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 J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]

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Sigmund von Einzbern
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MessageSujet: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Dim 18 Mar - 16:46

Les journées sont longues à l'Apothicariat. Surtout maintenant que la période des examens est terminée. Pour les élèves, c'est le début d'un nouveau semestre, et donc le meilleur moment pour décompresser un peu. Pour nous autres, les profs... c'est la fin des vacances. Surveiller les examens, bien que très ennuyeux, ne nécessite aucune préparation préalable, aucunes notes, aucune fiches de cours. Il fallait juste rester assis sur une chaise, et vérifier qu'aucune de ces chères têtes blondes et boutonneuses ne tentent l'imprudence de regarder sur la copie de son voisin. Et puis, ça donnait parfois lieu à des anecdotes marrantes. Comme cet étudiant, qui pour se justifier d'avoir louché sur l'examen d'anatomie humaine de la première de la classe, s'est exclamé qu'il regardait le décolleté de sa voisine, pour bien dessiner son schéma.

Mais après la rigolade venait le dur temps des corrections. Des centaines de pages à éplucher, avec rigueur, en un minimum de temps. Les élèves sont de plus en plus impatients de savoir si ils ont échoué ou pas. Pour moi qui avait déjà l'habitude de travailler jusqu'à tard le soir, je ne dormais presque plus depuis trois jours. En un sens, ça ne me dérangeait pas plus que ça. La fatigue était bien sûr présente, mais au moins je n'avais pas à penser à ma solitude, à mon père mort et au fait que j'étais de plus en plus dépendant de l'élixir du docteur Olgh.

La nuit était tombée depuis déjà bien longtemps alors que je laissais le campus de l'Apothicariat derrière moi, pour regagner la maison de mon père. Celle-ci était bien vide depuis sa mort, et rares étaient les occasions que j'avais de recevoir du monde. Je songeais depuis quelque temps à réaménager la chambre de mon paternel en laboratoire, mais je n'avais pas encore la force de me séparer de ses affaires. La porte qui menait à la chambre restait fermée, comme si Friedrich s'y trouvait encore, assoupi.

Perdu dans mes pensées, j'empruntais les habituelles ruelles dérobées qui me menaient jusqu'à chez moi. Les routes étaient sombre, peu fréquentées. Un véritable coupe-gorge, sauf qu'on se trouvait dans le district Pharma. Avec l'Apothicariat et le Grand Hôpital non loin, une patrouille de Prieur n'était jamais bien loin, quelle que soit l'heure. Certes, ils restaient sur les grands axes, mais ceux-ci étaient suffisamment proche pour qu'un grand cri alertent les gardiens de la paix.

Mais au détour d'une de ces ruelles, je distinguais une silhouette. Grande, très grande. Cela n'aurait sans doute pas retenu mon attention plus que ça, si je n'avais pas remarqué, en grande partie caché par les fondations d'une maison, une jambe. Il faisait sombre, peut-être que je voyais mal, mais à une telle heure, mon esprit fonça tout droit vers la pire des conclusions : un meurtre venait d'être commis.

L'adrénaline monta à toute allure. Que faire ? Seul, je ne pouvais rien faire. Si je me faisais repérer, j'étais un homme mort. Si je criais, même sentence, les Prieurs ne seraient pas assez rapide pour sauver ma peau. Si je me mettais à courir maintenant, j'étais repéré, et je ne voulais pas jouer ma vie dans une course poursuite. Alors, figé comme je l'étais, un simplement son rauque, qui ne ressemblait à rien, s'échappa d'entre mes lèvres. Je me tétanisais encore plus.

Oh merde...

Je n'étais pas sûr de bien le distinguer, mais il me semblait bien que la grande silhouette avait tourné la tête dans ma direction...

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Dim 18 Mar - 21:26

J'ai rien vu, rien entenduFeat Sigmund
    On raconte souvent que le monde est cruel, mais on oublie toujours qui l'a créé. Les gens mentent. Les gens crachent. Les gens sont perfides. Exactement, les gens sont humains. Pourtant, quelques fois, ils l'oublient. Alors, au fond, le mal n'existe pas.
 Mais, la facilité, si. Et, c'est exactement pour ça que la dame se retrouvait penchée sur un cadavre. On ne refait le monde.

 Dagmar avait appris à être émotionnellement détachées de son environnement de travail, à avoir un estomac en acier. Ce n'est la dépouille humaine qui dégoûte le plus en réalité, mais bel et bien l'odeur qu'elle dégage. Elle se souvint avoir dû, un jour, nettoyer le corps d'un homme, en pleine canicule, ayant la tête collée au plancher d'une maison. Son sang s'était répandu sur la scène crime, rendant le travail encore plus dur. De même, des larves et des champignons avaient commencé à proliféré sur le défunt, ce qui laissait échapper une puanteur abominable.
 En effet, son patron pouvait lui imposer des affaires datant de deux ou trois jours. Par chance, cette fois-ci, l'homme qu'elle devait s'occuper avait été assassiné une heure auparavant. Son corps était encore frais, et il semblerait qu'il n'y eût pas vraiment grand chose à nettoyer. Mise à part le cadavre, évidemment.

 La dame avait ramassé quelques balles éparpillées çà et là, et avait ensuite commencé à déballer le matériel qu'elle utilisait pour son boulot. Assurément, son job ne s'arrêtait pas au nettoyage du corps des victimes. En réalité, elle devait procéder à toute une routine complexe.
 La plupart du temps, elle jetait ces cadavres dans le fleuve pour les plus forts, et dans la mer pour les plus gros. Et, elle devait dépecer leur corps afin qu'il ne flotte pas à la surface. Ou, du moins, moins rapidement que sans cette manœuvre.
 De même, elle ne devait laisser aucune trace de son passage, et de celui du meurtrier. Ainsi, elle devait anéantir toutes preuves telles que le sang ou encore les balles dispersées sur la scène de crime.
 Enfin, son boulot n'était pas de tout repos.

 C'est alors que Dagmar se releva pour s'étirer de tout son être. Ses mains étaient parsemées d'un sang rouge vif, et son visage était couvert de cette substance à différents endroits.
 Habituellement, tous ses sens étaient en alerte. Et, c'est peut-être pour cette raison qu'elle prenait à chaque fois un temps fou pour terminer son boulot. Mais cette fois-ci, la fatigue l'emporta. Elle ne remarqua même pas la présence de cet homme.
 Pourtant, il était facilement repérable : sa respiration était sifflante, ses pas étaient bruyants, et des mots lui avaient échappé.

 Au son de la voix enrouée de l'étranger, la dame tourna sa tête d'un geste vif en direction du faible son vraisemblablement émis par un homme. Pendant un temps qui lui parut interminable, elle l'observa intensément de ses yeux perçants. Elle détailla la bête - sans doute plus grand qu'elle de quelques centimètres - de haut en bas afin de jauger le risque. Quand elle comprit qu'elle faisait face à un tas d'os, elle fonça dans sa direction et lui asséna une droite bien placée sur le menton, le faisant ainsi tomber. De toute sa hauteur.
 Rapidement, elle attrapa fermement ses chevilles et le traîna tout près du corps, l'éloignant le plus possible d'un potentiel Prieur. Et, vu le coup qu'elle lui avait infligé, il n'était sûrement pas prêt à hurler. Ou du moins, pas encore.
 La dame enfonça ensuite un torchon ensanglanté dans sa bouche, et s'accroupit alors devant lui.

« Eh bien mon pauvre, tu es vraiment très mal tombé. Mais, je vais te confier un secret : je ne suis pas une meurtrière. » Elle passa un doigt sous son nez, un léger sourire décorant ses lèvres. « Seulement, le problème, vois-tu, c'est que je ne peux pas te laisser partir. »

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Mar 20 Mar - 0:47

J'aurais du courir, à la seconde où j'avais distingué la silhouette et ce qu'elle était en train de faire. Au lieu de ça, la peur et le doute avait cloué mes jambes au pavé. Il faisait sombre, peut-être que ce n'était pas ce que je croyais. Peut-être que j'avais mal vu. Je n'avais rien vu, je voulais juste rentrer chez moi, je suis tombé sur quelqu'un dans la rue, rien d'anormal, si ? Forcément j'avais pensé que si, mais je ne savais pas si c'était vraiment si anormal que ça. Mon cerveau était à la fois au ralenti et en surrégime. Et moi j'étais toujours immobile. Alors que la silhouette se rapprochait dangereusement de moi, telle une ombre qui fondait pour m'engloutir tout entier, j'étais incapable de bouger. Approximativement, dix mètres me séparait de l'assaillante. Bientôt, il n'en restait plus que cinq. Puis quatre. Je lève les bras devant moi. Trois, je balbutie des paroles inintelligibles. Deux, enfin mes pieds se décollent du sol pour initier une retraite stratégie. Un, c'est déjà trop tard.

Le poing rageur s'abat sur mon menton avec une puissance dévastatrice. Je suis projeté un bon mètre plus loin. Lorsque mon dos rencontre les pavés, j'ai l'impression d'avoir traversé deux ou trois murs. Une douleur lancinante me prends dans la mâchoire inférieure. J'ai beau être alchimiste, pas besoin d'être un spécialiste pour constater que c'est disloqué. Un gémissement plaintif s'échappe continuellement de ma gorge, tandis qu'un filet de sang coule lentement hors de mes lèvres. Je me redresse sur un coude, l'adrénaline coupe une partie de la douleur. Je porte une main sur mon menton, j'essaye de jauger l'étendue des dégâts. Je commence à me traîner en arrière, à reculer, à fuir. Bien évidemment, mon assaillant ne m'en laisse pas l'occasion. Je sens sa poigne, forte et ferme, se refermer sur mes chevilles. Je ne peux pas lutter, l'ombre est trop forte pour moi. Alors je me laisse traîner sur les pavés inégaux. L'arrière de mon crâne tape plusieurs fois contre le sol. Je sens l'arrière de mon manteau se déchirer. J'ai envie de fermer les yeux, de m'endormir pour me réveiller dans mon lit. Sain et sauf de préférence.

Je termine ma course face contre terre, allongé aux côtés d'un corps sans vie. Je ne distingue pas vraiment son état, mais je n'ai pas de doutes. Ce n'est pas mon premier mort. Néanmoins, plus par instinct de survie que par dégoût, je me recule prestement, pour finir le dos contre le mur le plus proche. Un torchon force l'entrée de ma bouche. En forçant ainsi sur ma mâchoire disloquée, mon assaillant déclenche un cri de douleur rauque, immédiatement étouffé. J'essaye de plisser les yeux, de distinguer le visage de l'ombre. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est une femme. Peut-être... un poil moins grande que moi ? La taille me semble similaire. Son visage est enduit de peintures, ou quelque chose d'assimilé. Chevelure blonde, mais dans la pénombre je ne suis sûr de rien.

Je ne suis même pas sûr de mourir ce soir. Je ne veux pas l'accepter. Les paroles que j'entends me semblent lointaine. Je ne peux pas mourir, pas maintenant, pas comme ça. Si ? Après tout, avec un torchon dans la bouche, juste à côté d'un macchabée, qui va venir me sauver ? Comment un Prieur pourrait se douter de ce qu'il se trame ? Elle a beau dire qu'elle n'est pas une meurtrière, je me permet de douter, étant donné le contexte.

Mmm, hmmf... hmmmmhg !

Bien sûr, ça ne sert à rien. J'ai un torchon dans la bouche. Mais je n'ai pas les mains liées. D'un geste vif, j'arrache le tissu de ma bouche, provoquant un nouveau grognement douloureux. Vite, je n'aurais que quelques secondes, je remet ma mâchoire en place. Deuxième grognement, un peu plus fort.

AU SECOURS !

Je hurle de toute mes forces. Une rage incroyable s'empare de moi. Hors de question que je meures maintenant. J'essaye de me redresser. Dans l'urgence de la situation, mon cerveau semble avoir décidé que j'étais encore capable de courir. Moi qui ne voulait pas jouer ma vie sur une course poursuite, j'ai revu mes options, et je trouve celle-ci plus attrayante. Je détale dans la direction par laquelle je suis arrivé, en priant pour tomber sur une patrouille nocturne avant de me faire désosser.

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Jeu 22 Mar - 19:03

J'ai rien vu, rien entenduFeat Sigmund
 La lassitude commençait doucement à lui dévorer l'esprit tandis que l'homme avait pris ses jambes à son cou. Sa langue claqua sur son palet dans un bruit sourd. Ses jambes s'appuyèrent avec force sur le sol afin de la propulser vers l'avant et rattraper cet étranger. Il était blessé, certainement très fatigué, et surtout, elle était énervée. Alors, elle comptait s'amuser avec lui. De plus, son patron lui avait seulement précisé qu'elle devait être discrète. Donc, elle allait faire exactement ce qu'il voulait.

 Il semblerait que la dame fût nettement plus rapide que l'homme, alors elle le rattrapa assez facilement en le plaquant violemment sur le sol. L'homme échappa un étouffement qui la fit sourire. Puis, elle attrapa fermement ses cheveux et les tira de toute sa force vers elle. Seulement, elle détacha accidentellement la queue-de-cheval de l'homme qui se tapa alors brutalement la tête sur le sol. Elle soupira alors longuement, regardant de toute sa hauteur l'étranger.

 Dagmar n'était plus la même, au fond. Dans son regard, il n'y avait plus la bonté qui la caractérisait pourtant si bien, autrefois. Elle était profondément amère. Elle rendait volontairement le miroir de son âme invisible. Car, la dame était tourmentée, hantée par sa faiblesse. Et, lorsqu'elle commençait à ressurgir, elle pouvait devenir quelqu'un de monstrueux. Seulement pour la cacher.

 Ses dents se serrèrent en même temps que son poing s'abattit à trois reprises sur le nez de l'étranger. Elle grogna comme une bête, pensant au temps qu'elle perdait avec toute ces idioties. Cette fois-ci, elle l'attrapa comme un sac de patates en plaça son corps frêle sur son épaule.
 La dame sentait que sa lassitude se changeait peu à peu en une profonde aversion envers cet homme. Elle regrettait, elle n'aimait pas ce qu'elle lui faisait subir. Et pourtant, paradoxalement, elle s'amusait. Ces émotions contraires l'embrouillaient tellement l'esprit. Elle ne trouva qu'un seul sentiment qui lui permit de cacher sa faiblesse : la haine.

« On vit vraiment dans un monde de cons. Les gens te crachent à la gueule tandis que tu leur tends la main. Si tu déclenches la haine des autres, ne t'étonne pas d'en souffrir après. »

 La dame serrait si fort sur ses côtes que l'étranger ne pouvait certainement pas bouger. Sans aucun effort, elle sentait ses os sous ses doigts. Cela lui procurait un certain sentiment de puissance qu'elle n'aimait pourtant pas avoir. Cette fois-ci, du moins. Certes, la puissance a un goût alléchant, mais c'est un pouvoir qu'il faut savoir contrôlé. Or, ce n'était pas encore son cas. La force n'était rien en comparaison à la puissance. Alors, il est vrai qu'elle en avait, malgré tout, terriblement peur.
 Dagmar, c'était la représentation même du paradoxe.

 Ensuite, elle jeta à nouveau son corps auprès du cadavre, puis le ligota fermement. Elle n'allait vraisemblablement pas lui courir après indéfiniment. Alors, elle s'accroupit à son niveau et lui sourit gentiment. Elle savait qu'elle n'était pas encore capable de tuer quelqu'un qu'elle ne connaissait pas de sang-froid. Elle ne voulait absolument pas risquer de devenir encore plus tourmentée qu'elle ne l'était déjà.
 Mais, elle savait aussi qu'il devait la craindre assez pour qu'elle n'est pas sa mort sur sa conscience.

 La dame attrapa vigoureusement sa mâchoire et la serra de toutes ses forces afin de le faire souffrir le plus possible.

« Je vais être très claire, parce qu'il semblerait que tu ne comprennes pas. » Son sourire s'effaça lentement. Et, elle pressa encore plus sa mâchoire. « Tu n'as rien vu, rien entendu. »

 Elle lâcha violemment prise, et sortit de son sac magique un paquet de cigarettes. Elle en attrapa une et la plaça entre ses lèvres avant de l'allumer.
 Son regard le transperçait dans une neutralité insolente. Elle détailla chaque recoin de ses iris certainement noirs, tentant de le déstabiliser le plus possible. En réalité, elle essayait de cerner le personnage, car il est vrai qu'elle n'avait pas le droit de le laisser partir sans en savoir un minimum sur lui. De plus, elle comptait toujours s'amuser avec lui, ravagée par une haine invraisemblable.
 La dame souffla alors sa fumée blanche sur le visage de l'étranger.

« Grâce à toi, on a assez de temps pour discuter. Alors, je te conseille de commencer. »

 Elle posa alors ses fesses sur le sol froid et s'adossa alors sur le mur d'en face. La rue était suffisamment étroite pour qu'elle puisse voir nettement l'étranger. Et puis, elle sentait que la nuit allait être longue…
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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Sam 24 Mar - 0:16

C'était une sensation étrange. D'un côté, j'avais l'impression d'avoir couru des kilomètres. La peur et l'adrénaline perturbait mes sens, mon souffle était court, et mes veines battaient fort contre mes tempes. Mais d'un autre côté... je n'avais pas du faire vingt mètres avant que la puissante silhouette de la meurtrière ne s'abatte à nouveau sur moi. Avec vélocité, elle me plaqua au niveau de la taille, m'entraînant dans une chute que je ne pu qu'amortir très légèrement avec mes paumes. Mon manteau se déchirait davantage au contact des pavés, mais je n'étais pas au bout de mes peines.

Me dégageant vigoureusement de son étreinte pour poursuivre mon échappée, je me retrouvais soudainement sur le dos, la menaçante inconnue me surplombant de toute sa hauteur. Je n'ai pas le temps d'esquisser le moindre geste d'excuse, la moindre supplication, que je reçois trois puissants coups de poing sur le nez. C'est cassé, je le sens. Chaque inspiration devient très vite un supplice, alors j'entreprends de respirer par la bouche. Mais régulièrement, je dois cracher un filet de sang sur le pavé. A un moment ou à un autre, ma tête a de nouveau heurté le sol dur et froid. Je ne serais pas surpris si on me diagnostiquait une commotion. Bénigne, cependant, car j'ai encore totalement conscience de qui je suis et où je me trouve. Et surtout dans quelle situation je me suis fourré.

Elle me soulève, prononce quelques mots. Je n'en crois pas mes oreilles. Je voudrais hurler, insulter toute sa famille et elle avec, mais je n'en ai pas la force. Surtout, je n'ai pas envie qu'elle me frappe à nouveau. Parce que la seule main qu'elle m'ait tendu, elle a fini dans ma gueule. Puis avec un chiffon sale dans la bouche. Je n'ai rien fait pour mériter ça haine. Elle s'est mise dans cette situation, elle, toute seule. Moi... j'ai juste manqué de chance.

Elle me repose lourdement, cette fois elle m'attache les poignets et les chevilles. Ainsi immobilisé, je suis allongé sur les pavés d'une ruelle, à seulement quelques minutes de chez moi, avec la certitude que je vais finir par mourir à un moment où à un autre. Elle me menace encore, elle veut me dissuader de ne jamais envisager l'option d'aller voir un Prieur pour réclamer de l'aide. Je peine à respirer, j'ai mal, je sens que mon visage sera tuméfié demain, mais... est-ce que je serais encore là demain ? Je pose ma tête contre les pavés, et je ferme les yeux. J'attends l'inévitable.

Mais l'inévitable ne vient pas. J'ose ouvrir un œil. La tueuse s'est assise en face de moi, elle me crache la fumée d'une cigarette au visage. La garce, je suis incapable d'inspirer par le nez. Je tousse bruyamment, manque de m'étouffer, gesticule dans tous les sens à cause de l'odeur désagréable. Puis je crache un énième filet de sang. Il y a toujours l'autre cadavre sur ma droite. Je peux voir ses jambes, mais je n'ose pas tourner la tête vers lui.

Discuter ? Je murmure, incrédule. Discuter ? Et de quoi tu veux "discuter" ? Sérieusement ? Pourquoi tu perds encore du temps ? Tu va devoir me tuer, tu n'as pas le choix. Comme tu as tué ce type.

Je marque une pause. Tant bien que mal, je me redresse en position assise. Je ne sens presque plus mes mains et mes pieds à cause des liens.

Ton histoire de "je ne suis pas une meurtrière", ça ne prends pas. Ton histoire de "main tendue", c'est de la merde. Tu va me tuer, on le sait tous les deux, alors abrèges. Brise-moi la nuque, enfonce moi le crâne à coup de poing, peu importe. Fini le travail.

Je me suis résigné. Des larmes coulent abondamment le long de mes joues. Elle ne peut pas me laisser vivre. J'ai le visage trop amoché, trop de blessures visibles pour que ça passe inaperçu. Le premier collègue, la première patrouille de Prieur que je croiserais me demanderait des comptes. Et moi... je ne compte pas leur mentir. Je leur dirais tout, je pourrais leur donner la description complète de mon agresseuse. C'est beaucoup trop risqué pour elle de me laisser vivre.

Et puis bordel pourquoi je voudrais discuter avec toi ? Je tombe sur toi en train de traîner un putain de cadavre par terre, tu me brise la mâchoire, puis le nez... C'est quoi la suite ? Tu va me briser les os un à un jusqu'à ce que te supplie de me tuer ? Pourquoi je voudrais te parler ? De quoi tu voudrais que je te parle ? De la pluie et du beau temps ? De comment j'ai pas eu de chance ce soir ?

Une nouvelle pause, le temps de cracher un nouveau filet de sang.

Et bien oui, j'ai pas eu de chances. Je prends cette ruelle là depuis des années, pour rentrer chez moi. Et là... te voilà, avec un cadavre que j'ose même pas regarder parce que j'ai peur de découvrir que je le connais. Je voulais juste rentrer chez moi dormir, et maintenant je me retrouve avec toi, qui va bien devoir finir par me tuer, et tu veux discuter ?!

Je pourrais crier encore. A force de tenter d'attirer l'attention, je pourrais l'énerver suffisamment, et à défaut de sauver ma peau, au moins je m'assurerais une mort rapide... Mais ma mâchoire me fait bien trop mal, et je dois déjà utiliser ma bouche pour respirer. On dirait bien que je suis condamné à attendre la fin avec une tueuse. Quelle soirée de merde.

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Sam 31 Mar - 15:33

J'ai rien vu, rien entenduFeat Sigmund
Un rire gras s’échappa des lèvres de la dame. Sa cigarette tomba même de sa bouche pour venir s’écraser sur le sol tandis qu’elle se tordait de rire.
Le pauvre homme avait un sacré courage. Et pourtant, ses larmes décoraient magistralement son visage ensanglanté. Et, comme il fut dur pour la dame de garder son sérieux face à un tel personnage ! Quand il eut terminé, elle ne put s’empêcher d’échapper les rires qu’elles avaient tenté d’enfouir dans la nuit.

Lorsqu’elle fut enfin calmée - après cinq minutes de raillerie -, la dame attrapa sa cigarette presque entièrement consumée, et la coinça entre ses lèvres. Elle s’approcha ensuite du cadavre, et continua d'entreprendre la fin de son boulot. Elle ne lui adressa aucun regard tandis qu’elle découpait l'estomac de l’étranger. Le trafic d’organes était un marché très rentable. Alors, en fin de mois, elle aimait s'en occuper. Bien sûr, son patron n'en savait rien. Et, c'est bien pour cette raison qu'elle ne le faisait que très rarement.

La dame se gratta alors la joue un instant, et tourna ensuite son visage vers l'étranger. Elle était calme, sereine. Mais, au fond d'elle, elle était profondément angoissée. Après tout, elle ne pouvait absolument pas prévoir les événements à venir.

« Je crois que vous appelez ça : une culture violente. »

Un sourire moqueur vint alors se dessiner sur le visage de la dame. Certes, elle était une sigvarite de sang pure. Mais pourtant, elle se sentait tout autant exelcienne. Et, c’est bien pour cette raison qu’elle s'en amusait énormément. Après tout, elle serait toujours traitée comme une étrangère, alors autant en rire qu'en pleurer.
De même, elle espérait que le pauvre homme ait l'intelligence de comprendre d'où elle venait. Ainsi, il serait plus simple de le menacer. Ou du moins, d'être prise au sérieux. Car, malgré ses larmes, l'étranger semblait avoir un énorme courage, qui mènerait sûrement Dagmar à sa perte. Elle était sur ses gardes, mais elle savait aussi que le courage était une conception bien éphémère. Alors, son visage devint moqueur.

« Tu sais, le monde nous pousse à faire des choses louches pour survivre. On arrive à devoir nettoyer des scènes de crimes pour le compte d’ordures. Et alors, le danger devient une routine. » Elle le pointa alors du doigt, ce sacré sourire narquois et hypocrite encore et toujours collé aux lèvres. « Car, on rencontre des gens comme toi. Mauvais moment, mauvais endroit. Un dilemme s’offre à nous : tuer ou laisser vivre. Mais, comme je te l’ai dit, je ne suis pas une meurtrière. Ou du moins, pas pour l’instant. »

Devenir une meurtrière ne lui faisait pas peur. Seulement, il y avait toujours cette enfant au fond d'elle, qui, elle, était profondément effrayée. Avoir du sang sur les mains était devenu un quotidien, pour elle. Mais, voir la vie s'éteindre sous ses puissants coups lui était tout simplement insupportable. Elle en rêvait, quelques fois. Seulement, lorsqu'elle était directement confrontée à la réalité, elle paniquait. Et alors, elle perdait le contrôle d'elle-même. C'est bien pour cette raison qu'elle savait qu'elle n'avait pas encore la force mentale nécessaire pour y parvenir.
Pourtant, elle était prête à tout pour atteindre son but. Tout. Sauf dévoiler sa faiblesse.

La dame plaça plusieurs organes dans son deuxième sac magique, remplis de beaux glaçons. Elle prit ensuite le temps de s’asseoir aux côtés de l'homme dans un râle, et enroula son bras autour des épaules du prisonnier.

« Bien sûr, rien ne t'empêche de jouer le jeu. Après tout, c'est la ville des masques. Mentir est facile, n’est-ce pas ? Je te laisserai partir et tu t’empresseras de prévenir les Prieurs. Après tout, tu connais mon visage. Seulement, comme je te l’ai dit, on vit dans un monde de cons. Les gens qui ont du pouvoir peuvent faire beaucoup de choses. » Elle serra son emprise, et le secoua un peu. « Alors, imagine un peu. La parole d’une étrangère contre celle d’un citoyen. C’est tout gagné, n’est-ce pas ? Seulement, mon patron déteste que l’on vend ses bons employés. C’est mauvais pour les affaires. De même, est-ce que tu crois que la parole de la fille d’un jarl est puissante ? » Elle tourna alors lentement son visage vers l'étranger afin d'observer sa réaction. « Je crois bien que les gens aiment se venger, de toute façon. Enfin, tu sais, moi et mon imagination… »

La dame se releva alors, et continua ensuite son travail. Il ne lui restait plus qu'à extirper le cœur du cadavre et elle aurait enfin terminé. Alors, il semblerait qu'elle commençât nettement plus à s'impatienter, notamment avec l'étranger. Elle n'avait qu'une envie : retrouver son lit et s'endormir jusqu'au petit matin. Mais, elle savait que la nuit allait être longue.

« Donc, ta vie est entre tes mains. Le monde est injuste, et les gens qui ont du pouvoir gagnent toujours. Aujourd’hui, j’en fais partie. Alors, je décide. Et puis, t’es marrant comme gars. Je pourrais apprendre certaines choses.»
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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Mar 3 Avr - 18:25

Un long fou rire brisa le silence qui s'installait. L'inconnue se montrait bien imprudente : à cette heure ci, il était assez peu commun de s'esclaffer bruyamment pendant cinq bonnes minutes. Malgré mes larmes, malgré la peur qui formait une boule dans mon estomac, je gardais la tête haute et le regard froid. La blonde face à moi avait toutes les raisons du monde de se sentir en contrôle. J'étais blessé, ligoté, terrifié... inoffensif.

Je détournais le regard alors que ma kidnappeuse s'affairait à vider le cadavre de ses entrailles. L'odeur était répugnante, mais je parvenais à me contenir. Je n'étais pas chirurgien, mais j'avais suffisamment fréquenté les recoins secrets de l'Apothicariat pour tomber nez à nez avec quelques corps en décomposition. C'était toujours dur à supporter d'un point de vue olfactif... mais à la longue, on parvient à rester calme. En revanche, je n'osais toujours pas le moindre regard vers le macchabée. Je vis à trois rues de là, il est possible que je reconnaisse le défunt. Le temps de quelques minutes de répit, je tente de faire abstraction de la douleur, de me creuser les méninges pour trouver qui pourrait être la cible d'une assassine, mais rien ne vient.

Puis la tueuse aux peintures faciales lui sortit à nouveau son baratin, comme quoi elle n'était pas une tueuse. Selon elle, son domaine était celui du nettoyage de scène de crime. Elle avait donc affaire à des clients haut-placés dans la hiérarchie des Oisillons... Le travail était sans aucun doute risqué, puisqu'il impliquait de prévenir la jeune femme à l'avance du meurtre qui s'apprêtait à avoir lieu. Cela prouvait que l'inconnue était impossible à sauver. Il fallait sans doute une loyauté inébranlable pour ne pas trahir une "ordure", comme elle l'appelait. Je crachais un nouveau filet de sang à terre, avant de maugréer.

Tu te cherches des excuses. Ce n'est pas le monde qui t'as poussé là ou tu en es maintenant, c'est toi même. Tu penses que tu n'avais pas d'autre choix ? Excelsa est la ville des opportunités. Tu veux survivre ? Récolter un salaire suffisant pour avoir un toit et deux repas par jour ? Fais des études, travaille dur ? Tu n'as pas d'argent pour payer l'Académie ou autre ? Tu peux toujours trouver un petit boulot dans cette ville, tu peux t'engager auprès des Industriels, putain si vraiment t'as rien d'autre tu peux toujours vendre ton putain de corps ! J'ai haussé le ton sur ces dernières phrases. Je me calme légèrement, avant de reprendre. Il y a trop d'opportunités à Excelsa pour que tu puisses me faire avaler que tu n'avais pas d'autres choix.

Je m'attends à m'en prendre encore une ou deux dans la bouche. Sans doute que je ne l'aurais pas volé, après tout c'est assez impoli en général de suggérer à une jeune femme de devenir prostituée. Mais quelques minutes plus tard, après qu'elle ait terminé de vider le corps, la blonde vient s'asseoir à côté de moi, passe sa main autour de mes épaules. Ses menaces sont claires, à peine voilée. Si je parle, et qu'elle tombe, je me ferais tuer par son patron. Je ferme les yeux, je contiens ma peur qui me donne envie de hurler à nouveau. Elle me force à la regarder, et dans mes yeux transpire désormais la colère. Elle m'intimide, elle me menace, mais au fond... elle ne veut pas me tuer. Toutefois, elle sait qu'elle n'a pas le choix.

Tu crois que tu es suffisamment importante pour valoir une vengeance ? Tu crois qu'une étrangère, toute fille de jarl qu'elle est, mérite une vengeance ? C'est du bluff, je n'en ai strictement aucune idée. Mais je ne parle plus de manière rationnelle. Je tente de sauver ma peau, et je suis prêt à tout tenter pour ça... Je n'ai plus rien à perdre.

Peu importe pour qui tu travailles. Tu penses qu'il ou elle tenterait de venir me tuer, de se découvrir, de laisser un indice, tout ça parce que j'ai contribué à ton arrestation ? Tu crois que le Prieuré ne pourrait pas fournir une quelconque protection à un témoin ?

Je sens bien que je marche sur une corde très raide, et que je peux basculer à tout instant. Fille de jarl... sa mort pourrait-elle déclencher un conflit ? Je n'en sais rien, mais j'ai confiance en ma Ville pour endiguer une attaque extérieure. Et puis, si une princesse, en quelque sorte, en est réduite à nettoyer des scènes de crime... je suis en droit de supposer que ses relations avec les siens ne sont pas au beau fixe.

Le seul pouvoir que tu as, c'est de me tuer, ici et maintenant. Sinon tu sais que tu tomberas, tôt ou tard. Et quand ça arrivera, et que les Prieurs te feront la peau... qu'est-ce que ça pourra te faire que je crève à mon tour ?

Un nouveau silence, je tente de trouver une position plus confortable, et de bouger un peu mes doigts, pour qu'ils ne s'engourdissent pas trop. Mais je n'y parviens pas. Les liens coupent la circulation sanguine.

Tu veux que je t'apprennes quelque chose ? J'espère que ton sac contient suffisamment de couches de glaçons. Si les organes se touchent, c'est fini, tu signes l'arrêt de mort de celui qui recevra la greffe. Et je parle même pas du nombre de bactérie que tu met dessus en les touchant à mains nues, ou encore du fait que tu as mon sang sur tes mains, et que j'ai peut-être involontairement contaminé tes trouvailles...

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Jeu 12 Avr - 21:24

J'ai rien vu, rien entenduFeat Sigmund
Depuis la nuit des temps, les émotions sont quelque chose d'incontrôlables. On ne peut pas dire à quelqu'un de ne pas pleurer. De se calmer. D'être moins excessif. D'être plus raisonnable.
Les Hommes sont et resteront toujours des créatures émotionnelles. C'est ce qui fait d'eux des êtres splendides.
Mais, il y a toujours des gens qui sont différents. Qui ont vécu des choses qui les ont poussées à devenir des êtres laids. Des menteurs. On ne peut pas les changer ; on peut seulement les aider à trouver le bon chemin.
Dagmar faisait partie de ces gens. Et, c'était pour cette raison qu'il y avait toujours quelque chose de faux en elle. Peut-être qu'il l'avait perçu et qu'il parvenait ainsi à décrire autant ses pensées. Certaines personnes ont ce pouvoir, alors pourquoi pas lui ?

L'homme lui arracha alors un sourire.

« Tu m'as mal comprise. » Elle planta ses yeux dans les siens. « Je n'ai jamais dit que je n'avais pas d'autres choix. Je n'ai jamais dit que j'étais suffisamment importante pour valoir une quelconque vengeance. » Elle s'essuya les mains avec une serviette blanche. « Il y a des choses qui te dépassent, mon pauvre. » Elle lâcha un rire sec. « Si j'aurais dû vendre mon corps pour accomplir ce que je veux accomplir, je l'aurais fait. » Elle nettoya son visage en évitant soigneusement d'enlever ses peintures. « Les autres ne se vengeront pas pour moi, mais pour eux. Il y a quelque chose que l'on appelle l'orgueil. »

Les gens ont toujours été capables du meilleur comme du pire. Le plus triste dans l'humanité, c'était qu'ils avaient été meilleurs dans le pire. Ils étaient mauvais, se permettaient de juger sans distinction.
Cet homme était un humain. Alors, il n'était pas bien différent des autres. Sur ce point, du moins. Il avait simplement eu la chance de rencontrer Dagmar, ce soir-là. S'il avait été à sa place, quelques années plus tôt, sa cervelle aurait explosé avant même qu'il n'eût le temps de cligner des yeux.

Il est vrai que le monde avait engendré des gens perfides, vaniteux, promptes à la trahison. La dame le savait ; elle était comme cela. Et, c'est pour cette raison qu'elle ne pouvait que s'incliner face à la réalité du monde.
Mais, même avec cette nature profonde qui handicapait et qui était à l'intérieur de tout le monde, il y avait certaines personnes qui parvenaient à passer outre. À en créer une nouvelle.
Son père, par exemple, l'aiderait certainement. Mais, bien sûr, ça, il n'avait pas besoin de le savoir.

« Si j'ai décidé de vivre de cette façon, c'est parce que j'ai été incapable d'être en paix. Alors, j'ai choisi d'être en guerre. » Elle tapota sur l'une de ses peintures faciales. « Mais, ne te méprends pas. Je n'ai rien d'une guerrière, je n'ai rien d'un médecin, je n'ai rien d'une Sigvarite. Tout ce je sais faire, c'est survivre. »

Sa colère, c'était une profonde colère contre elle-même.
Celle qui faisait qu'elle ne pourrait jamais se pardonner. Même si ce n'était pas entièrement de sa faute. Elle vivait crucifiée par ses erreurs. Par son erreur. Celle de penser de la même façon qu'une ordure, même s'il ne le voulait pas.
C'était aussi la colère contre le monde. Contre les autres. Contre ceux qui ne la comprenaient pas, de la même façon que cet homme. Ou qui ne voulait pas la comprendre.
C'était la colère qui la faisait avancer avec rage, au final. Qui faisait qu'elle voulait agir plutôt que de rester dans un coin, pour mourir.

Il la sous-estimait ? Très bien, elle lui répondrait avec intelligence et distinction.

« Mais, c'est intéressant de voir que tu n'es pas aussi intelligent que tu le laisses croire. » Elle jeta une dernière bouffée de cendres sur le côté, avant d'écraser sa cigarette sur le bitume. « Si tu ne croyais pas un minimum en ce que je disais, tu n'aurais pas dit toutes ces choses sur mon boulot. » Elle bâilla, sans prendre la peine de placer sa main devant sa bouche. « Tu as juste peur. Et, je respecte totalement cela. Entre mourir avec courage, comme le ferait le pire des idiots, et vivre lâchement afin de connaître la vie et ses bonheurs, le choix est vite fait. Enfin, tu sais, je ressentirais la même chose, à ta place. »

La dame savait pertinemment qu'elle ne pourrait jamais laisser cet étranger s'échapper, car il semblait trop attaché à sa ville, et préférait mourir pour elle. Elle savait qu'elle devait lui donner quelque chose, elle aussi, afin de pouvoir s'enfuir de cette merde où elle était coincée. L'histoire du ''donnant donnant'', en autre. Quelque chose qui puisse le convaincre.
Ses talents et ses connaissances médicinales seraient sans aucun doute d'une très grande aide, pour elle. Mais, elle, elle ne voyait absolument pas ce qu'elle pourrait lui offrir. Alors, il est vrai qu'elle avait choisi de lui parler toute en subtilité.

« Je vois parfaitement bien que tu es quelqu'un de très loyal. Et, c'est pour cette raison que je t'offre la mienne. Tu ne comptes pas partir sans te battre pour m'enfermer, moi et mes confrères, pas vrai ? » Elle releva un sourcil et dessina un léger sourire sur ses lèvres. « Un échange de bons procédés. Ton savoir et tes compétences pourraient sauver la vie de nombreuses personnes, tu sais. Des gens qui ne sont pas assez riches pour pouvoir s'offrir un nouvel organe. Réfléchis. Je te donnerai tout ce que tu veux et dans la durée que tu veux. Mon corps et mon âme t'appartiennent. Si tu acceptes, évidemment. »
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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Lun 16 Avr - 13:10

C'était un dialogue de sourd qui ne mènerait nulle part, sinon à ma mort, inéluctable. De mon côté, j'avais peur de dépasser les bornes, de trop jouer avec la patience de ma ravisseuse à chaque nouvelle phrase qui sortait de ma bouche. Crainte assez compréhensible, étant donné que j'étais dans une position très désavantageuse, mais que je me permettais tout de même des jugements de valeur assez osés. De son côté, la mystérieuse blonde parlait sans tout dire. Des choses me dépassaient, c'était l'évidence même. Comme par exemple, pourquoi une fille de jarl serait amenée à devenir nettoyeuse de scène de crime. Ou encore, qu'est-ce qu'elle a de si important à accomplir pour être prête à vendre son corps ? Faute de posséder suffisamment de contexte pour disserter sur la question, je me contentais de maugréer.

Les Oisillons ne manquent certainement pas d'orgueil, mais leur liberté prime. Pas un chef de gang ne serait assez fou pour compromettre celle-ci à cause d'une bête vengeance. Ces gens-là, ils calculent leurs moindre faits et gestes. Ils savent qu'ils sont recherchés, ils savent qu'ils sont mauvais, alors ils font en sorte de rester caché. Mais tu as raison. Beaucoup de chose me dépasse dans cette situation. Alors peut-être que je me trompe.

Entre me battre et provoquer jusqu'à me faire exploser la cervelle, ou mourir dignement, mon cœur balançait à chaque phrases. De son côté, l'inconnue m'expliquait, toujours de manière aussi cryptique, sa façon d'être et de penser. Une solitaire constamment en guerre, mais qui n'est pas une guerrière. Même pas une digne citoyenne de son peuple. J'ai du mal à retirer du sens de tout ça, alors je me contente de dévisager la jeune femme d'un air interdit. Pourquoi me dit-elle tout ça ? Elle a pour ainsi dire fini son nettoyage, elle n'a pas non plus un temps infini pour disposer du corps. Alors pourquoi est-ce qu'elle perd du temps avec moi ?

Elle en est désormais à rabaisser mon intelligence, mais son discours demeurait imprécis. Tout ce qu'elle racontait, c'était que j'avais peur, et qu'elle respectait ça. Qu'elle aussi elle aurait peur si nos places étaient échangées. Est-ce qu'elle essaye de dire que mon discours est caduque à cause de la peur ? C'est mon hypothèse.

Bien joué détective, tu as réussi à déduire que je crevais de peur. Grognais-je sarcastiquement. Je suis juste un citoyen comme il y en a des centaines de millier dans la ville. La malchance m'a amené ici, et je sais que je vais mourir. Félicitations, c'était vraiment difficile de voir que j'avais peur.

Je crache un filet de sang au sol avant de reprendre.

Même là, alors que je te parle ironiquement, comme si tout ça ne m'atteignais pas... je crève de peur ! Je suis pieds et poings liés dans une ruelle ou personne ne m'entendra crier. Et honnêtement, je me demande comment je suis encore en vie.

Mais alors que nous en sommes chacun à nous faire des petites confidences sur nos vies, sur nos sentiments... L'impensable se produit. L'inconnue m'offre sa loyauté, en échange de mon silence. Elle n'a strictement aucune raison de me faire une telle offre. Elle sait que si elle me laisse partir, ma première action sera d'avertir le Prieuré. Pourtant elle me fait cette fleur, et plus encore. Son corps et son âme, contre mes qualités de docteur. Qualités que je ne possède pas, étant donné que je suis alchimiste, et non chirurgien. Les organes qu'elle a récupéré, je ne saurais pas quoi en faire. Mais au-delà de toute potentielle pensée lubrique, est-ce que je suis vraiment en position de refuser l'offre ? Non, pas vraiment. Mais si je mens sur mes compétences, je ne survivrais pas longtemps avant qu'elle se rende compte de la supercherie... à moins que je n'acquière ces connaissances à vitesse grand V ? Si c'est de ça que dépend mon salut...

Ta loyauté ? Vu le contexte actuel, je me permet quand même d'être sceptique. Dis-je tout de même. Pas question d'accorder ma confiance si facilement. Quant à tes organes là, je te l'ai déjà dit, tu peux les jeter, ils sont inutilisables. Greffer ça à n'importe qui reviendrait à le tuer.

Je marque une nouvelle pause, plonge mon regard dans celui de l'inconnue. Je cherche une faille, un tic nerveux qui me permettrait de déduire si elle me tend un piège, ou si elle est sincère. Mais dans la pénombre et avec la peur au ventre, je n'obtiens aucun résultat.

Je ne sais pas vraiment ce que tu peux m'offrir. Pour commencer, me détâcher, ce serait bien. Je sens plus mes mains... Quant à ton offre, sauver des vies reste mon métier. Et au vu des circonstances, c'est ça ou la mort. Alors je signe.

Je prends une grande respiration. Mon cœur bat la chamade. Je vais survivre. Je monnaye mes services contre ma vie, mais dans les circonstances actuelles, ce n'est pas un mauvais deal. Surtout que je monnaye des services que je n'ai pas encore. Mais tout de même, cette Sigvarite me fait peur, et m'intrigue en même temps. Trop de zones d'ombre demeurent, et je vais tâcher d'en apprendre plus. En espérant survivre jusque là...

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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Dim 22 Avr - 23:30

J'ai rien vu, rien entenduFeat Sigmund
Tout est éphémère dans ce monde. Au même titre que le courage, la loyauté n'était qu'une invention de l'humanité pour embellir un monde qu'ils avaient déjà pourri. Cet étranger semblait parfaitement illustrer les vices des Hommes.
Au fond, c'était peut-être ça, le problème. Dagmar ne rencontrait que des gens profondément humain. Elle aurait préféré qu'il se batte pour ses convictions, quitte à accepter de se faire faucher. Mais, face à la mort, tout est éphémère. Les Hommes étaient faibles face à leur peur. Ils redoutaient plus leur propre souffrance que celle des autres. Et alors, on en vint à parler d'égoïsme. Leur simple nature, dirait-on.
Le pire, c'était que tout ceci restait totalement normal.

Ses yeux s'allumèrent alors d'une lueur nouvelle. Elle avait vu un espoir en cet homme, qui semblait être différent. Qui semblait aimer plus sa ville que sa pathétique vie. Cette lueur, c'était la lassitude. Le dégoût de trop de choses, en autre.
Alors, il est vrai qu'elle aurait certainement été plus clémente avec lui s'il avait réagi autrement. Elle lui aurait plus offert qu'elle aurait reçu. Elle aurait peut-être accepté son choix de mourir. Ou le sien, plutôt.
Mais, comment ? Elle ne pouvait pas le laisser partir, après tout. Ce qu'elle attendait relevait certainement de l'irréalisable.
Enfin, Dagmar, c'était la contradiction même.

Machinalement, ses mains commencèrent à détacher les cordes qui le liaient.

«« Je voudrais voir l'éternité dans les étoiles. Tenir le monde dans la paume de ma main. Sentir dans une fleur sauvage l'odeur du paradis. » Elle commença à refermer tous ses sacs. Elle vendrait certainement les organes en les faisant passer pour ceux d'animaux. « Il y a beaucoup de choses que je voudrais, mais on n'a jamais tout ce que l'on veut, hein ? » Elle croisa son regard et le maintenu. « Pour l'instant, c'est à toi de faire tes preuves. Ma loyauté a un prix. » Elle recouvrit le corps d'un linceul noir, couvrant les bruits de frottement d'un léger rire. « Tu n'as jamais été en position de marchander avec moi. De même, rien ne prouve que tu possèdes réellement des compétences de médecin. »

Son ton était volontairement ferme. Elle savait qu'elle ne devait montrer aucun signe de faiblesse face à ce genre de personnages qui n'attendait que ça pour montrer les crocs.
De plus, il était libre. Il avait montré qu'il n'était loyal qu'en sa propre vie. Même sa tendre ville passait après. Alors, elle devait tenir les rênes pour contrôler cette créature émotionnelle. Il tentait de se montrer puissant, mais il n'inspirait que la pitié. Ses mots étaient aussi vides de sens que le regard qu'elle lui lançait. Tout le monde porte un masque, hein ? Le sien résidait dans ses paroles qui étaient en contradiction parfaite avec sa gestuelle.

Elle extirpa une boite de premiers soins, et la jeta à ses pieds sans un regard.
La dame avait jeté un œil à sa montre de gousset. Le temps tournait vite, et il semblerait que le soleil ne tarderait pas à montrer le bout de son nez. Elle savait qu'elle aurait de très gros problèmes si elle n'était pas revenue pour récupérer son argent avant le levée du soleil, car cela voudrait dire qu'elle n'aurait pas rempli son devoir. Personne ne devait savoir qu'elle venait de passer un deal avec un civil. Ses véritables problèmes ne feraient alors que commencer. On ne rigole pas avec la loyauté, chez les Oisillons. Et, les murs ont des oreilles.

« Je suis Dagmar Dagfinsdóttir. Tu me trouveras certainement dans un bar dans le district de la Borée. Je te fais confiance, si tu as besoin de mes services, je serais toujours là. » Elle attacha ses cheveux, prête pour le long travail qui lui restait. « Le contraire doit être vrai. Commence par me donner ton nom, ton adresse, et les lieux que tu fréquentes souvent. » Elle attrapa ses sacs, et plaça le corps sur l'une de ses épaules. « N'oublie pas que je ne plaisante pas avec les rigolos dans ton genre. N'essaie pas de me berner, et j'en ferais de même. Tu as signé. Maintenant, tu es lié à un contrat que tu ne peux briser que par la mort. »

Exagérée ? Non, ce n'était pas son genre.
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MessageSujet: Re: J'ai rien vu, rien entendu [PW Dagmar]   Lun 23 Avr - 14:23

Contre toute attente, ma kidnappeuse accède à ma demande, et entreprend de me détacher. De nouveau libre, je demeure toutefois interdit. L'idée de courir me vient, évidemment, mais alors que le sang recommence seulement à circuler dans mes mains et mes pieds, je sais pertinemment que je n'irais pas bien loin. Et même, ce serait réellement stupide de trahir la jeune femme si vite après avoir accepté son offre. Pour le coup, tout mes efforts désespérés pour survivre seraient réduits à néant.

Resté assis, je me relève prudemment. Après deux phrases sans doutes liées, l'inconnue m'a rappelé très clairement que j'étais toujours dans une situation très défavorable. Je baisse la tête, j'acquiesce. Je sais très bien que je n'ai pas l'avantage. Que j'ai du renier certains de mes principes pour survivre. Pourquoi d'ailleurs ? Alors que je combat la dépression chaque jour depuis la mort de mon père, pourquoi est-ce que je me suis donné tant de mal pour survivre cette nuit ? Est-ce que j'ai vraiment lutté pour survivre cette nuit d'ailleurs ? Après tout, à plusieurs reprises j'ai bien cru que mes piques sarcastiques allaient me coûter la vie. Peut-être que c'était inconsciemment une sorte de suicide ? En tout cas, c'est bien raté. Je suis en vie, et lié à cette inconnue qui nettoie des scènes de crime pour survivre...

Sans un regard pour moi, Dagmar, puisque c'est son nom, me jette une trousse de premiers soins. Tout le nécessaire y est : désinfectant, nécessaire de couture pour les points de suture et bandages. Je le prends, tandis que je chancèle quelque peu. Je m'attèlerais à mes soins en rentrant chez moi. Je dois avoir un peu de glace à mettre sur mes plaies. En attendant, je reçois sans broncher les menaces de la jeune femme. Si elle me proposait sa loyauté, son corps, son âme et presque la lune il y a quelques minutes, son discours a complètement changé. Sans vraiment parvenir à déceler ses réels objectifs, j'hésite à obtempérer à sa demande. A donner un faux nom, à la mener sur de fausses pistes. Après tout, qu'est-ce qui me dit qu'elle n'a pas fait pareil ? Mais de peur de ce qu'il pourrait advenir de moi si je m'avisais de mentir, je choisis de jouer la carte de la sincérité.

Sigmund von Einzbern. De l'Apothicariat. C'est sans doute le premier lieu à visiter si tu souhaites me trouver. J'omets volontairement de préciser que je suis alchimiste, professeur, mais pas chirurgien pour un sou. Il va falloir que je trouve une solution à ce problème, et vite. Le reste du temps, je suis chez moi, à quelques rues d'ici. Je ne sors quasiment jamais. J'observe quelques secondes de silence, avant d'ajouter : Quant à tes services... étant donné que je ne suis pas un meurtrier, je ne pense pas qu'ils me seront un jour utile. A moins que tu possèdes d'autres talents ?

La fatigue, la peur et le stress accumulé aidant, je ne pense pas une seconde à la potentielle utilité de Dagmar pour différentes expériences. Si elle est vraiment originaire de Sigvar, alors son sang ne possède-t-il pas des propriétés spécifiques ? Évidemment, je ne me rendrais compte de mon oubli que plusieurs heures plus tard. Après une trop courte nuit de sommeil, ponctuée de râle de douleur...

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