de ce type de navire. Ils devraient toutefois rester assez profonds pour être invisibles aux navires adverses, mais comment les verrions-nous nous mêmes ? Aussi, l'éperonnage serait un problème, car s'ils restent à hauteur de torpille, ils seront vulnérables au contact direct, alors il les faudrait rapides…

Son débit de paroles s'interrompt soudain, consciente de réfléchir à voix haute plus que de dialoguer. Interdite, elle ferme les yeux et retient brièvement sa respiration, puis adoucit son ton.

– Pardonnez-moi Monsieur Shah, je...divague. J'imagine que je prends cette idée plus à cœur que je ne le devrais.

Quelques instants s'écoulent avant que le regard interrogateur d'un homme en rouge ne la sorte de la torpeur dans laquelle elle plonge petit à petit en discutant de ses enfants d'acier. Leur immobilité commence probablement à attirer d'autres yeux curieux que ceux d'une patrouille de Prieurs. Discuter de tels plans avec un interlocuteur est une chose, au milieu de centaines de quidams – dont probablement des étrangers – qui n'ont qu'à tendre l'oreille, une autre. Baissant la voix, l'Amirale use d'un ton s'approchant de celui de la confidence.

– Seriez-vous intéressé par un entretien ultérieur en présence du Maître Artificier afin de discuter plus avant de ces théories ? Cela nous laisserait le temps de réfléchir à bien des points qui nous échappent peut-être pour l'instant.


Et puis, Bénédikt voudrait certainement rencontrer le jeune esprit qui eut la malchance de glisser à l'oreille de Maeva l'idée d'une nouvelle folie ''irréalisable''.
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Alexander Shah
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MessageSujet: Re: Second born, first served [Alexander Shah]   Lun 14 Mai - 21:53

Après cet ultime coup d'éclat sur la potentielle et extrêmement utopique invention de navire capables de voguer sous les flots, Alexander s'était tût. Il avait laissé le contremaître et Maeva terminer leur inspection des dernières pièces. Plusieurs fois, il avait adressé un signe de tête entendu à la Dame Blanche, qui demandait à son subordonné d'expliquer dans les moindres détails le fonctionnement de tel ou tel objet. Pourquoi cette poulie ? Quel intérêt d'utiliser cette armature ? Autant de question qui permettait non seulement au jeune de Shah de comprendre un peu plus le complexe fonctionnement de la flotte d'Excelsa, mais aussi de constater les connaissances impressionnantes des deux âmes à ses côtés.

Le retour à l'air libre lui fit un bien fou. L'air n'était pas le plus pur de la ville, loin de là, mais il lui semblait similaire à celui des plus hauts sommets du monde. L'As avait passé bien trop de temps à l'intérieur de différentes usines aujourd'hui, et pour une fois, le confort de la demeure familiale lui manquait un peu. Les capacités de réflexion de son cerveau laissaient peu à peu place à l'appel de son estomac, et ses doigts le démangeait de tâter du fleuret. Toutefois, après cette rencontre avec Maeva qui s'était déroulée bien plus cordialement que prévu, il eut été inconvenant de ne pas prendre congé avec un minimum de classe.

Alors patiemment, Alexander écouta Maeva se plonger dans une nouvelle phase de réflexion à voix haute. De temps à autres, il jetait quelques regards à la dérobée, autour de lui, afin de s'assurer que personne ne soit en train de les espionner. Mais pour ne pas perdre le fil d'une Amirale bien difficile à suivre, il était bien obligé de se concentrer. Aussi sa "surveillance" était loin d'être optimale. Mais la Dame aux yeux d'ors se rendit vite compte qu'elle divaguait. Aussi proposa-t-elle de poursuivre ce genre de discussions en compagnie du Maître Artificier du Prieuré.

Ce serait avec plaisir. Nous pourrions sans doute nous réunir autour d'un repas pour envisager plus avant la... possibilité de concevoir une telle prouesse technique !

Alexander se demanda alors si cette perspective enchanterait Incus. Le Grand Machiniste était un adepte de la création d'automates, mais quelle était son opinion sur les autres grandes constructions de métal ? Sans doute devrait-il lui poser la question, mais peut-être qu'une collaboration entre son mécène et la Maison des Navigateurs pourrait être bénéfique à leur cause.

Quant à Amélia... le petit-fils du défunt Prince Denvis voyait mal ce que sa sœur pourrait faire des informations qu'il avait récolté aujourd'hui. Dans sa folle volonté d'accéder au Conseil d'Excelsa, Amélia Shah tenterait sans doute, un jour, de s'attirer les bonnes grâce de la Maison des Navigateurs. Mais savoir comment était fabriquées les pièces des navires de la Flotte ? Aucun intérêt dans ses projets actuels. Quand à la base de sa venue dans les usines, Alexander avait bien évidemment oublié tous les détails, mais il se souvenait que tout allait bien. C'était le plus important.

Amirale, ce fut une visite très instructive. Reprit-il avec un sourire et une main tendue. Cependant, le devoir m'appelle et ma chère famille attend les résultats de mes propres visites. Aussi je vais devoir prendre congé. Mais nous nous reverrons bientôt, je l'espère, pour discuter de ce projet naval ma foi fort passionnant !

Sur un ultime sourire et une poignée de main, Alexander tourna finalement les talons. Son sourire chaleureux s'effaça pour laisser place à une expression plus neutre, tandis que son pas s'accélérait pour se diriger vers la Résidence Shah.
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Second born, first served [Alexander Shah]
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